Robert-Houdin, poète de l’illusion

FORUMAMONTRES › Forums › FORUMAMONTRES › Robert-Houdin, poète de l’illusion

2 sujets de 1 à 2 (sur un total de 2)
  • Auteur
    Messages
  • #410000010710
    ZEN
    Membre
    Citation :
    Robert-Houdin, poète de l’illusion

    L’homme qui révolutionna la magie s’est fait l’auteur de quelques traités pratiques et d’une palpitante autobiographie. Il y révèle le secret de son art: le travail, le travail et encore le travail!

    Titre: Comment on devient sorcier
    Auteur: Jean Eugène Robert-Houdin
    Editeur: Omnibus
    Autres informations: Autobiographie. 960 p.

    Laurent Nicolet, Samedi 23 décembre 2006

    Ce qui s’appelle une sortie: lorsque, dans sa maison de Blois, le magicien Jean Eugène Robert-Houdin rendit l’ultime soupir, le 13 juin 1871, toutes les horloges se mirent à sonner une dernière fois et s’arrêtèrent à jamais. La maison, comme tout le reste, était truquée. Il faut dire que ce diable d’homme, né Robert, et qui obtint par dérogation le droit d’accoler à son nom celui de sa femme, fut d’abord horloger, fils d’horloger. Ou plus exactement fils de réparateur de tout ce qui peut l’être: de «statuettes estropiées», de «vases du Japon endommagés», ou même de «serinettes», à savoir, c’est un autre Robert qui nous l’apprend, le Petit, d’«orgues mécaniques pour apprendre à chanter aux oiseaux».

    Drôle de livre, en Omnibus, que ces Œuvres écrites de Robert-Houdin. Quelques traités rudement techniques – Comment on devient sorcier, L’Art de gagner à tous les jeux, etc. – et surtout Une Vie d’artiste, autobiographie et tout à la fois envers et enfer du décor, montrant, on s’en doutait, «que l’arbre où se cueille cette baguette magique… n’est autre qu’un travail opiniâtre».

    Né donc à Blois, «patrie du roi Louis XII, surnommé le Père du peuple, et de Denis Papin, l’illustre inventeur des machines à vapeur», le petit Jean-Eugène contracte, dans l’atelier de son père, une passion inguérissable pour la mécanique fine. Monsieur Robert le verrait plutôt notaire et abreuve son fils de conseils typiquement paternels, du genre: «Méfie-toi de ton adresse, elle pourrait nuire à ton avancement.» Mais les études ne sont pas pour lui: «Chante qui voudra les plaisirs de la vie de collège… l’existence claustrale de l’établissement ne m’offrit jamais de plus grand plaisir que celui que j’éprouvai lorsque je le quittai pour n’y plus revenir.» Et puis le hasard s’en mêle et force la vocation. Veut-il acquérir un traité d’horlogerie, un libraire distrait lui vend le Dictionnaire des amusements de la science. Devant une vitrine il tombe par hasard sur les restes du fameux joueur d’échecs de von Kempelen, cet automate invincible qui abritait en réalité un joueur de première force, Worowsky, amputé des deux cuisses lors de la guerre russo-polonaise, découverte qui portera à ébullition l’intérêt du futur magicien pour la construction d’automates. Ou encore, malade, Robert-Houdin tombe d’un carrosse, s’évanouit puis est recueilli, au bord la route, par Torrini, grand «escamoteur» de l’époque, comme on appelait alors ceux qui n’étaient pas encore prestidigitateurs.

    Quelques années d’apprentissage, et l’élève va surpasser le maître. Dure école, où il comprend par exemple que, pour ressusciter en une séance trois fois le même canari, il faudra sacrifier trois oiseaux. Mais la gloire vient vite: en sept années dans son théâtre du Palais-Royal, Robert-Houdin fait fortune et peut se retirer en 1852 dans sa maison de Blois, le Prieuré, une véritable cour de miracles, truffée de gadgets domestiques. L’aura de Robert-Houdin s’explique par son incroyable dextérité manuelle, mais aussi et surtout par la poésie de ses mises en scène, comme l’explique dans sa préface l’inévitable Francis Lacassin: «Avant lui, les magiciens se présentaient sur scène coiffés d’un bonnet pointu, revêtus d’une robe parsemée d’étoiles […] gesticulant avec une tête de mort et en proférant des imprécations abracadabrantes.» Robert-Houdin, lui, paraît en smoking et une simple baguette à la main, entouré de ses automates. Pour des tours d’autant plus spectaculaires, intitulés «la seconde vue, la suspension éthéréenne, la bouteille inépuisable, le carton fantastique, la pluie d’or, l’oranger merveilleux, la pièce d’or dans un petit pain…».

    Pour cause de «pacification», le gouvernement l’enverra même en Algérie se mesurer et vaincre les marabouts de tribus rebelles, qu’il invitera à le tuer d’une balle de revolver sans qu’ils y parviennent Et lorsqu’un membre de l’Institut de France lui fera remarquer qu’il aurait pu utiliser sa grande imagination «à des travaux plus sérieux», le magicien, piqué, rétorque: «Je ne connais pas de travaux plus sérieux que ceux qui font vivre un honnête homme.»

    http://www.letemps.ch/livres/Critique.asp?Objet=4662

    #420000104311
    Saturne
    Membre

    Méga déterrage de ce sujet à l’occasion de la restauration de la pendule mystérieuse de Robert-Houdin du Château de Blois :

    Au passage, quelques autres créations horlogères de Jean-Eugène Robert-Houdin :

    Et pour compléter, une vidéo qui retrace la vie de ce génial illusionniste :

2 sujets de 1 à 2 (sur un total de 2)
  • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.