Séquence nostalgie : Les portes du temps sont fermées à double tour.

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  • Ce sujet contient 21 réponses, 17 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Le Belge, le il y a 10 années.
15 sujets de 1 à 15 (sur un total de 22)
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  • #410000122504
    ZEN
    Membre

    Séquence nostalgie :

    On ne devrait pas retourner sur les terres de son enfance quand on n’a rien à y faire d’autre que de remuer le temps. Je n’ai pas écouté ma propre sagesse et je me suis donc retrouvé dans une ville qui n’est plus la même, une sorte de ville fantôme, moribonde et dans des rues qui ne se ressemblent plus. De boutiques fermées en boutiques à vendre ou à louer, j’ai fini par débusquer les quatre lieux où j’ai découvert les montres. L’un d’eux m’est encore très familier. Ma mère m’emmenait chaque semaine et assis au fond de la boutique je ne devais pas bouger d’un cil pendant les longues heures de conversation avec la bijoutière amie d’enfance de ma mère.

    Le nez sur un chrono de vitrine, je rêvassais quand le mari de l’amie de ma mère, le bijoutier m’expliquait que cette pendule là donnait l’heure des autres montres. D’ailleurs, je le voyais régler les montres qu’il vendait ou rendait aux clients après réparation en regardant cette montre. Elle était comme celle-là :

    Séquence nostalgie : Les portes du temps sont fermées à double tour. Omega_15

    Il y avait juste devant une vitrine avec des montres pas à vendre. Des vieilles montres qui venaient du père du commerçant, bijoutier avant lui. Il y en avait une comme ça où on voyait le mouvement à travers une vitre :

    Séquence nostalgie : Les portes du temps sont fermées à double tour. Omega_16
    Séquence nostalgie : Les portes du temps sont fermées à double tour. Omega_17

    Il y avait par ailleurs toutes les montres du catalogue Omega. Je me souviens très bien des chronos Speedmaster, j’avais 5 ans et je ne comprenais pas comment on lisait l’heure dessus. Je demandais à chaque fois quelles aiguilles il fallait regarder.

    Je rêve devant cette vitrine et revois les acteurs de l’époque mais tous sont morts, la boutique est presque sans changement sauf qu’elle est vide et que le dernier occupant fut semble-t-il un marchand de gadgets. Je pousse un peu plus loin. La boutique a longtemps été un service rapide de dépannage de fers à repasser. Cette fois, il ne reste rien, tout a été démoli. Je vois la trace d’un four qui correspond à la boulangerie qui était juste à coté. Il y avait aussi ce marchand de ciseaux, juste en face mais il est aussi mort que tous les commerçants de la rue. Il était sympa ce type là. Je me souviens quand il avait dit à ma mère qu’il était malade et qu’il arrêtait l’affutage.

    Quelques pas plus loin, « La boutique » où j’allais faire changer le bracelet de ma Dynamic Omega. Un truc affreux, le bracelet se collait et il fallait torturer la montre pour le changer. Que de rayures… Je me souviens aussi avoir vu ici ce cosmonaute en carton avec cette Speedmaster au poignet (sur le carton) que j’ai pu acheter il y a quelques années au fils du bijoutier.

    Il y a encore cette boutique, une grande bijouterie transformée en agence de banque. Il y avait là les Zenith qui faisaient l’envie de ma mère. La fille est mariée avec le fils du concurrent de l’époque. Je pousse plus loin mais de la boutique où j’achetais mes Nikon quand j’étais devenu grand, de celle où ma mère achetait les pyjamas « Petit bateau », du magasin de jouets, du Codec qui torréfiait le café avec cette odeur fabuleuse de café grillé, il ne reste rien, rien du tout. Il me reste juste les allers-retours de ma mère qui avait arpenté la ville de bout en bout pour me trouver une paire de chaussures, un jean ou un pardessus.

    La ville s’est effacée pour moi, autant sans doute qu’elle s’imprime pour les gamins qui ont 6 ans aujourd’hui sauf que les boutiques sont aux trois quarts vides, à vendre ou à louer. Je ne connais plus personne, non personne et même la maison de mes parents est occupée par d’autres propriétaires qui m’ont regardé de travers quand j’ai regardé leur jardin qui n’est plus le mien. Il y a bien cet arbre sans histoire pour eux et que j’ai vu planter quand j’avais 4 ans, ce cerisier qu’ils ont scié à la base et dans lequel j’allais me percher en chronométrant le temps que je mettais à l’escalader. Il reste un ou deux voisins qui m’ont connu enfant mais ne me reconnaissent pas. Moi, je les reconnais. L’église ne sonne plus, mon grand-père n’en répare plus la pendule depuis 1971 quand il est mort. Les rues sont devenues plus petites, ou bien j’ai grandi. Je n’aurais pas du venir … Il n’y avait rien à revoir. La page est tournée, le chapitre clos et le livre fermé, on est passé au tome deux. « Vous allez rester stationné là longtemps ?  » me crie une voix agressive alors que ma voiture est juste dans la rue sur une place de stationnement.  » Je vais avoir besoin de la place car je dois déménager des gros cartons ! ». Voilà, je dois dégager. Le chien de l’épicière ne viendra pas me dire au revoir, ce bâtard avait grandi avec moi, il venait me voir comme un copain. Je ne suis plus qu’un type dont la voiture est immatriculée dans un autre département, un intrus chez les autochtones. Une poussière qui repart avec le vent, un grain de sable anachronique revenu chercher des traces d’un temps qui n’est plus inscrit que dans sa mémoire. Encore un peu et je vais me croiser là sur le trottoir où je ramassais des fossiles que me laissait un prof d’archéologie pour que je les ramasse sur le chemin de la maternelle et que je me fabrique des souvenirs.

    Il est temps de partir et de ne plus se retourner, ce champ de gens disparus, ce n’était vraiment pas une bonne idée, il n’y a même plus une spécialité gastronomique à remporter. Tiens un antiquaire … « Vous avez des vieilles montres ?  »  » Oui, celles-là dans la boite mais je vous préviens, je

    #420003396794
    Caudron
    Membre

    Ou il s’agit d’un post à épisodes ou il manque la fin à votre histoire.

    #420003396795

    la suite bravohap

    C’est dingue comme on peut se faire du mal et du bien en même temps quand on repense à son enfance ou au passé.
    La conscience, la mémoire nous joue de sacré tours parfois.

    #420003396796
    Artemus
    Membre

    Pleure 2

    violon

    #420003396797
    bugs52
    Membre

    Je suis vraiment remué par ton article Zen.

    En effet, je me reconnais dans chaque ligne de ton récit…

    Les Omega Speed, le café, mon premier Canon et mon Minolta sans oublier le Yashica…

    Le caviste chez qui mon père m’envoyait chercher une bonne bouteille pour le dimanche….

    C’est dans cette rue que j’ai flashé pour la première fois sur la Moon Watch dans la vitrine de l’horloger. C’était en 1971…. l’exploit venait d’avoir lieu. Je rêvais devant cette montre mais à 19 ans, j’étais loin d’avoir le budget! Je me suis « contenté » dune Lip Nautic Ski dont j’étais follement amoureux…. Je me suis juré d’avoir l’Omega un jour…. Je l’ai eue….

    A travers ton récit, c’est plein d’odeurs, de bruits, d’images qui me reviennent, hélas disparues aujourd’hui….

    Car, comme toi, j’ai fais un pèlerinage sur les lieux…. A part le Collège qui n’a pas bougé, je ne reconnaissais plus rien…. Exit le petit horloger à l’Omega…. exit le caviste. La rue principale est devenue une sorte de centre commercial en plein air, truffé de boutiques de vêtements à la mode, de grandes marques… mais plus rien de mon enfance….

    La vie est un livre dont on tourne chaque jour une page….. Toi et moi,@ on a perdu au moins un chapitre…!!!
    Mais c’est la vie…..

    #420003396798
    regalis
    Membre
    ZEN a écrit:
    Il y a bien cet arbre sans histoire pour eux et que j’ai vu planter quand j’avais 4 ans, ce cerisier qu’ils ont scié à la base

    Il y a une semaine, devant le jardin de mes 7/14 ans, j’ai constaté que le cerisier que j’avais si souvent escaladé a été remplacé par un jeune plant similaire de quelques années. C’est la vie Neutral
    Charles Baudelaire Le Cygne : « la forme d’une ville / Change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel »

    #420003396799
    Philippe-ch
    Membre

    Séquence nostalgie : Les portes du temps sont fermées à double tour. Jp_yas10

    Je devais avoir 7 ans, avec le Yashica de mon père….

    En te lisant, l’odeur du café se torréfiant dans une des rue du centre de « ma  » ville est remontée dans mes narines et comme d’autres j’ai les yeux qui se sont brouillés…. tout fou le camp…. yeux

    #420003396800
    bugs52
    Membre

    C’est terrible la nostalgie quand ça nous prend…..
    Quel bel appareil Philippe
    Ben voilà, bravo Zen, on va tous finir le WE en pleurant…. Chinois Chinois

    #420003396801
    ultimanecat
    Membre

    Là ou je suis né ….. maternité du quai Vallière……. le bâtiment est devenu aujourd’hui…

    une maison de retraite et qui sait…ultimanecat

    #420003396802
    Botev
    Membre

    Magnifique récit Zen… Étant un expatrié, voir déraciné, je vis loin de la ville où je suis né. Et j’y reviens le temps d’y passer des vacances dans 10 jours. Tu m’as retourné le cœur. Vivement la suite…

    #420003396803
    bugs52
    Membre

    En effet Zen a de réels talents de conteur…
    Toutes ses lignes sentent bon le vécu, une époque « que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître »……
    Bravo et merci Zen… Il fallait l’oser….

    #420003396804
    Caudron
    Membre
    bugs52 a écrit:
    En effet Zen a de réels talents de conteur…
    Toutes ses lignes sentent bon le vécu, une époque « que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître »……
    Bravo et merci Zen… Il fallait l’oser….

    Dans les Misérables V. Hugo décrit déjà un Paris dont il précise qu’il est déjà par endroit tout autre et méconnaissable. Ce n’est pas nouveau mais cela va peut-être plus vite avec les moyens d’aujourd’hui.

    J’aurais bien aimé que l’histoire de Zen se voit finie. Suis-je le seul à trouver qu’elle est tronquée?

    #420003396805
    bugs52
    Membre

    Non Caudron…. Je confirme…

    En fait Zen est malin…. Il nous fait du teasing…!!!!

    Allez, Zen, maintenant que tu nous a mis dans cet état, il va falloir aller au bout de l’histoire…. compress compress

    #420003396806
    Caudron
    Membre

    Gamin j’allais à « La source des inventions » de temps en temps, à Paris. Une vraie institution pour les modélistes. J’y avais trouvé un boomerang bois assez grand qui était une merveille à voir voler car il tournait de par sa taille assez lentement. On me l’a malheureusement volé plus tard. La disparition de ce point de vente toute fin 1993 est pour un modéliste un peu comme si le Bon Marché disparaissait dans son domaine.

    #420003396807
    schaefer
    Membre

    Ne sommes nous pas tous des expatriés? Je retourne que très très rarement a Pont-Au (27) comme on disait,plus rien a y faire ,plus aucun copains,alors pourquoi se faire du mal ?
    Il y a une dizaine d’année je suis repassé voir la maison de mon enfance,on s’est arrêté une dizaine de minutes avec ma femme et mes enfants ,et de leur expliquer que j’avais grandi ici (bof rien ) il est temps de partir Pleure 2 Il n’y a plus que le présent pour mes enfants.
    Fait chier Zen,de faire resurgir ce passé que l’on essai d’oublier ,et surtout un début de w.end .

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