La Reverso fête ses 75 ans à New Dehli

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    La Reverso fête ses 75 ans à New Dehli Art_jlc_06_0328_dehli_01

    La Reverso en version émaillée, commandée dans les années 30 par le maharajah de Kapurtala en hommage à la beauté de la maharani.

    New Delhi, 26 février 2006, 15 heures. Dans la tribune d’honneur du terrain de polo de la capitale indienne, le maharaja Sir Pratap Singh s’apprête à assister au tournoi qui porte son nom. C’est l’événement sportif le plus chic de la saison. Les femmes rayonnent en sari, les joueurs de polo sont fringants, la fanfare, enturbannée d’orange, porte le kilt et joue de la cornemuse… On note également deux éléphants maquillés comme des stars de cinéma. Il y a aussi le chef des armées, une présentatrice court vêtue, des enfants anglais qui se battent comme des chiffonniers. Et un vent à décorner toutes les vaches sacrées de la cité. Il manque d’ailleurs de faire s’envoler le turban rose du maharajah et les immenses panneaux de Jaeger-LeCoultre qui, soixante-quinze ans après, revient à l’origine de sa montre Reverso : un terrain de polo, à New Delhi.

    Nous sommes en 1930. Les Indes sont britanniques. Les officiers anglais passent le temps en parties de polo, premier sport d’équipe inventé il y a plus de deux millénaires dans les steppes d’Asie Centrale. Un homme d’affaires helvétique, César de Trey, proche de l’horloger Jacques-David LeCoultre, se rend en Inde. A l’issue d’un match, un joueur lui présente sa montre dont le verre s’est brisé au cours de la partie. Il lui demande s’il ne connaît pas un fabricant capable de réaliser un modèle suffisamment résistant pour la pratique de son dada. César de Trey a alors une idée aussi simple que brillante : mettre au point un boîtier réversible. De retour en Suisse, la mission est confiée au meilleur ingénieur de LeCoultre, René-Alfred Chauvot, qui, le 4 mars 1931, dépose, à Paris, au ministère du Commerce et de l’Industrie, une demande de brevet pour « une montre susceptible de coulisser dans son support et pouvant se retourner complètement sur elle-même ». La Reverso est née. C’est la première montre de l’histoire horlogère dont le boîtier coulissant s’offre aussi le luxe de tourner tout bonnement le dos au temps… Le succès est immédiat. Les joueurs de polo, mais aussi les militaires adoptent ce sujet fonctionnel et robuste qu’il suffit de retourner pour en protéger le cadran.

    Plus de 220 brevets

    Dans le même temps, les élégants s’approprient ce modèle à deux visages. L’envers du boîtier permet à son propriétaire d’y écrire son histoire : armoiries gravées, mots doux inscrits en lettres de diamants, portraits finement émaillées d’êtres chers tel cet hommage, dans les années 30, du maharajah de Kapurtala à la maharani dont il fit peindre le visage au dos de sa Reverso…

    Soixante-quinze ans après, la Reverso rafle 45 % du chiffre d’affaires de Jaeger-LeCoultre. Et 50 % des volumes d’une entreprise qui, tous modèles confondus, produit 48 000 pièces par an. Cette montre est devenue culte en Italie, en France et en Allemagne, où le chic de sa ligne et la finesse de ses calibres séduisent les amateurs.

    « Le succès de la Reverso repose sur trois points, analyse Jérôme Lambert, PDG de Jaeger-LeCoultre qui appartient au groupe Richemont depuis 2001. C’est d’abord un concept esthétique avec des codes Art déco très forts. C’est ensuite un grand nombre de mouvements mécaniques rectangulaires spécialement conçus pour son boîtier. C’est enfin un modèle dont la fonction a créé la forme. »

    De fait, dans l’univers très concurrentiel de l’horlogerie de luxe, où de nouvelles marques créées de toutes pièces apparaissent chaque année, Jaeger-LeCoultre jouit d’une place à part. C’est l’une des seules véritables manufactures horlogères suisses qui fabrique de A à Z tous les composants de ses modèles, intégrant quarante corps de métiers différents. Et ce, depuis 1833, date à laquelle Antoine LeCoultre fonda sa « ferme-atelier » dans le petit village suisse du Sentier.

    Celui qui sera considéré plus tard comme « le grand-père de l’horlogerie » se spécialise dans les calibres haut de gamme. En 1890, l’entreprise fabrique 125 mouvements différents qu’elle vend également aux autres marques. Audemars Piguet, Patek Philippe, Cartier, Vacheron Constantin, il n’y a pas un grand nom de l’horlogerie qui n’ait acheté un jour un calibre JL. Depuis 1888, l’horloger a déposé plus de 220 brevets, mis au point plus de 1 000 mouvements… Avec des records inégalés, dont, en 1903, le mouvement de montre de poche le plus plat du monde (1,38 mm) ; en 1925, le Duoplan permettant de faire rentrer un grand mouvement dans une petite boîte ; en 1928, l’Atmos, pendule mystérieuse qui se nourrit de l’air du temps ; en 1929, le Calibre 101, le plus petit mouvement mécanique du monde… Cela pose une marque. Mais aussi des modèles car, sans cette légitimité horlogère, la Reverso n’aurait ensuite jamais connu le succès que l’on sait. D’autant que la société n’a cessé de faire évoluer son best-seller.

    La quadrature du cercle

    Ainsi, en 1991, la collection s’ouvre aux complications horlogères. Ces « Reverso 60e », fabriquées en série limitée, ont accueilli tour à tour une réserve de marche, un tourbillon, une répétition minutes, un chronographe rétrograde, un mécanisme de fuseaux horaires, un quantième perpétuel. A côté de ces sujets de haute voltige, réservés aux collectionneurs fortunés, la marque a développé plusieurs calibres dans sa collection permanente. Parmi les pièces les plus innovantes, la Reverso Duoface, lancée en 1994, porte sur chacune de ses faces un cadran, animé par un seul mouvement qui commande des aiguilles tournant à contresens afin d’indiquer deux heures différentes de part et d’autres du boîtier… Ou encore la féminine Duetto, dont les deux cadrans, l’un pour la journée, l’autre pour la soirée, en font aujourd’hui l’une des meilleures ventes de la société. Bien vue aussi, la Grande Reverso dont le boîtier agrandi dans les années 2000 porte de jolis mouvements ouvragés qui peuvent afficher la réserve de marche, le quantième, un second fuseau horaire, etc. Soit près d’une quinzaine de modèles différents.

    En 2006, pour célébrer l’anniversaire de sa montre phare Jaeger-LeCoultre lui adjoint une nouvelle ligne. Plus carrée, plus sportive, plus masculine, la Squadra est, comme son nom l’indique, la première Reverso carrée. Elle est surtout équipée d’une nouvelle génération de calibres automatiques développés dans la manufacture. Avec deux chronographes GMT, dont l’un indique l’heure universelle, et une très chic version « Hometime » affichant sobrement un second fuseau horaire, ces Reverso Squadra devraient, dans les deux ans, rafler 10 % du chiffre d’affaires de cette grande famille. Mais la marque n’entend pas en rester là. Une pièce à grande complication devrait être dévoilée, le 3 avril, au salon de Genève, en même temps que la Reverso « à éclipses ». Un sujet réversible d’un raffinement extrême : un minuscule volet coulissant s’ouvre et se ferme sur un cadran émaillé dont le décor s’inspire de toiles de maîtres et de scènes du Kama-sutra. Le maharajah Sir Pratap Singh l’aurait adorée…

    Repères
    1833 : Antoine LeCoultre fonde sa manufacture en Suisse.
    1847 : invention du remontoir à bascule qui rend caduque la clef pour remonter les montres.
    1880 : Edmond Jaeger, horloger français, s’installe à Paris.
    1890 : la manufacture fabrique 156 calibres différents.
    1903 : rencontre entre LeCoultre et Jaeger.
    1925 : invention de la Duoplan
    1931 : naissance de la Reverso
    1946 : première montre automatique Jaeger-LeCoultre
    1991 : lancement des Reverso 60e à complication
    1992 : création des Master 1000 Hours, des montres rondes testées pendant 1000 heures.
    1994 : lancement de la Reverso Duoface
    2001 : rachat de Jaeger-LeCoultre par le groupe Richemont
    2003 : présentation d’une Reverso en platine avec un tourbillon
    2006 : lancement des Reverso Squadra, des Reverso à éclipses et des Duetto Duo.

    Le Figaro – Fabienne Reybaud. ( 28 mars 2006)

    http://www.madamefigaro.fr

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