Billet & Interview : Échange avec Guillaume Laidet, Nivada & Vulcain

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11 sujets de 46 à 56 (sur un total de 56)
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  • #420004883473
    DON
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    raynew a écrit:
    Pour ce qui est de la désindustrialisation, vous avez en partie raison, cependant vous oubliez un pan de l’histoire… L’horlogerie française a surtout pris une grosse claque avec l’innovation japonaise et l’avènement du quartz… Tiens ! on parle d’innovation… La disparition de l’outil de production n’était donc pas que politique mais conjoncturel. Cependant vous n’avez pas complètement tort, et ce fut une erreur d’appréciation monumentale. Dans les années 80/90, il y avait une vraie volonté politique de favoriser et de profiter de l’émergence de la Chine (merci chirac).

    Pour information, les fabricants de machine outil de précision pour l’horlogerie sont quasiment tous européens. Vous pouvez vérifier, et ceci nous amène au processus de réindustrialisation, j’ai lu que ces dernières années, un paquet d’usines s’étaient construites en suisse. Apparemment ça va assez vite. Donc tout est question de moyen et de volonté.

    Alors la rupture du quartz, il faut rappeler que le quartz était dans les cartons français (LIP) et suisses. LIP était d’ailleurs sur le point de le présenter (sujet passionnant d’ailleurs) mais la marque a manqué de temps et aussi une série de mauvaises décisions managériales et stratégiques et l’arrivée en masse de concurrents comme Kelton par exemple ont coulé la marque. La crise du quartz a donné sa pleine mesure quelques années plus tard, l’arrivée de la Seiko Astron en 1969 n’a pas immédiatement signé la fin de la récré pour les marques de montres mécaniques. Le processus a été engagé au début des années 70 puis a monté en puissance pour ensuite laminer le secteur.

    Il est bon effectivement de rappeler que les machines-outils sont souvent fabriquées en occident. La question des moyens et du temps est évidente mais il faut voir aussi que le réflexe d’aller directement vers les usines où les coûts de production sont moindres est encore largement prédominant. Ce qu’on appelle trivialement la logique comptable (je connais certains cas de délocalisations qui se sont faits pour littéralement économiser quelques centimes sur des pièces dont le lieu de production aurait pu être conservé sur le vieux continent, cela paraît insensé mais des décisions structurelles avec des conséquences catastrophiques de long terme ont été prises pour économiser des bouts de chandelle sur le court terme) reste toujours très présente, la comptabilité n’est pas un gros mot bien sûr mais le court termisme a prévalu et continue de prévaloir encore dans beaucoup de décisions industrielles il faut l’avouer.

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    « Le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé« 
    Instagram : don_writer_w

    #420004883474
    Mc
    Membre

    Je partage ton analyse et ton constat. La faute des politiciens européens est effectivement énorme.

    Cependant, je pense que la faute est surtout celle des financiers et des dirigeants de ces marques, lesquels n’ont plus aucune vision ni volonté de préserver leur patrimoine national ou régional et préfèrent systématiquement la vision court terme.

    Mais les consommateurs ne sont pas exempts de reproches (pas qu’en horlogerie d’ailleurs). En effet, je suis persuadé que si ces derniers s’intéressaient plus à ces questions et demandaient plus de transparence, les marques seraient obligées de réagir. Malheureusement, ces dernières ne le feront pas aussi longtemps que les gens se moqueront de la provenance de leurs produits ou s’en accommoderont. C’est surtout ça le problème. Actuellement et bien que l’offre a évidemment baissé, il existe des dizaines si ce n’est plus de fabricants de boîtiers ou de bracelets en Suisse. Or, de source sûre, les économies réalisées par la délocalisation, qui n’est certes pas négligeable, aurait été largement amortie par le doublement, voire triplement des prix auxquels nous avons assistés ces dernières années.

    Quand j’ai appris récemment que l’une de mes montres, dont le prix catalogue actuel est d’environ 10k, avait un boîtier et un bracelet chinois, que je considère être des pièces d’habillage essentielles dans la mesure où elles participent grandement à l’esthétique de la montre et à sa qualité globale, j’ai été pour le moins déçu. D’autant plus que la même montre équipée du même mouvement, se vendait deux fois moins chère moins de dix ans auparavant. Le surcoût, d’ailleurs pas si important que ça, engendré par une fabrication suisse ou même européenne aurait été ainsi très largement compensé par l’augmentation du prix faramineuse de ces dernières années.

    Or, je suis persuadé que si la marque en question, comme d’ailleurs d’autres, que j’avais sciemment évité d’acheter pour ces raisons, se faisaient afficher sur la place publique, ce que je ne peux malheureusement pas faire pour ne pas nuire aux personnes qui me révèlent ces pratiques, elles seraient contraintes de revoir leur politique.

    Pour vulcain, la question est également légitime, dans la mesure où certaines de leurs modèles sont affichés a plusieurs milliers d’euros. Ils pourraient donc également parfaitement produire en Europe. D’autant plus qu’ils n’ont pas le 100eme des charges de certains autres marques. Aucun réseau physique, un nombre d’employés qui se compte sur les doigts des mains, quasiment aucun frais de R&D, une quasi absence de communication…Alors quand je vois leur marketing lourdingue sur le « manufacture » le « Locle » le « fait main » ça me fait un peu tiquer.

    Vulcain comme d’ailleurs d’autres, ne sont plus que des coquilles vides, basées sur un nom ancien et beaucoup de marketing. Que reste-il de l’entreprise Vulcain ? Rien… Boîtier, cadran, aiguilles, bracelet chinois, et des mouvements achetés à des tiers clés en mains. Le tout est simplement assemblé par un ou deux horlogers. Il n’y a plus de savoir faire, plus d’innovation, plus de recherches, et presque plus d’horlogerie…Tout est marketing.

    Par ailleurs si les journalistes horlogers posaient également des questions qui fâchent de temps à autres, plutôt que de s’extasier (je ne parle évidemment pas de toi ici) à chaque fois devant le déroulé de communiqué de presse, les marques seraient également obligées de se positionner, étant précisé que la déclaration d’une fausse information (par exemple le fait de dire que c’est fabriqué en suisse quand ça ne l’est pas) serait, du moins, en suisse, légalement condamnables.

    Les questions font bouger les choses, on l’a vu plusieurs fois ces derniers mois dans les milieux horlogers, à l’image de onlywatch qui a été annulée et qui ne reviendra, à mon avis, jamais, du moins pas sous cette forme et avec ce board. Or, si personne n’avait jamais rien demandé, ce petit manège aurait pu durer ad vitam.

    #420004883475
    raynew
    Membre
    DON a écrit:

    Alors la rupture du quartz, il faut rappeler que le quartz était dans les cartons français (LIP) et suisses. LIP était d’ailleurs sur le point de le présenter (sujet passionnant d’ailleurs) mais la marque a manqué de temps et aussi une série de mauvaises décisions managériales et stratégiques et l’arrivée en masse de concurrents comme Kelton par exemple ont coulé la marque. La crise du quartz a donné sa pleine mesure quelques années plus tard, l’arrivée de la Seiko Astron en 1969 n’a pas immédiatement signé la fin de la récré pour les marques de montres mécaniques. Le processus a été engagé au début des années 70 puis a monté en puissance pour ensuite laminer le secteur.

    Il est bon effectivement de rappeler que les machines-outils sont souvent fabriquées en occident. La question des moyens et du temps est évidente mais il faut voir aussi que le réflexe d’aller directement vers les usines où les coûts de production sont moindres est encore largement prédominant. Ce qu’on appelle trivialement la logique comptable (je connais certains cas de délocalisations qui se sont faits pour littéralement économiser quelques centimes sur des pièces dont le lieu de production aurait pu être conservé sur le vieux continent, cela paraît insensé mais des décisions structurelles avec des conséquences catastrophiques de long terme ont été prises pour économiser des bouts de chandelle sur le court terme) reste toujours très présente, la comptabilité n’est pas un gros mot bien sûr mais le court termisme a prévalu et continue de prévaloir encore dans beaucoup de décisions industrielles il faut l’avouer.

    Electro-mécanique (R148). Pour ce qui est de ce projet de mouvement à quartz, on ne l’a jamais vu.
    Pour ce qui est du deuxième paragraphe, je suis, pour une fois, d’accord avec vous.
    Mais au delà de la fabrication, il y a la conception. Je suis designer et je travaille sur mon propre projet de montre.
    Ces coquilles vides, n’investissent rien niveau design, ils repompent un design vieux d’il y a 50 ans.
    Ils préfèrent juste assurer leur chiffre d’affaire en thésaurisant sur le passé. Ils économisent donc sur la conception et la fabrication.
    Si je veux une vraie montre suisse et une vraie Nivada, j’achète une vintage.
    C’était juste mon propos.

    #420004883476
    raynew
    Membre
    Mc a écrit:
    Je partage ton analyse et ton constat. La faute des politiciens européens est effectivement énorme.

    Cependant, je pense que la faute est surtout celle des financiers et des dirigeants de ces marques, lesquels n’ont plus aucune vision ni volonté de préserver leur patrimoine national ou régional et préfèrent systématiquement la vision court terme.

    Mais les consommateurs ne sont pas exempts de reproches (pas qu’en horlogerie d’ailleurs). En effet, je suis persuadé que si ces derniers s’intéressaient plus à ces questions et demandaient plus de transparence, les marques seraient obligées de réagir. Malheureusement, ces dernières ne le feront pas aussi longtemps que les gens se moqueront de la provenance de leurs produits ou s’en accommoderont. C’est surtout ça le problème. Actuellement et bien que l’offre a évidemment baissé, il existe des dizaines si ce n’est plus de fabricants de boîtiers ou de bracelets en Suisse. Or, de source sûre, les économies réalisées par la délocalisation, qui n’est certes pas négligeable, aurait été largement amortie par le doublement, voire triplement des prix auxquels nous avons assistés ces dernières années.

    Quand j’ai appris récemment que l’une de mes montres, dont le prix catalogue actuel est d’environ 10k, avait un boîtier et un bracelet chinois, que je considère être des pièces d’habillage essentielles dans la mesure où elles participent grandement à l’esthétique de la montre et à sa qualité globale, j’ai été pour le moins déçu. D’autant plus que la même montre équipée du même mouvement, se vendait deux fois moins chère moins de dix ans auparavant. Le surcoût, d’ailleurs pas si important que ça, engendré par une fabrication suisse ou même européenne aurait été ainsi très largement compensé par l’augmentation du prix faramineuse de ces dernières années.

    Or, je suis persuadé que si la marque en question, comme d’ailleurs d’autres, que j’avais sciemment évité d’acheter pour ces raisons, se faisaient afficher sur la place publique, ce que je ne peux malheureusement pas faire pour ne pas nuire aux personnes qui me révèlent ces pratiques, elles seraient contraintes de revoir leur politique.

    Pour vulcain, la question est également légitime, dans la mesure où certaines de leurs modèles sont affichés a plusieurs milliers d’euros. Ils pourraient donc également parfaitement produire en Europe. D’autant plus qu’ils n’ont pas le 100eme des charges de certains autres marques. Aucun réseau physique, un nombre d’employés qui se compte sur les doigts des mains, quasiment aucun frais de R&D, une quasi absence de communication…Alors quand je vois leur marketing lourdingue sur le « manufacture » le « Locle » le « fait main » ça me fait un peu tiquer.

    Vulcain comme d’ailleurs d’autres, ne sont plus que des coquilles vides, basées sur un nom ancien et beaucoup de marketing. Que reste-il de l’entreprise Vulcain ? Rien… Boîtier, cadran, aiguilles, bracelet chinois, et des mouvements achetés à des tiers clés en mains. Le tout est simplement assemblé par un ou deux horlogers. Il n’y a plus de savoir faire, plus d’innovation, plus de recherches, et presque plus d’horlogerie…Tout est marketing.

    Par ailleurs si les journalistes horlogers posaient également des questions qui fâchent de temps à autres, plutôt que de s’extasier (je ne parle évidemment pas de toi ici) à chaque fois devant le déroulé de communiqué de presse, les marques seraient également obligées de se positionner, étant précisé que la déclaration d’une fausse information (par exemple le fait de dire que c’est fabriqué en suisse quand ça ne l’est pas) serait, du moins, en suisse, légalement condamnables.

    Les questions font bouger les choses, on l’a vu plusieurs fois ces derniers mois dans les milieux horlogers, à l’image de onlywatch qui a été annulée et qui ne reviendra, à mon avis, jamais, du moins pas sous cette forme et avec ce board. Or, si personne n’avait jamais rien demandé, ce petit manège aurait pu durer ad vitam.

    Même analyse. Merci pour votre intervention.
    Pour finir, quel intérêt, d’un point de vue écologique de rééditer des montres déjà fabriquées, et que l’on trouve sans problème, avec une vraie légitimité historique ? Aucun.
    Et je ne développe pas plus, pour rester poli.

    #420004883477
    VintageLover
    Membre

    Je vous trouve un peu durs avec Nivada et Vulcain, certes c’est très probablement un bureau d’études qui fait fabriquer en Asie mais il faut quand même avouer que c’est une réussite et que le porteur de projet a fait un joli parcours dans l’horlogerie. Je pense qu’on peut faire confiance à Guillaume Laidet sur l’innovation, ça viendra surement après cette première vague de rééditions.

    #420004883478
    VintageLover
    Membre
    DON a écrit:

    Dans les années 60, pour prendre un autre exemple que la Suisse, nous sommes capables de faire nos propres boitiers en France et nos propres mouvements produits en masse. Aujourd’hui… il y a Pequignet qui produit des mouvements (et encore c’est impossible de faire du 100% français au sens strict) de manière anecdotique par rapport aux nombres de mouvements importés dans les montres de marques françaises et pour ce qui est de trouver un fabricant de boitier français, dans ce domaine c’est pour le moment une gageure… Les processus de relocalisation et surtout la capacité de produire en masse des pièces détachées localement à un prix accessible sera un lent et laborieux processus.

    …et yema et france ébauches ! thumright

    La manufacture France Ebauches (FE) revient avec des mouvements mécaniques “Made in France” – Tendance Horlogerie

    #420004883479
    dedune
    Membre

    Très intéressant, j’aurais bien aimé que Guillaume nous en dises un peu plus sur ses projets avec Theo (dans la suite de spaceone)…

    #420004883480
    DON
    Membre

    Comme évoqué en avant-première sur FAM lors de l’interview de Guillaume Laidet, la nouvelle Antarctic 35mm est apparue. J’avais vu dans les réseaux sociaux que la marque demandait l’avis de son public pour ajuster le modèle par rapport à ce qu’ils attendaient.

    Billet & Interview : Échange avec Guillaume Laidet, Nivada & Vulcain - Page 3 Img_6210

    La nouvelle ANTARCTIC 35mm sera disponible au prix de :
    850 EUR / CHF 850 / USD 850, à partir du 23 novembre 2023, exclusivement sur nivadagrenchenofficial.com

    Bon courage pour ce nouveau lancement Chinois

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    #420004883481
    DON
    Membre
    dedune a écrit:
    Très intéressant, j’aurais bien aimé que Guillaume nous en dises un peu plus sur ses projets avec Theo (dans la suite de spaceone)…

    Si je recroise le fondateur, je lui poserai la question et je reviendrai vers toi. Spaceone est un ovni qui semble rencontrer son public. J’ai des goûts plus classiques en assumant pleinement ma préférence pour le vintage mais l’aventure Spaceone me semble intéressante, peut-être à cause de mon goût pour la SF de qualité d’ailleurs.

    Chinois

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    #420004883482
    dedune
    Membre
    DON a écrit:

    Si je recroise le fondateur, je lui poserai la question et je reviendrai vers toi. Spaceone est un ovni qui semble rencontrer son public. J’ai des goûts plus classiques en assumant pleinement ma préférence pour le vintage mais l’aventure Spaceone me semble intéressante, peut-être à cause de mon goût pour la SF de qualité d’ailleurs.

    Chinois

    Merci!
    Guillaume et Théo avaient laissé entendre un projet encore plus exceptionnel que celui ci, dans le même genre.
    J’ai également passé mon tour mais attend de voir la suite…

    #420004883483

    Je suis épaté par cet homme passionné qui a redonné naissance a ces marques oubliées. J’étais fan de Vulcain, j’ai une Cricket Eisenhower (elle vaudrait vraiment le coup de renaître !), et un chrono type Carrera des années 60 (avec la boîte d’époque).
    Je suis aussi fans de Nivada et les redditions sont tellement bien faites que je vais me laisser tenter sous peu.
    Une autre marque que j’adore, est qui est complètement a la dérive, c’est Glycine. Nous sommes toute une communauté a travers le monde, fan des Airman mythique et tant d’autres, mais tellement malmenée par Invicta. Si seulement Guillaume pouvait faire le même coup avec cette manufacture de légende, qu’avec Nivada ou Vulcain, j’en serai comblé !!!

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