Le six février 1890, date du big bang!

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    Le six février 1890, date du big bang!

    TAVANNES | Chapallaz, l’homme qui donna une âme au village

    Si l’univers est né d’une titanesque explosion, Tavannes est le fruit d’une idée visionnaire acceptée le 6 février 1890 en assemblée de bourgeoisie.
    Par Blaise Droz

    Sans l’architecte René Chapallaz, Tavannes n’aurait pas le même cachet et sans Henri-Frédéric Sandoz, patron visionnaire s’il en est, Chapallaz n’aurait jamais mis les pieds à Tavannes. Or, les circonstances qui ont amené le Chaux-de-Fonnier Sandoz au village sont tout à fait exceptionnelles.

    Sandoz était un horloger qui possédait son métier très à fond, disait sa nécrologie en 1913. Il créa le premier atelier d’emboîtage par procédé mécanique qui ait jamais existé. Puis il s’attaqua à la fabrication complète des montres compliquées et à répétition.

    Dépourvu de l’appui des capitalistes (on dirait aujourd’hui les financiers), il manquait de moyens pour développer ses vastes idées. A l’époque, il était de bon ton de dire: «L’affaire Sandoz? Nous n’y engagerons pas un sou!»

    Dépourvu de la confiance de ses contemporains dans les Montagnes neuchâteloises, Sandoz parvint pourtant à donner un gigantesque coup d’accélérateur à la vie tavannoise, puis à engager Chapallaz et lui faire dessiner cette fabrique énorme pour l’époque que fut la Tavannes Watch après son substantiel agrandissement.

    Ce fameux 6 février 1890, les bourgeois décidèrent de prendre entièrement à leur charge la construction d’une fabrique non pas d’ébauches, mais d’horlogerie.

    Une austère bâtisse dont l’érection nécessita un emprunt important (apparemment de 20 000 fr.) auprès de la Caisse d’épargne de Courtelary fut construite, puis les bourgeois se mirent tout simplement à la recherche d’un directeur. Ils eurent le choix entre Sandoz et Hippolyte Frêne, de Moutier. Sandoz fut choisi à l’unanimité et au mois de mars 1891 (à peine plus d’une année après la prise de décision) Sandoz fit son entrée dans la fabrique avec 60 ouvriers dans ses bagages. Six mois plus tard, Tavannes produisait par jour 150 pièces compliquées, chronographes à répétition et autres.
    Le 24 avril 1901, la Commune bourgeoise cède pour le prix de 30 340 fr. la fabrique que jusque-là elle louait. C’est désormais la société anonyme Tavannes Watch Co. qui en sera propriétaire, une association unissant Sandoz aux frères Schwob.

    Le terreau était fertile pour la venue de Chapallaz, l’architecte ambitieux, travailleur et génial qui marqua le village de sa griffe.

    Quant à Sandoz, il comprit bien vite qu’il fallait œuvrer également en dehors de la fabrique.

    Les Tavannois de l’époque étaient en effet de fieffés fêtards à qui il arrivait de préférer la gentiane à l’usine. D’où la volonté d’assagir les ouvriers en leur offrant des logements très confortables pour l’époque et adaptés au revenu de chacun.

    Ce fut l’apparition des Casquettes, du Quartier Neuf ou Foyer populaire et des Longues dont Chapallaz fut le concepteur. Des bâtiments les plus sobres aux édifices les plus aboutis, le village qui allait quadrupler sa population en 20 ans dut énormément au tandem Sandoz – Chapallaz, le premier pour la substance, le second pour l’enveloppe architecturale.

    A cette époque, la renommée de Tavannes dépassa largement les frontières du pays, tout particulièrement en raison des deux marques prestigieuses de montres-bracelets qui sortaient de la Watch, les marques Tavannes et Cyma. Les bureaux commerciaux étant à La Chaux-de-Fonds, on croyait deviner sur les publicités d’époque que cette ville produisait les montres Tavannes… Oh, rage!
    Quel plaisir macabre par contre de découvrir le nom du village dans un roman quelque peu sordide de Viktor Nekrasov «Les tranchées de Stalingrad». On peut y lire le bonheur qu’éprouvait un soldat russe lorsqu’il pouvait prélever une telle montre sur le cadavre d’un Allemand. «Ah, une belle à rubis. Une Tavannes!»

    B. D.

    http://www.journaldujura.ch/article.cfm?id=187846&startrow=7&ressort=Districts&kap=bta&job=7921310

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