L’horlogerie suisse sur la même pente que l’horlogerie américaine ?

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15 sujets de 1 à 15 (sur un total de 36)
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  • #410000103388
    ZEN
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    Au début du 20ème siècle, l’horlogerie américaine était une des plus florissantes. Plus moderne que l’horlogerie suisse, plus réactive aux marchés, mieux implantée. Les montres américaines rivalisaient techniquement avec les montres suisses et les Américains allaient même jusqu’à implanter des observatoires dans les manufactures. Cultivant la précision à l’excès les marques étaient nombreuses et les usines très rentables.

    La seconde guerre mondiale permit de démontrer l’aptitude de l’horlogerie américaine à s’adapter. Entre 1942 et la fin de la guerre, des manufactures comme Hamilton créèrent des chronomètres de marine plus fiables que leurs homologues suisses et surtout dans des volumes bien plus grands. Quand les Suisses, toutes manufactures réunies, faisaient 500 chronomètres de marine par an, Hamilton fit de ce chiffre sa production mensuelle.

    Les besoins de l’armée américaine lors de la première et surtout lors de la seconde guerre mondiale furent si grands que certaines manufactures consacrèrent 100% de leur fabication à la demande militaire au point d’oublier les commandes civiles.

    Les Suisses pendant ce temps se modernisaient après être venus dès 1876 voir sur le territoire américain comment leurs homologues s’y prenaient pour industrialiser la production. De l’état de modèles pour les suisses, Elgin, Hamilton, Waltham, Hampden etc … devinrent des manufactures vieillissantes ancrées dans la certitude qu’elles seraient sauvées par cette préférence américaine qui hantait les consommateurs américains et surtout par l’idée que leur implantation était mieux établie que celle des Européens.

    La fin de la guerre fut un réveil difficile. Les unes après les autres, les manufactures américaines dépassées par la technologie suisse et une agressivité commerciale exceptionnelle durent jeter l’éponge. Les Suisses appliquaient sur les marchés ce que les Américains leur avaient enseigné. Le marketing moderne était né, avec de nouveaux besoins en montres bracelets à remontage automatique que les Américains ne maitrisaient pas.

    Les années 60 furent un cauchemar pour l’horlogerie américaine et les années 70 sonnèrent le glas malgré des tentatives ratées de rachat de marques comme Movado ou Zenith.

    Les Suisses étaient les plus forts sauf que le quartz arrivait d’Asie et allait à son tour supplanter l’horlogerie suisse. Cette fois les maisons suisses se mirent à mordre la poussière. Des marques comme Universal Genève y laissèrent leur vie et Breitling ou Ulysse Nardin furent réduits à rien.

    Le péril asiatique fut contrebalancé par des marques stables plutôt réactives comme Rolex et par des personnalités qui allaient marquer l’histoire de l’horlogerie en rachetant ce qui était à vendre c’est à dire à peu près tout. Là encore, le génie marketing vint au secours des Suisses face à des Asiatiques presque débordés par leur succès.

    L’Europe et le monde allaient y gagner la présence démultipliée de Seiko. « Vade retro Satanas » les Suisses ont boudé le japonais jusqu’à lui interdire indirectement toute participation à des concours permettant de se mesurer aux Suisses comme ce fut le cas en 2009 du concours de Chronométrie si mal maîtrisé par ses organisateurs.

    Convaincus d’être les meilleurs, comme les Français le sont aujourd’hui d’être dans le pays le plus touristique, les Suisses n’ont cessé de discréditer l’horlogerie chinoise tout en allant faire fabriquer en Chine des composants et des boites … Les Chinois ont appris a faire des montres et le monde a bougé.

    Les Japonais fournissent des élément réglants aux Suisses (le coeur de la montre) et les Chinois se sont mis à racheter des grandes marques suisses. Le mot d’ordre est toujours que la culture suisse sera préservée …Et pour cause ! C’est vendeur. Petit à petit , la Chine s’installe et après avoir copié à tour de bras se met à innover et à créer. Les Chinois sont devenus des clients potentiels et les voici aujourd’hui régulateurs du marché. Une marque qui n’a pas de notoriété en Chine est une marque en péril.

    Les Chinois n’ont plus qu’à se baisser pour ramasser Eterna, Corum et d’autres sont déjà dans les filets mais les Chinois visent plus haut. Les groupes du luxe le savent, s’ils veulent revendre des marques, c’est le bon moment, les Chinois paient cher ce que les Suisses ne savent plus animer. Le second souffle est asiatique.

    Pourtant, on continue à mépriser les Chinois . On sort des montres avec des qualités plus ou moins bonnes mais « ne vous inquiétez pas, c’est pour le marché chinois » … Le hic est que l’Europe se paupérise et que les Américains ne reviennent pas vraiment vers le luxe, traumatisés qu’ils sont par les dernières années de crise.

    Les firmes suisses sont de fait à nouveau dans une tempête qui va les secouer et où les Chinois sont en embuscade pour racheter ce qui se vend. Le prochain Hayeck est Chinois, c’est aujourd’hui certain et les Suisses devraient revoir l’histoire de l’horlogerie pour comprendre ce qui va leur arriver.

    L'horlogerie suisse sur la même pente que l'horlogerie américaine ? Closed10
    #420002511999
    SK007
    Membre

    Limpide et criant de vérité.Merci Zen pour cette analyse.

    #420002512000
    senator
    Membre

    Etonnant qu’aucun Américain n’ait repris le flambeau depuis tout ce temps . Incompréhensible

    #420002512001
    Leopal
    Membre

    Plus étoffé et argumenté, c’est en gros ce que je disais ici:

    Leopal a écrit:
    Le billet est amusant, et qui sait, peut-être visionnaire à long terme. Si un jour les Chinois commencent à innover (et ça viendra) tout en conservant un coût de revient bas, ça va devenir très compliqué pour les Suisses, hors très haut de gamme et HH…
    Les Japonais, en leur temps, avaient réussi à mettre les Helvètes à genoux… l’Histoire se répète souvent.

    Nos analyses se rejoignent, mais c’est une triste perspective. Chinois

    #420002512002
    Matthieu92
    Membre

    Tout à fait d’accord avec ce billet! Chinois

    #420002512003
    Invité
    Membre

    Très bon article et très bonne vision Zen.
    Merci !

    #420002512004
    LEBOWSKI
    Membre

    il n’y a plus de démarches de passionné, et cela quelque soit le secteur

    ne reste plus que la rentabilité à court ou moyen terme, la capitalisation et tout cet environnement commercial nauséabond

    tout le monde sait très bien qu’une entreprise n’existe que pour générer du chiffres en croissance constante mais avant cela, et à une certaine époque bien révolue, il y avait des passionnés qui motivaient fortement et faisaient tourner toutes ces entreprises

    dommage ! c’était mieux avant…..

    L'horlogerie suisse sur la même pente que l'horlogerie américaine ? Cabrel.%20Frame691

    #420002512005
    Leopal
    Membre
    LEBOWSKI a écrit:
    il n’y a plus de démarches de passionné, et cela quelque soit le secteur

    ne reste plus que la rentabilité à court ou moyen terme, la capitalisation et tout cet environnement commercial nauséabond

    tout le monde sait très bien qu’une entreprise n’existe que pour générer du chiffres en croissance constante mais avant cela, et à une certaine époque bien révolue, il y avait des passionnés qui motivaient fortement et faisaient tourner toutes ces entreprises

    dommage ! c’était mieux avant…..

    Il ne faut pas tout généraliser… certes c’est l’ambiance générale, mais il reste des passionnés, qui vendent à un prix décent, mais ce n’est pas dans les grandes marques suisses ultra capitalistes qu’ils peuvent s’exprimer.
    Il y des entreprises sympathiques qui pensent pas que par la marge, du genre de Stowa, Archimede, F. Constant, etc… par exemple. Ou dans d’autres registres Seiko, ou Pequignet qui ont un bon RPQ, des marques confidentiels, ou des petits faiseurs, aussi, comme l’AHA.

    Tout le monde ne jure pas que par le $, il faut les chercher, et les soutenir si le produit est à la hauteur. Smile

    #420002512006
    Eric67
    Membre

    Stowa, F Constant, Pequignet, Seiko… ils vendent au prix auquel ils arrivent à vendre, en rapport avec leur positionnement et leur fonctionnement d’entreprise. S’ils pouvaient vendre autant à un tarif plus élevé, ils n’hésiteraient pas une seconde

    #420002512007
    Zoltar1572
    Membre

    Tout comme ils atomiseront Vuitton, Hermes, et toutes les marques automobiles excepté l’Allemand Haut-de-gamme et quelques maisons italiennes et anglaises sportives.

    La Suisse est l’un de seul pays en Europe qui regarde devant. Qui s’adapte. C’est un fait.

    Cela est aussi juste pour l’horlogerie.

    #420002512008
    Invité
    Membre

    Il faut trouver un dosage entre la maximisation du profit et la préservation du marché sur lequel on se trouve.

    Dans un contexte de dépression quasi-mondiale, ça n’est pas très étonnant de constater un essoufflement sur le secteur horloger.

    Les véritables enjeux sont désormais liés au positionnement et à la capacité de renouvellement des grandes marques.

    Les manufactures ont encore le choix : revenir à la raison ou persister dans leur suffisance. Seulement, ce choix doit se faire rapidement car le vent tourne.

    Trop de choses ne vont pas : manque d’innovation, conformisme, statisme et j’en passe.

    La prétention se paye toujours comptant en matière industrielle. Les exemples existent dans tous les secteurs. Regardez le géant aux pieds d’argile qu’est devenu Microsoft… Regardez également l’inversion du rapport de force qui s’opère lentement entre Apple et Samsung. Ici aussi, le snobisme tient au rang des premiers coupables car si le premier avait su se méfier de la capacité d’innovation du second, les choses n’en seraient peut-être pas là.

    Le post de Zen éclaire une réalité au goût amer : la Suisse a mangé et digéré son pain béni.

    #420002512009
    Zoltar1572
    Membre

    A Hong-Kong, ils font de montres depuis 30 ans. A Hong-Kong il y a la plus grande foire horlogère du monde, en exposants.

    Rien de nouveau.

    Certes, des marques vont souffrir et souffrent déjà: mais pas par l’intrusion de marques chinoises, plutôt par les parts de marché de griffes fashion et d’une marque belge, par exemple.

    Seiko, c’est plus d’un siècle d’histoire: quelle maison chinoise offre cela?

    Pour l’instant, ce qui fait des dégâts, c’est la contrefaçon.

    #420002512010
    Leopal
    Membre

    La contrefaçon fait du mal à ceux qui vendent beaucoup trop chers, tant pis pour eux…

    Eric67 a écrit:
    Stowa, F Constant, Pequignet, Seiko… ils vendent au prix auquel ils arrivent à vendre, en rapport avec leur positionnement et leur fonctionnement d’entreprise. S’ils pouvaient vendre autant à un tarif plus élevé, ils n’hésiteraient pas une seconde

    Je pense que tu te trompes, tout le monde horloger n’est pas contaminé par le goût du lucre, même si certainement une majorité.

    Zoltar1572 a écrit:
    La Suisse est l’un de seul pays en Europe qui regarde devant. Qui s’adapte. C’est un fait.

    Cela est aussi juste pour l’horlogerie.

    Le seul pays qui regarde devant… tu es suisse je suppose? Mr. Green

    Juste pour l’horlogerie, tu as la mémoire courte, les croupières taillées par les japonais et le quartz ne sont pourtant pas si lointaines. Et les chinois, avec un cout beaucoup plus bas, et un marché domestique beaucoup plus important, sont bien plus dangereux.

    adrien86 a écrit:
    Il faut trouver un dosage entre la maximisation du profit et la préservation du marché sur lequel on se trouve.

    Dans un contexte de dépression quasi-mondiale, ça n’est pas très étonnant de constater un essoufflement sur le secteur horloger.

    Les véritables enjeux sont désormais liés au positionnement et à la capacité de renouvellement des grandes marques.

    Les manufactures ont encore le choix : revenir à la raison ou persister dans leur suffisance. Seulement, ce choix doit se faire rapidement car le vent tourne.

    Trop de choses ne vont pas : manque d’innovation, conformisme, statisme et j’en passe.

    La prétention se paye toujours comptant en matière industrielle. Les exemples existent dans tous les secteurs. Regardez le géant aux pieds d’argile qu’est devenu Microsoft… Regardez également l’inversion du rapport de force qui s’opère lentement entre Apple et Samsung. Ici aussi, le snobisme tient au rang des premiers coupables car si le premier avait su se méfier de la capacité d’innovation du second, les choses n’en seraient peut-être pas là.

    Le post de Zen éclaire une réalité au goût amer : la Suisse a mangé et digéré son pain béni.

    Tout cela est vrai…

    #420002512011
    francis28
    Membre

    Pas d inquietude le luxe horloger asiatique c est pas demain la veille, c est plus que tout une histoire
    de culture. Ce qui ne veut pas dire que l on ne doit pas se remettre en cause.

    #420002512012
    Zoltar1572
    Membre

    Mon cher Léopal, avant de vous inquiéter sur "qui taille les croupes de la Suisse", il y a d’autres croupes qui se font ronger en ce moment même. La Suisse n’est pas en récession…La Suisse ne vend pas les "joyaux de la couronne" en urgence, au plus offrant. Mr. Green

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