Montre CARON à Paris

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  • #420003842998
    rstl99
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    Bonjour Caput,
    En effet, j’avais aussi déniché un petit texte similaire, dans la « Collection archéologique du Prince Soltykoff » de Pierre Dubois, 1858. Soit le texte ci-haut ou celui-ci fûrent la référence originale, mais il fait du sens que Caron ait été mal vu par la noblesse à cause de ses origines. Sans doute ce genre de préjugé de la part de la noblesse et de l’aristocratie a contribué aux sources qui menèrent à la révolution quelques décennies plus tard. Mais Caron fils voulait tellement se joindre à cette noblesse, qu’il était prêt à demander à son père de renier à sa profession (retraite anticipée!). J’assume que Beaumarchais a aidé à voir aux besoins financiers de son père par après, quoique le fils a eu des hauts et des bas considérables au niveau financier dans sa vie. Bien sûr, il y avait aussi son beau-fils Lépine, qui prit en main l’atelier de Caron après sa retraite et devint un horloger de grand nom et sans doute assez riche lui aussi, qui aura pu aider à faire vivre son beau-père dans ses années de maladie et jusqu’à sa mort. J’ai lu qu’à son enterrement, les témoins pour Caron étaient Lépine et son autre gendre, mais que Caron fils (Beaumarchais) n’y était pas; sans doute était-il sur une mission diplomatique ou d’espionnage pour le Roi, lorsque son père est décédé…

    Cette image, utilisée par Marie-Agnès Dequidt dans un des ses articles sur les horlogers parisiens du XVIIIe, démontre ce que j’imagine aurait pu avoir l’air l’atelier de Caron sur la rue Saint-Denis. Et je m’imagine Caron, le maître horloger, qui discute avec un noble dont le carrosse est à la porte, et ses deux ouvriers affairés à leur établi, Lépine près de la porte, et Caron fils comme apprenti sur l’autre établi. Je trouve fascinant de penser aux choses d’horlogerie qui se sont faites et dites parmi ces trois hommes, tous horlogers hors-pair, durant les années qu’ils travaillaient ensemble…

    L’article que j’écris (en anglais) essaie d’imaginer cet atelier de la rue Saint-Denis. Et je peux m’imaginer le futur Beaumarchais, regardant ces hommes et femmes nobles ou aristocrates rentrer dans la boutique, et se disant « un jour, je serai un d’eux »… Ce qui devint réalité comme on sait. Son père Caron a du avoir une certain pincement au coeur de voir son fils unique renier la profession familiale d’horloger, mais selon les lettres qui ont survécu de leur correspondance, le père demeura très supportif et fier de son fils au cours de son illustre carrière hors de la boutique, où Beaumarchais avait dit plus tard qu’il « étouffait entre ces quatre vitres ».

    –Robert

    Montre CARON à Paris - Page 2 Boutiq10

    #420003842999
    rstl99
    Membre
    rstl99 a écrit:
    Je suis en train d’écrire un article sur Caron (en Anglais) pour le NAWCC (club américain). Je pense qu’il est temps de faire connaître M. Caron un peu plus aux anglophones. J’ai découvert des choses intéressantes en lisant plus dans les biographies de Caron de Beaumarchais, et ai établi une chronologie assez détaillée. Ce que je trouve particulièrement intéressant est de savoir que durant l’apprentissage de Caron fils dans l’atelier de son père sur la rue Saint-Denis (1745-1753 environ), l’ouvrier qui occupait l’établi à côté de lui n’était nul autre que Jean-Antoine Lépine, qui s’était joint à l’atelier de Caron quand il avait déménagé à Paris en 1744. Pas surprenant que Caron fils est devenu un horloger hors-pair, bénéficiant des conseils et leçons de son père et Lépine. Dommage qu’il aie abandonné l’horlogerie tôt après (1755) pour poursuivre ses intérêts ailleurs, à la Cour etc. Il devait y avoir des conversations intéressantes sur l’horlogerie entre ces trois hommes, durant ces années fertiles.

    L’autre aspect de l’étroit travail entre ces trois horlogers dans l’atelier/boutique de Caron (André-Charles, son fils Pierre-Auguste, et Jean-Antoine) est que sans doute ils ont du passer pas mal de temps à réfléchir et discuter d’innovations possibles dans la fabrication de montres. Caron père était reconnu comme un inventeur-mécanique en plus d’être horloger, son fils était un innovateur assez génial (son échappement double-virgule et les petites montres de 1cm de diamètre fabriquées pour le Roi et Mme de Pompadour), et évidemment on connait tous les inventions révolutionnaires que Lépine a produites plus tard, qui ont grandement influencé Breguet et éventuellement changé la façon de fabriquer des montres en France et en Suisse.

    #420003843000
    rstl99
    Membre

    Dans la décision de l’Académie sur le cas Caron-Lepaute (quant à qui des deux était l’inventeur original de l’échappement à double virgule), publiée dans le Mercure de France en avril 1754, j’ai découvert des informations intéressantes, dont celles-ci:

    1. un autre horloger qui revendiquait l’invention était Jean (Joannes) Biesta, un Hollandais avec boutique à Paris, où le jeune Caron aurait apparemment travaillé pendant quelque temps en 1751-52. Biesta suggérait que Caron fils lui aurait soutiré son invention. L’Académie a conclu en faveur de Caron, et non de Lepaute, et certainement pas Biesta.

    2. un des nombreux horlogers qui furent interrogés par l’Académie dans leur analyse détaillée, était un dénommé Cartier, qui travaillait aussi dans l’atelier ou boutique de Caron père. Donc il y avait au moins 4 horlogers dans cette boutique vers 1750: Caron père, Caron fils, Lépine, et ce Cartier. Peut-être était-ce Bernard Cartier, qui figure dans Tardy comme ayant produit une montre avec son nom en 1764 à Paris.

    En passant, il y a aussi référence que André-Charles Caron envoyait parfois des montres à Biesta pour les réparer, ce n’est pas clair si c’était durant la période où son fils travaillait chez Biesta. Ceci laisse penser qu’il existait des échanges de travaux entre horlogers, possiblement lorsqu’un horloger se trouvait débordé de travail, ou pour faire usage d’une expertise particulière d’un autre horloger.

    #420003843028
    rstl99
    Membre

    Juste un petit ajout à ce sujet.
    Premièrement, mon article (en 2 parties) sur André-Charles Caron et sa boutique sur la rue Saint Denis à Paris, sera publié cet été et automne (en Anglais) dans le « Bulletin » du NAWCC (National Association of Watch and Clock Collectors), aux E-U. J’y ai inclu toutes les choses que j’ai pu dénicher dans mes recherches (assistées par notre cher Caput) sur Caron, son fils (Beaumarchais) et la relation avec Lépine, son ouvrier (et plus tard, associé). L’article est en quelque sorte un hommage à cet horloger largement oublié, qui a quand même eu une influence considérable sur d’autres horlogers qui ont marqué l’histoire.

    Un petit détail que j’ai déniché depuis et que je n’ai pu inclure dans l’article est une référence que j’ai trouvé dans quelques descriptions d’encanteurs, et dont je ne peux trouver la source originale, qui indique que:

    Louis-Charles Gallande (Gallonde) (1715-1771), horloger et horloger-mécanicien, inventeur, fabriquant d’instruments scientifiques, etc., aurait été entrainé par Nicolas Gourdain (un autre horloger de renom), et ensuite par « Alexis(sic)-Charles Caron, horloger du Roi et père de Pierre Augustin Caron ». Gallonde avait présenté plusieurs de ses créations et inventions à l’Académie Royale des Sciences durant les années 1740-50. Certaines de ses créations qui ont survécu se retrouvent dans des musées ici et là.

    Donc on voit ici qu’un autre innovateur dans le domaine de l’horlogerie aurait été entraîné par, et travaillé avec, André-Charles Caron. Quand on se rappelle la créativité de son fils (l’échappement double-virgule), et de son employé/associé Lépine (un des grands innovateurs), il me semble que l’atelier de Caron sur Saint Denis était un endroit où les nouvelles idées, les innovations, étaient stimulées et encouragées. Et ceci ne peut que réfléter positivement sur les qualités créatives du maître lui-même.

    #420003843029
    caput
    Membre

    Il semblerait que le nom dans les archives soit Louis Charles Gallonde et non pas Gallande, comme il est noté dans le Tardy. J’avais déjà constaté qu’il y a parfois quelques erreurs.

    Montre CARON à Paris - Page 3 Louis_10

    #420003843030
    rstl99
    Membre

    Merci Caput, en effet tu confirmes qu’il s’agit bien de Gallonde.
    En ce qui attrait au fait qu’il aurait été entraîné par « Alexis-Charles Caron », je me demande bien où quelqu’un est allé trouver ça…
    C’est ce genre d’information anodine qui est difficile à élucider quand quelqu’un choisit de l’écrire sans clarifier la source, et l’information se fait répéter ici et là sur l’internet, avec les mêmes erreurs (i.e. Alexis au lieu de André).
    Enfin, c’est un petit détail que j’ai trouvé intéressant quand je l’ai vu sur ce site:

    Gallonde et Caron

    #420003843001
    dnanlor
    Membre

    Bonjour,

    rstl99 a écrit:
    Je pense qu’il est temps de faire connaître M. Caron un peu plus aux anglophones.

    J’ai eu la chance de pouvoir acheter une montre à verge signée « Caron à Paris », justement à un anglophone, avant que cette idée soit mise en pratique. Elle porte le n° 879 et paraît complète. Je vous la montrerai quand je l’aurai reçue.

    #420003843002
    pilàlheure
    Membre

    haaaa ! chouette
    ça devenait un peu calme par ici

    thumleft thumright

    #420003843003
    rstl99
    Membre

    En effet, Dnanlor, il sera intéressant de voir les similarités entre les deux mouvements!
    Et de voir si le coq de la tienne est aussi gravée du nom c-a-r-o-n…
    Bon achat!

    #420003843004
    rstl99
    Membre

    J’ai lu pas mal de choses intéressantes sur Caron fils (Beaumarchais), quelle vie fascinante.

    André-Charles avait écrit ceci dans la liste des conditions auxquelles Caron fils devait se soumettre afin d’être ré-intégré dans la maison familiale et dans son apprentissage d’horloger (il avait été expulsé pour quelques semaines à cause de son comportement indiscipliné – sorties la nuit avec amis pour faire de la musique, courir après les jeunes filles, rien de différent des ados d’aujourd’hui!). Ce texte en dit long sur la philosophie de Caron vis-à-vis sa profession.

    « … j’entends que vous n’employez les talents que Dieu vous a donnés qu’à devenir célèbre dans votre profession. Souvenez-vous qu’il est honteux et déshonorant pour vous d’y ramper, et que si vous ne devenez pas le premier, vous ne méritez aucune considération; l’amour d’une si belle profession doit vous pénétrer le coeur et occuper uniquement votre esprit.« 

    Son fils en effet devint célèbre et un des premiers, mais néanmoins tourna le dos définitivement à cette profession, lorsqu’il eu la chance de s’intégrer dans le cercle de la Cour et de la famille royale…

    #420003843031
    caput
    Membre

    Louis Charles GALLONDE – Né le 4 mars 1711, décédé en 1770 à Paris .Marié à Anne Renée CAYLLA 1745.

    Nicolas GOURDAIN – Né en 1693, décédé le 11 octobre 1753 à Paris-12ème 75

    Pour Alexis-Charles Caron quid 2 , pour moi inconnu au bataillon yeux .

    #420003843032
    rstl99
    Membre

    Merci Caput.
    « Alexis-Charles » était évidemment une erreur dans la source originale (quelle qu’elle fût), qui faisait référence au père de Beaumarchais, qui est nul autre que ANDRÉ-Charles.

    C’est intéressant après un certain temps et certaines recherches de voir un petit réseau de familiarité ou connection quelconque prendre forme entre différents horlogers plus ou moins connus de l’époque. Ces artisans/artistes ne travaillaient évidemment pas en isolation un de l’autre, mais s’échangeaient des idées, des pièces, des ouvriers, des techniques, des innovations, etc.

    #420003843033
    caput
    Membre

    La boulette vient peut-être de là Mr. Green

    Il est courant de constaté que même des soit-disant experts de salle de vente fassent des erreurs dans leurs descriptions, j’en aperçois régulièrement.

    ——————–

    Nicolas Gourdain maitre horloger à Paris, rue & paroisse S. André des arcs, vis-à-vis la rue Contrescarpe son épouse Jeanne Le Doux.

    #420003843034
    rstl99
    Membre

    Oui en effet, c’est peut-être la source de l’erreur. Je me demande où ces soit-disant experts vont chercher tout ça…
    Pas donné, ce régulateur!!
    Peut-être qu’en mettant plus de noms dans la description ça fait augmenter la valeur? Wink

    #420003843035
    rstl99
    Membre

    Pour amusement j’ai dessiné assez rapidement ce schéma montrant (indiqués en jaune) les horlogers gravitant en orbite alentour de Caron père et fils, d’après mes lectures et recherches. Soit horlogers de qui ils ont appris le métier, ou à qui il l’ont appris, ou auxquels ils ont été associés (comme employeur, employé, partenaire, beau-père, beau-fils, etc.).

    Dans le cas du fils, Pierre-Auguste, un bon nombre d’horlogers sont capturés parmi l’étude de l’Académie des sciences au sujet de la fameuse dispute avec Lepaute (au sujet de l’échappement double-virgule).

    Ce petit schéma est imparfait et évidemment incomplet, mais il démontre comment un horloger parisien pouvait côtoyer ou interagir avec un bon nombre d’autres horlogers (certains connus, la plupart pas), soit de près ou de loin. La réalité, lorsqu’on regarde simplement les horlogers Carons (père et fils) et Lépine, devait être beaucoup plus complexe et impliquant beaucoup d’autres noms (horlogers, fournisseurs, ouvriers, clients, partenaires, etc.).

    –Robert

    Montre CARON à Paris - Page 3 Orbite10

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