FORUMAMONTRES › Forums › FORUMAMONTRES › Ceux qui ne sont rien au yeux des autres n’ont forcément rien à dire. Histoire
- Ce sujet contient 30 réponses, 20 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par
Bourgeois, le il y a 15 années et 10 mois.
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11 décembre 2010 à 23h43 #410000037021
ZEN
MembreJe dois vous raconter une histoire, pour une fois, c’est une histoire vraie vécue par de vrais gens dans un vrai monde. Je dois vous prévenir que cette histoire n’est pas drôle, elle va vous mettre très mal à l’aise mais c’est parce qu’elle est authentique qu’elle ouvre l’esprit sur ce qui fait la différence entre les hommes généreux et les autres.
Pierre est de ces hommes auxquels la chance n’a jamais souri. Un costume étriqué, un travail de scribouillard dans un univers clos, celui du bureau d’un cabinet d’assurances où la radinerie fait qu’un bureau de 1952 est encore opérationnel en 2008.
Pierre a perdu ses parents quand il était étudiant. Un terrible accident de voiture ne leur a laissé aucune chance de survie. Pierre avait alors 18 ans et son frère 15. Pierre a dû travailler plus vite que prévu pour prendre en charge son frère encore lycéen. La faculté, il ne l’a pas vue plus de 6 mois et si d’autres étudiants se sont mobilisés pour qu’il termine une année entamée avec de brillants résultats, il lui aurait manqué les fonds et un métier pour prouver qu’il pouvait subvenir aux besoins de son jeune frère.
Pierre fit davantage pour son frère que celui-ci ne pouvait en exiger. Il lui offrit la possibilité de poursuivre les études que lui-même avait dû abandonner. Le jeune frère réussit dans d’excellentes conditions son diplome d’avocat et est aujourd’hui associé dans un cabinet où il est l’un des membres les plus brillants. Il porte une montre qui vaut 18 fois le salaire mensuel de Pierre.
Pierre de son coté a gardé ce travail dans les assurances. A 32 ans, il vivote avec un salaire de misère et a repris courageusement des études sans aucune aide. Une tenue vestimentaire un peu démodée, un visage sombre et un âge d’étudiant avancé ont fait de Pierre la cible de quelques moqueries mais Pierre les ignore.
Sur les bancs de l’auditorium de la Faculté, Pierre a rencontré Jeanne, une jeune fille délurée aimant la vie. Attendrie par Pierre, elle en devint l’amie et un soir de fête la maitresse furtive et passagère. Pierre pour la première fois, reçut ce soir là des messages et témoignages de tendresse et tomba amoureux de Jeanne. Il lui déclara sa flamme mais elle ignora les sentiments de Pierre et lui demanda de considérer leur soirée passée comme un souvenir de fête, rien de plus.
Pierre insista mais Jeanne l’éconduit et face à l’insistance grandissante du jeune homme lui dit qu’elle craignait l’ennui et sa tristesse latente pour s’engager davantage. Avec un sourire entendu, elle lui dit de regarder son costume pour comprendre ses doutes.
Pierre prit au pied de la lettre la remarque de Jeanne et se rendit chez un tailleur pour la première fois de sa vie. Il avait dans la poche des mois d’économies prélevées sur un salaire dérisoire. Il demanda un costume dont il précisa qu’il devait lui donner l’air gai et dynamique.
Le tailleur choisit un tissu coloré, une toile en lin blanche et proposa de border le col d’un liseré noir. La toile était chère mais Pierre n’hésita pas quand le tailleur lui expliqua qu’il vendait cela pour des jeunes mariés. Pierre se dit qu’il pourrait porter ce costume le jour du mariage si Jeanne acceptait ses avances une fois qu’elle l’aurait vu relooké.
Pierre revit Jeanne quelques jours plus tard. Il portait son costume mais Jeanne surprise, lui demanda pourquoi il portait cette tenue de peintre en bâtiment ridicule. Pierre comprit immédiatement qu’il s’était trompé. Il repartit voir son tailleur et expliqua l’erreur faite dans son choix. Le tailleur compatissant lui proposa de le faire teindre en noir. Pierre l’accepta.
Jeanne lui demanda un peu plus tard en le voyant pourquoi cette fois, il portait un costume d’enterrement. Pierre lui expliqua qu’il avait fait de son mieux pour lui plaire et qu’il avait placé ses économies dans ce costume. Jeanne l’embrassa sur le bout du nez, lui appliqua une tape sur le front et lui dit de cesser ses tentatives de séduction perdues d’avance.
Pierre fut désespéré. Le refus aiguisa son addiction mais Jeanne resta indifférente et se montra agacée des avances répétées de Pierre. Un soir, après le cours, Pierre disparut nulle part.
Ni son employeur, ni ses camarades, ni Jeanne ne remarquérent qu’il était absent … Son frère ne l’appellait plus guère de deux ou trois fois l’an, alors l’absence ne l’étonna pas plus que les autres interlocuteurs habituels du jeune homme.
Personne ne sait vraiment ce qu’est devenu Pierre. On sait juste qu’un clochard en costume noir a quelques temps dormi dans une niche de sécurité sous un pont près du canal. Personne n’a jamais pu établir son identité quand un jour du mois dernier son corps a été retrouvé sans vie au petit matin. L’homme avait dans sa poche un message destiné à personne, il y expliquait que derrière chaque être vivant se cache l’histoire d’un homme, d’un enfant couvé par ses parents, meurtri par la vie et auquel les autres sont restés indifférents.
Le médecin légiste qui a déplié le papier avec des gants et des pincettes a constaté l’absence de signature et à laissé tomber le papier dans un sac poubelle. Il a ensuite classé le décès en mort naturelle d’un homme de 30 à 35 ans non identifié.
Les gens qui ne sont rien au yeux des autres n’ont forcément rien à dire à personne.
12 décembre 2010 à 12h16 #420000587905ZEN
MembreUne réponse apportée par MP …
- arcana a écrit:
- cher Zen bonjour
j’ai lu avec intêret l’article que vu avez posté au sujet,
de ce grand homme qui à sacrifiée toute une vie,
et qui est decedé sous une niche de canal.
Que dire je partecipé en 84 au Liban,en Somalie,Albanie,G8 de
Génes et beaucoup d’autres,et malgré tout mes yeux ont brillés.
cordialment
ps:je voulais repondre en diréct,mais je ne trouve plus vôtre article
si ça peux être en quelque sorte solidaire,vous avez ma permission de mettre cet article dans le sujet cohérent,merci du profond du coeur
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).12 décembre 2010 à 12h22 #420000587906Boogie
MembreC’est un texte poignant, qui prend aux tripes, et dont je conseilel la lecture à chacun. cela force à réfléchir sur notre vie, nos rapports avec les autres, et rend bien des débats futiles
12 décembre 2010 à 12h31 #420000587907ml75
MembreDis moi combien tu gagnes je te dirai qui tu es…
12 décembre 2010 à 15h17 #420000587908alexander mahone
Membre"Il y a une espèce de honte d’être heureux à la vue de certaines misères.
quant à l’indifférence,elle est une infirmité de l’esprit et du coeur."
Mahone
12 décembre 2010 à 15h25 #420000587909Certifan
MembreJe ne sais pas quoi répondre… à part qu’on a tous un "Pierre" dans notre entourage… pas vrai ? Alors ne les oublions pas !
12 décembre 2010 à 15h25 #420000587910benmarie
MembreNous sommes peu de choses sur cette terre.
Un simple bonjour, un petit sourire ou une attention particulière, ce sont de simples gestes qui ne coûtent rien et qui embellissent la vie.
12 décembre 2010 à 16h42 #420000587911douds
MembreLe contraire de l’amour, ce n’est pas la haine, mais l’indifférence…
12 décembre 2010 à 17h22 #420000587912PIFPAF
MembrePour survivre à l’indifférence, le mieux, c’est la haine, elle est toujours à vos cotés, dans les moments difficilles, fidèle, constante…
J’ai un collègue, trop seul, qui c’est suicidé dans des cirsconstances analogues il y à quelques semaines, trop de solitude, pourtant il avait un boulot qui lui rapportait, il n’avait pas apprit à hair.
12 décembre 2010 à 17h31 #420000587913Tokage
MembrePour survivre à l’indifférence, le mieux c’est d’avoir une vie, un équilibre intérieurs… La haine te consume et ne sert à rien. Le premier est cependant plus difficile à cultiver que la seconde qui se nourrit assez facilement des blessures infligées à notre ego que l’on ressasse complaisament.
Nic
las12 décembre 2010 à 17h43 #420000587914ml75
Membre- PIFPAF a écrit:
- Pour survivre à l’indifférence, le mieux, c’est la haine, elle est toujours à vos cotés, dans les moments difficilles, fidèle, constante…
J’ai un collègue, trop seul, qui c’est suicidé dans des cirsconstances analogues il y à quelques semaines, trop de solitude, pourtant il avait un boulot qui lui rapportait, il n’avait pas apprit à hair.
La haine finit toujours par vous ronger, vous détruire et ne laisse de vous qu’une coquille vide, hélas
12 décembre 2010 à 17h51 #420000587915Invité
MembreJ’aurai pour ma part bien du mal à choisir entre la vision de Malik et celle de Nicolas.
Les deux me parlent, à des moment différents.
L’énergie de la haine et la tranquillité de l’équilibre.
Est ce que nous ne slalomons pas tous les jours entre les deux?
Mais que suis-je pour en parler, moi qui ait une vie agréable.
H3
je ne parle pas de "chance" car je n’y crois pas, la chance est pour les joueurs de jeu de roulette.12 décembre 2010 à 18h18 #420000587916PIFPAF
Membre- Tokage a écrit:
- Pour survivre à l’indifférence, le mieux c’est d’avoir une vie, un équilibre intérieurs… La haine te consume et ne sert à rien. Le premier est cependant plus difficile à cultiver que la seconde qui se nourrit assez facilement des blessures infligées à notre ego que l’on ressasse complaisament.
Nic
las
Je t’inviterais à (re?)lire voyage au bout de la nuit, qui parle avec tellement de talent de ce que tu décrit à propos de la complaisance.
Force est de constater que pour se sortir du trou, tu ne t’en sort pas avec des bons sentiments, et que l’équilibre (affectif à priori), ne vient pas quand tu pars avec les mauvaises cartes en main.
Je connais peu de femmes qui ont envie de fréquenter des Pierres, alors qu’il le mérite autant!Une fois que tu as contruit, ta haine, pure, cristalinne
, c’est dur de la remplacer par la niaise neutralité boboide basique, chère à une génération de féministes insatisfaites.12 décembre 2010 à 23h39 #420000587917Fokker III
MembreJ’aspire à la morne immobilité des noirs sépulcres
Dont l’obscurité et le silence, seuls, apaisent mes fureurs
Qu’enfin, libre et en paix, je puisse rêver, ma vie12 décembre 2010 à 23h55 #420000587918 -
AuteurMessages
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