Billet : La vraie part des micro-marques dans l’horlogerie

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    Billet : La vraie part des micro-marques dans l’horlogerie Microb10
    Source : The Hour Markers

    Billet : La vraie part des micro-marques dans l’horlogerie

    Le mot « micro-marque » est passé dans la langue courante dans l’horlogerie moderne. Une expression parfois utilisée avec passion. Quelques fois aussi avec mépris. Je sais que certains de mes collègues créateurs de marques horlogères n’aiment pas tous ce terme. Au-delà des considérations positives ou négatives que l’on peut avoir à son sujet, ce terme est utilisé à tort et à travers et, en fait, souvent sans comprendre ce qu’il signifie aujourd’hui.

    Car derrière ce terme, il y a de tout :

    Le passionné qui lance sa première montre après 10-20 ans de collection.
    Le designer qui veut créer quelque chose de différent.
    Le repreneur d’un vieux nom oublié.
    Le énième Kickstarteur qui tente de refaire le coup des premiers projets de crowdfunding horlogers en espérant gagner la timbale.
    Et aussi le vendeur AliExpress/Temu qui rêve de devenir le prochain Daniel Wellington par exemple.

    Tout cela finit généralement rangé dans la même boîte : « micro-marque ».

    Et c’est probablement là le premier problème.

    Fratello avait à un moment soulevé une réflexion intéressante : beaucoup de petites marques ne veulent plus être appelées « microbrands ». Certaines préfèrent les termes « boutique brands » ou « independent brands ». Pourquoi ? Parce que le terme est devenu un immense sac où l’on mélange des passionnés sincères, des marques évidemment ambitieuses et des projets opportunistes très éphémères. Aujourd’hui, et je peux témoigner à mon échelle dans ce domaine, le marché est encombré d’une myriade d’entreprises qui se battent sur un marché qui peut paraître énorme au regard du dynamisme de ces jeunes marques mais qui est en fait plus restreint qu’il n’y paraît.

    Dans un billet précédent, j’avais dit qu’un patron d’un groupe horloger m’avait confié récemment quelque chose qui remet l’église au milieu du village comme le disait si bien ZEN. Le marché horloger mondial a été évalué à environ 75,8 milliards USD en 2024. Et, en comparaison, l’univers des micro-marques représenterait seulement quelques centaines de millions USD. Autrement dit : oui, les micro-marques existent. Oui, elles occupent un espace réel. Mais non, les micro-marques ne jouent pas dans la même catégorie que les grands groupes horlogers.

    Il ne s’agit pas d’un complexe d’infériorité (ou de supériorité, car croyez-moi il y a aussi des égos) qui n’a rien à faire dans des considérations économiques, il s’agit tout simplement d’une mise en perspective. D’un côté il y a des micro-marques et de l’autre il y a les grands groupes.

    J’aime à reprendre cette belle citation :

    « Nous ne sommes que des grains de sable sur la plage, mais sans les grains de sable, il n’y a pas de plage.”

    Et je pense que c’est exactement cela, la réalité des micro-marques.

    Elles ne dominent pas l’industrie, loin de là. Elles ne dictent pas les volumes, c’est totalement sans comparaison par rapport aux volumes énormes des marques les plus connues des grands groupes. Elles ne possèdent pas les vitrines duty-free des aéroports ni les budgets marketing des géants suisses ou japonais. Mais elles injectent quelque chose que les grandes structures perdent parfois : de la liberté, de la spontanéité, quelques fois du risque.

    Les micro-marques peuvent faire ce que les grands groupes ne peuvent plus toujours se permettre : sortir davantage de projets inattendus, tenter des collaborations improbables, prendre des directions créatives quelques fois absurdes ou bonnes et même quelques fois les deux en même temps.

    Et l’horlogerie a besoin de cela. Parce qu’à force de sécuriser les marchés, les marges et les actionnaires, une partie de l’industrie finit parfois par ressembler à une immense machine à variations de cadrans bleus ou noirs. Cela ne veut pas dire que les marques détenues par les grands groupes sont totalement dénuées de créativité et même quelques fois de prises de risque ! Mais, et je peux en témoigner, les processus de décisions peuvent être beaucoup plus lents. Aussi, c’est le fait de toute grande structure, la bureaucratie peut prendre rapidement le dessus. Et la bureaucratie devient alors l’ennemie de la créativité, de l’action rapide, de l’élan entrepreneurial.

    Et en cela, je pense que Michel Crozier avait entièrement raison en définissant la bureaucratie comme étant : « le legs paralysant d’un passé où prévalait une conception étroite et bornée des moyens de coopération entre les hommes ».

    Certaines micro-marques peuvent devenir aujourd’hui plus excitantes à suivre que des maisons historiques centenaires. Mais attention aussi au romantisme excessif. Le monde des micro-marques n’est pas celui de la geste napoléonienne et elle n’est pas non plus celui de la Silicon Valley. Nous ne sommes pas dans l’univers des startups technologiques américaines revendues à coups de milliards. La réalité est souvent beaucoup plus brutale.

    Créer une marque aujourd’hui est devenu relativement simple. Maintenir une marque en vie est une toute autre histoire. Le problème est que beaucoup de nouveaux entrants ont cru que publier trois rendus 3D sur Instagram suffisait à bâtir une marque horlogère. Résultat : le marché des micro-marques est devenu une sorte de Far West permanent. Une explosion de projets. Une saturation de designs. Et parfois une véritable course vers le bas.

    Certaines marques veulent devenir les prochains Baltic ou Christopher Ward. Normal, ce sont de gros succès commerciaux et on peut se demander si ces dernières font encore parties du monde des micro-marques du fait de leur volume. Ainsi, Christopher Ward aurait un volume de ventes de 60 millions de dollars en 2025 (45,3 millions de livres sterling en 2025, en 2023 c’était 16,8 millions, franchement ce n’est pas mal du tout dans le contexte horloger actuel). Il y a des succès commerciaux mais personne ne voit tous les échecs et les projets avortés. Les projets Kickstarters sont un exemple flagrant : les succès actuels ne sont plus du tout à l’échelle des succès des campagnes il y a 10 ans, les projets sont très nombreux et cela tend à devenir un cimetière de micro-marques avortées.

    L’autre illusion dans les micro-marques, c’est de croire qu’il suffit de monter en gamme pour changer de dimension. Maintenant que Tudor, Longines ou même Seiko ont laissé potentiellement un boulevard sur certains segments de prix, beaucoup de micro-marques ont tenté leur chance. Certaines sont passées des Miyota d’entrée de gamme vers des mouvements bien plus chers comme le G100. L’objectif est évident : grimper au-dessus des 1000 euros et devenir plus sérieuses (et entre-nous : plus rentables). Vendre moins en quantité mais faire plus de marge et de recettes.

    Sur le papier, cela paraît logique. Dans la réalité, beaucoup se fracassent les dents. Parce que vendre une montre à 400 euros et vendre une montre à 1200 ou 2000 euros sont deux choses totalement différentes. Ce sont surtout des clientèles qui n’ont rien à voir.

    La logique du « plus c’est cher mieux c’est » rentre alors en confrontation avec la réalité du marché. Car venir sur l’ancien segment de prix de Longines revient à se confronter à un tout autre environnement lui-même très concurrentiel et faisant face à une prise en ciseaux avec d’un côté les marques d’entrée de gamme et les marques du haut de gamme/luxe. Et surtout en tenant compte du fait que le marché horloger soit désormais fortement polarisé.

    Enfin, à force de vouloir monter en prix, certaines marques finissent par abandonner ce qui faisait précisément leur succès initial. On a pu voir le cas avec Furlan-Marri qui avait fait un premier succès (je me permets de citer ce cas car il est emblématique) et qui a voulu changer complètement de segment de prix pour leur 2nd modèle.

    A mon humble avis, je ne pense pas que les micro-marques vont remplacer les Rolex, Omega ou Cartier. Cela n’arrivera pas. La différence de taille est bien trop grande. Quelques centaines de millions de dollars ne font pas le poids par rapport aux 75 milliards du marché global dominé par les mastodontes de l’horlogerie. En revanche, les micro-marques peuvent occuper désormais un espace laissé vacant par le luxe devenu presque inaccessible.

    Les micro-marques sont petites. Très petites même, à l’échelle mondiale. Mais elles peuvent être plus agiles. Et l’horlogerie a besoin de cette agilité. Peut-être pas pour bouleverser la donne ou réinventer les rouages de l’horlogerie. N’est pas Louis-Abraham Breguet qui veut… Mais peut-être pour rafraîchir, ne serait-ce que par les prix, et peut-être aussi par des partis pris stylistiques quelques fois plus osés et même des petites innovations qui apportent un petit bol d’air frais salutaire dans le monde de l’horlogerie.

    In fine, il faut voir les micro-marques comme un environnement ultra-concurrentiel et avec des réalités très différentes les unes des autres. Elles peuvent diverger beaucoup l’une de l’autre. Cela dépend évidemment de leurs créateurs. Comme dans toute entreprise entrepreneuriale, les motivations, les valeurs (ou leur absence), les points forts et les points faibles peuvent être très divergents. Les créateurs de micro-marques sont des êtres humains, et rien n’est plus différent qu’un être humain par rapport à un autre. Mais les micro-marques offrent également un dynamisme, un champ des possibles qui permet à son tour une certaine diversité qui apporte un bol d’air frais dans le paysage horloger. Et je peux en témoigner à ma propre échelle, non plus en tant qu’observateur ou passionné de montres, mais aussi en tant que créateur, par rapport à mon propre engagement vis-à-vis d’Electra. Cette expérience me permet de voir encore davantage de l’intérieur la réalité de l’horlogerie, dans ce qu’il y a de plus beau et aussi les dessous des cartes des réalités économiques d’un marché aussi intéressant que divers.

    Sans les micro-marques, sans ces grains de sable, je pense que la plage serait peut-être d’une langueur monotone.

    A bientôt, peut-être pour un prochain billet.

    Don, tous droits réservés.

    #420005082431
    didou
    Membre
    Citation :
    Sans les micro-marques, sans ces grains de sable, je pense que la plage serait peut-être d’une langueur monotone.

    A bientôt, peut-être pour un prochain billet.

    Don, tous droits réservés.

    Un beau billet, une fois de plus…

    Amusant cette monotonie car "Les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon cœur d’une langueur monotone" fut le message diffusé sur Radio Londres informant la Résistance française de l’imminence du débarquement du 6 juin 44 sur les plages de Normandie.

    Et si les "micros marques" annonçaient justement "l’Ordo ab Chaos" de notre passion ?

    #420005082432
    Yagger
    Membre
    didou a écrit:

    Un beau billet, une fois de plus…

    Amusant cette monotonie car « Les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon cœur d’une langueur monotone » fut le message diffusé sur Radio Londres informant la Résistance française de l’imminence du débarquement du 6 juin 44 sur les plages de Normandie.

    Et si les « micros marques » annonçaient justement l’Ordo ab Chaos de notre passion ?

    Que vient faire la franc maçonnerie dans l’horlogerie ?

    Pour moi la seule micro marque qui tire son épingle du jeu c’est Bohen. Tout est là pour en faire une grande marque française. Un jour j’en aurai une. Chinois

    #420005082433
    didou
    Membre
    Yagger a écrit:
    Que vient faire la franc maçonnerie dans l’horlogerie ?

    Pour moi la seule micro marque qui tire son épingle du jeu c’est Bohen. Tout est là pour en faire une grande marque française. Un jour j’en aurai une. Chinois

    Je ne vois pas à quoi tu fais allusion : pour moi, Ordo ab Chao = Ordre par le Désordre et c’est une formule couramment employée dans le monde de l’entreprise ou je suis d’autant que l’idée d’un « ordre du monde » intervenu après le « big-bang » est très ancienne et universelle et donc, bien antérieure aux Francs Maçons.

    Quant à la seule marque qui tire son épingle du jeu à tes yeux c’est ton avis mais il semble un peu réducteur. Bohen fait des choses intéressantes … tout comme bien d’autres. Je te souhaite en tout cas de réaliser ton souhait.

    #420005082434
    Invité
    Membre

    @Don : merci pour ce post, qui donne des ordres de grandeur, démarche essentielle pour ne pas raisonner dans le vide, et comparer un peu hâtivement ce qui ne peut l’être, au fond : des 38 tonnes vs. des vélos, la puissance vs. l’agilité : en ce sens, le terme « micro » est tout à fait adapté je trouve, même s’il peut être empreint d’une certaine dose de condescendance, comme toujours, du grand vs. le petit qui débute.

    À l’évidence, en effet, depuis une dizaine d’années, dans un mouvement progressif qui s’accélère, les « grandes en notoriété » ont libéré l’ « espace prix historique de Seiko et Longines », allant disons, de 500€ à 1500€, et pour partie jusqu’à 2000-2500€ maxi.

    C’était le terrain de jeu des nouveaux acheteurs de montres, qui venaient du quartz de galerie commerciale, et découvraient à la fois le contenu horloger, et le prix à mettre, avec des marques de notoriété internationale. Une forme d’éducation à la fois au contenu et au prix … Pour certains (ce fut mon parcours), ce ne serait que le début d’un cheminement au delà de cette « classe d’école primaire ».

    Je m’interroge sur la capacité des « micro » (en notoriété) marques à prendre ce relai « d’éducation de futurs amateurs », en raison de leur exposition (physique en boutique, ou galerie commerciale) par nature bien plus réduite. Qu’en penses tu ?

    Au plaisir de te lire. Bien à toi

    #420005082435
    DON
    Membre
    didou a écrit:

    Un beau billet, une fois de plus…

    Amusant cette monotonie car « Les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon cœur d’une langueur monotone » fut le message diffusé sur Radio Londres informant la Résistance française de l’imminence du débarquement du 6 juin 44 sur les plages de Normandie.

    Et si les « micros marques » annonçaient justement « l’Ordo ab Chaos » de notre passion ?

    La référence est en effet totalement voulue par rapport à la citation d’origine des vers annonçant « Le jour le plus long » à la Résistance Française.

    L’ultra-concurrence entre les micro-marques entraînera forcément une sélection naturelle au fil du temps. Est-ce que ce sont les marques qui portent la meilleure qualité dans l’offre de montres qui survivront ? Ou les meilleurs concepts marketing ? Le mieux est évidemment la conjugaison des deux facteurs au sein d’une même marque. Nous verrons.

    Les micro-marques peuvent aiguillonner le marché horloger. Le changer complètement du jour au lendemain ? Je ne pense pas mais en tout cas il peut servir à montrer que la compréhension et la considération envers le client peut dépasser le stade de la tasse de café offerte dans une boutique de montres aux prix devenus délirants.

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    « Le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé« 
    Instagram : don_writer_w

    #420005082436
    Mc
    Membre

    C’est vrai que les micro-marques ont parfois le mérite de proposer des choses plus audacieuses, des couleurs plus fun, des boîtiers originaux, une approche plus décomplexée de l’horlogerie.

    Je peux comprendre l’attrait. On voit une montre sympa sur Instagram, un cadran coloré, un look vintage ou néo-toolwatch bien exécuté, un marketing efficace… et on se dit que pour l’été, pour les vacances ou simplement pour changer un peu, c’est parfait. Une montre sans prise de tête, amusante, esthétique et relativement accessible.

    Mais sans vouloir dénigrer qui que ce soit — et cela reste évidemment une perception très personnelle — j’ai souvent le sentiment que beaucoup de micro-marques sont à l’horlogerie ce que la fast fashion est à la mode.

    Le plaisir est immédiat, mais souvent assez éphémère. Une fois l’effet de nouveauté passé, je réalise généralement que la montre ne correspond pas réellement à ce qui me passionne dans l’horlogerie.

    Au bout du compte, on reste souvent sur des mouvements très basiques, parfois franchement médiocres, une qualité de fabrication assez standardisée, des finitions souvent très moyennes et une production intégralement asiatique. Certaines sont très correctement exécutées pour le prix évidemment, mais rarement mais la « substance » finit toujours par faire défaut pour moi et la montre finit dans le tiroir pour ne plus en sortir.

    Par ailleurs, comme la majorité des micro-marques évoluent aujourd’hui dans une tranche de prix comprise entre 600 et 1500 CHF/EUR, je trouve personnellement qu’il existe énormément de choses plus intéressantes sur le marché vintage pour le même budget. Des montres qui nourriront mieux mon besoin horloger si je puis dire.

    Evidemment ce n’est que mon sentiment personnel, lequel n’a pas être partagé par tous

    #420005082437
    ARDILLON2568
    Membre

    Post intéressant à plus d’un titre et qui aborde l’univers sur-abondant (mais pour combien de temps ?) des micro-marques dans le paysage horloger ainsi que ses nombreux atouts qui sont par ailleurs mis en évidence dans les réponses des intervenants ! On peut aborder aussi le changement d’attitude/ profil du consommateur -amateur de tocantes ! A l’heure de la personnalisation , dopée à la sauce InstaTiktokbooké , les marques traditionnelles n’offrent peu ou pas , la possibilité de configurer un modèle parmi un choix de composants étendus à l’instar de Laco, Formex, CWard et d’autres encore et ça n’a pas l’air vraiment de les interpeller !
    L’Apple Watch et ses consœurs connectées au look uniformisé ( à part les bracelets … tiens tiens Incompréhensible ) cohabitent désormais avec des compagnes mécaniques qui s’invitent aux poignets des jeunes et moins jeunes ! Il y a de l’utilitaire et du glamour, du fun , du plus noble du plus traditionnel , plus hype, plus…. Et ainsi dans ce contexte et avec une offre pléthorique à coût forcément contenu pour la majorité , les micro-marques donnent la possibilité d’acquérir une / des montres sans forcément s’arracher un bras et le poignet qui va avec …! Après la bataille des mouvements (myota-sellita-seiko) après la bataille de l’assemblage (chouette ça pérennise des emplois à Besac Ou chez » la plus belle manufacture française » bravohap Wink DON) et celui à venir du S.A.V , ces paramètres associées à une stratégie de com sans failles , conditionneront à terme la réussite ou l’échec de ces nouvelles-anciennes marques ressuscitées !
    Bonne continuation et bon courage à elles Chinois
    Salutations horlogères

    #420005082438
    LochNess
    Membre

    Les micro marques ont de beaux jours devant elles, rien que ce matin sur instagram j’ai eu connaissance de deux nouvelles françaises, alors que j’essaye de suivre au mieux les nouveautés…
    A la recherche d’une nouvelle montre, je zieute un peu partout et les micro marques savent nous parler, design, specs intéressantes, bon prix, un sentiment un peu chauvin et l’assemblage en france par ex…

    Les suisses, leur argument ? « une montre suisse » mais des specs en dessous, pas de bracelet avec micro ajustement rapide, du superluminova c1 (un des plus mauvais) ou meme pas de mention du type de lume (même après avoir contacter le SAV d’une marque du groupe swatch, ils n’ont pas voulu préciser…) pas de détails sur le boitier… en tout cas, pour ma recherche sous les 1000 euros.

    a comparer avec Baltic, beaubleu, serica, ou meme les nouveautés top du petit nouveau arcange en france, traska, lorier, Laco, Stowa, et bien sur Christopher Ward qui devient grand.

    #420005082439
    BLM
    Membre

    Merci pour ce nouveau billet de grande qualité.

    C’est vrai que l’on s’y perd de plus en plus avec ce « label » micro-marque. Si l’argument « montre suisse » peut parfois être discutable, celui « micro-marque » tout autant tant il existe un gap entre toutes ces propositions.
    Certaines sont de grandes qualités et innovantes dans leur genre, d’autres, n’apportent quant à elles absolument rien si ce n’est l’impression d’acheter une forme d’exclusivité. Toujours intéressant de gratter ce qu’il y a derrière et parfois c’est très faible ou juste très chinois…

    Bémol écrit elles apportent un réel vent nouveau. Une possibilité de ne pas se sentir obligé de faire comme les autres, de pouvoir tracer son propre chemin. J’aime beaucoup cet aspect, cette liberté.
    Après je n’ai jamais encore sauté le pas. Bizarrement j’ai toujours eu l’impression que ça restait cher pour ce que c’était. Impression fausse comme tout impression évidemment.

    Intéressant aussi de voir comment certaines réussissent à briller en misant sur l’exclusivité et la qualité. Je pense à Laventure. Assez bluffant même.

    Sinon Stowa ne peut pas être considéré comme une micro-marque. Wink

    #420005082440
    Gagliapun
    Membre
    Mc a écrit:
    C’est vrai que les micro-marques ont parfois le mérite de proposer des choses plus audacieuses, des couleurs plus fun, des boîtiers originaux, une approche plus décomplexée de l’horlogerie.

    Je peux comprendre l’attrait. On voit une montre sympa sur Instagram, un cadran coloré, un look vintage ou néo-toolwatch bien exécuté, un marketing efficace… et on se dit que pour l’été, pour les vacances ou simplement pour changer un peu, c’est parfait. Une montre sans prise de tête, amusante, esthétique et relativement accessible.

    Mais sans vouloir dénigrer qui que ce soit — et cela reste évidemment une perception très personnelle — j’ai souvent le sentiment que beaucoup de micro-marques sont à l’horlogerie ce que la fast fashion est à la mode.

    Le plaisir est immédiat, mais souvent assez éphémère. Une fois l’effet de nouveauté passé, je réalise généralement que la montre ne correspond pas réellement à ce qui me passionne dans l’horlogerie.

    Au bout du compte, on reste souvent sur des mouvements très basiques, parfois franchement médiocres, une qualité de fabrication assez standardisée, des finitions souvent très moyennes et une production intégralement asiatique. Certaines sont très correctement exécutées pour le prix évidemment, mais rarement mais la « substance » finit toujours par faire défaut pour moi et la montre finit dans le tiroir pour ne plus en sortir.

    Par ailleurs, comme la majorité des micro-marques évoluent aujourd’hui dans une tranche de prix comprise entre 600 et 1500 CHF/EUR, je trouve personnellement qu’il existe énormément de choses plus intéressantes sur le marché vintage pour le même budget. Des montres qui nourriront mieux mon besoin horloger si je puis dire.

    Evidemment ce n’est que mon sentiment personnel, lequel n’a pas être partagé par tous

    C’est partiellement vrai et tu mets le doigt à mon sens sur la différence qu’il y a ou peut y avoir entre une micro-marque et un indépendant. Si on prend l’exemple de Bohen, Laventure ou Sartory Billard, les finitions sont remarquables (et suisses) et certains mouvements proposés sont loin d’être basiques.

    Il me paraît par exemple difficile de comparer la Stella Veloce de Bohen à une Depancel. Au final, je préfère les termes « nouvelle marque » et « manufacture », même si là aussi ça cache parfois de vilaines surprises liées au Swiss Made.

    La notion de micro marque ne veut plus dire grand chose si l’on prend un peu de recul, les plus grandes manufactures ont commencé un jour quelque part, tout comme les plus grands indépendants. Mais je te rejoins sur le fait que toutes ces nouvelles marques qui ne proposent que de l’emboitage sans tenter de se créer une identité propre risquent de surfer sur la hype des réseaux sociaux avant de s’effondrer.

    Au contraire, celles qui réussissent rapidement à créer et consolider une identité visuelle ont de beaux jours devant elles à mon humble avis, je pense notamment à Serica qui ne propose certes pas des finitions stratosphériques et des grandes complications mais qui propose des montres qui ne ressemblent à aucune autre.

    #420005082441
    DON
    Membre
    Homere94 a écrit:
    @Don : merci pour ce post, qui donne des ordres de grandeur, démarche essentielle pour ne pas raisonner dans le vide, et comparer un peu hâtivement ce qui ne peut l’être, au fond : des 38 tonnes vs. des vélos, la puissance vs. l’agilité : en ce sens, le terme « micro » est tout à fait adapté je trouve, même s’il peut être empreint d’une certaine dose de condescendance, comme toujours, du grand vs. le petit qui débute.

    À l’évidence, en effet, depuis une dizaine d’années, dans un mouvement progressif qui s’accélère, les « grandes en notoriété » ont libéré l’ « espace prix historique de Seiko et Longines », allant disons, de 500€ à 1500€, et pour partie jusqu’à 2000-2500€ maxi.

    C’était le terrain de jeu des nouveaux acheteurs de montres, qui venaient du quartz de galerie commerciale, et découvraient à la fois le contenu horloger, et le prix à mettre, avec des marques de notoriété internationale. Une forme d’éducation à la fois au contenu et au prix … Pour certains (ce fut mon parcours), ce ne serait que le début d’un cheminement au delà de cette « classe d’école primaire ».

    Je m’interroge sur la capacité des « micro » (en notoriété) marques à prendre ce relai « d’éducation de futurs amateurs », en raison de leur exposition (physique en boutique, ou galerie commerciale) par nature bien plus réduite. Qu’en penses tu ?

    Au plaisir de te lire. Bien à toi

    Merci pour ton message et surtout pour cette réflexion ouverte à ce sujet.

    Je partage entièrement ton constat sur cet « espace historique » progressivement abandonné par les marques des grands groupes. Pendant longtemps, cet espace, je dirais en particulier celui se situant entre entre 1000 € et 2500€ représentait effectivement une forme de porte d’entrée dans l’horlogerie mécanique « sérieuse ». On découvrait alors non seulement une marque ou une montre mais aussi une ouverture sur la culture horlogère : un mouvement automatique, un certain soin du cadran, du boitier, des proportions, du confort au poignet.

    C’était aussi une période où certaines maisons proposaient encore des montres accessibles sans avoir le sentiment d’acheter un produit volontairement amputé ou inférieur pour pousser artificiellement vers des gammes plus élevées. Une bonne Longines (même sans les grands mouvements d’époque) pouvait suffire à donner le sourire et surtout à donner envie de continuer à découvrir l’horlogerie.

    La question que tu poses sur les « micro » marques est à mon avis essentielle car il existe effectivement un risque : celui de voir disparaître cette fonction « éducative » ou initiatique qui existait auparavant grâce à la visibilité physique des grandes marques. Voir des montres en vitrine, entrer dans une boutique, essayer différents modèles, comparer les tailles, les cadrans, les sensations… tout cela joue un rôle immense pour une personne qui découvre l’horlogerie. Internet aide énormément mais il ne remplacera jamais totalement le contact réel avec l’objet.

    En revanche, là où je reste peut-être plus optimiste, c’est que les petites structures disposent aussi d’une liberté que les grands groupes ont progressivement perdue. Elles peuvent encore parler avec sincérité (pas tout le temps non plus, il faut pondérer, cela dépend des marques et des créateurs), prendre certains risques esthétiques, proposer des objets cohérents.

    Le problème est évidemment celui de la visibilité et surtout celui de la confiance. Une grande marque bénéficie d’un héritage, d’une présence physique, d’une légitimité installée depuis parfois un siècle. Une jeune structure doit pratiquement tout construire en même temps : le produit, l’image, la crédibilité, le réseau, le SAV, la communication… ce qui explique aussi pourquoi beaucoup disparaissent rapidement. Essayez par exemple de vous rendre visible quand vous avez un grand groupe qui sort une collab en plastique coloré avec un mouvement jetable ! Ce n’est pas quelque chose d’aisé et évidemment les moyens déployés n’ont rien à voir.

    Mais je pense malgré tout qu’une partie de l’avenir de l’horlogerie se jouera précisément dans cet espace que les marques des grands groupes ont progressivement déserté. Non pas uniquement sur le prix mais sur le rapport entre le produit proposé, le discours tenu et le plaisir réel procuré au poignet.

    Et au fond, c’est peut-être là le plus important : redonner envie d’avoir envie.

    Au plaisir d’échanger avec toi également.

    _________________

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    #420005082442
    10tocantes
    Membre

    Bonjour, je pense que les salons horlogers qui se tiennent sur notre territoire contribuent à faire connaître et s’épanouir les micro-marques. J’ai passé beaucoup de temps au 1er salon Time is Precious du mois de mars et ce fût un délice que d’échanger avec les représentants de marques comme ZRC, Briston, Serica, Eska et autres.

    Elle n’était pas présente à ce salon mais l’une de nos micro-marques françaises que j’apprécie beaucoup est Charlie Paris. Elle est parfois (souvent?) décriée sur FAM mais cette marque me semble mettre un effort tout particulier sur la transparence et la qualité de ses produits, qu’ils soient de styles très classiques ou plus audacieux/décomplexés pour reprendre des termes utilisés plus haut. Le site Web est très bien fait, mis à jour régulièrement et ne se contente pas de lister les modèles commercialisés. Les ventes en ligne sont expédiées très rapidement, le SAV répond et travaille très rapidement (en tout cas, de mon expérience). Les tarifs sont ultra corrects et accessibles.

    Cerise sur le gateau et ça fait une sacrée différence, 2 boutiques sur Paris où l’accueil est top. En tout cas, il l’a été à chacune de mes 2 visites. Vendeurs très pro qui savent expliquer leurs produits et font l’effort de prendre du temps avec les visiteurs, qu’ils achètent ou pas. 12 années depuis leur naissance, ça marche, ça tient. Que du bon en ce qui me concerne.

    On n’est pas dans le luxe ou l’ostentatoire, juste dans de la belle montre qualitative qui donne envie et que tout le monde peut se payer. Pour moi, le désir de donner envie est là.

    Il en faudrait plus comme ça.

    #420005082443
    DON
    Membre
    BLM a écrit:
    Merci pour ce nouveau billet de grande qualité.

    C’est vrai que l’on s’y perd de plus en plus avec ce « label » micro-marque. Si l’argument « montre suisse » peut parfois être discutable, celui « micro-marque » tout autant tant il existe un gap entre toutes ces propositions.
    Certaines sont de grandes qualités et innovantes dans leur genre, d’autres, n’apportent quant à elles absolument rien si ce n’est l’impression d’acheter une forme d’exclusivité. Toujours intéressant de gratter ce qu’il y a derrière et parfois c’est très faible ou juste très chinois…

    Bémol écrit elles apportent un réel vent nouveau. Une possibilité de ne pas se sentir obligé de faire comme les autres, de pouvoir tracer son propre chemin. J’aime beaucoup cet aspect, cette liberté.
    Après je n’ai jamais encore sauté le pas. Bizarrement j’ai toujours eu l’impression que ça restait cher pour ce que c’était. Impression fausse comme tout impression évidemment.

    Intéressant aussi de voir comment certaines réussissent à briller en misant sur l’exclusivité et la qualité. Je pense à Laventure. Assez bluffant même.

    Sinon Stowa ne peut pas être considéré comme une micro-marque. Wink

    Disons qu’une énième marque qui propose du NH35 ou même du Sellita SW200, c’est sûr que cela n’apportera pas grand chose au monde de l’horlogerie au niveau des mouvements. D’un autre côté, vous n’imaginez pas les coûts de developpement d’un mouvement de manufacture. C’est monstrueux. Aussi, dans ce domaine, je pense qu’il faut distinguer d’un côté des marques comme Pequignet qui ont fait de vrais mouvements de manufacture (et en ont payé le prix fort) et de l’autre des marques qui parlent de mouvements de manufacture alors qu’il s’agit en fait de customization plus ou moins poussée sur base de mouvements existants. Et d’ailleurs souvent ces mouvements peuvent être vendus clefs en mains par des entreprises spécialisées dans ce domaine, sur base de mouvements japonais ou suisses.

    Du fait des coûts de développement de vrais mouvements de manufacture, les « micro-marques » sont conduites naturellement à exprimer de la créativité sur d’autres éléments. Les « micro-marques » et même celles qui se sont bien développées, n’ont généralement pas les moyens d’un ETA intégré au Swatch Group. De mon côté, pour prendre un exemple concret, je préfère me focaliser sur un mouvement que j’ai jugé fiable, qui est à son tour ultra-contrôlé à réception en s’appuyant sur le processus qualité d’une vraie manufacture, c’est le cas de Pequignet, puis assemblé et enfin et surtout bien réglé par leurs horlogers à Morteau. Ma singularité sera donc de proposer un assemblage et un réglage fin pour les DDD par exemple sur base du P024. La créativité pour moi s’exprime davantage sur le cadran qui est pour moi l’un des derniers grand espace de liberté dans l’horlogerie. Et cette créativité, je souhaite la pousser au fur et à mesure du développement d’Electra.

    Evidemment c’est mon angle et cela ne veut pas dire qu’il n’y a que cet angle qui est valable pour tout le secteur. Certains proposeront des boitiers avec une couronne particulière placée de manière moins habituelle, cela peut se traduire par une lunette dans une matière particulière. Cela peut se traduire par des collabs aussi qui peuvent bien fonctionner, comme c’est le cas pour Unimatic que j’ai connu il y a bien des années. Evidemment cela dépend des prix des pièces et des moyens consacrés. Ce que fait ou peut faire Sartory-Billard n’aura rien à voir avec ce que peut faire un Baltic.

    Chaque « micro-marque » aura son angle, sa singularité (ou pas). Chinois

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    #420005082444
    Mahdi.
    Membre
    DON a écrit:
    …

    Billet très intéressant. La métaphore des grains de sable dit l’essentiel : une part de marché marginale, mais une utilité réelle pour l’écosystème

    Ce qui me semble déterminant à terme, c’est moins le mouvement que l’identité visuelle. Les marques qui survivront sont celles qui ont construit quelque chose d’immédiatement reconnaissable, indépendamment du prix

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