Une Breguet inédite? Vraiment?

FORUMAMONTRES › Forums › Forum de discussions sur les montres de poche › Une Breguet inédite? Vraiment?

15 sujets de 1 à 15 (sur un total de 15)
  • Auteur
    Messages
  • #410000158854

    Je vous propose un article de « La Revue Chronométrique » de janvier 1909.

    Une Breguet à répétition de date!!!

    Normalement vous devriez vous poser au moins deux questions à la lecture de cet article tout en acceptant le caractère unique de cette Breguet et avec un à-priori confiant sur l’auteur de 1909 qui à sa plume dans la Revue Chronométrique.

    Lisez et je reprends ensuite.

    Une Breguet inédite? Vraiment? Bregue18
    Une Breguet inédite? Vraiment? Bregue19

    Donc là tout de suite maintenant vous devriez – juste avant de bondir sur vos livres, grimoires horlogers, abaques et autres tableaux de tableur informatiques – vous dire comme ça:
    1° C’est étrange une Breguet de 1802 à 4800Frs dont on ne parle pas de boite avec perle ou diamant non?
    2° C’est bizarre une montre de 1802 avec deux cadran or non?
    3° C’est curieux chez Raxevis Arcofin cette manie de faire des phrases!

    Alors comme je me suis fais exactement les mêmes réflexions que vous, je vous propose mes réponses à ces question 1 et 2* avant de vous donner mon idée.

    Dans ma modeste mais patiente revue des montres d’Abraham Breguet j’ai appris assez vite que les descriptions des montres lues dans les livres de travail ou de vente étaient parfois, disons, raccourcies. Plusieurs réparations d’une même montre la décrivaient parfois avec certaines complications de façons complète et parfois non. Ce qui nécessite si l’on ne voit pas la montre sur les deux faces et ouverte, au moins de faire la somme de toutes les descriptions pour avoir une idée précise de la montre et de ses complications.

    Dans cet article signé J.O.: Pas de N° de montre. Nous avons un prix: 4800Frs et une complication qui est comme dit l’auteur plus une sorte de preuve de talent horloger qu’utile s’agissant d’une montre qui n’est pas à tact.

    Comme je l’écris plus haut une montre de 4800Frs en 1802 je n’en connais pas. Les montres sont plutôt vendues dans les 1200Frs. Il y a bien sûr des montres médaillons avec diamants vendues jusque 7500Frs. Mais ce sont des petites montres sans répétition et sans quantième.

    Il y en a une qui mérite d’être retenue: C’est une montre à répétition et quantième, boîte argent, échappement à cylindre de rubis et avec un cadran en émail. La N°85 vendue 2400Frs le 5 avril 1802.

    Vous allez me dire: Ben vieux, tu yoyottes sévère après 22h00 toi! La 85 elle à UN SEUL cadran en ÉMAIL et pas deux cadran Or et pis elle a pas de répétition de quantième!
    Et là je vous réponds: Attends gamin, j’ai pas fini. Et souviens-toi de ce que je viens de dire la 85 elle est de 1802. (Indice) Mais elle est quand même à répétition et quantième.

    La montre N°85 d’avril 1802 est reprise par Breguet le 9 septembre 1807.

    (Je vous vois toupiner sur vos chaises mais attendez un peu.)

    Breguet reprends la montre et réutilise la base du mouvement. Ajoute des platines, reperce des trous, rajoute des rubis et crée une nouvelle montre qu’il baptise du beau nom de N°2296.

    Le baptême a lieu le 7 juin 1808 en présence de la reine d’Espagne qui décide ni une ni deux d’en être la marraine. Elle verse 4800Frs (tiens, tiens serait-ce un nouvel indice?) dans le couffin pour les oeuvres de la paroisse et jure de s’en occuper avec amour.

    Amour étant en l’occurence nommé Prince de la Paix, la main de la reine glisse innocemment l’objet et le reste dans le gousset d’icelui et les voilà repartis pour Valençay ou Compiègne dans une voiture à capote parce que on ne sait jamais ce qu’il peut arriver.
    Le cocher entends bien des petits cris et des protestations venant de l’illustre passagère à l’arrière puis plus rien car en juin y’a pas d’mai !

    Mais revenons à notre nouvelle montre N°2296.

    Voici ce que j’en sait:

    Source M. Emmanuel Breguet.

    Citation:
    Remise à neuf et transformée (deux cadrans d’or car double face, thermomètre etc), la montre BREGUET 2296 est vendue le 7 juin 1808 à la reine d’Espagne pour 4800 Francs.
    Sept réparations :
    620 XXXVII: 23 août 1830; Mr. le Prince de la Paix (Manuel Godoy), sa montre à répétition et à double quantième, boite à collier d’or et double cadran d’or guillochés N° 2296 d’ici, chaine et clef mécanique en or.
    On a repoli tous les pivots, rebouché 7 trous, réparé la roue d’échappement qui était usée, enlevé l’usure du cylindre, réparé plusieurs vis, refait le trou foncé en rubis, rajusté la raquette et fait fonctionner le tout, nettoyé en totalité et réglé la montre.
    Doit 250 Francs. Rendu le 20 octobre 1830.
    493 1NS: 27 juin 1833; Mr. de Spies, premier secrétaire de l’ambassade de Russie, grosse montre à deux faces, boite d’or cannelée, double cadran d’or à quantième de la date, des noms de mois, des jours de semaine, secondes, thermomètre, vite et lent, chaine et clef d’or mécanique. Cette montre le N° 2296 d’ici.
    Rendue le 28 juin 1833. Franc.
    633 XII: 7 mars 1842; Mr. E. Ducrocq commissaire-priseur, 28 rue des Bons-Enfants, montre à deux faces, à répétition sur toc et 10 minutes sur timbre, double cadran d’or à quantièmes de date, noms des mois, jours de semaine, thermomètre, avance-retard, vite-lent, N° 2296 d’ici, sans chaine ni clé, pour un cristal ordinaire.
    fourni et ajusté un cristal chevé. 3 francs. Rendue le 7 mars 1842.
    545 XXII: 3 août 1852; Mr. le comte de Villa Franca, 4 rue d’Astorg, sa montre d’or… N° 2296, pour repasser.
    Remise en état complète estimée à 120 Francs.
    954 XXIV: 16 octobre 1854; idem.
    Remise en état effectuée, remis les deux cadrans d’or à neuf; 128 Francs.
    310 XXV: 10 avril 1855; idem.
    Refait la clé et rallonger la chainette. 20 Francs.
    1034 XXVI: 25 août 1856; idem.
    Révision complète et nettoyage. 80 Francs.

    De ces deux descriptions de montres dont je vous parle il me semble intéressant de noter les quelques points suivants:
    – La montre 85 a été vendue pour un prix de 2400Frs. Parmi les montres vendues ces années-là dont la description des complications est semblable je n’ai pas vu de montre si chères pour une boîte argent et un cadran émail.
    Je sais bien que le prix de vente était une chose qui restait à la seule discrétion d’Abraham Louis Breguet et qu’avec finesse il oeuvrait certainement avec tact et finesse auprès de ces clients qu’il voit venir de la rive droite, juste là, en face de chez lui un peu plus bas.
    – La montre 85 doit être suffisamment intéressante pour qu’il estime judicieux de la reprendre et de la transformer en montre à double face avec deux cadrans Or, d’y mettre une boîte d’or etc. Je pense qu’il devait y avoir quelque chose de particulier qui justifie cela.
    Alors voyez-vous je crois qu’il est possible que la montre qui est décrite dans l’article de 1909 soit la N°2296 à 4800Frs venue de la N°85 de 1802.
    De plus le N°85 à dû resté gravé sur la ou les platines d’origine.

    Bon, je vous taquine. J’ai même pas de photo de cette montre et je cherche à savoir où elle se trouve depuis le printemps 2022.
    A partir du dernier propriétaire inscrit dans les livres Breguet je la suppose faisant partie du patrimoine de Emmanuel-Philibert de Savoie Actuel Chef de la Maison Royale d’Italie. Ainsi peut-être est-elle dans un coffre de la Banque d’Italie inaccessible à quiconque encore aujourd’hui près de 80 ans après l’exil de son aïeul, son grand père il me semble.

    Alors? Alors peut-être que cette Breguet à répetition de quantième n’est pas si inconnue que cela. Hier j’ai écrit à M. Emmanuel Breguet à ce sujet pour lui demander son avis sur la chose.

    A j’oubliais:
    Le premier acheteur, en 1802, celui de la montre N°85, c’était Jean Andoche Junot, premier aide de camps de l’empereur, commandant militaire de Paris. Marié depuis deux ans à Laure Permon et papa depuis quatre mois d’une petite Joséphine filleule de l’empereur et de l’impératrice. Entre 1802 et 1804 il allait remettre un sauf-conduit à l’Horloger lui permettant (en plein blocus) de faire venir de Londres un horloger et toute sa famille pour travailler avec lui à l’atelier.
    Et durant onze ans il allait laisser quelques louis au 39 Quai de l’Horloge…

    * le 3eme point est traité actuellement par ma chère femme. Merci.

    #420005007220
    caput
    Membre

    Sonnerie répétition des quantièmes , une découverte pour moi cyclops .
    J’attend maintenant le commentaire de madame Raxevis Arcofin bounce smurfin

    #420005007221
    sypari
    Membre

    Hypra intéressant !
    Merci

    #420005007222
    AirX-VIII
    Membre

    Passionnante histoire
    …
    Il ne reste plus qu’à «ouvrir» le coffre pour avoir la photo … c’est une autre histoire 🥴

    #420005007223
    AR_2000
    Membre

    attendons de voir la vente aux enchères à Genève qui célébrera les 250 ans de la maison Breguet il est fort probable que bon nombre de montres ou d’horloge Bréguet en sommeil depuis de nombreuses années vont réapparaître

    #420005007224
    AR_2000 a écrit:
    attendons de voir la vente aux enchères à Genève qui célébrera les 250 ans de la maison Breguet il est fort probable que bon nombre de montres ou d’horloge Bréguet en sommeil depuis de nombreuses années vont réapparaître

    Intéressante remarque en effet. Tu as des infos sur une vente en particulier?

    #420005007225
    AR_2000
    Membre
    Raxevis Arcofin a écrit:
    Intéressante remarque en effet. Tu as des infos sur une vente en particulier?

    https://www.breguet.com/fr/actualites/sothebys-celebre-les-250-ans-de-breguet-avec-une-vente-aux-encheres-historique

    #420005007226
    AR_2000 a écrit:
    https://www.breguet.com/fr/actualites/sothebys-celebre-les-250-ans-de-breguet-avec-une-vente-aux-encheres-historique

    J’ai vu dans la boutique du coin qu’il y avait 1 bavoir offert pour 2 achetés, je crois que c’est le moment d’en profiter…

    #420005007227
    Nezitic
    Membre

    Fascinant cette enquête !
    Merci pour le partage. Chinois

    #420005007228
    Bourgui
    Membre

    Merci pour le récit.
    Le retour d’Andoche, je m’y attendais pas 😂.
    J’espère que cette montre va ressortir, histoire de lever le mystère et surtout de te lire de plus belle!

    #420005007229

    La chose doit être dite: Je suis un âne!

    Et encore, je dis cela avec cette immense humilité qui me caractèrise et dont je suis abondamment pourvu.

    Donc je suis un âne, enfin, presque. Ou du moins pas sous tous les angles!

    Je vais vous en donner la preuve en images. Si,si!
    Et ensuite chacun pourra dire en lui-même: Effectivement, le bel âne que voilà! (Non, ce n’est pas une réplique de film X!)

    Bon, à partir de cet instant, certain de votre attention, je vous explique ce qui me fait écrire cela ici sans ambages.

    L’article déniché en tête de ce sujet palpitant, instructif, divertissant date de 1909.

    Et en lisant la date de 1909 j’aurais dû savoir que l’année 1923 ne viendrait que 14 ans plus tard.
    – Et que ce passe t’il en 1923?

    C’est tout simple: la Bible sur les montres Breguet sort de presse sous le titre très explicatif:

    BREGUET (1747 – 1823) par Sir David Lionel Salomons.

    Du moins pour l’édition revue, corrigée et augmentée traduite en Français par Louis Desoutter.

    Et dans ce livre que lit-on je vous demande bien?

    C’est tout simple. Rendons nous voulez vous à la page 62 (Descriptif) et 206-207 (Photographies) pour découvrir la montre Breguet N°83.

    Voici le texte reproduit exactement.

    Citation:

    Certificat N°2404 – Montre N° 83.
    Vendu au Prince de Galles, le 22 Ventôse, 1805. Prix 2,760 francs.
    Montre à répétition, à quantième, boîte d’or, guillochée en cercle, carrure cannelée, cadran d’or, aiguilles d’acier, poussoir au pendant, échappement à cylindre de rubis, trous en rubis, suspension élastique. Répetition d’heures et de dix minutes et répétition de quantième; le collier au pied du pendant est mobile: tourné à droite, la répétition donne l’heure et les dix minutes; tourné un degré à gauche elle donne la date du mois, les dizaines « au toc, » les unités sur timbre; tourné de deux degrés à gauche il barre le poussoir de répétition.La cuvette tient avec une vis
    N.B.-On connait une autre montre semblable qui repète l’heure quand son cadran est tourné en haut, et la date quand il est tourné en bas.
    Une Breguet inédite? Vraiment? N83_a11
    Une Breguet inédite? Vraiment? N83_b11
    Une Breguet inédite? Vraiment? N83_c11
    Après cette lecture nous restons dans l’expectative sur certains points mais nous avons avancé un peu.

    L’article de 1909 semble décrire exactement cette montre N°83 de Sir Salomons sauf pour ce qui est de la date et le prix de vente.
    On peut raisonnablement penser que la montre – faite en 1802 – n’ait été finalement vendue qu’en 1805 rapport à son prix . L’on sait également que A.-L. Breguet maîtrisait parfaitement ses prix de vente et qu’en bon commerçant savait pratiquer les ajustements de prix nécesssaires au « plaisir » du client lorsque ce dernier présentait un support publicitaire de premier ordre. Et question influenceur comme on dirait de nos jours, force est de dire que Le Prince de Galles se pose en cadhor de la place de londres. 1 Louis bien placé en rapporte 10.

    Il est donc tout à fait possible que son prix en 1802 ait été de 4800Frs mais que le prix auxquel elle ait été finalement vendue en 1805 soit bien de 2760 francs. Bénéficiant ainsi d’une remise substantielle pour « Bon Client » sachant que M. Le Prince de Galles avait au moins une fois en 1803 été déjà client de la maison.

    – Sir Salomons parle de l’existence d’un seconde montre à repetition de quantième mais dont le mécanisme d’action est tout à fait différent.
    Ainsi la montre que le journaliste a eu entre les mains est probablement la N°83 qui est/sera dans la collection de Sir Salomons.
    Comme le journaliste décrit exactement le même mécanisme pour faite jouer les repetitions il parait donc impossible, ceci étant, que ce fut la N°85 modifiée par la suite pour être vendue à la Reine d’Espagne si l’on se fie aux connaissances approfondies de Sir Salomons.

    Pour aller plus loin il faut reconnaitre que cela semblerait étrange que la seconde montre dont parle Sir Salomon en écrivant: N.B.-On connait une autre montre semblable qui repète l’heure quand son cadran est tourné en haut, et la date quand il est tourné en bas. soit la montre N°85 (Anciennement vendue en 1802 à Junot et revendue en 1805 pour 4800frs à la Reine d’Espagnole).

    Reste que cette seconde mondre à répetition est relativement discrète (une autre de mes qualités)(autant le dire) puisque je n’en ai jamais vu la trace.

    Voilà qui éclaire un peu le sujet de cette montre qui n’est plus si inédite que cela.

    Pour ce qui est de l’âne j’en vois par là qui se disent que je ne suis pas si Âne que cela d’avoir trouvé ces explications. Mais je dois leur désiller les yeux à mon grand regret. En effet dans le livre Une Breguet dans l’Histoire que j’ai partagé avec vous je parle de cette montre N°83! Je cite le texte et tout et tout!
    Seulement voilà: des fois j’oublie.

    Je vais donc partir en quête de cette nouvelle repetition de quantième en allant brouter par-ci par-là…

    Le premier qui crie « haro sur le baudet » je l’étrangle!
    #420005007230
    AirX-VIII
    Membre

    J’étais impatient d’avoir une conclusion à cette histoire….😉

    C’est bien d’avoir une maison qui conserve ses archives même si SwatchGroup s’en moque un peu et ne se rend même pas compte de l’Histoire d’une manufacture comme Breguet…😞

    Ou qui ne communique pas sur ce passé ……… dommage

    En tout cas merci on attend la suite!

    #420005007231
    caput
    Membre

    Le monogramme est-il bien celui du Prince de Galles ?

    #420005007232

    Attention, si la montre à été vendue au Prince de Galles il est certain aussi qu’elle a dû quitter la famille royale. Quand? Je l’ignore mais elle est finalement passée en d’autres mains. Et notamment dans les mains de quelqu’un qui a dû la faire repasser en 1909 (peut-être même chez Breguet/Brown qui l’a alors montrée au journaliste.
    Le monogramme n’a donc pas été gravé pour le prince de Galles. Et de plus lui-même l’avait peut-être acheté pour offrir…
    Décidément le merveilleux cédé le pas au mystère.

    #420005007233
    caput
    Membre

    Les trois plumes d’autruche blanches sont le badge ou l’insigne héraldique du Prince de Galles devise en allemand Ich Dien (Je Sers); plus le monogramme K.G (King Georges ?)
    Une Breguet inédite? Vraiment? 2025-046

15 sujets de 1 à 15 (sur un total de 15)
  • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.