FORUMAMONTRES › Forums › FORUMAMONTRES › Séquence nostalgie : Les portes du temps sont fermées à double tour.
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Le Belge, le il y a 10 années.
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8 octobre 2016 à 8h12 #420003396808
Arno
MembreC’est un immense bonheur de pouvoir retrouver une rue, une maison, une ville … et un pays ou l’enfance, qu’elle soit heureuse ou triste s’est déroulée.
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« Je ne sais pas comment sera la troisième guerre mondiale, mais ce dont je suis sûr, c´est que la quatrième guerre mondiale se résoudra à coups de bâtons et de silex » A. Einstein8 octobre 2016 à 8h51 #420003396809ZEN
MembreAh la suite… Evidemment qu’il y a une suite . La voilà :
Avant de repartir, je suis allé voir mes écoles. La maternelle et la primaire. La maternelle est devenue l’annexe d’un lycée. Qu’est-ce que j’ai pleuré pour ne pas aller à cette école. Mon angoisse était qu’on m’y oublie. Un jour, ce fut le drame. Mon grand frère m’y emmena mais il oublia de me mettre mes chaussures. J’étais en chaussons. Je me suis caché de honte. Et mon frère arriva avec mes chaussures à la main dix minutes plus tard. Le bâtiment est resté le même. Je me souviens en cours d’année lorsque j’étais dans la section des moyens, l’Atsem qui aidait la maîtresse est partie brutalement, on nous expliqua que c’était pour un long voyage. Ma mère gaffa et dit à mon père quelques semaines plus tard qu’elle était décédée à cause d’une maladie.
Elle était plus jeune que ma mère et je me suis mis à avoir peur que ma mère ne meure aussi. Le concept de la mort venait de faire son entrée dans mon petit cerveau. Il y entra si fort que l’année suivante c’est l’institutrice cette fois qui partit en cours d’année et ne revint jamais. Bienvenue dans la vie.
L’autre école est restée la même, la même clôture et le même bâtiment avec marqué « Ecole des filles » d’un coté et des garçons de l’autre. La pendule est arrêtée mais ça ne m’étonne pas, elle retardait ou avançait très souvent déjà à l’époque.
J’ai pris avec moi, une photo. Celle de l’épicière qui exerçait en face de la maison. La seule photo jamais prise d’elle dans sa boutique. Je me suis fixé comme objectif d’aller la donner à son fils et à sa belle fille. J’ai leur adresse, ça fait longtemps que je dois venir leur donner. J’aperçois dans leur jardin une très vieille dame et un très vieux monsieur. J’allais jouer chez eux avec leur fille. Eux je les ai revus, il y a quelques années à un enterrement. Leur fille, je ne l’ai pas revue depuis que j’avais 9 ans, apparaît dans le jardin, une dame qui semble avoir mon âge, elle aide son père a remonter un escalier. C’est elle, c’est sur. J’hésite et renonce à donner cette photo qui va remuer leurs souvenirs. J’ai laissé trop de temps passer depuis que j’ai pris cette photo, il y a 35 ans.
Cette ville n’a plus rien de mon enfance, plus de tramway qui a du mal à monter sur la ville haute et en descend trop vite avec cette odeur de poules le jour du marché. On a du mal parfois à imaginer que la vie se poursuit ailleurs sans vous. C’est un peu comme lorsqu’on tombe amoureux d’une fille qui fait sa vie ailleurs et que l’on retrouve un quart de siècle plus tard avec des enfants et un mari et qu’on ne s’explique pas qu’elle ait pu vivre sans qu’on soit son conjoint.
Dans ma ville chaque maison a une histoire qui appartient à mon temps. J’ai joué dans celle-là avec le fils dont le père allait aux Etats-Unis tous les 15 jours. En 1966, c’était assez rare. J’ai joué ici aussi dans cette autre maison où un drame s’est joué un jour. J’ai connu les gens qui habitaient ici et qui sont partis après que leur fils ait disparu, j’ai connu la boulangère qui était là dont la fille a disparu dans la catastrophe de Vierzy. Il y avait aussi la fille qui habitait là, le fils des gens qui étaient là…
Comment tous ces gens sont-ils tous morts. Une main suffit à compter les survivants et ma meilleure copine d’enfance, veuve depuis ses 40 ans. C’est pas bien gai tout ça. Je ne veux pas repartir sans un truc positif. Il faudrait que je sache si j’ai des copains qui sont devenus commerçants par exemple mais à qui le demander ? Il n’y a plus personne, je ne suis même plus un gars du coin !
Ah tiens, la boulangerie, celle de la place saint Julien est toujours là. Le pain au feu de bois … Les fournées toute la journée. J’y rentre . « Une baguette ? Blanche ou bien cuite ? » Le pain est cuit à l’électricité. « Le four à bois ? Je ne l’ai jamais connu et je suis là depuis 10 ans ! Je crois qu’il a provoqué un incendie dans les années 1986 ou 87. mais c’est très vieux ! » Ben , non c’est pas si vieux …
Avant de repartir, je vais passer par le cimetière, mes parents y logent dans un caveau. L’allée 7 et je ne sais plus quoi mais je vais trouver. Effectivement, il y a toutes les deux tombes quelqu’un que je connaissais plus ou moins… Il y a celle-là aussi. Mon pote avec qui je suis venu en fac ! Purée, ça fait déjà 14 ans qu’il est mort ! Le hasard avait voulu qu’on se croise à la clinique. La porte par laquelle il passait était celle de l’oncologie, pas la peine de détailler.
Qu’est-ce que je suis venu faire ? Ah mon téléphone … « Oui, oui , je rentre… » Ma vie est à 50 kilomètres seulement, un océan, un autre continent. J’ai bien fait de partir ailleurs. Sinon j’aurais assisté à cette transformation, ces disparitions sans rien pouvoir y faire avec cette seule différence qu’étant dedans, je ne me serais rendu compte de rien. En fait, ce que je suis revenu voir ici, sur les lieux de mon enfance, c’est moi , juste moi égoïstement. Moi et mes différences qui font que ce passé m’appartient et ne peut plus être partagé. Je l’emporterai un jour, le plus tard possible …
Je reprends la route, même le marchand de miel du village à côté de ma ville a disparu, il reste les pancartes. La route est pleine de ronds-points, moins dangereuse qu’à l’époque. J’y ai vu tellement d’accidents. Ah le téléphone … « Alors, tu es passé dans ta boulangerie ? Tu ramènes quelque chose ? » Je ne ramène rien, rien de rien sinon la certitude que mes racines sont coupées, que je peux aller n’importe où et que je n’ai plus rien à revoir d’avant.
« Dis-donc papa ? Tu ne m’a pas pris un jouet dans ton magasin de jouets ? » « Non, il est à vendre ! Il a été transformé en salon de coiffure mais le salon est fermé. » « Et tu as ramené un souvenir ? » » Non, je n’y ai pas pensé » …
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).8 octobre 2016 à 9h28 #420003396810Pierre-Yves
Membre- ZEN a écrit:
- En fait, ce que je suis revenu voir ici, sur les lieux de mon enfance, c’est moi , juste moi égoïstement.
oui, c’est exactement ça : toi … et ta jeunesse !
8 octobre 2016 à 10h05 #420003396811Zaitseff
MembreMerci Zen pour ces deux textes tellement émouvants.
Je pense qu’on a tous vécu ou que l’on vivra un jour (pour les plus jeunes) ce genre de situation.
Le moment où l’on sent que le temps passe et que nous aussi nous avons vieilli.
J’ai ressenti cela tres fortement il y a peu alors que, suite au décès de ma mere et à la vente de la maison familiale, je confiais les clés aux nouveaux propriétaires. Un jeune couple avec des enfants, plein de projets de transformation…
Ca m’a fait du bien de savoir que cette maison allait à nouveau résonner du rire des enfants. Et en partant, après avoir jeté un dernier regard à la maison de mon enfance, j’ai compris que je tournais une page de mon existence, de mon histoire.
Nous sommes tous des passionnés de montres sur ce forum. Les montres servent entre autre a mesurer le temps qui passe…toujours trop vite.8 octobre 2016 à 11h40 #420003396812DON
Membre- ZEN a écrit:
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Séquence nostalgie Omega !
(mais pas que évidemment)Merci d’avoir partagé ce moment souvenir. Pour continuer à regarder de l’avant, il faut regarder de temps en temps ce qu’il y a derrière.
La ville de mon enfance… je m’y suis toujours senti étranger. Mes plus beaux souvenirs étaient à la campagne, le visage d’un grand-père (ce n’est que bien des années plus tard que j’ai appris ce qu’il avait accompli pendant la dernière guerre) derrière son bureau avec mon père, les mêmes visages, le même sourire… de mon grand-père il reste les médailles, le garde-temps de son propre père (en cours de restauration) et surtout, je l’espère, ses valeurs. Plus que les lieux, c’est ce qu’ils nous ont transmis qui a de l’importance… et je ne parle pas de ce qui est matériel.
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« Le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé«
Instagram : don_writer_w8 octobre 2016 à 20h14 #420003396813dadam
MembreIl manque quand même le passage sur les montres…
mais il dit ensuite qu’il n’a rien ramené donc elles ne devaient pas être terribles…8 octobre 2016 à 20h29 #420003396814Le Belge
MembrePutain ce post fout un de ces bourdons … C’est con de commencer un dimanche ensoleillé avec des larmes dans les yeux
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