FORUMAMONTRES › Forums › FORUMAMONTRES › Où est passé le rêve horloger ? – Billet
- Ce sujet contient 31 réponses, 27 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par
Eric67, le il y a 9 années et 11 mois.
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15 novembre 2016 à 7h01 #410000123231
ZEN
MembreCherchons Piaget sur un moteur de recherches … La marque apparaît pour son prix dans les fastes du Grand Prix de Genève et dans la rubrique économique pour ses licenciements. Quel drôle d’univers où l’on se congratule ici et où l’on se vire là. Normal, nous expliquera-t-on, car le groupe a perdu plus de 50% de son chiffres d’affaires et ne progresse plus que de 500 millions. Tout le monde doit être solidaire !
La solidarité dans le monde horloger signifie que le personnel ne doit pas s’estimer au delà de ce pour quoi il est considéré, c’est à dire une variable d’ajustement. Bien entendu quand tout va bien, cette variable est « le patrimoine de l’entreprise par le savoir faire que le personnel représente ». Comprenez que tant que le personnel sert à porter de l’image positive on s’en sert mais qu’avec cynisme, on s’en débarrasse dès qu’il n’est plus qu’un centre de coût.
Pas de doute, l’horlogerie sait envoyer du rêve ! Quand on dit Piaget, je ne sais malgré tout plus très bien si je vois des nœuds papillons à Genève, des mouvements horlogers extra-plats ou des personnels accablés d’avoir perdu leur emploi. Subitement Piaget et Vacheron Constantin ne me font plus rêver du tout. C’est un peu comme aller danser sur les tombes. Cela se faisait au moyen âge mais aujourd’hui, c’est indécent.
Quand une marque se brade en vente privée à moins 50%, moi j’ai l’impression que le rêve qu’elle m’a vendu d’avoir une montre de pilote est un rêve raté, celui du type qui a raté le concours d’entrée à l’armée de l’air. Richemont en communiquant largement sur son échec nous prend à témoin de son inefficacité et du caractère artificiel de ce que nous avons connu. Cette belle montre en platine de dandy à 60 000 euros bradée à 12 000, finalement elle valait 60 000 ou 12 000 ? Parce que, pas de doute ! Si Richemont la brade au personnel à ce tarif, c’est que le groupe gagne encore quelque chose dessus. Qu’on ne nous dise pas le contraire, j’ai vu des montres à 150 000 euros vendues 6 000 il y a quelques années chez Jaeger LeCoultre. Ca met le tourbillon à 4% de son tarif catalogue. Normal, les prix des montres sont calculés non pas par rapport au prix de revient mais par rapport au positionnement du produit et de la marque sur le marché.
Ca évidemment, on ne l’explique pas aux blogueurs, ni aux clients mais quand il y a crise, on voit bien que la valeur nette comptable du produit se réduit comme une peau de chagrin. Richemont vire 250 personnes et c’est un début, on va aussi virer des CEO et des membres du management. Vous savez ces types qui viennent vous serrer la louche dans les cocktails et vous expliquent pourquoi ils ont choisi de travailler pour une marque dont les montres sont « autre chose » que celles des concurrents ? Et bien dans 6 mois, si tout va bien pour eux, ils incarneront les concurrents !
Je me mets deux secondes à la place du bon horloger débauché de chez Swatchgroup ou LVMH et qui constate que chez Richemont, il est une variable d’ajustement du chiffre d’affaires. Pas de doute, ça envoie du rêve ! Bien sûr, on va nous dire que tout cela est temporaire et que ça va aller mieux. On nous dira même qu’on va réembaucher ! C’est un peu comme lorsqu’on dit à une fille avec laquelle on a partagé sa vie qu’on va rester amis en étant convaincu qu’on se réjouit d’en avoir fini.
Soyons clairs, au SIHH le champagne de Richemont sera amer et les petits fours trop salés avec un arrière goût de rance. J’admire sincèrement ceux qui savent faire semblant et vont expliquer que ces histoires économiques des groupes ne les concernent pas. Qu’eux, ils sont passionnés par les montres, juste les montres et vont continuer à bloguer bras levé devant l’objectif comme si de rien n’était. Moi, je ne blogue pas, je bloque. Je bloque devant ce cynisme à quelques semaines de Noël où les communiqués de presse félicitent la marque qui jette son personnel avec les eaux usées. Je digère d’autant plus mal ce plat-là que la marque tendait à me faire rêver. Richemont, en prenant à témoin le grand public, réussit à nous faire comprendre que tout cela est artificiel, beau comme un Center Park dans une banlieue défavorisée. J’aurais honte d’être un ambassadeur d’une marque pareille qui au premier revers balance ce qu’elle présentait comme sa ressource, il n’y a que quelques mois. Je n’imagine pas les amitiés sincères entre les licencieurs et ceux qui partent, ce sentiment de trahison quand il a fallu choisir les noms. « Prends donc une montre en souvenir avant de partir, elles sont à moins 80% ! » Même à 20% du prix public, je n’en voudrais plus !
L’horlogerie se disloque, son image se dégrade car ces groupes industriels/financiers ont comme limite les dividendes versés aux actionnaires. Le groupe sud-africain Richemont n’a aucune souplesse en la matière. Le raisonnement est seulement financier, la passion là-dedans n’a aucune place. Une montre est une valeur de stock, une valeur nette comptable et le personnel un centre de coût. L’image de la marque est un produit travaillé et le client, une ressource. Aucun élément passionnel ne doit venir perturber cette machine bien huilée. Le moindre grain de sable et le château de cartes s’effondre. Les montres partent comme des sous-produits pour ramener de la trésorerie, le personnel dégage, les cadres sont éliminés des responsabilités et le groupe communique avec violence sur la nullité de son management. Derrière ça, ce sera difficile de s’offrir un bijou Cartier, une Lange & Sohne ou une IWC …
Il reste au client à réfléchir autrement, à devenir lui-même actionnaire pour qu’au moins à un moment, il ne se sente pas pris pour le dernier des mohicans mais attention, il ne sera que petit porteur et là aussi, il pourrait bien y perdre. Faute de rêve, il n’aura plus qu’à aller voir ailleurs.
15 novembre 2016 à 7h07 #420003427478Botev
MembreJ’adhère totalement à tes propos !
15 novembre 2016 à 7h29 #420003427479Jotunn
Membre- ZEN a écrit:
- L’horlogerie se disloque, son image se dégrade car ces groupes industriels/financiers ont comme limite les dividendes versés aux actionnaires.[…] Le raisonnement est seulement financier, la passion là-dedans n’a aucune place. Une montre est une valeur de stock, une valeur nette comptable et le personnel un centre de coût.
C’est bien malheureux on est bien d’accord mais au final c’est révélateur de quoi?
Que l’horlogerie partage le même modèle de fonctionnement que n’importe quelle autre industrie de son temps.
Elle suit donc la même trajectoire que le reste de la société. En cela je ne trouve rien de bien étonnant.15 novembre 2016 à 8h12 #4200034274801360
MembreLe rêve horloger ??
Presque disparu chez moi…Voila 3 mois que je suis passé sur G-Shock, pas de rêve là dedans, mais pas de déception non plus, et pas de montre qui coûte soudainement le cinquième du prix…
Triste ? Oui, c’est sûr.
Allez, une bonne grosse crise horlogère (c’est pas la première fois), et ça va repartir comme sur des roulettes, avec des prix redevenu réalistes… Peut-être.
Zen, si tu vois une De Béthune à -80%, fais moi signe

A+
15 novembre 2016 à 8h29 #420003427481Fr@ncky
Membre- ZEN a écrit:
- Quand une marque se brade en vente privée à moins 50%, moi j’ai l’impression que le rêve qu’elle m’a vendu d’avoir une montre de pilote est un rêve raté, celui du type qui a raté le concours d’entrée à l’armée de l’air.
Je n’achète personnellement jamais une marque qui cautionne ce genre de pratique, mais peut-être ais-je les mauvais filons.
Ce bradage ne se voit pas, me semble-t-il, chez Rolex (peut-être parfois sur qoqa.ch !). Je trouve tout simplement frustrant en tant que client lambda de payer plein pot pour un modèle bradé.
- ZEN a écrit:
- Prends donc une montre en souvenir avant de partir, elles sont à moins 80% ! » Même à 20% du prix public, je n’en voudrais plus !
Je pense que l’horloger licencié avant les fêtes aura sans doute plaisir à pouvoir revendre cette montre qu’il aura obtenue à un prix bradé. Si jamais je suis intéressé (à 80% du prix public, je vais faire des affaires) !
Qu’une entreprise rentable puisse licencier à tour de bras ses employés qualifiés relève pour moi plus d’un problème politique que moral. La protection des travailleurs étant ce quel est en Suisse, la solution du licenciement s’impose et permet cette fameuse flexibilité de l’emploi spécifique à ce pays. - ZEN a écrit:
- « C’est un peu comme lorsqu’on dit à une fille avec laquelle on a partagé sa vie qu’on va rester amis en étant convaincu qu’on se réjouit d’en avoir fini.
Ah ah ah j’adore la comparaison (mais ce n’est pas à elle que j’offrirai une montre) !
- ZEN a écrit:
- « Moi, je ne blogue pas, je bloque. Je bloque devant ce cynisme à quelques semaines de Noël où les communiqués de presse félicitent la marque qui jette son personnel avec les eaux usées.
Je te rejoins complètement, c’est une simple question de morale, mais la morale et les affaires sont des termes antinomiques, non ? J’ai en tout cas une pensée pour ces employés et leur famille! quel triste Fête!
Je partage entièrement ton point de vue ! Je me désole parfois de tellement apprécier ce qui ne devient malheureusement qu’un produit comme un autre (mais qui restera pour moi toujours quelque chose d’exceptionnel !)
15 novembre 2016 à 8h52 #420003427482Arnaud.A
MembreC’est malheureusement frappant de justesse…
Dans le genre, c’est le discours de Bennahmias au GPHG qui m’a le plus filé la gerbe.
« Dans une interview radio, y’a pas longtemps, quelqu’un a parlé de l’industrie horlogère en disant qu’elle est trop chère. Et je suis allé regardé ce que ça veut dire « chère ». Chère par rapport à qui? Chère par rapport à quoi? Ensuite je me suis dit « est-ce que Picasso c’est cher? Est-ce que Rembrandt c’est cher? Est-ce qu’un Chateau Petrus c’est cher? Est-ce qu’une belle automobile c’est cher? Ou cette super sonnerie, c’est cher? » J’ai dit « on se trompe, on est en train de faire une grosse erreur ». Si l’industrie horlogère doit baser son succès sur ses prix, on peut tous quitter la salle et on a largement autre chose à faire. Les artisans qui travaillent sur ces projets, les concepteurs, les angleurs, les dessinateurs, les designers, tous ces gens-là sont des gens avec des talents incroyables et qui méritent vraiment le temps de la reconnaissance, qu’elle soit par leur collaborateurs, ou bien par les clients qui à la fin, achètent ce genre de produits. Il est primordial de comprendre que si on regarde la totalité des marques représentées ce soir, je ne crois pas qu’on fasse plus d’un million de montres par an. Nous avons en face de nous 40 millions minimum de clients pour ces produits. […] »
15 novembre 2016 à 8h58 #420003427483TimeOut
Membre- ZEN a écrit:
- ……le personnel ne doit pas s’estimer au delà de ce pour quoi il est considéré, c’est à dire une variable d’ajustement….
Bah, oui, c’est une évidence depuis un bon moment déjà dans la plupart des entreprises.
Un peu « neuf » pour le « luxe », mais faut pas s’en étonner.Pourquoi en serait il autrement ?
C’est le cas dans toutes les entreprises ou je passe et dans tous les secteurs d’activités…..Combien de temps cela va t-il encore durer ?
Bah, aussi longtemps qu’il y aura le moindre centime de dividende a récupérer…..T.
15 novembre 2016 à 9h05 #420003427484broncos
MembreUn excellent billet, ZEN!
- ZEN a écrit:
- Il reste au client à réfléchir autrement
C’est déjà mon cas. Et très honnêtement, il y a encore beaucoup de choses sympathiques dans des marques moins glamouro/marketino/must-havesques…
Et bien plus séduisantes au niveau de l’intérêt horloger…
15 novembre 2016 à 9h17 #420003427485Franceallemagne
MembreOn va peut être revenir au vrai prix des montres et plus des prix délirants sans rapport avec le travail et la qualité des montres.
A+
FA15 novembre 2016 à 9h21 #420003427486Ibuprofen
MembreSuper billet Zen. Merci.
15 novembre 2016 à 12h03 #420003427487Thalion
Membre- Jotunn a écrit:
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C’est bien malheureux on est bien d’accord mais au final c’est révélateur de quoi?
Que l’horlogerie partage le même modèle de fonctionnement que n’importe quelle autre industrie de son temps.
Elle suit donc la même trajectoire que le reste de la société. En cela je ne trouve rien de bien étonnant.
Toujours agréable à lire le billets de zen, mais pour le coup je me suis fait la meme remarque. Nous ne sommes pas devant des sociétés familiales qui ont construit quelque chose et tirent une fièreté entre autres d’être pourvoyeur d’emplois. Non nous sommes face à des logiques financières avec des réactions…financières. Et cela peu importe le domaine ou secteur. Meme a haut niveau de marge ou de CA, si ces critères baissent l’action baisse. Et la suite on la connaît.
15 novembre 2016 à 12h25 #420003427488MaitreRobinton
MembreAllons ZEN tu n’aura aucun mal à trouver des FAMeurs qui t’expliqueront en quoi ce comportement de l’entreprise est tout ce qu’il y a de normal, sain et justifié. Que le monde est ainsi et que les horlogers virés pour quelques ratios financiers sont responsabilisés à trouver un nouveau boulot dans la joie et l’optimisme.
J’ai même des pseudos en tête
Et tu te consoleras en pensant que les financiers et les consultants à la manœuvre dans ce type d’opération continueront de s’acheter, eux, de belles montres
… parce qu’ils sont FAMeurs
15 novembre 2016 à 20h11 #420003427489adco86
MembreIl y a maintenant quelques temps de cela, lors du rachat d’une petite manufacture locloise par le groupe Kéring, l’une de mes proches amies, frontalière depuis plus de 10 ans au sein de cette même entreprise, a été remerciée en l’espace de quelques minutes.
On lui a demandé, un matin, de rassembler ses affaires et d’aller voir un obscur responsable dans un bureau.
Voilà.
C’était terminé.
Elle a péniblement été autorisée à saluer ses collègues avant de quitter définitivement son poste (histoire de ne pas trop perturber la chaîne de montage…).
Elle a désormais quitté Ulysse Nardin et l’horlogerie elle-même.
Et, ma foi, elle sourit largement autant qu’avant…
15 novembre 2016 à 20h15 #420003427490toyotiste
MembreTrès bon billet ZEN
15 novembre 2016 à 20h56 #420003427491GMT
Membre- Jotunn a écrit:
- C’est bien malheureux on est bien d’accord mais au final c’est révélateur de quoi?
Que l’horlogerie partage le même modèle de fonctionnement que n’importe quelle autre industrie de son temps.
Elle suit donc la même trajectoire que le reste de la société. En cela je ne trouve rien de bien étonnant.
+1
C’est un fait de société qui ne durera qu’un temps, mais dont le consommateurs est partiellement responsable.
La crise est d’autant plus importante que la croissance fut « artificiellement forte » et on découvre le vrai visage de l’horlogerie : les groupes financiers qui se sont engouffrés dans ce secteur en espérant de gros profits rapidement versus les groupes horlogers qui construisent une industrie sur du long terme.
Les cartes vont être redistribuées mais au frais du personnel, ce qui est évidemment malheureux.
Pourtant cette industrie du luxe ne peut vivre que grâce à son artisanat et savoir faire et qui le détient … la roue tournera toujours !
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