Le cabinet de curiosités

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15 sujets de 1 à 15 (sur un total de 54)
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  • #420004628330

    La suite de ce billet de couleur bleue ne laisse pas d’entrevoir l’azur sous les aiguilles du temps qui espacent nos nuits. Qu’elles soient de chine en gousset ou de la Place Vendôme en Or blanc sans Lum itou, elles restent là, fidèles à nos regards, ces montres.
    Comme le staccato des roues sur les rails du Paris-Vintimille bercent les étudiants amoureux qui rêvent de Vérone, comme le grincement de la 4ème marche qu’un jour depuis 32 ans je promet de suprimer, ou comme le tictac de la pendule. Ces insolites repères qui reviennent? Comme ça sans crier: Gare!
    Quelle heure la vie m’apprend t’elle? 23h19? Diable!
    J’ai raté 23h18.
    Je vais reprendre au chap.8

    #420004628331
    Eric67
    Membre

    10. Exotica

    Le cabinet de curiosités - Page 3 Pxl_2815

    Filature

    Le cabinet de curiosités - Page 3 Pxl_2816

    Philharmonies

    #420004628332

    Tout est affaire de goût…Le cabinet de curiosités - Page 3 Img_7912

    #420004628316
    Eric67
    Membre

    Merci aux quelques uns qui ont laissé un commentaire, ainsi qu’aux quelques autres qui ont tenu jusqu’ici. Chinois

    #420004628317
    KrissBZH
    Membre

    De chouettes papiers où l’on sent le vrai plaisir à partager… Ca vaut le coup de passer un peu de temps dans ton cabinet de curiosités.

    Maintenant j’avoue que sur les photos de macro, je reste un peu sur ma faim et j’aimerais vraiment que tu descendes au niveau atomique. Car une question jusqu’ici sans réponse nous taraude tous : qu’est-ce qui pèse le plus lourd tout en offrant la meilleurs alternance poli-brossé : un molécule de Seiko, ou une molécule de Rolex ?

    Encore merci.

    Stéph.

    #420004628333
    Eric67
    Membre
    Raxevis Arcofin a écrit:
    Tout est affaire de goût…Le cabinet de curiosités - Page 3 Img_7912

    Shocked

    #420004628318
    Eric67
    Membre

    7. Le temps des Héros, Acte I : Grandeur de Suisse et Grandesse d’Espagne

    Le regard balaye la plaine, autour de Grenade. Le point de vue est neuf, le regard inédit du chevalier chrétien remplace celui du Maure séculaire. Dans la plaine tout autour la poussière retombe à peine, lestée de ce goût de sang qui fait suite aux batailles. Les corps déchiquetés jonchent le sol, tandis que le ciel s’emplit d’une clameur. La victoire, comme le luxe, a l’odeur du sang. Là-dessus, du haut des remparts, flottent les drapeaux : d’or à une croix de gueules fleurdelisées, d’or à une croix de sinople fleurdelysée, et l’épée de Saint Jacques fichée sur l’Alhambra. La justice est du côté des vainqueurs, ne serait-ce qu’un temps, qu’importe, gloire et louanges sont le suc des toubadours. Les remparts ont cédé, Grenade, mure, est tombée, le vers est dans le fruit. La prise de Grenade, en 1492, signe le dernier acte de la Reconquista. L’Ordre de Calatrava en fut l’un des protagonistes. Et ce fut son dernier acte de bravoure. Les temps changent, comme on dit, et bientôt l’esprit chevaleresque, religieux et militaire, finira en distinction honorifique. Les biens confisqués, puis sécularisés.`
    L’histoire de l’Ordre n’est qu’une suite de hauts faits. De la conquête au milieu du xiie siècle, dans la plaine du Campo de Calatrava de la forteresse musulmane de Gal’at Rabah (en espagnol: Calatrava), bâtie au bord du fleuve Guadiana, à l’échec des Templiers face aux Almohades, à la fondation par Raymond, abbé du monastère cistercien de Santa María la Real de Fitero, en Navarre, petite-fille de l’abbaye de Morimond, et l’érection en ordre militaire par une bulle du pape Alexandre III en date du 14 septembre 1164. La défaite, aussi en 1195 à Alarcos, et la prise du château de Salvatierra, aux confins de la Sierra Morena, dont l’ordre prendra temporairement le nom. Et la grande victoire à la bataille de Navas de Tolosa en 1212 et l’installation à Calatrava la Nouvelle. En passant par l‘épisode des frères Carvajal, enfermés dans une cage en fer dont les bords sont couverts de pointes affilées puis jetés du sommet de la Pena de Martos, pour l’assassinat du chevalier Jaun de Benavides, favori du roi Ferdinand IV. Pour cette exécution, pour cette injustice, le roi sera enjoint de comparaitre devant Dieu sous trente jours. Ce qu’il fit. Décidément le temps est assassin. Les hommes aussi, parfois, mais moins certainement. Ferdinand l’Ajourné. Comme tout-un-chacun.
    Et c’est ainsi que l’histoire de Calatrava se dissipe dans la brume des temps, comme une silhouette blanche, et chaste, et pauvre, et obéissante, vouée au silence du sommeil par la règle reçue du Pape, et de Cîteaux. Les troubadours s’en sont allés, leurs chants demeurent.

    Au début des années trente Patek Philippe, l’entreprise héritée d’Antoni Patek Prawdzic et de Jean Adrien Philippe, est en situation de faillite. Depuis la Première Guerre Mondiale, les marchés européens se sont refermés. Le Brésil n’est plus que souvenir de Gondolo & Labouriau. Puis, suite à la crise de 1929 et à la Grande Dépression, les rapports venus d’Amérique se font de plus en plus alarmants. C’est finalement un consortium mené par les frères Charles Henri et Jean Stern, alors cadraniers et fournisseurs de Patek Philippe qui est préféré à Lecoultre, fournisseur d’ébauches, pour reprendre en mains les destinées de Patek Philippe.
    Ce n’est pas seulement la crise économique qui a conduit Patek Philippe dans pareil abîme. Mais la firme s’était assoupie, notamment face à cette mutation née des champs de bataille, ou symbolisée par le poignet de ce Brésilien, cet Alberto Santos-Dumont, sillonnant Paris de son dirigeable et faisant étape dans quelque café parisien. Au début de la Première Guerre Mondiale, 7% des montres produites par Patek Philippe sont des montres bracelets, essentiellement pour dames, 28% en 1924, et 13% en 1928. C’est à cette époque que l’horloger met la dernière main à la Graves.
    Patek Philippe a besoin d’être relancée, si ce n’est refondée. Cela se fera sous l’égide d’hommes nouveaux. Jean Pfister est nommé directeur technique de la manufacture en 1933. Le fleuron, le fer de lance en sera la 96.
    En ce début du XXème siècle, l’art nouveau est moribond. Les lauriers sont fanés. Les inflorescences se délitent, et l’ombre des charmilles n’est plus rafraichissante. Les plantes se flétrissent, les arabesques se dénouent en lignes tendues, les nœuds du bois sont tranchés. C’est une nouvelle saison qui succède aux quatre anciennes. C’est l’art déco qui étend ses ramifications. Les magnats américains n’ont d’yeux que pour le style Rockefeller. Le design, ici, s’appelle Bauhaus. Aux manettes, David Penney. Sur la table de dessin, le papier à l’odeur de l’élan créatif. Ça ne sent pas le parfum des fleurs mais le papier et le crayon. L’encre n’est pas de pollen, mais de craie. Point de sève qui coule en arabesques et circonvolutions, mais les lignes de l’équerre et du compas. Fi des décorations, la forme suit la fonction. En épurant ses formes, en tendant ses lignes, la 96 sera une émanation de ces conceptions nouvelles. La lunette se fait plate, les cornes intégrées, les index appliqués, les aiguilles dauphines. Ce faisant, la 96 invente l’épure de la montre bracelet, l’archétype, et comme un miracle, son expression la plus achevée, tout de go, son paradygme. Lancée avec une ébauche Lecoultre de 12 lignes, elle recevra bientôt le mouvement de manufacture 12”’120.
    .
    La manufacture genevoise fit enregistrer officiellement la croix de Calatrava comme logo le 27 avril 1887. Ce dépôt fut renouvelé le 25 janvier 1908, Patek Philippe faisant alors également protéger le terme de « croix de Calatrava ». C’est le nom qu’allait porter cette montre, comme celles qui allaient lui succéder, jusqu’à nos jours. Elle allait prendre sur ses épaules toute cette histoire, tout cet héritage, qui passe par les médailles aux Expositions Universelles, celles aux Concours de Chronométries, par les têtes couronnées, par les industriels des Amériques, par la campagne de publicité Générations, et qui allait faire de Patek Philippe une marque presque sacrée, le Temple de l’Horlogerie, le summum de l’objet positionnel de poignet.

    Dans le train qui relie Ciudad Real à Albacete, dans le sud de la Castille, un voyageur mostrophile, à moitié assoupi, à moins que ce ne soit à moitié rêveur, laisse aller son regard par la fenêtre du train. Ce n’est certes pas n’importe quel voyageur, nous nous voudrions de ne pas lui rendre justice, et la marche du train, la monotonie du roulement sur les rails, la scansion toute mécanique des lieues qui défilent comme des heures, ne sauraient manquer d’avoir quelque effet sur une complexion tournée vers la méditation. Les arbres fruitiers épars dans la plaine infinie se déplacent à toute allure. Plus le regard se perd dans les lointains et plus une sorte de torpeur semble gagner le paysage, ahuri de soleil. Ce moulin à vent, tout là-bas paraît immobile, ou presque. A la limite, tout au loin, on dirait que rien ne bouge. A l’extrême, à perte de vue, on pourrait croire que rien ne bouge, que le temps s’arrête, mirage d’éternité. Parallaxe.
    Pourtant, quelque chose le gêne. Il ne saurait dire quoi. C’est comme le bourdonnement du moustique dans la chambre où l’on cherche le repos, c’est comme une tache sur le plafond blanc immaculé qui n’est qu’un défaut du cristallin, ou une illusion, c’est comme une permanence rétinienne, une rémanence… Dans cette historique Castille, dans ses longues plaines, ou sur ses plateaux arides, il lui semble deviner du coin de l’oeil une ombre qui la parcourt depuis peut-être toujours. Elle peut bien s’estomper sous le soleil de plomb, orthogonal, à son zénith, ou dans la fraîcheur de la nuit obscure, elle réapparaît dès que les rayons se font plus obliques, moins francs, moins directs, plus perspicaces, soir ou matin. C’est que ce voyageur a ses lettres, non pas de noblesse, mais d’images nourries de son imaginaire.
    Ce dont il ne peut se défaire, cet onirique voyageur, c’est de d’une étrange silhouette, ubiquitaire en cette Castille, et bien indifférente aux effets de manche de notre plaidoirie, une étrange silhouette, dont on peine à fixer les contours. Il y verra comme un centaure, efflanqué, haut, dégingandé. Et à sa suite sa réplique seconde plus petite, plus ronde. Quelque chose comme une noire lueur de folie doublée d’une ombre de bon sens.
    C’est comme un aiguillon qui lui rappelle que les choses ne sont jamais ce qu’elles paraissent être, c’est comme une dyslexie qui conteste la conventionalité des mots, comme le grain de sable qui enraye les rouages, Un legs de bénédiction. C’est comme une contrepèterie dans un vers de Racine, et la généalogie de Solal del Solal ne passe-t-elle pas par Mangeclous ? C’est comme un Capitaine des Vents dans le fondement, comme un choix dans la date. Comme un accroc au voile de Maya, qui a des jours, et surtout des nuits grêlées de constellations menteuses falla-cieuses, déchirées, désespérées… Le dithyrambe n’est-il pas un chant de satyre ?
    Ce n’est sans doute pas un hasard si c’est en cette terre de Castille où comme peut-être nulle part ailleurs on ne comprend mieux ce que sont la noblesse et la grandeur, qu’il s’est trouvé un manant qui put se croire chevalier, qui fit d’un moulin un géant, d’une vielle rosse un destrier, d’une gueuse une princesse. Il y a des chevaliers métaphysiques comme il y a des mendiants métaphysiques.
    Et qui laisse à pe(a)nser, ou à rêver, que sous les travestissements, sous les apparats, sous les oripeaux, un Garde-Temps n’est jamais qu’une montre, une Icône itou, un Salon jamais qu’une boutique, un Collectionneur un client, une Histoire un story-telling, un Horloger un artisan. Mais aussi que la grandeur est ambiguë, équivoque. Et si elle peut être un déguisement, a contrario elle peut aussi être une aspiration vers le mieux, une volonté de dépasser sa condition, une transcendance, une quête d’Absolu. C’est aussi une aspiration. Il y a autant de grandeur dans la folie qu’il y a de folie dans la grandeur. Le rire qu’inspire le chevalier est cristallin de bienveillance, tout autant qu’il part en éclats, coupants. Une montre n’est que bien peu de choses dans le Grand Schème des Choses.
    Au lointain, le voyageur on voit poindre l’aurore aux doigts de rose, presque assoupi. Tout est affaire de perspective. Le matin, l’ombre s’étend à l’ouest, le soir à l’est. Il y a un matin, il y aura un midi, il y eut un soir. Il y eut la Graves, il y a la Calatrava et il y aura la Thiffany, aussi. Le jour se lève, et le voyageur n’est seul que de ses chimères. Et Chiron, médecin, est fils de Chronos.

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    Croix de Calatrava

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    Patek Philippe 96

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    Mouvement 12 »’120

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    Une ombre

    #420004628319
    Eric67
    Membre

    8. Artificialia

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    Le cadavre exquis…

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    …boira le vin nouveau.

    #420004628320
    anno69
    Membre

    Merci Éric pour ce voyage dans l’esprit et à travers l’histoire Chinois

    #420004628321
    py3.14
    Membre

    C’est beau et instructif.. merci Eric (enfin du style et du serieux, pas comme le monceau d’âneries que je raconte. Fais gaffe je serais capable de reecrire tes textes Mr. Green

    #420004628322
    Eric67
    Membre
    anno69 a écrit:
    Merci Éric pour ce voyage dans l’esprit et à travers l’histoire Chinois

    Tout le plaisir est pour moi. Chinois

    py3.14 a écrit:
    C’est beau et instructif.. merci Eric (enfin du style et du serieux, pas comme le monceau d’âneries que je raconte. Fais gaffe je serais capable de reecrire tes textes Mr. Green

    Dans ce cas je serai ton premier lecteur. Le cabinet de curiosités - Page 2 Blunt_gi Boutade mise à part, j’ai pris beaucoup d’intérêt à ta revue de la Marine. Les histoires de marins ont toujours quelque chose d’à la fois étrange et passionnant pour un bouseux comme moi. Chinois Et l’image des amateurs de Grand Seiko (dont je suis) en lévitation en train de déféquer sur les autres amateurs en-dessous ne laisse pas de me faire sourire. Shocked Le cabinet de curiosités - Page 2 Blunt_gi

    #420004628323
    broncos
    Membre

    Toujours un plaisir à te lire mon cher Eric… Chinois

    #420004628324
    anno69
    Membre
    py3.14 a écrit:
    C’est beau et instructif.. merci Eric (enfin du style et du serieux, pas comme le monceau d’âneries que je raconte. Fais gaffe je serais capable de reecrire tes textes Mr. Green

    Moi j’aime bien tes pavés d’âneries aussi épais que rafraîchissants à lire Le cabinet de curiosités - Page 2 Blunt_gi

    #420004628325
    Pat51
    Membre

    Beau, agréable à lire et instructif, ça fait plaisir …
    bravohap

    #420004628326

    C est beau, instructif, mais incompréhensible sans dico pale

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