Billet : L’horlogerie sait tout faire. Sauf prendre des risques.

FORUMAMONTRES › Forums › FORUMAMONTRES › Billet : L’horlogerie sait tout faire. Sauf prendre des risques.

15 sujets de 1 à 15 (sur un total de 33)
  • Auteur
    Messages
  • #410000160977
    DON
    Membre
    Billet : L’horlogerie sait tout faire. Sauf prendre des risques. Ww_20210
    Credits to Hodinkee
    Billet : L’horlogerie sait tout faire. Sauf prendre des risques.
    Il y a dans chaque salon horloger une promesse implicite.

    Celle d’un choc.
    Celle d’une rupture.
    Celle d’un instant où tout bascule et où une montre, une seule, suffit à redéfinir une époque. Ou du moins apporter ce petit quelque chose qui fait la différence par rapport à la précédente année.

    Et de mon point de vue, cette année, ce moment n’est pas venu.

    Les maisons ont livré des pièces abouties. Les finitions sont souvent irréprochables. Les mouvements toujours plus sophistiqués. Les prix sont définitivement hors-sol. En d’autres termes : rien de bien nouveau.

    Rolex a consolidé. PP a sécurisé. Tudor a fait bailler. VC est peut-être la marque qui s’est peut-être la plus démarquée.

    Ce qui m’a frappé, ce n’est pas ce qui a été montré. C’est ce qui ne l’a pas été.

    Où sont les prises de risques ?

    Où sont les ruptures ?
    Où est ce grain de folie qui peut créer autre chose qu’un mini-choc de circonstance ?
    L’horlogerie avance-t-elle encore ? Peut-être juste à pas comptés. Et cela peut paraître normal au regard d’une crise qui continue dans l’horlogerie traditionnelle.

    Ne parlons pas du contexte international.
    Ne parlons pas de la fin du mirage du marché chinois.
    Ne parlons pas des soubresauts tarifaires du marché américain.
    Ne parlons pas d’un marché européen qui subit les conséquences d’une histoire désormais écrite par d’autres.

    Alors l’horlogerie fait le dos rond. Elle ajuste. Elle polit. Elle ronronne et ne bouleverse pas.

    Dans le même temps, les prix continuent leur ascension. L’or est partout. Le platine aussi. L’acier semble valoir le prix de l’or chez certains même si n’est pas PP/AP qui veut…

    A mesure que les prix montent, quelque chose s’éloigne. Le lien. Celui qui unit une montre à celui qui la porte.

    Le cœur du problème

    L’horlogerie ne manque pas de talent. Elle ne manque pas de savoir-faire. Elle ne manque pas de moyens. Elle manque de tension.

    Cette tension entre ce que l’on peut faire et ce que l’on ose faire.

    Cette tension qui crée les grandes pièces. Et c’est quoi une grande pièce ? Est-ce un design révolutionnaire ?

    Honnêtement, plus je continue ma collection de montres d’époque, plus je suis convaincu que 99% de ce qui pouvait être révolutionnaire ET beau a déjà été créé. J’en discutais avec d’autres créateurs de marques, hormis les designs bizarroïdes, réinventer la roue en horlogerie est une gageure. Et avant de prétendre à créer quelque chose de nouveau, il faut a minima bien connaître l’histoire des montres. Cela suppose, année après année, de continuer d’avoir le même regard curieux. De continuer à s’enthousiasmer pour (re)découvrir un pari stylistique, une originalité, un parti pris esthétique, le choix d’un équilibre entre les composants, entre le design et le mouvement. De ne pas s’arrêter aux « classiques » et partir à la découverte des pépites totalement méconnues.

    Une grande pièce se définit je pense ou bien par un design qui est hors du commun, mais comme dit précédemment cela reste une gageure, du moins jusqu’à la prochaine révolution horlogère, ou alors par un équilibre exceptionnel entre ses différents composants. Le mot équilibre est d’ailleurs à prendre avec des pincettes. À notre époque, l’équilibre peut faire référence à un espèce de centre mou. Le choix du non choix. L’absence de prise de risque. La bien-pensance s’érigeant en raison alors qu’elle n’est que la prétention alliée à la vacuité.

    Une grande pièce ? On pense au nombre de complications empilées dans une montre mais pourquoi ne pas voir l’autre versant ? Le versant qui s’attache à rendre une montre juste exceptionnellement belle ? Il est intéressant de s’apercevoir que les grandes pièces de l’horlogerie furent dans la plupart des cas les pièces qui étaient (ou sont devenues au fil du temps) les plus « classiques » et elles étaient presque toutes accessibles. En leur temps.

    En effet, la plupart des grandes montres de l’histoire horlogère n’étaient pas des objets inaccessibles. Elles étaient désirables, solides, bien conçues… et atteignables. Aujourd’hui, l’horlogerie produit des objets de plus en plus parfaits… mais de moins en moins atteignables.

    Et c’est peut-être là où se situe le problème.

    C’est là que la notion de prix intervient mais il faut pondérer notre jugement en la matière : une pièce n’est pas exceptionnelle juste que parce que le prix semble « raisonnable » en comparaison des dérives du secteur. Il y a encore de nombreuses pièces qui restent à un tarif raisonnable. Sont-elles pour autant exceptionnelles ? Evidemment, chacun d’entre-nous aura sa propre opinion en la matière.

    Reconquérir les poignets

    Car au fond, la question reste la même. Pourquoi achetons-nous des montres ? Pas pour la plus-value supposée dans le temps (les soubresauts du marché de l’occasion peuvent montrer que le bouillon n’est pas loin en cas de surchauffe). Pas pour leur rareté. Une liste d’attente de plusieurs mois ou années me refroidit plutôt que de provoquer en moi le moindre désir.

    Revenons à l’essentiel : je pense que nous achetons des montres pour passer de bons moments.

    Ce moment où l’on regarde son poignet.
    Ce moment où l’on sourit.
    Ce moment où le temps, justement, semble suspendu, quelques secondes, sur un plaisir simple et sain.
    Ce moment qui nous rattache aux souvenirs que nous avons associés et que associons chaque jour aux montres.

    Le W&W 2026 me semble comme une énième année de gestion. Définitivement pas un grand cru. Il n’y a pas eu de révolution. C’est une année prudente. Pour ne pas dire ennuyeuse.

    Il n’y a pas de courage à augmenter les prix jusqu’à les rendre totalement inaccessibles. Je voyage beaucoup et je reste toujours curieux pour rentrer dans une boutique. Et si vous saviez comment les boutiques de montres de luxe sont désertes… et je ne parle pas de la France, je parle de lieux qui sont des plateformes majeures du marché horloger. Je me demande comment certains modèles économiques tiennent encore.

    Les vitrines sont pleines. Les boutiques, elles, sont vides.

    Mais comme toujours, le temps finira par trancher. Ne désespérons pas des prochaines sorties, l’année n’est pas terminée.

    À bientôt, peut-être pour un autre billet.

    Don, tous droits réservés.

    #420005080605
    Invité
    Membre

    Merci pour ce billet bien rédigé comme d’habitude
    Un plaisir à lire avec le café du matin
    Une année de gestion, oui, comme tu le dis si bien
    D’un autre côté, s’il y avait eu des nouveautés, encore aurait-il fallu qu’elles ne soient pas assorties d’augmentations tout aussi radicales que leur créateur …
    Bonne journée

    #420005080606
    Kami80
    Membre

    Il y a des risques pris, mais c’est plus chez les indépendants que chez les mastodontes qu’on trouve à W&W.

    Cela dit et pour prendre un exemple vu à W&W, la nouvelle IWC là, ça ressemble quand même foutrement à une grosse prise de risque. Réussie selon moi, moins selon beaucoup d’autres ici. Ceci pour dire qu’on a aussi affaire à une communauté relativement conservatrice.

    D’ailleurs, quel est l’âge moyen de l’amateur de belle horlogerie et quel est son milieu social en général ? Ceci pour expliquer un certain niveau de conservatisme horloger, mais pas que…

    #420005080607
    oliveka
    Membre

    excellent billet. Comme d’habitude!

    _________________

    _________________
    Le temps ne respecte pas ce qui se fait sans lui.

    #420005080608
    DON
    Membre
    Homere94 a écrit:
    Merci pour ce billet bien rédigé comme d’habitude
    Un plaisir à lire avec le café du matin
    Une année de gestion, oui, comme tu le dis si bien
    D’un autre côté, s’il y avait eu des nouveautés, encore aurait-il fallu qu’elles ne soient pas assorties d’augmentations tout aussi radicales que leur créateur …
    Bonne journée

    Mon sentiment est effectivement que c’est une année de gestion dont la grande « nouveauté » c’est cette continuelle augmentation des prix malgré la crise horlogère… je vois des boutiques de montres de luxe vraiment archi-vides dans des points clefs à l’étranger.

    Comme me disait un ami qui travaille dans le secteur : « heureusement que les marques ont des groupes derrière elles, sinon elles seraient déjà mortes »

    Evidemment, les situations sont contrastées mais je m’inquiète de ce phénomène de boutiques vides et la décorellation totale avec la valse des étiquettes.

    _________________

    _________________
    « Le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé« 
    Instagram : don_writer_w

    #420005080609
    Pierre-Yves
    Membre

    Merci pour ce billet …

    … et bon anniversaire au forum

    #420005080610
    DON
    Membre
    Kami80 a écrit:
    Il y a des risques pris, mais c’est plus chez les indépendants que chez les mastodontes qu’on trouve à W&W.

    Cela dit et pour prendre un exemple vu à W&W, la nouvelle IWC là, ça ressemble quand même foutrement à une grosse prise de risque. Réussie selon moi, moins selon beaucoup d’autres ici. Ceci pour dire qu’on a aussi affaire à une communauté relativement conservatrice.

    D’ailleurs, quel est l’âge moyen de l’amateur de belle horlogerie et quel est son milieu social en général ? Ceci pour expliquer un certain niveau de conservatisme horloger, mais pas que…

    Si on parle de l’IWC Pilot’s Venturer, il y a un parti pris et oui, je la trouve intéressante.

    De même je trouve que Vacheron Constantin a eu de belles sorties avec les Overseas.

    J’aime beaucoup le Chronographe Mystérieux de Parmigiani Fleurier.

    Pequignet est évidemment mon coup de coeur, on pourrait me dire que j’ai un partenariat avec la belle manufacture française mais je peux aussi dire en toute honnêteté que j’aime vraiment leur chronographe Royale Paris Chrono en 39,5mm. Esthétiquement, je le trouve superbe, à la prochaine visite à Morteau, je l’essaierai avec grand plaisir. De même, ils avaient lancé un peu avant une très belle Royale Paris également en 39,5 mm avec un cadran bleu glacier du meilleur effet.

    Maintenant, concernant l’âge moyen de l’amateur de montres, c’est en fait très varié. Evidemment, il y a une question de moyens et généralement à la vingtaine, cela pique davantage de débourser X milliers d’euros pour une montre. Il y a eu aussi le phénomène smartphone/montres connectées mais là aussi la réalité est contrastée avec des jeunes et des moins jeunes qui en portent tout autant (je le vois bien dans les salles de sport et au-delà).

    Ce que je vois personnellement c’est en fait une population plus variée. Le conservatisme ? Il y en a comme dans tous domaines mais je pense que c’est un conservatisme qui est plus lié à des critères esthétiques. Je parlais dernièrement avec un professionnel de l’horlogerie qui a fait histoire de l’art et on parlait du nombre d’or. Il ne s’agit pas tant de conservatisme que d’harmonie. On peut apporter des nouveautés dans une montre, faire un pari stylistique mais il faut garder un oeil sur l’harmonie et cette dernière, il me semble difficile de la réinventer. Des architectes s’y essaient et cela peut faire mal aux yeux. Pareil dans les montres. La créativité dans les montres est un domaine sur lequel j’aimerais revenir d’ailleurs dans un billet dédié à ce sujet.

    Un jeune (on sera toujours le jeune de quelqu’un, je l’ai moi-même été si je puis dire quand ZEN m’avait invité à rejoindre l’équipe) peut s’intéresser aux montres et surtout quand il y est initié par un vétéran. Je me souviens avec un immense plaisir aux débuts d’Electra d’un père qui a offert pour tous ses fils une DDD pour chacun (lui y compris) et d’ailleurs j’avais eu l’occasion de les rencontrer et d’échanger avec eux. Je trouvais cela formidable de voir cette transmission mais aussi cet intérêt pour les montres mécaniques. C’est comme vous et moi : quand le virus vous attrape, il est difficile de s’en remettre.

    Des centaines de montres plus tard, le « toujours jeune » que je suis pour prendre un exemple continue de s’enthousiasmer pour ces beaux objets pourtant presque totalement obsolètes.

    Chinois

    _________________

    _________________
    « Le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé« 
    Instagram : don_writer_w

    #420005080611
    fdam
    Membre

    Merci pour ces réflexions.
    Billet très bien écrit comme d’habitude Wink

    #420005080612
    BLM
    Membre

    Merci pour ce billet rafraîchissant et très bien argumenté.
    Ça fait du bien de voir une réflexion posée, développée et ouvrant le débat.
    Wink

    Sur le fond je suis d’accord et comme le souligne Homere les tarifs délirants de ces dernières années finissent paradoxalement par inhiber toute nouveauté.
    Contrairement à certains je ne considère par l’horlogerie (tout du moins une partie) comme une œuvre d’art telle des Monet ou Picasso qui n’aurait comme finalité que d’être admirée. Pour moi l’horlogerie a un aspect matériel, outil, vivant. Une montre est faite pour être portée, marquée, offerte, échangée, vendue, donnée, oubliée, retrouvée. C’est un objet de vie.
    Une montre doit également aussi nous séduire, nous subjuguer, nous disperser, nous renvoyer dans le passé, à quelqu’un, à un événement…

    Avec une montre on voyage dans le temps. On reste en lien avec certaines personnes.

    Évidemment aussi à travers une montre c’est tout un savoir-faire que l’on aime admirer, un travail minutieux, innovant, éternel. Une montre doit réussir à faire rêver tout en imaginant être atteignable.

    A quelques exceptions près je n’ai eu aucune envie de rêver.
    Une même montre mise à jour prenant quasiment 1000 euros pour une nouvelle couronne ou une pseudo certification ne me fait pas rêver. Au contraire j’ai l’impression de n’être qu’un vulgaire « consommateur » pour ne pas écrire « pigeon ». Ou est le rêve ?

    Le problème de prix de corrélés c’est qu’ils renvoient à la raison forcément plus qu’au rêve. Quand le déraisonnable devient absurde la raison l’emporte toujours.

    #420005080613
    Vladilir
    Membre

    Je lis les billets de Don comme je sirote un bon Armagnac : c’est pas tous les jours alors je prends mon temps , je savoure et j’y prends beaucoup de plaisir.

    Merci !

    #420005080614
    H544
    Membre

    Merci @DON pour le billet de qualité, comme à chaque fois.

    Le chrono Parmigiani n’est pas une rupture mais une innovation au service du design le tout dans une exécution impressionnante. La montre de W&W 2026 selon moi même si paradoxalement je l’ai découverte après avoir quitté le salon. Dommage!

    Je crois aussi que l’horlogerie est arrivée au bout de ses quêtes historiques qui ont jalonné les dernières décennies (siècles même): montre la plus précise, la plus fine, au plus grand nombre de complications, la plus grande RdM…

    La plus précise : Don l’a évoqué, plus de concours de chronométrie et une quartz a 50€ fera aussi bien.

    La finesse : la limite de résistance des matériaux a certainement été atteinte par la Konstantin Chaykin et ses 1.6mm d’épaisseur. Quand bien même le prochain à réduire ce chiffre y arriverait, il faut maintenant des outils extérieurs pour mettre à jour la montre ou bien la remonter… quel intérêt?

    Le plus grand nombre de complications : les montres sont tellement épaisses qu’elles en sont devenues importables…

    La RdM: a trop en chercher on perd en précision, et honnêtement qui a vraiment besoin de plus d’une semaine pour une montre mécanique ?

    Ainsi les designs, déclinaisons de matériaux, rééditions, affichages de l’heure, esthétiques des cadrans, fermoirs sont les seules (non-) prises de risque de la majorité des marques.

    À mes yeux, des marques comme Ressence, GS, Norquain entre autres essaient de suivre leur propres fils conducteurs et originalité.

    Il y avait des choses sympa également du côté de Chronopolis mais essentiellement sur les designs/cadrans. Et aussi sur le salon des indépendants et horlogers à côté du pop up store Sartory Billard. En revanche côté horloges de table ou murales, ça se lâche complètement et sans complexe ! C’est très rafraîchissant !

    En conclusion, vivement qu’on sorte d’un prochain W&W en se disant « oh la claque que j’ai pris là !! »

    #420005080615
    DON
    Membre
    BLM a écrit:
    Merci pour ce billet rafraîchissant et très bien argumenté.
    Ça fait du bien de voir une réflexion posée, développée et ouvrant le débat.
    Wink

    Sur le fond je suis d’accord et comme le souligne Homere les tarifs délirants de ces dernières années finissent paradoxalement par inhiber toute nouveauté.
    Contrairement à certains je ne considère par l’horlogerie (tout du moins une partie) comme une œuvre d’art telle des Monet ou Picasso qui n’aurait comme finalité que d’être admirée. Pour moi l’horlogerie a un aspect matériel, outil, vivant. Une montre est faite pour être portée, marquée, offerte, échangée, vendue, donnée, oubliée, retrouvée. C’est un objet de vie.
    Une montre doit également aussi nous séduire, nous subjuguer, nous disperser, nous renvoyer dans le passé, à quelqu’un, à un événement…

    Avec une montre on voyage dans le temps. On reste en lien avec certaines personnes.

    Évidemment aussi à travers une montre c’est tout un savoir-faire que l’on aime admirer, un travail minutieux, innovant, éternel. Une montre doit réussir à faire rêver tout en imaginant être atteignable.

    A quelques exceptions près je n’ai eu aucune envie de rêver.
    Une même montre mise à jour prenant quasiment 1000 euros pour une nouvelle couronne ou une pseudo certification ne me fait pas rêver. Au contraire j’ai l’impression de n’être qu’un vulgaire « consommateur » pour ne pas écrire « pigeon ». Ou est le rêve ?

    Le problème de prix de corrélés c’est qu’ils renvoient à la raison forcément plus qu’au rêve. Quand le déraisonnable devient absurde la raison l’emporte toujours.

    J’aime beaucoup ton opinion à propos de la montre : « c’est un objet de vie« .

    Je les qualifie souvent de « beaux objets » car je les vois comme tels : tout simplement des objets qui ont une beauté (on est d’accord, peut-être pas toutes et évidemment c’est selon les vues de chacun). Ce sont des objets qui avaient une grande utilité. Cette utilité a grandement diminué avec le temps et, en parallèle, je pense que leur beauté s’est généralement appréciée dans le temps avec comme toutes choses des pics et des creux dans l’évolution des designs.

    Le côté atteignable est un aspect fondamental. Les montres n’ont généralement jamais été des objets (trop) bon marché, à l’exception des Timex, Kelton ou des Swatchs en leur temps par exemple mais les Omega, Zenith, Rolex, Longines, etc… étaient généralement sur la même tranche tarifaire, les modèles « luxe » de l’époque étaient en or, et les modèles « normaux » étaient en acier ou en plaqué or. A contrario, les montres bon marché étant plutôt chromées et souvent sur une base de Zamak. Bien entendu il y avait quelques marques plus « premium » et quelques-unes qui étaient plus prestigieuses mais le paysage tarifaire n’avait rien à voir avec les grandes disparités d’aujourd’hui.

    Les augmentations tarifaires ont changé la donne depuis. J’avais donné des exemples concrets dans des billets précédents sur le genre d’augmentations tarifaires. Récemment, je suis tombé sur une relayée par un média horloger : une Tudor Black Bay 58 en 2020 c’était 3,375$, aujourd’hui c’est 4,975$ ! (Mise à jour : La Tudor Black Bay 58 Black-Gilt est à 4,880 euros sur bracelet acier) c’est « juste » 47% d’augmentation !

    On pourra arguer qu’il y a le Master Chronometer ou le nouveau bracelet acier mais même le média horloger concède qu’une grande part est liée à une augmentation tarifaire qui n’a que peu avoir avec l’inflation ou les mises à jour. Evidemment, si vous passez sur des finitions supérieures largement supérieures, le recours aux métaux précieux, etc… il peut y avoir une répercussion que tout le monde peut comprendre. Mais dans le cas cité, c’est à mon avis avoir la main lourde sur l’arrondissement des chiffres.

    Tudor n’est pas le seul, loin de là, Seiko ou Longines ont fait de même. Le principe est simple : mieux vaut vendre des montres (bien) plus chères qu’en vendre plus. Je doute néanmoins de l’efficacité de cette politique pour toutes les marques. Certaines marques ont commencé à se calmer sur ces augmentations car les ventes se sont effondrées. Entre-temps, il y a une demande qui ne suit plus du tout.

    Le droit au rêve est possible. Mais gare à ce que le prix le rende totalement irréalisable. Cela ne veut pas dire que le luxe ne doit pas exister, encore que les places au soleil sont comptées pour une poignée d’élus. Mais là nous parlons de Tudor ou de Longines, des marques emblématiques (ou du moins qui l’étaient) du moyen de gamme. Pas de PP ou de VC. Si le moyen de gamme devient de moins en moins accessible, que va-t-il rester ?

    Une montre reste pour ma part un objet de vie comme tu le dis. Un plaisir à porter, qu’il soit haut de gamme ou d’entrée de gamme. Dans l’ultra-luxe, cela peut toucher aux oeuvres d’art mais fondamentalement, cela reste un objet, certes beau, mais un objet qui se porte je l’espère. Pas une relique dormant perpétuellement dans un coffre.

    _________________

    _________________
    « Le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé« 
    Instagram : don_writer_w

    #420005080616
    DON
    Membre

    Un article intéressant dans Les Echos au sujet d’un potentiel rajeunissement de la clientèle pour les montres : Les jeunes remettent les montres classiques dans le tempo

    Source : Les Echos a écrit:
    Selon une étude Deloitte publiée l’an dernier, les millennials étaient 77 %, dans le monde, à vouloir s’offrir une montre traditionnelle. Quant à la seconde main, elle gagne du terrain : 40 % de la génération Z désirent s’acheter un modèle d’occasion dans l’année, deux fois plus que chez les baby-boomers.

    Chinois

    _________________

    _________________
    « Le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé« 
    Instagram : don_writer_w

    #420005080617
    isosta
    Membre
    DON a écrit:
    Le droit au rêve est possible. Mais gare à ce que le prix le rende totalement irréalisable. Cela ne veut pas dire que le luxe ne doit pas exister, encore que les places au soleil sont comptées pour une poignée d’élus. Mais là nous parlons de Tudor ou de Longines, des marques emblématiques (ou du moins qui l’étaient) du moyen de gamme. Pas de PP ou de VC. Si le moyen de gamme devient de moins en moins accessible, que va-t-il rester ?

    Pour l’entrée de gamme et le moyen de gamme il y a maintenant les micro marques qui progressent, offrent un bon rapport Q/P,
    bref ce que faisaient avant les Longines Tudor and co…

    La suite ? on peut facilement imaginer les trois groupes principaux comblant leur pertes de parts de marché en rachetant
    les plus innovantes / intéressantes / succesfull etc. de ces marques. L’histoire pourrait ensuite recommencer … clown

    Isosta

    #420005080618
    DON
    Membre

    Alors attention tout de même, pour pondérer l’article, en parallèle le secteur reste à la baisse :

    Billet : L’horlogerie sait tout faire. Sauf prendre des risques. Image110
    Source : FHS

    Pour autant, je peux constater à mon humble échelle que ce ne sont pas que des personnes âgées qui achètent des montres traditionnelles. On n’est pas non plus au stade de voir une PP à chaque poignet à la sortie des écoles mais je pense qu’il y a une petite tendance qui mine de rien prend de l’ampleur.

    De là à compenser une contraction du marché chinois ou les soubresauts du marché américain, je ne pense pas. Mais il y a une petite tendance de fond vers la (re)découverte des montres mécaniques. Je pense que cela peut se voir sur le marché de l’occasion entre autres.

    _________________

    _________________
    « Le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé« 
    Instagram : don_writer_w

15 sujets de 1 à 15 (sur un total de 33)
  • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.