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Rocca, le il y a 4 mois.
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13 juin 2026 à 15h11 #420005084115
Guy Sémon
MembreLes brevets ne sont que des actes de propriété qui, en théorie, permettent à « l’homme de l’art » de reproduire l’invention. Cela ne remplace pas le savoir-faire, qui est complémentaire : modèles, calculs, simulations, mesures, recalages, construction paramétrique… Tout cela figure dans des ouvrages qui accompagnent les montres. S’y ajoutent évidemment des certificats de mesure établis par des organismes indépendants, ainsi que les protocoles annexés. C’est un peu de l’artisanat, entre art et performance. Pour répondre partiellement à votre question sur la précision : on reste à moins de 2 s/j sur 100 h de réserve de marche, à 5 Hz, sur un chronomètre emboîté (type tête de vipère), ce qui est très significatif. Oui, les cames sont des mémoires de forme, mais pas d’événements discrets… Les courroies, elles, sont des bus logiques combinatoires — et c’est là toute la différence. Une came a un encombrement géométrique ; une courroie peut être curviligne, et personne n’a jamais dit qu’elle était forcément « enroulée »… La topologie est un champ additionnel. Quant à savoir si l’on peut faire une montre entièrement au moyen de courroies : oui, on en a des exemples.
Je n’ai pas dit qu’elles n’avaient que des avantages ; elles permettent d’explorer d’autres domaines, inaccessibles aux solutions classiques. C’est à cela que servent les brevets et le savoir-faire. Pour la régulation, le sujet est très sensible et les brevets en diront l’essentiel, mais je montrerai une application d’ici quelques jours. Oui, des validations complètes ont déjà été réalisées. Ces montres ne sont pas distribuées : elles sont fabriquées en direct pour des amateurs. Une grande partie de la techno pourrait toutefois être placée dans une montre « de grande série » — mais là, ce n’est plus mon métier. Qui sait, un jour, peut-être une marque ? Nous verrons bien.13 juin 2026 à 15h24 #420005084116Commissaire Minos
MembreFascinant !
Merci.13 juin 2026 à 15h51 #420005084117raynew
MembreC’est la réponse à la théorie du problème à 3 corps ?
Sujet très intéressant ! Merci pour votre intervention.13 juin 2026 à 17h05 #420005084118Xaipe
MembreBravo M. Semon, votre quête est décidément inépuisable en savoirs et expérimentations.
Votre partage et les échanges avec Saturne se parcourent avec délectation, à des années lumière du discours courant commercial et pseudo artistique souvent trop encombrant. L’ingénierie horlogère est souvent méconnue et se limite à l’admiration suscitée par la miniaturisation alors qu’elle progresse constamment au milieu des contraintes des lois de la physique.__________________________________
Avez-vous coché toutes les cases ?13 juin 2026 à 17h26 #420005084119Guy Sémon
MembreL’analogie avec le problème à trois corps est intéressante, trois sous-systèmes couplés, l’envie de les découpler, mais elle ne correspond pas à notre affaire. Le problème à trois corps est un problème de dynamique : des trajectoires couplées, sans solution en forme close, qu’on ne fait qu’approcher. Ici, la difficulté n’est pas de résoudre une dynamique, mais de bien poser une représentation. Et l’idée qui le permet va de Hilbert à Sobolev, en passant par Schoenberg. Premier pas, Hilbert. On cesse de voir une fonction, une loi de couple, un profil, une restitution d’énergie, comme une courbe à tracer, et on la regarde comme un vecteur dans un espace muni d’un produit scalaire. Cela change tout : on peut parler de distance, de projection, de meilleure approximation. Concevoir ne consiste plus à dessiner une forme, mais à chercher, parmi les formes réalisables, celle qui est la plus proche de la fonction visée. Le problème devient géométrique au sens des espaces, pas au sens des plans d’atelier. Deuxième pas, Schoenberg, et c’est le cœur. Schoenberg a formalisé les bouts de courbes : des fonctions faites de morceaux raccordés avec une continuité choisie en chaque nœud. Or la spline n’est pas une astuce d’interpolation : c’est l’objet qui minimise l’énergie de courbure. Et ce n’est pas un hasard si elle porte le nom de la poutre flexible : physiquement, cette poutre prend d’elle-même la forme de moindre énergie de flexion. Autrement dit, la spline mathématique est déjà un ressort. C’est là que tout bascule : une structure faite de discontinuités maîtrisées n’est plus un défaut à éviter, c’est une courbe, et l’ordre de continuité en chacun, deviennent des variables de conception. Ce qui affaiblissait la lame classique devient le paramètre qu’on règle. Troisième «morceau », Sobolev. Pour poser proprement « trouver la forme de moindre énergie sous contraintes », il faut le bon espace. On ne peut pas exiger une régularité parfaite partout, justement parce qu’on veut des raccords non lisses. Les espaces de Sobolev fournissent ce cadre : des fonctions dérivables au sens faible, où une énergie s’écrit comme l’intégrale de dérivées, où le calcul variationnel a un sens, et où le minimum existe et se calcule. La forme « idéale » n’est plus choisie : elle émerge comme la solution d’un problème de minimisation, propre à chaque mouvement. Voilà le raisonnement : une fonction vue comme vecteur (Hilbert), réalisée comme structure segmentée à continuité maîtrisée et de moindre énergie (Schoenberg), obtenue par minimisation dans le bon espace (Sobolev). Le reste, la construction exacte, les contraintes, la traduction en géométrie 3D, est dans les brevets. Tout commence par l’analyse fonctionnelle. Désolé je casse l’ambiance mais la mécanique a besoin des maths à un moment donné pour trouver des solutions à des problèmes qui semble simples mais qui sont en réalité très compliqués. Une fois que les équations ressemblent à des trucs à peu près solides on utilise des méthodes numériques, là c’est plus classique bien que non linéaire en grande déformation, encore des cailloux ajoutés dans le panier… Bref, l’horlogerie c’est de l’art, de l’artisanat, de l’intelligence au bout des doigts, des traditions mais aussi de la mécanique, donc de la physique et des maths…
14 juin 2026 à 1h27 #420005084120Saturne
Membre- Guy Sémon a écrit:
- Désolé je casse l’ambiance mais la mécanique a besoin des maths à un moment donné pour trouver des solutions à des problèmes qui semble simples mais qui sont en réalité très compliqués.
Les progrès de l’horlogerie auraient en effet été impossibles sans le support des maths et de la physique, je pense que personne ne dira le contraire. Il n’y a pas là de quoi « casser l’ambiance ».
Mais il est vrai que ces domaines paraissent vite assez hermétiques dès qu’on dépasse le niveau « basique » que maîtrise le quidam moyen (dont je fais partie).
Si vous nous montriez les équations qui sous-tendent vos systèmes mécaniques, je ne serais pas plus avancés que si vous me l’écriviez en Linéaire A.A mon tour de « casser l’ambiance » :
Sans déprécier le fond de vos réponses, j’ai l’impression en les lisant que vous forcez un peu sur le côté jargon scientifique et ne faites pas un gros effort de « vulgarisation ».
Ajoutons à cela, le fait que les éléments techniques ne sont pas encore tous prêts à être rendus publics, cela a tendance à rendre votre discours un peu abscons.Je me permets au passage de questionner mes camarades ayant répondu à ce sujet, le trouvant « fascinant », « très intéressant », etc.
Vous trouvez ça limpide les gars? Ou bien vous êtes comme moi et vous essayez de faire sens des réponses de M. Sémon, avec la sensation de nager dans le brouillard?
Ou alors vous trouvez juste que ça claque et que ça fait sérieux et scientifique sans trop chercher à comprendre le sens?14 juin 2026 à 8h07 #420005084121Rocca
MembreC’est clair que ce long texte n’est pas accessible à tout le monde.
Néanmoins tout un chacun en comprend à peu près le sens qu’on peut résumer ainsi : c’est compliqué
Mais ça ne va pas plus loin…
Sans démonstration physique de l’application des théories techniques ci-dessus développées, on reste effectivement « dans le brouillard ».
Faudra voir ce que ça donne « en vrai ».
Particulièrement les transmissions par « courroies » et la manière dont on remplace l’ancre par un autre dispositif plus efficace si j’ai bien compris.
Ça sera intéressant de voir le résultat : précision, fiabilité, solidité, tenue dans le temps, bref des choses très concrètes.
Pourvu que ça ne ressemble pas trop à une Richard Mille !14 juin 2026 à 8h25 #420005084122Eric6269
MembreEtant un profane, la partie de l’exposé traitant de la régulation du mouvement m’échappe mais il me semble que ce n’est pas le point le plus important.
La régulation vient compenser la dérive créée par le ressort.
L’idée de génie est de concevoir un ressort qui restitue son énergie ou plutôt son couple de la manière la plus linéaire possible.
La régulation devient de fait moins primordiale d’où simplification possible du mécanisme induisant moins de pertes mecaniques et moins d’interférences avec le ressort.
C’est du moins ce que j’ai compris de ces explications et je trouve pour ma part cette approche géniale.14 juin 2026 à 9h24 #420005084123Jul2568
MembreWahoo! Je n’avais pas eu le temps de revenir voir le post depuis sa création.
Vivement ce soir que je puisse me poser et lire la présentation du projet.
Merci beaucoup M. Semon de prendre le temps de nous présenter Trilogy!14 juin 2026 à 10h28 #420005084124Guy Sémon
MembreSur Trilogy, c’est toujours un échappement à ancre suisse mais un spiral spécial avec des propriétés physique (mécaniques et thermiques) particulières. Il est en alliage métallique mais fabriqué dans des réacteurs chimiques, dont pas de laminage ni de mise en forme par déformation plastique. Le nouvel échappement sera montré bientôt dans un autre mouvement.
Trilogy c’est une réserve de marche plus longue et plus linéaire, une transmission différente avec des parties souples, notamment la commande de chrono et des spiraux régulateurs maison qui ne sont pas magnétiques, et qui s’entendent bien avec le balancier en termes de compensation thermiques. Il faut voir cela comme un escalier, une marche après l’autre. Voilà, ni plus ni moins. Le mécanisme est sans pierres, les ponts et platines sont en matériau extra dur transparent (pas du saphir). Le chronographe (au centième ou au millième de seconde) est à commande monopoussoire.14 juin 2026 à 10h58 #420005084125BLM
MembreFil passionnant.
Merci pour ce partage et hâte de voir le résultat.
14 juin 2026 à 11h22 #420005084126Commissaire Minos
Membre- Saturne a écrit:
- Je me permets au passage de questionner mes camarades ayant répondu à ce sujet, le trouvant « fascinant », « très intéressant », etc.
Vous trouvez ça limpide les gars? Ou bien vous êtes comme moi et vous essayez de faire sens des réponses de M. Sémon, avec la sensation de nager dans le brouillard?
Ou alors vous trouvez juste que ça claque et que ça fait sérieux et scientifique sans trop chercher à comprendre le sens?
Ton raisonnement est que tu n’as rien compris, donc les autres non plus. En prime ils (je) font semblant de s’intéresser pour se la raconter sur un obscur forum…
C’est quand même assez désagréable de se voir remis en question dès qu’on donne un avis.
Il y a deux jours j’ai osé dire que je trouvais une montre affreuse, on m’a répondu : « Tu exagères ».
Et bien non, je n’exagère pas. Je pense ce que je pense bordel
Je m’éloigne…
Oui, je trouve le post fascinant. Déjà ça change, on parle un peu technique! J’ai une formation d’ingénieur et même si je n’ai pas saisi 100% de ses explications, je trouve la démarche, la quête, la recherche tout à fait fascinante.
Avec des connaissances très basiques d’horlogerie, en lisant calmement, n’importe qui peut quand même saisir assez clairement les problèmes auxquels ils s’attaquent et les solutions qu’ils s’emploient à appliquer. Et même sans tout saisir, on peut se plaire à découvrir les coulisses d’un projet d’ingénierie ambitieux.Enfin, je pense qu’il y a parmi nous d’autres personnes qui elles, ont tout compris à la première lecture sans lever un sourcil et vont se farcir des documents techniques pointus juste pour le plaisir.
Et oui, il faut de tout pour faire un monde!
Et mince maintenant j’ai « Ma liberté de penser » dans la tête, merci bien
14 juin 2026 à 11h32 #420005084127Guy Sémon
MembreInutile de se prendre la tête. On parle d’une montre. Oui, pour remettre en cause l’existant, il faut de la théorie ; ce n’est pas un objectif, mais un chemin, et il n’est pas unique. Une remise en cause est une proposition : on aime, on n’aime pas, c’est un point de vue. Il ne faut jamais oublier que, derrière tout cela, il y a du travail fait par des gens sérieux, et peu importe qu’ils soient horlogers, ingénieurs ou chercheurs. Le but, ici, est de partager et d’échanger : mon travail n’est pas un manifeste, mais une proposition. Je remercie ceux que ça intéresse, et je veux bien essayer de répondre quand je peux — certaines choses sont divulgables, d’autres non, indépendamment des aspects brevets. Derrière un monde de passion, l’horlogerie est un business où les marques se battent sur la moindre parcelle. Mais les gens qui créent des mouvements doivent aussi échanger avec les amateurs et les passionnés : c’est important. Tous les points de vue sont à prendre en compte mais avec respect et bienveillance.
14 juin 2026 à 12h15 #420005084128Saturne
Membre- Commissaire Minos a écrit:
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Ton raisonnement est que tu n’as rien compris, donc les autres non plus.
Excuse-moi si tu t’es senti remis en question, ça n’était pas l’objet.
Juste une question qui se voulait un peu légère (mais à l’écrit on est souvent mal compris sur le ton).
Comme dit M. Sémon, inutile de se prendre la tête.Je pense réellement que le discours de M. Sémon peut produire ces trois réactions selon le lecteur. Je ne présumais pas que tu étais forcément dans le cas : « je comprends rien mais ça claque » (qui était un peu une boutade).
Personnellement, je l’avoue sans honte, même si je comprends dans l’ensemble, je suis complètement largué sur certains termes techniques ou références scientifiques.
J’étais curieux de savoir si les autres participants trouvaient ça limpide ou galéraient un peu aux entournures comme moi.Et c’était aussi une manière d’inviter M. Sémon à un effort de vulgarisation pour rendre son discours plus accessible. Ce qu’il a d’ailleurs fait je trouve dans son message de ce matin.
14 juin 2026 à 12h26 #420005084129Guy Sémon
MembreAucun problème : quand on présente des trucs, il faut accepter la contradiction, c’est même le but. Honnêtement, la quincaillerie derrière ces inventions est théoriquement compliquée. Non pas qu’elle soit géniale ou magique, mais parce que ce sont des maths et de la physique, autrement dit ce qui n’intéresse pas grand monde. Le physicien, c’est comme un chef cuisinier : il a des bases et il en fait des recettes… Il y a des principes, des lois, des règles. Bref, laissons de côté la théorie, les bouquins sont là pour ça. Ce qui est intéressant, c’est la complémentarité. Ces inventions sont impossibles à réaliser sans horlogers et sans physiciens : c’est l’association des deux qui fait tout l’intérêt du truc. Les montres sont un territoire d’expression, artistique, artisanal, technique, scientifique, etc. Chacun y trouve son intérêt ; personne n’a raison ou tort, et c’est justement ça, l’intérêt…
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