FORUMAMONTRES › Forums › FORUMAMONTRES › La langue de bois est un outil horloger comme les autres – Billet
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Aeromariner, le il y a 7 années et 8 mois.
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6 février 2019 à 6h30 #410000137002
ZEN
MembreLes salons horlogers sont imaginés pour vendre et dégager du chiffre d’affaires avec les distributeurs et détaillants. La presse, les blogueurs et le public ne sont qu’accessoires même s’ils ont une place réservée, un temps privilégié où les marques soignent leur image. Les CEO soignent aussi leur propre image dans un exercice devenu un rituel, celui de l’interview exclusive donnée à chaque média dans le peu de temps du salon. Chaque stand a son espace caché réservé à la signature des contrats, son espace détente et son espace CEO où seuls les VIP ont accès et où le CEO se livre à l’exercice de l’interview. Ambiance détendue, car plus le patron a l’air cool plus il véhicule une image de maitrise de son entreprise et montres à portée de main car il faut vendre absolument, rien n’est laissé au hasard même s’il faut cultiver une image de spontanéité. L’assistante du CEO est alors comme la fée clochette et distribue autour de son mentor le sable d’or qui va éblouir le journaliste qui sur la journée, interviewe en continue chaque CEO pris dans ses filets. Les eaux sont ici internationales car aucun marché ne doit être négligé. Il est temps d’assister à l’une de ces interviews, une suffit à l’observateur attentif car les patrons parlent tous le même langage, avec les mêmes mots et la même langue de bois.
Je reste ébloui par l’humanisme que peut dégager un CEO. Cela me réduit au rang d’apprenti manager mais il est vrai que tant de hauteur de vue, tant de talent et un tel esprit managérial n’est pas à la portée du premier venu que je suis. Evidemment, pour faire accoucher le CEO de l’expression de son talent, il faut un journaliste, un vrai un grand reporter, un baroudeur des salons qui saura poser la question juste dans un timing parfait.
« A quels facteurs attribuez-vous votre succès ? ». N’imaginez dans la réponse rien de postal, non la question est bien posée et si le journaliste est sur une chaise pendant que le CEO est dans un fauteuil, c’est juste une question de décoration. La réponse est forcément subtile, empreinte de bon sens et de réflexion. D’ailleurs le CEO regarde le plafond avant de répondre, il est comme surpris par cette question qui brille par sa pertinence et son originalité. » Le succès est une affaire d’équipe, le manager existe à travers son équipe, ses collaborateurs et collaboratrices qui unissent leurs forces pour avancer vers le succès ». C’est magnifique, imparable, précis, parfait. Quel humanisme, quel sens du management, du leadership et quel bonheur de se sentir porter par pareil homme qui pilote un navire où l’équipage est considéré avec tant de déférence. Cette humilité n’a d’équivalent que le talent du journaliste qui eu l’audace de poser pareille question ! Va-t-il réitérer un exploit si intense dans une deuxième question ?
« Vous êtes un créatif, vous avez avec beaucoup de talent dessiné la nouvelle collection, ce fut difficile ? « Là, on flirte avec le journalisme de terrain dans ce qu’il a de plus risqué. Igor Barrère et Pierre Lazareff créateurs de Cinq colonnes à la une, ancêtres télévisuels de tous les magazines de grands reportages, doivent pâlir d’admiration devant une telle impertinence. « Oui, j’ai exprimé ce que j’avais de plus profond en moi, une sorte de quintessence fusionnelle d’artiste et d’artisan » Cette fois, l’équipe a certes disparu mais on perçoit mieux l’homme, un CEO multidimensionnel, un patron d’envergure qui supplée les carences de ses créatifs et autres designers, bref un leader qui porte l’image de sa maison. Le journaliste est groggy, une telle réponse le scotche. Tout ce talent concentré en un seul homme appelle une autre question. Va-t-il oser ?… Oui, il n’hésite pas, il est à fond dans l’exploration du sujet.
« Quelle est la création dont vous êtes le plus fier? » On se dit que le CEO va réfléchir, c’est que la question est complexe mais non, il fait un parcours sans faute et maîtrise à la perfection sa spontanéité. Il est vrai qu’il a déjà derrière lui 25 interviews et que cette question, il ne cesse d’y répondre ! « La montre dont je suis le plus fier est le dernier modèle de la maison que je dirige ! » C’est époustouflant ! La réponse est d’une si abyssale de profondeur qu’elle déconcerte l’homme de presse. Comment n’y avait-il pas pensé ? La perfection est dans le temps réel, pas un projet d’hier ! Abasourdi, le journaliste ne lâche pas prise ! C’est un vrai professionnel qui va au bout de ses idées et des investigations qu’il mène. D’ailleurs avant de faire ce métier, il voulait faire une école de commerce comme son copain Lulu qui lui est devenu grand patron d’un cabinet conseil suisse. Alors en être brillant, il affute, il prépare sa dernière question, celle qui va achever la discussion, la question que tout le monde se pose !
« Et si vous deviez partir sur une ile déserte, quelle montre emporteriez-vous ? » Oh là, il n’a pas hésité. Il a porté l’estocade, le CEO est assis, hagard, il a pris cette tarte à la crème en pleine face. Entarté, il baisse les yeux puis les relève vers le plafond… il réfléchit. L’enjeu est majeur ! Ses lèvres se tordent, il baisse le regard et prend sa respiration. Le suspens est à son paroxysme. La sincérité transpire de son visage coloré par la lampe à bronzer de la salle « Bien-être » de son hôtel. » La dernière création, celle que je porte au poignet ! » Tout est dit et quelle chance, quel hasard ! Il aurait pu préférer la montre d’une maison concurrente, qui sait, une vintage d’une marque pour laquelle il a travaillé autrefois mais non, c’est la surprise la plus totale ! Il préfère la dernière nouveauté de la marque qu’il représente.
L’interview palpitante au demeurant fut une épreuve éreintante. Le journaliste a transpiré et le CEO est essoufflé, il a réussi cet exploit prodigieux de ne sécher sur aucune question face au grand professionnel dépêché devant lui. Il est manifestement épuisé. Le journaliste respectueux prend congé et s’efface par la porte arrière de la salle. Son assistante fait alors entrer Monsieur Xiang, journaliste pour une chaine de télévision chinoise. Il est accompagné de son cameraman et va engager la 11ème interview de la journée sur ce salon de l’horlogerie. Il sera suivi par Gunther Friedman, un allemand. La première question de monsieur Xiang porte sur ce qui l’a conduit à remporter un tel succès. L’attaché de presse du CEO cherche la traduction des questions en allemand pour le journaliste suivant. Si elle ne la retrouve pas, il faudra imprimer la page de Google translate mais le japonais semblait approximatif ce matin. La spontanéité se joue parfois à peu de choses.
6 février 2019 à 6h57 #420004044104Leopal
MembreEh oui, les « éléments de langage », comme on dit bêtement, sont formatés, policés. Mais les « communicants » sortent tous des même école, du même moule à penser, alors qu’attendre d’autre ?
C’est hélas pareil partout, l’empire du vide.Et gare à ceux qui feront preuve d’un peu d’humour sans passer par la case du politiquement correct, Moser et sa montre hommage par exemple.
6 février 2019 à 22h32 #420004044105arbigoud
Membreun responsable qui parle engage toutes ses équipes, partenaires, distributeurs.
Ce n’est pas un exercice facile, et heureusement qu’ils bossent leurs éléments de langage.C’est comme les interviews d’artistes, faut pas les lire
6 février 2019 à 23h30 #420004044106Manivel
MembreC’est fort bien écrit et je me félicite de participer modestement a la vie de ce lieu ou les échanges sont si enrichissants.
C’est pas si compliqué en fait…
6 février 2019 à 23h35 #420004044107Invité
Membre- Manivel a écrit:
- C’est fort bien écrit et je me félicite de participer modestement a la vie de ce lieu ou les échanges sont si enrichissants.
C’est pas si compliqué en fait…

Oui, le ton décalé de l’écriture m’a fait sourire, mais au fur et à mesure des topics sur ce genre de sujet, je perçois comme une forme d’aigreur de la part de ZEN. Est-ce le cas ? La passion s’émousse-t-elle, au moins pour ce qui est des collections récentes ?
7 février 2019 à 0h02 #420004044108Jicé
Membre- ZEN a écrit:
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« Et si vous deviez partir sur une ile déserte, quelle montre emporteriez-vous ? »
La question la plus ***** que la presse puisse poser en « on » à un patron horloger.
Néanmoins, l’art d’un bon communicant et d’un habile orateur, eut été de démontrer l’insondable vacuité de la question…. ou de s’en sortir par une pirouette.
7 février 2019 à 0h21 #420004044109Leopal
MembreD’autant que presque tout le monde partirait avec une Sub je pense, et pas seulement le patron de Rolex.
- arbigoud a écrit:
- un responsable qui parle engage toutes ses équipes, partenaires, distributeurs.
Ce n’est pas un exercice facile, et heureusement qu’ils bossent leurs éléments de langage.C’est comme les interviews d’artistes, faut pas les lire

Artistes, sportifs, journalistes, politiques ou patrons, il y a des gens qui n’adoptent pas la langue de bois. Ils sont rares, mais le public les aiment d’autant plus pour cette liberté de langage.
7 février 2019 à 0h46 #420004044110LUDOSTER
MembreEn même temps, le Ceo ne va pas répondre que les autres sont meilleurs, ni dire qu’il emmènerais une montre de la marque concurrente sur une île déserte, encore moins que la marque qui l’emploie n’a rien fait de bien depuis vingt ans, etc. De même je ne dirais pas à mes clients que nos concurrents sont meilleurs, nôtre qualité de fabrication parfois aléatoire ou que je ne suis pas sûr du respect des délais de livraison demandé, c’est logique…
Ces interviews sont des réponses pré-écrites à des questions connus, ni les questions ni les réponses n’ont de vrais intérêts…
Les « interviews a battons rompu » que l’on peut lire ici sont bien plus intéressantes, c’est d’ailleurs pour cela que l’on ne connaît pas le nom de la personne interviewée…
7 février 2019 à 0h50 #420004044111ZEN
Membre- Manivel a écrit:
- C’est fort bien écrit et je me félicite de participer modestement a la vie de ce lieu ou les échanges sont si enrichissants.
C’est pas si compliqué en fait…

- -Pierre- a écrit:
- Oui, le ton décalé de l’écriture m’a fait sourire, mais au fur et à mesure des topics sur ce genre de sujet, je perçois comme une forme d’aigreur de la part de ZEN. Est-ce le cas ? La passion s’émousse-t-elle, au moins pour ce qui est des collections récentes ?
Je peux t’assurer, les aigreurs ne font pas partie de ma manière de fonctionner. Je suis davantage dans de la dérision et parfois même dans l’autodérision. J’ai par exemple cessé depuis longtemps les interviews des patrons si je ne suis pas certain que les réponses seront spontanées et non dictées par un tissu d’éléments de langage.
Je regarde les choses avec beaucoup de recul. Loin de s’émousser, la passion au contraire, se nourrit de découvertes assez fantastiques au fur et à mesure du temps. J’ai montré ici et dans la Revue des Montres, un chrono de Rieussec inconnu et qui situe la période de création des totalisateurs sur les chronos très en amont. J’ai présenté les travaux des maisons suisses pour devenir fournisseur de l’US Navy, ce fut une recherche fabuleuse et passionnante. La découverte d’une pièce Master Navigation Watch de marque Longines dans le Hors série de la Revue des montres modifie totalement la connaissance que l’on avait de ces montres « désassemblées en Suisse pour pouvoir être exportées et réassemblées aux USA avec des boites…suisses car aucune maison américaine ne pouvait les fabriquer. Je suis aujourd’hui sur la découverte d’une montre au passé incroyable et historique qui va éclairer une période inconnue de l’histoire de France et de la révolution.
Je n’ai jamais eu autant de recherches en cours et d’interlocuteurs enthousiastes, autant de réflexions avec des éditeurs et autant de contenus nouveaux et renouvelés sans cesse. Je vais prochainement raconter l’histoire d’un chronographe Omega qui a une histoire assez dingue liée aux JO, etc …
Pour ce qui est des pièces récentes, la question ne se pose pas. Je suis évidemment impliqué et je confirme que je porte aussi des montres très récentes. Au contraire, le vintage me fait apprécier certaines montres hommages que j’encourage parfois à faire. Je serai sur ce point muet car on sort du cadre du forum.
J’ai décidé de mettre le doigt où ça fait mal c’est à dire sur la com désuète, les clichés démodés ou pourris, le sexisme horloger, les produits plan plan sans imagination, la créativité parfois inexistante etc … J’ai l’immense avantage de pouvoir m’exprimer librement et d’être faiblement exposé aux mesures de rétorsion s’il devait y en avoir. L’humour ne traduit pas l’aigreur ni l’amertume mais une liberté de ton qui à mon sens fait du bien dans un univers où elle ne se pratique jamais.
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).7 février 2019 à 1h00 #420004044112Invité
Membre- ZEN a écrit:
- Je peux t’assurer…
Oui, ce que je voulais dire, c’est que d’un côté on sent la recherche du passionné pour des pièces souvent vintage avec une histoire, et tes comptes rendus témoignent de cette passion, autant pour le contemporain (montres, images, ambassadeurs, marketing, production), bennn l’impression que ça laisse, c’est que tu n’es plus vraiment convaincu.
Pour ma part, je ne suis pas trop vintage, et je viens de prendre possession hier soir d’une Sky-dweller. Je peux dire que je suis épaté non seulement par la beauté de la montre, mais aussi de l’ingéniosité de ce ring command (avec la lunette cannelée) tout en préservant une étanchéité de 100 mètres, donc je tire mon chapeau.7 février 2019 à 1h25 #420004044113ZEN
MembreJe suis aussi convaincu que toi sur mes Rolex récentes mais je me fais tomber dessus quand j’en parle … Un admin est suspect s’il aime Rolex, la dernière Zenith, les Speake Marin, les cadrans rouge, les bracelets silicone etc …
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).7 février 2019 à 1h56 #420004044114Lamontretictac
MembreUne question Zen : tu as réellement entendu ces questions et les réponses qui vont avec, ou tu retranscris en grossissant le trait ?
7 février 2019 à 2h19 #420004044115Jicé
Membre- ZEN a écrit:
- … Un admin est suspect s’il aime Rolex, la dernière Zenith, les Speake Marin, les cadrans rouge, les bracelets silicone etc …
Bah… tu es garants d’une certaine orthodoxie de la passion horlogère, alors l’exotique ou l’ostentatoire, c’est un peu comme du gospel à Saint Nicolas du Chardonnet…
. Faut s’y habituer, puis c’est à chacun de se soustraire des effets de modes ou de prendre du recul sur ses propres émotions…7 février 2019 à 2h52 #420004044116ZEN
Membre- Lamontretictac a écrit:
- Une question Zen : tu as réellement entendu ces questions et les réponses qui vont avec, ou tu retranscris en grossissant le trait ?
Je ne vais pas citer les auteurs mais c’est du vécu !
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).7 février 2019 à 7h31 #420004044117Lamontretictac
MembreC’est donc une belle illustration de la comédie humaine (d’autant plus drôle qu’on en est éloignée). Un petit monde tellement persuadé de lui même qu’il a perdu de vue le ridicule de la situation. Merci en tout cas de cet éclairage !
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