FORUMAMONTRES › Forums › Forum de discussions sur les montres de poche › La montre dont on cacha qu’elle était suisse, la Trainmens special
- Ce sujet contient 6 réponses, 7 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par
Kristjan, le il y a 10 années et 10 mois.
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1 janvier 2015 à 18h37 #420003100923
Milou
Membre- landeron a écrit:
- Un article de 1908 mettant en garde contre les swiss-fake:

Je l’avais inséré ici, il faudra que je ré-heberge les photos
Merci landeron, c’est un article très intéressant. Je ne pense pas qu’à l’heure actuelle on puisse trouver le même niveau de critique détaillée dans un journal.
23 janvier 2015 à 3h12 #420003100925Raxevis Arcofin
MembreHihi, j’adore cette histoire.
23 janvier 2015 à 12h13 #420003100924Cogito
MembreUne fois encore merci Zen pour cette belle histoire!
Niveau décoration, on sent qu’ils sont allé chercher l’inspiration du côté des marques américaines mais on est loin d’avoir le même résultat… Quelqu’un sait par quels processus les marques américaines ont pu créer de si belles vagues sur leurs mouvements ?27 décembre 2015 à 2h56 #410000116790ZEN
MembreUn article de 1908 mettant en garde contre les swiss-fake:

Je l’avais inséré ici, il faudra que je ré-heberge les photos
27 décembre 2015 à 2h56 #420003100920ZEN
MembreLa montre dont on cacha qu’elle était suisseL’histoire de la « Trainmens special », la plus suisse des montres américaines

Aux alentours de 1910, la concurrence entre les manufactures américaines et suisses est à son paroxisme. Lors de l’exposition universelle de Philadelphie de 1876, Waltham Watch C° a fait une extraordinaire démonstration de force quant à sa capacité industrielle à produire de grands volumes de montres en appliquant des principes d’interchangeabilité des pièces et de rentabilité, très en avance sur l’industrie suisse. La manufacture américaine a en effet déplacé une chaine de fabrication complète sur l’exposition et a ainsi démontré une avance technologique inégalée. Près de trente années plus tard, l’image de l’horlogerie américaine reste dans le monde celle d’une industrie de pointe capable de maîtriser la production de grands volumes de produits qualitativement excellents. L’industrie horlogère suisse est davantage perçue comme une industrie reposant sur le recours à beaucoup de main d’œuvre mais apportant une fiabilité dans la précision de ses mouvements qui en fait une référence mondiale. C’est donc sur le terrain commercial que la bataille est la plus âpre.
Les Suisses en 1910 ont considérablement fait progresser leur industrie horlogère tant au plan technique que de l’organisation. L’horlogerie suisse reste plus chère que l’horlogerie américaine et le concept de manufacture doit encore évoluer pour égaler les américains sur le registre de la rentabilité et du rendement. Si l’horlogerie suisse est qualitativement admise comme supérieure à sa concurrente américaine, cette dernière plus « tape à l’œil » séduit le public par l’esthétique des mouvements très décorés et par une diversité d’offres à des prix que les Suisses peinent à concurrencer.
Une concurrence forcenée

Depuis la dernière décennie du 19ème siècle, la concurrence est encore plus difficile car les Américains cherchent à venir concurrencer les Suisses sur le terrain des marchés européens et d’Amérique du sud. Les Suisses voudraient pouvoir se déployer sur le marché nord-américain mais celui-ci leur est fermé par des mesures protectionnistes liées notamment aux syndicats d’ouvriers de l’horlogerie qui ne veulent pas voir une concurrence faite de produits manufacturés par des ouvriers non syndiqués. Les ouvriers suisses ne sont en effet pas regroupés sur les sites de production comme c’est le cas aux Etats-Unis et le statut d’ouvrier à domicile fréquent chez les Suisses n’ouvre guère de perspective à l’émergence de puissants syndicats.

Bloqués sur le marché américain, contingentés et obligés de recourir à des emboîteurs américains, les Suisses vont tenter en vain de déverser des quantités importantes de mouvements aussi bien décorés que les mouvements américains. Les Suisses font valoir la précision supérieure de leurs montres garantie par les observatoires. Les manufactures d’Outre Atlantique ne se démontent pas et créent leurs propres observatoires. Elles démontrent facilement que leurs montres sont aussi précises que les modèles suisses et le début du siècle est l’occasion de venir concurrencer les Suisses sur leurs propres marchés.
L’arrivée de montres américaines sur le marché suisse après 1904/1905 agace les Suisses qui vont rechercher des parades en produisant des mouvements à l’américaine. Ils créent des marques (Burlington par exemple) et avec une décoration à l’américaine vont faire emboîter sur place leurs modèles. Les calibres sont produits à prix réduits avec des anglages approximatifs qui supposent une main d’œuvre limitée.

La montre Americano-Helvète
Le succès commercial est encourageant mais insuffisant, il faut aller vers des produits qui sont davantage encore formatés aux exigences de la clientèle américaine. C’est alors qu’un fabricant suisse décide de produire la plus américaine des montres suisses. Il va s’intéresser à ce que les Américains apprécient le plus et ce sur quoi les manufactures américaines fondent l’essentiel de leur communication, à savoir les montres de chemins de fers. Les compagnies ferroviaires américaines se sont quasi totalement fermées aux modèles suisses à de rares exceptions près et la pièce qui va être produite doit absolument ressembler aux montres de chemins de fers, c’est à dire comporter une grosse boite avec un mouvement de grande taille (20 lignes) et un cadran à chiffres romains avec un chemin de fer pour les minutes (dessin en forme de rail dont chaque traverse serait l’indication d’une minute). Si les Américains ne comprennent pas l’appel du pied réalisé avec ce produit, une locomotive est dessinée sur le cadran pour signifier la spécificité de la montre. L’emboitage sera américain et le mouvement sans référence à la Suisse, sera un 23 rubis avec une architecture très spéciale. Les meilleurs montres américaines en effet, sont assemblées avec 23 rubis davantage pour des raisons esthétiques que fonctionnelles.
Le calibre comporte la mention « Trainmens Special Chicago USA » et une gravure de locomotive, on peut difficilement faire plus américain. A Chicago personne ne connait cette compagnie et les Suisses injectent sur le marché américain plusieurs dizaines de milliers de pièces sans que l’on sache vraiment comment elles passent les contrôles douaniers. On parle de 100 000 montres ainsi diffusées ! Pour faire sérieux, chaque mouvement comporte un numéro de série, une décoration gravée à l’américaine et la marque déjà mentionnée sur le cadran « Trainmens Special ». Les Américains étonnés par l’orthographe du cadran et le mot « Trainmens » vont vite découvrir l’origine de la pièce qui est faite sans anglages du mouvement et avec une architecture qui limite le nombre de roues du train de rouages. Facile à assembler, plus facile en tous les cas qu’une montre classique, la pièce est précise et munie d’un col de cygne qui la fait ressembler à une véritable railroad.
La montre fantaisie n’est évidemment pas une véritable Railroad (montre officielle des chemins de fer) mais une simple « Train watch » qui remporte malgré tout un certain succès car d’un prix très abordable, pour une qualité mécanique très respectable. Rien ne laisse supposer de ses origines suisses et sa boite américaine faite aux Etats-Unis, lui donne toutes les conditions pour être facilement distribuée. Les Américains apprécieront peu cette « attaque » en règle sur leur propres marchés mais ils ont déjà de leur côté fait circuler en Europe des montres faisant référence à des contrôles suisses et qui n’en avaient pourtant subi aucun. C’est le cas de « Chronomètres » sans certificat ou bulletin de marche qui ont passablement mis les Suisses en colère.
Cette montre « Trainmens Special Chicago USA » faussement américaine est-elle ou non une supercherie? Certes non, juste une concurrence sur le fil qui fera rire les Suisses, contents d’avoir des montres des Alpages qui se répandent dans les Rocheuses.
Droits Réservés – Forumamontres . 2015__________________________________
Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).30 décembre 2015 à 21h20 #420003100921kelorkilé
MembreMerci Zen, histoire très intéressante.
Amicalement GG
30 décembre 2015 à 22h20 #420003100922Kristjan
MembreMe suis régalé à lire cette histoire, bravo et merci

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