FORUMAMONTRES › Forums › FORUMAMONTRES › Actu: «Les horlogers traversent une crise identitaire»
- Ce sujet contient 21 réponses, 13 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par
fredpariz, le il y a 9 années et 9 mois.
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10 janvier 2017 à 19h49 #410000124445
ZEN
Membre- Citation :
- «Les horlogers traversent une crise identitaire»
Dans son ouvrage, l’anthropologue Hervé Munz décrit comment la «surenchère» et la «prolifération» du patrimoine horloger ces dernières années inquiètent ceux qui pratiquent ce métier au quotidien
C’est un paradoxe que beaucoup ressentent, mais que très peu expliquent. Dans l’horlogerie, il n’a jamais été autant question de patrimoine et de savoir-faire, mais nombreux sont les horlogers qui prédisent la mort de leur métier. Hervé Munz, docteur en anthropologie à l’Université de Neuchâtel, a consacré cinq années de sa vie à analyser et à comprendre ce phénomène dans le cadre de sa thèse de doctorat. Il a notamment participé à différents salons, est allé suivre des cours dans des écoles d’horlogerie, a vécu dans un atelier deux fois par mois pendant trois ans…
En ressort un livre de quelque 400 pages, publié ce mercredi. Cette version écourtée de sa thèse explique pourquoi les praticiens ont l’impression que la valorisation du patrimoine horloger «a coulé leur métier». Et milite notamment pour créer de nouveaux liens entre les écoles d’horlogerie et l’industrie. Il s’agit, comme le dit l’auteur, «d’un premier jalon dans le déploiement d’une approche anthropologique de l’activité horlogère et de l’industrie des montres suisses».
Le Temps: Vous estimez que «l’horlogerie est devenue un métier en mal de reconnaissance et [que] les gens qui le pratiquent traversent une crise identitaire». Est-ce que la situation est si grave?
Hervé Munz: Je conçois que cela paraisse difficile à croire pour la plupart des gens. Les horlogers et leurs métiers jouissent en apparence d’une très grande visibilité dans les médias. Sans compter que les statistiques officielles de la Convention patronale indiquent que les employés de l’industrie horlogère sont mieux qualifiés qu’il y a dix ou vingt ans. Mais je m’en suis tenu à mes enquêtes: les gens qui pratiquent l’horlogerie le disent et le répètent: «nos compétences ne sont plus reconnues, l’industrie va à vau-l’eau».
Lire la suite
https://www.letemps.ch/economie/2017/01/10/horlogers-traversent-une-crise-identitaire
10 janvier 2017 à 19h51 #420003487822ZEN
MembreCette réflexion de Hervé Muntz est excellente, posée et juste. Un régal. Bravo !
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).10 janvier 2017 à 20h08 #420003487823dm
Membreles gens qui pratiquent l’horlogerie le disent et le répètent: «nos compétences ne sont plus reconnues, l’industrie va à vau-l’eau».
– Ce phénomène n’est pas nouveau.
– En effet, on entendait déjà ce discours dans les années 1960 mais cela concernait le moyen de gamme. Depuis lors, il y a eu un phénomène de yo-yo avec la notion de «savoir-faire». Après la «crise du quartz» et la relance de la montre mécanique, le repositionnement dans l’horlogerie du luxe a largement contribué à relancer les métiers d’horlogers. Entre 1990 et 2000, on a même pensé qu’ils pourraient être sauvés. Mais l’industrialisation massive de l’horlogerie haut de gamme, dès 2000, a conduit les entreprises à faire davantage appel à des ingénieurs d’une part et à des ouvriers moins qualifiés que les horlogers de type CFC d’autre part. Ce qui ne correspond pas directement à ce que faisaient les «anciens». Il y a donc eu une surenchère et une prolifération du patrimoine horloger (que cela soit dans la communication des marques ou celle des villes horlogères, par exemple) qui était nécessaire pour relancer cette industrie mais qui inquiètent aujourd’hui les horlogers complets, qui la pratiquent au quotidien.
J’ai un peu du mal avec l’analyse. à mon avis et sans offense ce sont plutôt les gens du marketing qui sont à l’ouest. les ingénieurs sont nécessaire dans l’horlogerie et faudrait pas les prendre pour des dindons, surtout que l’auteur parle bien « d’industrie »
10 janvier 2017 à 20h36 #420003487824adco86
MembreJ’ai un couple de bons amis qui sont frontaliers depuis une dizaine d’années.
L’un bosse cher Cartier et l’autre chez Ulysse-Nardin.
Il est vrai que ce malaise se ressent dans ce qu’ils peuvent raconter de leurs métiers respectifs.
En cause, deux points reviennent régulièrement :
– la structuration « à la chaîne » de la majorité des opérations qui génère une grande frustration. En effet, l’horloger ne voit jamais ou presque son travail achevé. Il intervient à un instant donné de la production (T1, T2 etc.) et c’est tout.
– les exigences des boîtes qui « isolent » physiquement leurs salariés pour tenter d’améliorer la qualité et faire baisser le taux de retour. Un exemple parlant : mon amie a commencé par bosser en équipe chez Ulysse et est désormais, à la journée longue, seule dans un box de verre sous une hotte à flux laminaire. Pas d’interactions sociales, pas d’échanges bref, l’intérêt du boulot en souffre.
Du coup, l’analyse de départ me semble justifiée.
Les horlogers se sentent dévalorisés voire « entravés » dans l’exercice de leur métier par les contraintes de production et les exigences parfois excessives des boîtes.
10 janvier 2017 à 21h01 #420003487825desertea
Membre- adco86 a écrit:
- J’ai un couple de bons amis qui sont frontaliers depuis une dizaine d’années.
L’un bosse cher Cartier et l’autre chez Ulysse-Nardin.
Il est vrai que ce malaise se ressent dans ce qu’ils peuvent raconter de leurs métiers respectifs.
En cause, deux points reviennent régulièrement :
– la structuration « à la chaîne » de la majorité des opérations qui génère une grande frustration. En effet, l’horloger ne voit jamais ou presque son travail achevé. Il intervient à un instant donné de la production (T1, T2 etc.) et c’est tout.
– les exigences des boîtes qui « isolent » physiquement leurs salariés pour tenter d’améliorer la qualité et faire baisser le taux de retour. Un exemple parlant : mon amie a commencé par bosser en équipe chez Ulysse et est désormais, à la journée longue, seule dans un box de verre sous une hotte à flux laminaire. Pas d’interactions sociales, pas d’échanges bref, l’intérêt du boulot en souffre.
Du coup, l’analyse de départ me semble justifiée.
Les horlogers se sentent dévalorisés voire « entravés » dans l’exercice de leur métier par les contraintes de production et les exigences parfois excessives des boîtes.
Dans certaines « usines » les « horlogers » sont en fait devenus de simple « opérateur » comme dans toutes les usines. Il est pourtant facile d’imaginer que dans l’industrie et de plus dans l’horlogerie, les machines remplacent les hommes. Ils sont là uniquement pour « alimenter » les automates en pièces ou matières premières.

C’est bien triste, mais il parait que c’est ça le progrès !
10 janvier 2017 à 21h07 #420003487826Jotunn
MembreAu final l’industrie horlogère applique les mêmes stratégies que dans n’importe quelle autre industrie manufacturière non?
Qu’est ce qui est tellement étonnant là dedans? Non pas que je trouve ça bon humainement parlant mais c’est raccord avec la logique industrielle contemporaine.10 janvier 2017 à 21h11 #420003487827desertea
Membre- Jotunn a écrit:
- Au final l’industrie horlogère applique les mêmes stratégies que dans n’importe quelle autre industrie manufacturière non?
Qu’est ce qui est tellement étonnant là dedans? Non pas que je trouve ça bon humainement parlant mais c’est raccord avec la logique industrielle contemporaine.
C’est clair. Les équipes sont structurées par des opérateurs, des techniciens et ingénieurs. Pas besoin d’être horloger pour faire tourner une machine de production.
10 janvier 2017 à 21h29 #420003487828adco86
MembreCe qu’il faut comprendre, c’est que si cette logique de structuration industrielle est raccord avec l’air du temps, elle ne l’est pas tout à fait avec l’histoire de l’horlogerie suisse.
Auparavant, beaucoup d’horlogers étaient indépendants. Ils bossaient chez, dans le cadre d’une activité « en chambre » et assemblaient des mouvements entiers. Les manufactures étaient moins centralisatrices qu’aujourd’hui et ça n’empêchait pas l’industrie de tourner.
Aujourd’hui, cette « sous-traitance » à taille humaine qui valorisait fortement le savoir-faire est l’exception.
Bref, l’horloger est progressivement devenu « captif » des manufactures et des SAV.
Il exécute des tâches répétitives, hyper spécialisées dans des conditions toujours plus contraignantes.
C’est un changement de paradigme complet, au fond.
Reste quelques indépendants que les manufactures n’hésitent pas à solliciter pour réaliser des choses qu’elles ne savent pas faire aussi bien qu’eux. Exemple : Ph. Dufour réalisait à l’époque certaines grandes complications pour Audemars Piguet.
10 janvier 2017 à 21h47 #420003487829Manivel
MembreBienvenu dans l’industrie européenne moderne ou on ne générera bientôt plus que de la procédure…
On oublie toute notion de production que l’on remplace par des procédures standardisées ou tous le monde se fait chier et fini par laisser tomber le produit pour se contenter de quelques opérations et de remplir des dossiers.L’administration est devenue toute puissante et n’a d’yeux que pour ces semblables administratifs.
Les travailleurs ne servent a rien.La passion du travail est en train de mourir chez nous avec dans son tourbillon la créativité.
Pendant ce temps les asiatiques passent de l’exécution a la création et vont nous bouffer tout cru en quelques années. C’est désormais inéluctable.10 janvier 2017 à 22h31 #420003487830herge81
Membretrès bon post mais tout cela ramène au fait que la plupart des montres soit disant de luxe sont juste produites à la chaine sans aucune âme. Cela nous raméne à la phrase de Philippe Noiret que j’aime bien citer et que j’avais adoré dans le doc pdf du collectionneur belge qui était désenchanté justement par l’industrie:
« Quand j’entends certains parler d’« industrie du luxe », je trouve l’expression complètement absurde. Pour moi, le luxe ne saurait être une industrie. Ce ne peut être qu’un objet fabriqué par un artisan, c’est-à-dire unique, commandé par une personne à une autre personne. »
Et cette phrase nous mène direct au post ci dessous:
https://famontres.com/forums/topic/piece-ultime-kari-voutilainen/?highlight=kari
10 janvier 2017 à 23h04 #420003487831broncos
Membre- herge81 a écrit:
- très bon post mais tout cela ramène au fait que la plupart des montres soit disant de luxe sont juste produites à la chaine sans aucune âme. Cela nous raméne à la phrase de Philippe Noiret que j’aime bien citer et que j’avais adoré dans le doc pdf du collectionneur belge qui était désenchanté justement par l’industrie:
« Quand j’entends certains parler d’« industrie du luxe », je trouve l’expression complètement absurde. Pour moi, le luxe ne saurait être une industrie. Ce ne peut être qu’un objet fabriqué par un artisan, c’est-à-dire unique, commandé par une personne à une autre personne. »
Et cette phrase nous mène direct au post ci dessous:
https://famontres.com/forums/topic/piece-ultime-kari-voutilainen/?highlight=kari
Ou à celui-là…
https://famontres.com/forums/topic/le-mouvement-de-pascal-coyon/?highlight=pascal+coyon
10 janvier 2017 à 23h10 #420003487832desertea
MembreLa suisse produit plus de 25 millions de montres par an. On se doute que le travail manuel dans tout ça !!!
10 janvier 2017 à 23h19 #420003487833francoisb
Membre- herge81 a écrit:
- très bon post mais tout cela ramène au fait que la plupart des montres soit disant de luxe sont juste produites à la chaine sans aucune âme. Cela nous raméne à la phrase de Philippe Noiret que j’aime bien citer et que j’avais adoré dans le doc pdf du collectionneur belge qui était désenchanté justement par l’industrie:
« Quand j’entends certains parler d’« industrie du luxe », je trouve l’expression complètement absurde. Pour moi, le luxe ne saurait être une industrie. Ce ne peut être qu’un objet fabriqué par un artisan, c’est-à-dire unique, commandé par une personne à une autre personne. »
Et cette phrase nous mène direct au post ci dessous:
https://famontres.com/forums/topic/piece-ultime-kari-voutilainen/?highlight=kari
+1
10 janvier 2017 à 23h34 #420003487834adco86
Membre- desertea a écrit:
- La suisse produit plus de 25 millions de montres par an. On se doute que le travail manuel dans tout ça !!!
L’enjeu n’est pas nécessairement de produire 10 montres par an mais plutôt de produire dans un esprit qui ne réduise pas le rôle d’horloger à celui d’opérateur en horlogerie.
Pour ma part, je suis convaincu que cette approche provoque des effets de bord délétères, notamment en terme de qualité et de fiabilité du produit fini.
Les opérateurs travaillent à la hâte, sans plus beaucoup de passion et sans autre motivation réelle que d’empocher un salaire en fin de mois.
Ils sont des axiomes de production noyés dans un flot continu d’opérations répétitives.
Ca n’a aucun sens.
C’est un modèle économique qui nie l’importance du capital humain.
Dans un tel contexte, nul doute que certains soient amenés à se foutre du produit autant que les manufactures se foutent de leurs compétences et de leur valeur ajoutée en tant qu’horloger.
A la fin, le véritable cocu est toujours le même… C’est l’acheteur final !
De l’industriel vendu plus cher que de l’artisanal (eh oui, une Dornblüth ou une Coyon ne vaut pas 10KE…), une fiabilité aléatoire et des discours à n’en plus finir sur le luxe à la chaîne histoire de bien paraître dans la vitrine.
Bref…
11 janvier 2017 à 1h38 #420003487835LUDOSTER
MembreLes modèles économiques changent et force les entreprises à s’adapter, dans mon travaille (serrurrie fines, métallerie, chaudronnerie) les salariés ont une place importante dans la qualité de tout ce qui sort des ateliers, je pense notamment aux polisseurs (vous connaissez le polissage sur une montre… imaginez sur une pièce de plusieurs mètre carré en inox, laiton ou cuivre) nous avons pour des pièces séries developpé une machine pour simplifié ce travail pénible et surtout pour gagner en délai et pouvoir « vendre plus ». Plus les volumes augmentes et plus il faut être capable de produire, et c’est là que les entreprises perdent leurs âmes pour toujours faire plus de chiffre, et les précieux collaborateurs deviennent des « gens » que les dirigeants pensent de toute façon renouvelables à volonté… et quand vous devenez un numéro vous ne travaillez plus de la même façon.
En tout cas merci pour le partage, j’ai toujours du mal à trouver des lectures qui m’intéresse, je vais acheter le livre.
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