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- Ce sujet contient 53 réponses, 27 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par
py3.14, le il y a 4 années et 10 mois.
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14 novembre 2021 à 7h29 #420004628307
py3.14
MembreMerci beaucoup!
14 novembre 2021 à 8h47 #420004628308Eric67
Membre14 novembre 2021 à 9h08 #420004628309anno69
MembreBonjour Eric
Que ce soit tes textes, tes photos ou tes interventions très souvent drôles et pertinentes
Il n’y a pas à dire tu sais faire et avec les formes!
Change rien
14 novembre 2021 à 10h57 #420004628310Panini
MembreUne plume toujours bien aiguisée Eric
Elle a l’air d’être cool ta planète
24 décembre 2021 à 3h14 #420004628311Eric67
Membre5. Le temps des Hommes, Acte III : Seiko SLA017
2017 est une année charnière pour Seiko.
C’est Seiko qui, en 1969, présente la première montre à quartz, en l’espèce la Seiko Astron. Seiko est souvent qualifiée de « marque d’ingénieurs », cela est peut-être vrai, mais on pourrait aussi bien dire que Seiko est une marque focalisée sur le produit. Seiko n’est pas culturellement une marque de luxe. Ainsi, éblouie par l’évidente supériorité du quartz sur la mécanique, et croyant au progrès technique, Seiko a abandonné toute ambition dans l’horlogerie mécanique. On peut en effet, dès lors, avoir pour une poignée de devises une montre bien meilleure qu’auparavant. L’avenir appartient au quartz. Seiko en est encore là en 2017, peu ou prou. La production mécanique de Seiko est une production d’entrée de gamme, parfois de bas de gamme. Seiko n’a pas cru à la montre mécanique, elle l’a abandonnée. Seiko s’apprécie sur les étals des galeries marchandes.
En 2017, il est donc patent que Seiko n’a pas su monter dans le train du renouveau de la montre mécanique. C’est qu’il est lancé à toute vitesse, ce train, et c’est l’horlogerie suisse qui l’a affrété. Devant le désastre électrique, au bord de l’abîme, celle-ci a su faire montre d’une capacité de rebond inattendue, inouïe. Le travail a été colossal. Une réponse dont l’efficacité et la réussite laissent perplexe de stupeur, si ce n’est d’admiration. Les premiers tremblements de ce repositionnement ont consisté en une phase de démonstrations techniques et esthétiques, et ont vu une déferlante de tourbillons et autres joyeusetés mécaniques, parfois jusqu’à l’extravagance. Il a fallu redorer le blason de la mécanique, lui rendre ses lettres de noblesse. Montrer la beauté, l’exposer, l’étaler. Etonner, surprendre, émerveiller. Faire ce que le quartz ne sait pas faire. Repositionner la montre mécanique dans un monde plus subtil, plus accessoire, plus contingent, le monde noble et immaculé du luxe, débarrassée de toute cette utilité poisseuse, de toute cette nécessité gluante. Du goudron et quelques plumes, et l’infâmie de la montre à quartz sera consommée. Afin d’infuser cette idée bientôt certitude, puis vérité, dès lors incontestable, dans l’esprit du consommateur bientôt amateur qu’une montre de qualité se doit, nécessairement, d’être mécanique, et rien que mécanique. Afin d’instiller cette idée que la montre mécanique a toute sa place dans la panoplie des objets positionnels. L’ère de la conquête du temps est désormais révolue. L’ère du luxe est dorénavant ouverte. Il n’y a plus qu’à récolter les fruits de cette semaison. Le besoin n’est plus de justifier la valeur de l’objet par des raffinements, par des démonstrations. Plus besoin de mettre en exergue ce que la mécanique a de spécifique. La montre mécanique est un objet positionnel, un objet de luxe. Point. Fin de l’histoire. On peut dès lors vendre des mécanismes mécaniques industriels, emboîtés dans des montres en acier, elles-mêmes industrielles, à des prix totalement absurdes.Il y a bien eu en 1998 le retour d’une Grand Seiko mécanique, et le retour d’un mouvement haut de gamme avec le 9S55. Mais, en 2017, GrandSeiko reste une marque méconnue, essentiellement cantonnée à son marché natif. Oh, il est vrai que des bribes ont transparu, et ont commencé à se faire connaître. On murmure des mots à peine compréhensibles: Zaratsu, Grammaire du design, bientôt hi-beat, Spring Drive, 44GS… Dans nos contrées incultes, des missionnaires s’investissent du mandat de propager la bonne parole. Les informations sont distillées goutte à goutte. Il paraît que là-bas, dans l’orient extrême, il existe des montres dont les finitions, dont la qualité mécanique sont sans-pareilles. C’est du jamais vu. C’est sans précédent. Là-bas, on ne se paye pas de mots, de marketing, de story-telling, de fadaises, on a ce pour quoi l’on paye. Dans une ambiance de bougies tamisées, des zélotes encapuchonnés, masqués de virtualité, des dominos furtifs, revêtus de mystère, tiennent la messe rituelle qui commémore la geste de cette montre venue des années 60, morte et ressuscitée, le mythe ésotérique de GrandSeiko. C’est qu’on ne peut pas tout dire, chacun se doit de faire son initiation. On susurre que là-bas, cachées, irisées de la rosée d’un soleil levant, on trouve des choses encore plus merveilleuses. Le secret, dévoilé à demi-mots, est bien gardé. GrandSeiko, pour ceux qui savent. Mais une GrandSeiko en 2017 n’est jamais qu’une Seiko hors de prix.
Avec son pragmatisme, avec son absence totale de culture du luxe, Seiko n’a pas su négocier ce virage. Le Shinkansen est passé et Seiko est resté sur le quai. D’autant que la bête longtemps restée tapie dans l’ombre aiguise ses crocs, et compte bien lui-aussi croquer la pomme. Cette pomme qui est encore le cœur de marché de Seiko, les montres à petit prix.2017 est une année charnière pour Seiko. Seiko doit tout changer. Le repositionnement est nécessaire. Il y a péril en la demeure. Seiko veut sa part du gâteau. Il faut monter en gamme. Le monde horloger a changé. GrandSeiko devient une marque a part entière, afin d’être lancée sur un marché désormais mondial. Et Seiko doit se réinventer. Seiko, encore une fois répète l’ancien motto : Rattraper et dépasser la Suisse. On part de loin, et le chemin pourrait bien être sans fin…
La SLA017 est le premier jalon de cette nouvelle stratégie. Elle ouvre le bal de la commémoration. Bientôt suivront les SLA025, SLA033…. Comme pour GrandSeiko, où les First, 44GS, 62GS, 57GS ont été rééditées, Seiko veut travailler son image, asseoir sa légitimité, et puiser aux sources de son histoire. Car le luxe est aussi affaire d’histoires. Seiko choisit donc la 62mas, sa première plongeuse, longtemps laissée à l’abandon, comme inspiration, pour l’emblème. Mais la 62mas est une montre qui a été développée dans l’urgence, afin d’équiper la Japanese Antarctic Research Expedition. Une montre professionnelle, une montre simple, fruste, exempte de touts raffinements. La SLA017 ne sera donc pas une réplique, mais une réinterprétation. Afin de s’inscrire, au-delà la volonté de profondeur historique, dans une stratégie de montée en gamme, de dorure d’image. Les différences sont notables dans les détails: dimensions (diamètre et épaisseur), mouvement bien sûr, matériaux, lunette brillante, taille des index, logo, fond de boîte, présence d’un réhaut surtout, qui change du tout au tout les proportions de la montre… pour un rendu global qui se veut plus qualitatif, plus luxueux.
Le boîtier, en acier 316l, revêtu de son traitement diashield qui lui confère cet aspect sombre, gris soutenu, est un classique boîtier de skindiver. Les lignes sont simples, les arrêtes vives, les cornes, percées, larges et intégrées. Le dessus des cornes reçoit un brossage circulaire, tandis que le reste du boîtier est poli. La tranche miroite de son polissage zaratsu.
Le boîtier fait 39,9mm de diamètre pour une épaisseur plutôt conséquente de 14,1mm. Toutefois, la présence du verre saphir bombé, et l’habile étagement de la construction entre le fond de boite, la carrure, le léger rehaut et la lunette, rendent cette épaisseur peu perceptible.
L’étanchéité est de 200m.
Le verre saphir, bombé, imitant le plexiglas de la 62mas, est particulièrement déformant sur les bords, allongeant démesurément les index et les aiguilles. Il est loin en outre d’être avare de reflets.
Le cadran est gris soleillé. Il varie d’un noir profond a un gris clair, en passant par toutes les nuances de gris, et parfois de brun.
Les index sur dimensions, rectangulaires, sont embossés. Les bords sont mollement arrondis, les côtés laissés bruts, tandis que le dessus est poli miroir, de sorte qu’ils semblent s’allumer quand la lumière vient les frapper. La manière luminescente, dont l’homogénéité de l’application est discutable, a une forme trapézoïdale.
Les aiguilles des heures et minutes, d’un dessin tout-à-fait banal, sont polis, et ont la coquetterie d’être biseautées sur leur longueur. Leur forme s’harmonise parfaitement avec celle des index.
Le logo Seiko n’est pas appliqué mais peint en argenté.
La date sur fond argenté a un contour embossé.
Entre le soleillage, les index, les aiguilles, les déformations du verre, le rehaut trop poli, le cadran propose une variété chromatique presque infinie.
La lunette est en titane carboné, noire, brillante. Le repère lumineux à 12 heures y est intégré. Les marquages sont argentés.
La couronne est gravée du logo SEIKO.
Le fond de boîte, vissé, est gravé au laser d’un dauphin.
Le mouvement embarqué est le 8L35 (192 pièces, 26 rubis). C’est un mouvement de manufacture automatique à remontage bi-directionnel avec magic lever, stop seconde, avec une fréquence de 28800 alternances par heure. La réserve de marche est de 50 heures. Il est équipé d’un système anti-choc Diashock.
Le spiral est en SPRON, alliage breveté par Seiko, et des pièces (notamment l’échappement) sont réalisées par technologie MEMS.
Ce mouvement est basé sur le GrandSeiko 9S55 modifié pour augmenter le couple nécessaire aux aiguilles plus lourdes des plongeuses, assemblé à la main à Morioka, mais non décoré et surtout non ajusté, ce qui lui vaut une précision annoncée médiocre de -10 à +15 secondes par jour.On ne saurait dénier une part de candeur, ou de maladresse dans le résultat du travail de Nobuhiro Kosugi. A bien des égards, la SLA017 échoue à incarner un produit véritablement abouti, vue à travers le prisme du luxe. Seiko ne sera peut-être jamais une marque de luxe. D’ailleurs une plongeuse a-t-elle jamais été un objet un luxe ? La SLA017 est autre chose. Parfois les actes manqués finissent par être les plus belles réussites, les échecs des succès. Elle est l’évidence d’un dessin, brut, hérité de ses origines. Elle est un souci de qualité. Elle est tous ses manquements aussi, toutes ses inconséquences, tous ses excès aussi. Elle a ce que le rationaliste qualifiera volontiers de singularité, le romantique de charme. Elle redit comme dans un lapsus ce qu’est Seiko, et ce que Seiko n’est pas, mais elle le dit mieux. Elle est un bégaiement au moment de la reconquista. Peu importe à la fin les stratégies et les marchés, cela ne concerne que ceux qui s’y intéressent. Elle est juste une montre bigrement attachante.
24 décembre 2021 à 3h37 #420004628312Trava
MembreEn v’la un de sacré papelar dit.
Toujours aussi chouette à lire, surtout quand il s’agit d’une manufacture de coeur.
24 décembre 2021 à 5h07 #420004628313Eric67
Membre24 décembre 2021 à 11h19 #420004628314anno69
MembreTrès beau billet d’un grand raffinement pour un vrai 4×4 moderne sur un châssis à l’ancienne
Bravo Éric tu parles comme un livre
Hâte de lire la suite sur cette noble PP
24 décembre 2021 à 19h28 #420004628315py3.14
MembreSuperbe billet et photos, merci Eric

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