FORUMAMONTRES › Forums › FORUMAMONTRES › Une histoire d’horloger
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Irimi2, le il y a 18 années et 1 mois.
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6 septembre 2008 à 13h42 #410000033041
ZEN
MembreLe soleil et la pluie font un arc en ciel, de la torsion des branches on sort des arbres fruitiers les plus beau fruits, de la souffrances des êtres ont déduit la meilleure inspiration des artistes.
Gabrielle et Polydor sont nés dans cette fin du 19ème siécle, dans les milieux ouvriers de l’ére industrielle qui fatigue la carcasse des hommes et oublie parfois leur âme.
Polydor fut très vite abandonné par ses parents quand à l’âge de 7 ans il perdit sa mère en couche à la naissance de sa soeur et quelques mois plus tard son père. Dans la fraterie de 7 enfants, tous se perdirent de vue, éparpillés dans les centres d’hébergement de l’assistance publique. Du désarroi et de la résignation à devoir consoler seul ses misère d’enfant sans bras pour l’accueillir, Polydor se construisit en être endurci jamais violent mais inapte à l’expression de la joie.
Pupille de la nation, il travailla très jeune pour les chemins de fers dans ces emplois réservés qui ne menaient à rien. Doué pour la mécanique de précision, il s’interessa de lui-même aux pendules électriques qui équipérent les gares dans les années 10. Il en devint le réparateur itinérant. Horloger par don plus que par formation, il dispensait son savoir sans compter à des êtres étonnés de son habileté.
Sans autérité ni joie de vivre, Polydor fuira tout le temps les moments heureux comme s’il était indescent de prendre plaisir quand on a vécu ce qu’il a traversé. De la galette des rois , il avalait ou cachait la fève. Du mariage de ses enfants, il s’esquiva pour ne pas partager une joie qui ne le gagnait jamais.
Gabrielle n’eut guère une enfance plus heureuse. Envoyée à 14 ans dans les mines de sel pour pousser bien au delà de ses forces des wagonnets. Elle s’en déforma les os. Son visage traduisait la souffrance mais jamais de sa bouche une seule plainte ne sortait. Aussi dure que Polydor qu’elle épousa, elle ne sut pas l’attendrir, pas plus que lui-même ne sut jamais lui exprimer des sentiments dont la vie leur avait oté la manifestation.
Après la grande guerre qui avait traumatisé les populations et le retour des gueules cassées qui leur rappelait l’horreur du conflit, la grippe espagnole eut raison des derniers optimistes. Dans chaque famille, la guerre et la grippe allaient laisser des traces indélibiles de l’empreinte du malheur.
Pour Gabrielle, le premier jour de la guerre restera le plus mauvais de ses souvenirs. D’un père douanier assassiné au poste frontière lors de l’invasion des premiers allemands, elle gardera un chagrin intérieur sans larme et une résignation à accepter les choses comme elles viennent.
De l’union de Gabrielle et de Polydor naîtront 5 enfants dans les années 20 et au début des années 30. Ces années de labeur et de travail acharné pour nourrir la famille ne seront que très peu teintées par le cycle et l’émancipation des années folles. Si dans la famille on oublie presque la tristesse du passé, l’angoisse va très vite poindre à l’horizon. La seconde guerre est déjà là sans même avoir laissé en paix une génération décimée.
Pour protéger les siens, Polydor laisse le plus agé de ses fils partir à 15 ans seul en vélo du nord vers le sud et emméne le reste de la famille par le train vers des horizons plus favorables que celui des zones occupées. Le train est hélas la cible des bombes et des voyageurs que l’on fait descendre à la hâte, on relévera parmi les blessés, sa fille un éclat d’obus dans l’oeil. La tardivité des soins condamnera la vision du coté atteint avant d’avoir raison du second oeil.
On pourrait imaginer en lisant cette histoire qu’elle est issue d’un roman de Zola mais non, rien n’y fait, c’est bien une histoire vécue. Une histoire qui montre que les hommes se construisent avec leur passé en guise de fondation et que de leur froideur, il faut parfois déduire la souffrance et non une forme d’indifférence. On met des années à comprendre ce qui fait la nature des êtres au moins autant qu’eux mêmes pour traverser le temps et se construire. On prend parfois quelques minutes pour les juger sans chercher à les comprendre.
Et s’il ne subissaient ce qu’ils sont plus qu’ils ne le gérent, comment ne pas leur accorder le bénéfice du doute ?
6 septembre 2008 à 15h06 #420000510480Irimi2
MembreMerci infiniment pour cette page d’écriture.
7 septembre 2008 à 16h28 #420000510481ZEN
MembreC’est vraiment une histoire vécue
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).7 septembre 2008 à 16h54 #420000510482Irimi2
MembreOui, et c’est très joliment écrit, c’est ce que j’entendais par "belle page d’écriture".
Merci encore.
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