FORUMAMONTRES › Forums › FORUMAMONTRES › Histoire: Puisse la raison des hommes, un jour, emporter l’humanité
- Ce sujet contient 14 réponses, 12 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par
J.B, le il y a 17 années et 9 mois.
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17 janvier 2009 à 9h08 #410000038608
ZEN
MembreAprès la seconde guerre mondiale, beaucoup d’hommes et de femmes ne sont pas rentrés chez eux. Les camps de la mort les ont retenus volant la vie de ceux qui y passaient et brisant la vie de ceux qui restaient seuls loins des leurs.
Lorsqu’en 1941, Jules-Ernest Schwab Horloger de grand talent, prit conscience que cette guerre pourrait lui voler ses biens, il n’imaginait pas qu’elle put aussi lui voler les siens et lui faire perdre la vie. Jules-Ernest avait par dessus tout horreur que ses clients ne reviennent pas chercher les montres qu’il leur réparait. Pourtant, depuis deux ans , il n’avait aucune colère à l’encontre de ceux qui ne revenaient pas. Etaient-ils embarqués dans ces camps dont tout le monde parlait à mots couverts, fallait-il y croire ? Ou bien, la pauvreté, le manque d’argent avait-il pour conséquence qu’on préférait différer la récupération de la montre, Jules-Ernest n’en savait strictement rien.
Ce que Jules-Ernest savait est que de derrière la fenêtre donnant sur la rue où il avait son atelier, il ne voayait plus passer certains de ses voisins et des gens qui parfois franchissaient la porte de sa boutique. Le soir, quand il occultait la fenêtre pour ne laisser passer aucun filet de lumière, Jules-Ernest voyait dans sa tête tous ceux que ses yeux ne croisaient plus. La rue vidée de ses passants était comme hantée des âmes de ceux que la guerre avait égarés dans des lieux où ils n’auraient jamais dû se retrouver.
Le soir du 25 janvier, Jules-Ernest prit la décision pour les protéger, d’enterrer les montres laissées par ses clients et celles du stock de sa boutique. Il s’empara d’une boite en fer réservée aux gateaux d’une trentaine de centimètres au carré et y placa toutes les montres qui lui avaient été confiées en réparation ainsi que cinq ou six montres neuves de sa boutique. Il y avait 2 montres ZENITH de poche aux numéros de série consécutifs, un chronographe de poche Omega et 2 montres de poche en or. Il emballa les montres dans un tissus récupéré d’un manteau usé et après avoir placé chaque montre dans du journal, les protégea avec la toile. Puis, il souda les bords de la boite avec du plomb pour la rendre plus étanche qu’une boite de conserve.

Deux montres neuves retrouvées à la fin des années quarante dans un jardin par la main qui y plantait une fleur.L’opération ne lui prit pas moins de deux heures tant il mit un soin particulier à ménager chaque montre et à les regarder pour en conserver le souvenir exact au cas où après la guerre, on lui demanderait des comptes sur leur état.
L’hiver était froid et ce 26 janvier 1941, . Prenant une bèche, il sortit au petit matin et d’un coin de la cour qui était un angle mort, invisible des voisins, il creusa un trou d’une quarantaine de centimètres dans le sol gelé. Ses mains commençaient à se paralyser à cause du froid quand il plaça la boite au fond du trou et replaca l’énorme motte de terre que le gel avait permis de laisser compacte.
Le sol que Jules-Ernest pietina ensuite, semblait ne jamais avoir été creusé à cet endroit. Celia, la femme de Jules-Ernest lui demanda pourquoi de si bon matin, il avait une pelle en main alors que la température frôlait les moins dix degrés. L’horloger, évasif craint d’être ridicule dans la réponse qu’il pouvait apporter et prétexta le besoin de protéger une fleur.
Le 7 mars au matin à 6 heures et demie, Jules-Ernest et Celia furent emmenés par la police Française et remis aux autorités Allemandes. Leur fille était partie dormir chez une amie. Les parents de celle-ci hébergèrent l’enfant toute la durée de la guerre et bien longtemps après car jamais elle ne revit ses parents. De la boutique, la jeune femme ne put rien conserver sinon les murs car lorsqu’elle y remit les pieds en 1945, elle avait été totalement vidée. Il n’y restait pas même un outil de son père mais juste un meuble d’horloger à tiroirs multiples dans lequel celui-ci gardait le cahier de coloriages de sa fille et quelques photos de la famille réunie.
La jeune femme décida d’habiter là et de redonner vie à cette maison où elle avait connu des jours heureux. Comme elle ne voulait pas en faire un sanctuaire de son passé, elle décora à son goût l’endroit et termina sa tâche par quelques plantations dans le jardin.
On devine la suite et la découverte dans la boite des montres bien sur et d’une liste précise des propriétaire de chacune d’elle et de leur adresse. Malgré des recherches méticuleuses, elle ne retrouva aucun propriétaire ni la trace de leurs familles. Dans la boite, il y avait aussi une feuille blanche et juste quelques mots… "Puisse la raison des hommes, un jour, emporter l’humanité"
17 janvier 2009 à 9h20 #420000620287linn92
MembreZen, c’est un des modèles dont tu as dernièrement fait l’acquisition ?
Je comprends ton émotion et ta quète….puisse un jour nos enfants avoir le courage de la sagesse que n’aura pas eu leurs ainés….
Laurent17 janvier 2009 à 9h24 #420000620288ZEN
MembreJ’ai fait l’acquisition de ces montres et du chrono Omega il y a un an …Après que leur propriétaire, une femme fille d’horloger m’ait expliqué que son père les avait enterrés pendant la guerre pour en éviter le vol. Cela avait piqué ma curiosité et l’histoire m’a convaincu qu’une fois de plus les objets nous racontent le passé.
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).17 janvier 2009 à 9h29 #420000620289Boogie
MembreTu trouves toujours des trucs extraordinaires, Zen, des histoires émouvantes et rien à faire, c’est une sorte de don que tu sembles cultiver sans vraiment le vouloir
17 janvier 2009 à 12h56 #420000620290EDI
MembreUne histoire simple mais très émouvante…
Merci !EDI
17 janvier 2009 à 16h55 #420000620291Emmanuel H
MembreMerci Zen d’avoir pris le temps d’écrire ceci.
Cette histoire me touche beaucoup.
Emmanuel
17 janvier 2009 à 17h14 #420000620292le plombier
MembreDes fois je me demande si tu tiens pas à nous mettre le cafard,mais c’est plus fort que moi est j’ai plaisr à lire chaqu’une de tes histoires.
Si il y a un "LA HAUT " je penses sincèrement que Jules-Ernest peut être heureux de savoir que ses montres sont entre de bonne mains.
Merçi .
17 janvier 2009 à 17h17 #420000620293Boogie
Membre- le plombier a écrit:
- Des fois je me demande si tu tiens pas à nous mettre le cafard,mais c’est plus fort que moi est j’ai plaisr à lire chaqu’une de tes histoires.
Si il y a un "LA HAUT " je penses sincèrement que Jules-Ernest peut être heureux de savoir que ses montres sont entre de bonne mains.
Merçi .
Je vois ça autrement: Zen nous donne une autre vision de l’horlogerie, qui humanise pas mal ce petit monde, et qui lui donne une dimension historique.je ne sais pas si je me susi bien exprimé, mais ce que je voudrais faire comprendre, c’est que Zen a d’autres lectures de l’horlogerie que le côté simplement technique
17 janvier 2009 à 17h21 #420000620294le plombier
Membre- Boogie a écrit:
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- le plombier a écrit:
- Des fois je me demande si tu tiens pas à nous mettre le cafard,mais c’est plus fort que moi est j’ai plaisr à lire chaqu’une de tes histoires.
Si il y a un "LA HAUT " je penses sincèrement que Jules-Ernest peut être heureux de savoir que ses montres sont entre de bonne mains.
Merçi .
Je vois ça autrement: Zen nous donne une autre vision de l’horlogerie, qui humanise pas mal ce petit monde, et qui lui donne une dimension historique.je ne sais pas si je me susi bien exprimé, mais ce que je voudrais faire comprendre, c’est que Zen a d’autres lectures de l’horlogerie que le côté simplement technique
Je suis tout à fait d’accord avec toi ,mais j’avoue que certaine de ses Histoires me mettent la larme à l’oeil.
Le plombier grand émotif17 janvier 2009 à 17h35 #420000620295bob.2
Membremagnifique, magique et émouvant à la fois.
Je ne sais pas quelle impression te procure le porté de ces montres mais moi, j’aurais le sentiment de partager l’histoire tragique de certains et de perpétuer leur mémoire.
Une grande chance pour toi.
Pourrais tu faire des photos ?
Cordialement17 janvier 2009 à 18h04 #420000620296caput
MembreTrès belle histoire. Dans d’ancienne revue d’amateur d’horlogerie des histoires de ce type étaient narrées, dommage je ne les possède plus.
17 janvier 2009 à 18h51 #420000620297Boogie
Membre- le plombier a écrit:
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- Boogie a écrit:
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- le plombier a écrit:
- Des fois je me demande si tu tiens pas à nous mettre le cafard,mais c’est plus fort que moi est j’ai plaisr à lire chaqu’une de tes histoires.
Si il y a un "LA HAUT " je penses sincèrement que Jules-Ernest peut être heureux de savoir que ses montres sont entre de bonne mains.
Merçi .
Je vois ça autrement: Zen nous donne une autre vision de l’horlogerie, qui humanise pas mal ce petit monde, et qui lui donne une dimension historique.je ne sais pas si je me susi bien exprimé, mais ce que je voudrais faire comprendre, c’est que Zen a d’autres lectures de l’horlogerie que le côté simplement technique
Je suis tout à fait d’accord avec toi ,mais j’avoue que certaine de ses Histoires me mettent la larme à l’oeil.
Le plombier grand émotif
On est deux !
17 janvier 2009 à 19h33 #420000620298Hafid
MembreVoilà des montres qui t’accompagneront jusque ton jardin, beau dans le fond et dans la forme.
17 janvier 2009 à 23h22 #420000620299David123
MembreIncroyable de pouvoir acquérir des montres qui ont une telle histoire, je pense que la fille de l’horloger est tranquille de savoir que ces montres sont auprès d’un homme qui a une telle passion, et comme dit précédemment, l’horloger lui-même ne pouvait rêver meilleure chute : D’abord sa propre fille qui découvre le trésor, puis ZEN qui succède pour en prendre soin.
L’histoire est certes triste, mais très émouvante, je l’ai fait lire à ma femme (qui commence à voir d’un mauvais oeil ma nouvelle passion pour les montres), eh bien elle a été très émue.
Merci ZEN de nous faire partager ça.
18 janvier 2009 à 0h09 #420000620300J.B
MembreC’est une histoire triste mais très belle, pleine d’émotion et ta verve permet sans aucun mal d’imaginer ce qu’a pu ressentir cet homme.
Connais tu les raisons qui ont poussés la fille de cet homme à vendre ses montres ?
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