ZENITH – Horloges commémoratives 1914-1918

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  • #410000160416
    Herold
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    « La montre comme souvenir » — Montres de dédicace communales en Suisse après 1914–1918

    Introduction
    Après la Première Guerre mondiale, une culture du souvenir multiforme se développa dans de nombreux pays européens. En Suisse neutre, la mobilisation de 1914–1918 eut néanmoins un impact profond sur la vie sociale : soldats mobilisés, rapatriés, camarades blessés et proches décédés marquèrent les pratiques mémorielles locales. À côté des monuments, des médailles et des cérémonies, un domaine moins connu mais riche du point de vue de l’histoire culturelle est le don de montres de poche par des communes ou des associations à des soldats, ou comme objets commémoratifs pour les morts. Ces montres — le plus souvent des montres de poche mécaniques — associaient biographie privée (nom du destinataire), identité communale (blason ou vue du lieu en relief) et production industrielle en un signe matériel de mémoire.

    Cadre socioculturel : pourquoi des montres ?
    Les montres sont des objets à la fois techniquement et symboliquement précieux. Sur le plan pratique, elles assuraient au soldat la mesure du temps et l’ordre ; sur le plan symbolique, elles représentaient l’estime, la durabilité et la permanence. Communes, chœurs paroissiaux, sociétés de tir ou comités de bienfaisance choisissaient les montres comme présents parce qu’elles étaient durables, personnalisables (gravures, inscriptions de dédicace) et relativement prestigieuses. La dédicace « reconnaissant / à ses soldats (mobilisation 1914–1918) » ou des formules analogues soulignaient la gratitude et la mémoire collective ; parallèlement, la gravure individuelle faisait de l’objet une trace de vie d’un soldat. Ces cadeaux matériels occupaient une zone intermédiaire entre la commémoration publique (monument) et le souvenir privé (objet de famille).

    Caractéristiques formelles et matérielles des montres de dédicace
    Des traits typiques peuvent être systématisés :

    Relief extérieur : sur le couvercle extérieur (ou intérieur) figure le plus souvent un relief : vue du lieu, armoiries communales, scène allégorique (p. ex. un soldat debout ou une couronne de laurier) ou motif local.

    Inscription de dédicace : dans l’espace francophone, les formulations courantes sont « reconnaissant à ses soldats » ou « à ses soldats 1914–1918 ». Dans les communes germanophones apparaissent des formules analogues en allemand. Certaines montres portent en outre la date de la mobilisation ou de la remise. Des exemples concrets avec exactement ces inscriptions sont documentés dans des inventaires de musées.

    Personnalisation : le nom du soldat était souvent gravé — soit à l’extérieur sous la dédicace, soit sur le couvercle intérieur. Ces montres deviennent ainsi des marqueurs biographiques sans équivoque.

    Identification du fabricant : le cadran ou le mouvement indiquent presque toujours la marque (p. ex. Zenith, Longines, Doxa, etc.). Les poinçons de boîtier (argent/or) et les numéros de mouvement permettent une datation technique et une détermination des matériaux.

    Éléments d’accompagnement : il existe parfois des étuis d’origine, des lettres d’accompagnement de la commune ou des mentions d’inventaire dans les archives communales, qui complètent la provenance.

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    Les entreprises fabricantes et leur rôle
    L’industrie horlogère suisse était déjà fortement industrialisée vers 1914–1920, tout en comptant de nombreux fournisseurs spécialisés. Des manufactures réputées comme Zenith (Le Locle), Longines (Saint-Imier), Doxa (Le Locle) ou des fabricants régionaux de boîtiers produisaient des montres de poche dans différentes gammes de prix adaptées aux commandes de dédicace. Il n’existait pas de fournisseur exclusif : les communes commandaient selon leur budget, leurs relations régionales ou l’offre des détaillants, auprès de différentes entreprises. Des mentions d’inventaire concrètes attestent la présence de montres de poche Longines, Zenith et Doxa dans des collections communales ou comme cadeaux avec inscriptions de dédicace. Point important : Zenith n’était pas seulement fabricant, mais proposait également, via son réseau de distribution, des fabrications spéciales et fournissait des montres pour des usages divers.

    Exemples régionaux concrets
    La diffusion régionale de cette pratique suit les structures économiques et linguistiques : les communes plus aisées ou celles disposant d’associations fortes pouvaient plus facilement offrir des montres ; les communes francophones utilisaient plus souvent la formule « à ses soldats ». Des inventaires de musées en fournissent la preuve : ainsi, un musée du Locle documente une collection de montres de poche avec inscriptions de dédicace ; on y trouve notamment une entrée « Ropraz reconnaissant, à ses soldats, Mobilisation 1914–1918 » (en lien avec une montre de poche Longines) — un exemple montrant la conjonction d’inscription communale, de référence à la mobilisation et d’indication du fabricant. De tels inventaires constituent des preuves clés de la pratique communale et de sa transmission dans les collections.

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    Pratique de production et de commande : comment ces montres voyaient-elles le jour ?
    La commande passait le plus souvent par un horloger local ou directement par le fabricant (pour des séries plus importantes). Les quantités pouvaient varier — de quelques pièces uniques (pour des hommes particulièrement honorés) à des dotations en série pour toute une compagnie. La gravure du boîtier (motifs en relief) était souvent réalisée par des ateliers artisanaux externes : graveurs et fabricants de boîtiers pouvaient frapper des reliefs standardisés ou les réaliser sur modèle. Zenith, en tant que manufacture intégrée, fournissait le mouvement et souvent le cadran ; les boîtiers provenaient, selon le métal (argent, doré, or), d’ateliers spécialisés. Pour une datation et une attribution précises, les numéros de mouvement et de boîtier ainsi que les poinçons (marques de métal) sont déterminants ; de nombreuses entreprises, dont Zenith, délivrent aujourd’hui des extraits de registres moyennant finance.

    Conclusion
    La pratique consistant à offrir des montres de poche comme cadeaux commémoratifs communaux aux soldats de la mobilisation de 1914–1918 constitue un exemple concret d’une culture du souvenir localement marquée en Suisse. Ces objets ont une double signification : ils sont des signes de mémoire individuels et, en même temps, des manifestations matérielles de l’identité communale. Des entreprises fabricantes comme Zenith, Longines ou Doxa jouèrent un rôle pragmatique — elles fournissaient la base technique ; le travail symbolique était accompli par les communes, les graveurs et les associations. Pour la recherche historique, ces montres offrent un accès particulièrement fécond : elles relient noms, lieux, culture matérielle et archives dans un espace très restreint et permettent des études de cas précises en histoire locale de la mémoire.

    « Comtois, rends-toi — Nenni, ma foi ! » : de la devise historique à la montre de poche ZENITH (novembre 1917)

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    La phrase « Comtois, rends-toi — Nenni, ma foi ! » est la devise traditionnelle de la Franche-Comté : un échange bref et combatif exprimant un refus obstiné face aux appels à la capitulation. L’explication la plus couramment admise en situe l’origine dans les guerres du XVIIᵉ siècle, de manière la plus crédible dans le contexte des sièges et combats autour de Dole (1636) lors des campagnes françaises liées à la « guerre de Dix Ans » et aux conflits régionaux de l’époque ; des assaillants français auraient alors sommé les défenseurs de se rendre et auraient reçu en réponse un ferme « Nenni, ma foi ! ». La formule devint ensuite une devise régionale des Comtois, signalant à la fois résistance et identité locale.

    En tant que slogan, la formule porte donc une double sémantique : héroïsme historique et résistance d’une part, manière dont une région se perçoit elle-même — tenace, inébranlable, fière de ses traditions — d’autre part. Cette double signification fit de la devise, durant des siècles, un signe d’identité flexible : dans la littérature, les discours populaires, les représentations courantes et, finalement, dans la culture matérielle (insignes, plaquettes, tableaux).

    Dans ce contexte, l’utilisation de devises historiquement et régionalement chargées sur des objets de la Première Guerre mondiale n’a rien de surprenant. La manufacture ZENITH au Locle était encore étroitement liée à la famille fondatrice en 1917 ; le fondateur Georges Favre-Jacot mourut en mai 1917, et la direction avait déjà été reprise par des proches parents et associés, tels que son neveu Jämes (James) Favre. Dans ce contexte familial et entrepreneurial, le don ou la remise de montres de fabrique à des fins caritatives apparaît culturellement plausible : les montres étaient des objets prestigieux, mais aussi des symboles transportables de gratitude et de solidarité.

    L’événement documenté selon lequel, en novembre 1917, cinquante montres de poche ZENITH furent remises au comité de l’œuvre de guerre du département du Doubs pour une tombola au profit des mutilés et des familles endeuillées s’inscrit directement dans ce cadre de significations. La remise ne fut plus effectuée par le fondateur décédé en 1917, mais par James Favre ; les montres servirent de lots de valeur pour collecter des fonds en faveur des victimes de la guerre. Le comité du Doubs opérait dans une région dont l’identité est fortement liée à la tradition « comtoise » ; la devise utilisée — historiquement connue comme signe d’inflexibilité comtoise — se prêtait donc à exprimer solidarité et proximité régionale.

    Le lien entre ancienne devise et écriture de valeur moderne peut être justifié comme suit : premièrement, l’expression offrait un message localement clair et émotionnellement chargé — résistance et cohésion — bien adapté aux supports de collecte de fonds ; deuxièmement, la Franche-Comté était de culture et de langue françaises, de sorte que la forme française de la devise, gravée sur une montre utilisée pour une tombola dans un département francophone, était immédiatement pertinente ; troisièmement, l’histoire familiale des Favre, aux racines françaises, ainsi que l’attachement personnel de la famille fondatrice à la France contribuèrent à ce que l’on recoure, consciemment ou non, à un imaginaire et à des formules françaises — même si Georges Favre-Jacot était décédé en mai 1917, les montres issues de sa manufacture pouvaient encore porter et transmettre cette mémoire culturelle.

    En résumé : l’ancienne devise des Comtois fournissait en 1917 un vocabulaire symbolique dense — fierté historique, identité régionale et solidarité réciproque — qui se prêtait parfaitement à son usage sur des montres de poche ZENITH offertes pour une tombola caritative dans le Doubs. Les montres établissaient ainsi un pont culturel entre le XVIIᵉ siècle (légende de résistance) et l’action sociale concrète de la Première Guerre mondiale : l’aide matérielle (don de 50 montres) était associée à une légitimation historico-linguistique susceptible de susciter un écho tant chez les bénéficiaires que chez les acheteurs de billets.

    Remarque : montres provenant d’une collection suisse. Numéros de série des boîtiers et des mouvements inconnus. Les droits d’image m’appartiennent.

    #420005062269
    Saturne
    Membre

    Merci pour cet article,

    J’ignorais totalement l’existence de ces montres.

    Pour éclairer ma lanterne sur la Suisse pendant la 1ère Guerre mondiale, j’ai consulté l’article Wikipedia sur le sujet :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_Suisse_pendant_la_Premi%C3%A8re_Guerre_mondiale

    Et cet intéressant article de swissinfo.ch :
    https://www.swissinfo.ch/fre/culture/armistice-de-1918_en-suisse-aussi-le-souvenir-se-grave-dans-la-pierre/44530816

    La Suisse aurait ainsi perdu environ 3000 hommes parmi ses soldats mobilisés entre 1914 et 1918 (essentiellement par la grippe espagnole, diverses maladies et accidents); Et seulement deux tués par l’ennemi : Georg Cathomas et Walter Flury.

    Je suis aussi tombé sur un intéressant site présentant la première Guerre mondiale en Suisse à travers les cartes postales : https://www.14-18.ch/
    On y voit que la montre de poche n’est pas toujours amie du soldat quand elle est dans la main de l’officier…
    ZENITH - Horloges commémoratives 1914-1918 5_satire4

    #420005062270
    Herold
    Membre
    Saturne a écrit:
    On y voit que la montre de poche n’est pas toujours amie du soldat quand elle est dans la main de l’officier…

    Il y a du vrai là-dedans. Et dans toutes les armées, la même exigence a toujours été imposée aux montres : la précision.

    ZENITH - Horloges commémoratives 1914-1918 Bild116
    #420005062271
    caput
    Membre

    Voir les articles « la montre à travers la première Guerre Mondiale » Revue Afaha numéro 29,30,31,34

    #420005062272
    Herold
    Membre
    caput a écrit:
    Voir les articles « la montre à travers la première Guerre Mondiale » Revue Afaha numéro 29,30,31,34

    C’est un très bon conseil. Merci beaucoup !

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