Remontage automatique: Attribution à Perrelet, une erreur ?

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  • #410000003475
    ZEN
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    Citation :
    HORLOGERIE | Hubert Sarton, père de la montre automatique à rotor

    L’attribution à Perrelet, une erreur de l’Histoire

    Abraham-Louis Perrelet est considéré comme le père de la montre automatique à rotor. Une assertion décrétée en 1952 par deux historiens neuchâtelois, mais que conteste l’horloger Joseph Flores, solides documents à l’appui.
    Philippe Oudot

    «Ce n’est pas moi qui ai choisi l’histoire, c’est l’histoire qui m’a choisi», affirme modestement Joseph Flores. A 73 ans, cet horloger retraité de Villers-le-Lac se bat pour rendre justice à Hubert Sarton. Depuis 1993, il est en effet convaincu que cet horloger liégeois, né en 1748 et mort en 1828, est le père de la montre automatique à rotor. Il en veut pour preuve un document publié par l’Académie des sciences de Paris en 1778. Le 6 décembre, ce passionné d’histoire horlogère a présenté à la presse, à Paris, le fruit de ses recherches. Mais en dépit de ce document dûment étayé, la paternité de cette invention continue d’être attribuée à Abraham-Louis Perrelet.
    , constate-t-il, c’est que cela ne repose sur aucun élément fiable. En fait, ce n’est que depuis le début des années cinquante que cet horloger loclois est considéré comme le père de la montre automatique à rotor. L’affaire commence en mai 1949. Horloger et collectionneur parisien, Léon Leroy, publie un article dans une revue spécialisée où il présente une montre à remontage automatique datant de deux siècles – non signée – dont il est propriétaire. Texte, photos et croquis décrivent une montre de poche automatique dotée d’une masse pivotante au centre, comparable au dispositif «à rotor» des montres automatiques d’aujourd’hui. L’article paraît en septembre 1949 en Suisse, complété par l’horloger Pierre Huguenin qui s’interroge sur l’auteur anonyme de cette pièce.

    Une certitude bien mince

    Trois ans plus tard, les Suisses Alfred Chapuis et Eugène Jaquet publient «La montre automatique ancienne», ouvrage qui reprend ces articles. Mais cette fois, les auteurs attribuent «avec une quasi-certitude» cette pièce à Abraham-Louis Perrelet. Ils se basent toutefois «sur un élément très mince pour ne pas dire douteux, constate Joseph Flores: un rapport de Horace-Bénédict de Saussure, daté du 7 juin 1777, qui affirme avoir vu chez un sieur Perrelet, au Locle, une montre qui se remonte automatiquement». Mais il ne donne ni le prénom – il y a plusieurs Perrelet à cette époque – ni l’adresse, et ne fournit aucune description technique, ni le moindre dessin.
    Le grain de sable

    Depuis, la quasi-certitude de Chapuis et Jaquet est devenue vérité, et il n’est venu à l’idée de personne de contester à A.-L. Perrelet la paternité de la montre automatique à rotor. Jusqu’en 1993. Au printemps de cette année-là, Joseph Flores tombe sur le fameux document de l’Académie des sciences de Paris daté du 23 décembre 1778. Il porte sur l’examen minutieusement décrit d’une montre automatique dotée d’un tout nouveau dispositif permettant à la montre de continuer à fonctionner tout en s’armant (se remontant, n.d.l.r.). Comme l’explique Joseph Flores, l’invention du Liégeois Hubert Sarton constitue une percée révolutionnaire (voir «Mais comment ça marche?»).
    A l’époque, on trouvait certes déjà des montres «automatiques» (le terme n’existait pas encore), mais elles avaient un sérieux problème de précision, car elles fonctionnaient selon le même principe que les montres traditionnelles qu’on remontait avec une clé. Le problème, c’est que lors du remontage, la montre s’arrêtait de fonctionner. Cela ne posait pas de problème pour les pièces à remontage manuel, car l’opération ne durait que quelques secondes. Pour les pièces automatiques en revanche, cela perturbait fortement leur fonctionnement, et donc leur fiabilité. Pour Joseph Flores, «Hubert Sarton n’est certes pas l’inventeur de la montre automatique en tant que telle, mais du dispositif automatique identique à celui qui équipe toutes les montres de ce genre actuellement».

    En tout point pareille

    Intrigué par ce document de l’Académie des sciences, Joseph Flores découvre alors dans le catalogue de vente aux enchères de la maison Antiquorum la fameuse montre anonyme que Léon Leroy avait présentée en 1949, accompagnée de croquis techniques. Celle-là même que Chapuis et Jaquet avaient attribuée à Perrelet! En y regardant de plus près, il constate que la description de la pièce de Sarton dans le rapport de l’Académie est absolument identique à celle mise en vente, et qui sera acquise par la maison Patek Philippe.
    Depuis 1993, l’horloger retraité franc-comtois se bat comme un beau diable «pour corriger cette erreur de l’Histoire». Il a publié le fruit de ses recherches dans un ouvrage édité en 2002 et intitulé «Perpétuelles à roue de rencontre». Il y décrit par le menu pas moins de 15 points de concordance pour démontrer que la montre qui trône désormais dans les vitrines du Musée Patek Philippe, à Genève, correspond bien à la description faite par l’Académie du dispositif élaboré par Hubert Sarton.

    Mais comment ça marche ?

    Dans les montres traditionnelles, l’énergie nécessaire au fonctionnement de la montre était fournie par le ressort de barillet, qui était armé avec une clé. La fusée (dispositif qui régularise la force motrice transmise au rouage) était solidaire du mouvement. C’était en quelque sorte une poulie de forme conique, et donc à rayon variable. A l’époque, c’était une petite chaînette qui transmettait l’énergie aux rouages: lorsque le ressort était armé (et avait donc beaucoup de force), la chaînette tournait sur le plus petit rayon de la fusée. Plus le ressort se désarmait, plus la chaînette tournait sur un plus grand rayon, assurant ainsi une marche aussi régulière que possible.
    Le problème, c’est que la fusée étant solidaire du mouvement, elle cessait de fonctionner lors de l’opération de remontage. Difficilement compatible avec un système automatique, qui arme le ressort continuellement. Hubert Sarton a trouvé la solution en montant un rouage différentiel à l’intérieur de la fusée: ainsi, un pignon central faisait corps avec l’arbre et le mouvement, alors qu’un pignon satellite faisait corps avec la fusée. Résultat: le ressort de barillet était armé au moyen d’une masse pivotante au centre du mouvement qui, grâce à une paire d’inverseurs, pouvait tourner dans un sens ou dans l’autre. Ce dispositif différentiel et une bague qui assurait la limitation de l’armage du ressort permettaient à la montre de continuer de fonctionner tout en se remontant.

    Passionné d’histoire horlogère

    Joseph Flores est né en 1932 à Villers-le-Lac. Fils d’horloger, il choisit tout naturellement le même métier qu’il va exercer jusqu’en 1970 dans une entreprise de son village natal, avant de rejoindre la maison Rolex, au Locle, jusqu’à sa retraite, en 1996.
    Parallèlement à ses activités professionnelles, il s’intéresse à tout ce qui touche à l’histoire de l’horlogerie. A fin 1976, il fait partie de l’équipe fondatrice de l’Association française des amateurs d’horlogerie ancienne (AFAHA). Deux fois par an, cette dernière édite une revue intitulée «Horlogerie ancienne» dont il est le rédacteur responsable depuis ses débuts. Le dernier numéro (No 58) vient d’ailleurs tout juste de sortir de presse.

    Titulaire du Prix Gaïa 1998, catégorie histoire, Joseph Flores est aussi l’auteur de quatre livres: «Les heures révolutionnaires», consacré à l’horlogerie durant la Révolution française; «La LeRoy 01», ouvrage consacré à une des montres les plus compliquées du monde; «Montre à une roue», qui se penche sur une pièce exceptionnelle de 1780; et enfin «Perpétuelles à roue de rencontre», livre consacré à l’histoire de la montre automatique dans lequel il réhabilite Hubert Sarton.

    Pour l’horloger franc-comtois, les éléments qui plaident en faveur d’Hubert Sarton sont infiniment plus solides que ceux en faveur d’Abraham-Louis Perrelet. Pourtant, le monde horloger continue de reconnaître ce dernier comme étant le père de la montre automatique à rotor (voir «Un certain malaise»). Il considère ce manque de reconnaissance comme un des mystères de l’Histoire, et peut-être aussi un certain orgueil des historiens «qui ont toujours beaucoup de peine à corriger leurs erreurs».

    Mais si, par nature involontaire, l’erreur est excusable, à partir de quand devient-elle tromperie, s’interroge Joseph Flores. Il considère son travail de réhabilitation comme un devoir envers l’Histoire. Et malgré les très nombreux contacts qu’il a établis avec une foule d’organismes, de musées, d’industriels, etc., il assure n’avoir trouvé aucun document probant permettant d’affirmer qu’Abraham-Louis Perrelet serait l’auteur de ce dispositif à rotor.

    Un certain malaise

    La thèse de Joseph Flores peine à s’imposer dans le monde de l’horlogerie. Du côté de la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH), Maurice Altermatt, chef de la division économique, indique que la FH considère Abraham-Louis Perrelet comme le père de la montre automatique à rotor. Elle se base sur le dictionnaire illustré Berner, qui fait référence en la matière. «Nous sommes bien sûr au courant de la polémique, mais nous n’avons pas les compétences historiques et techniques pour nous prononcer à ce sujet – et ce n’est pas notre rôle. C’est un débat qui doit être réglé par les historiens.»
    La maison horlogère Perrelet SA estime quant à elle que «la marque Perrelet n’a pas à défendre les réalités historiques qui attribuent à Abraham-Louis Perrelet l’invention de la montre automatique à masse oscillante centrale autour de 1770». D’ailleurs, ajoute-t-elle, un historien éminent et indépendant travaillant actuellement sous mandat de Perrelet est en train de réunir les pièces nécessaires «afin de mettre définitivement fin à cette fausse polémique».

    Conservateur adjoint au Musée international de l’horlogerie (MIH), à La Chaux- de-Fonds, Jean-Michel Piguet ne cache pas son embarras. S’il ne fait aucun doute qu’Hubert Sarton a fait des montres automatiques à rotor, il ne pense pas que la paternité lui en revient. Sachant que les Montagnes neuchâteloises bouillonnaient de créations horlogères à la fin du 18e siècle, il estime que le témoignage de de Saussure concernant Perrelet est digne de foi. Cela dit, il admet que les éléments avancés par Joseph Flores sont troublants, d’autant qu’Abraham-Louis Perrelet n’a laissé aucun document derrière lui et qu’il est donc impossible de prouver quoi que ce soit. Difficile donc de savoir qui est l’inventeur du fameux système – est-ce finalement si important?, s’interroge Jean-Michel Piguet.

    Par ailleurs, Hubert Sarton était un homme du monde, qui voyageait, alors que Perrelet était un artisan rivé à son établi. Ce qui pousse certains historiens à dire que Sarton aurait pu venir dans les Montagnes neuchâteloises, y rencontrer Perrelet, acheter une montre, avant de déposer son invention à l’Académie des sciences. Reste que pour l’heure, les vitrines du MIH continuent d’attribuer la paternité à l’horloger loclois. «Nous allons bientôt refaire nos vitrines. La question se posera sans doute à nouveau à ce moment-là…», note Jean-Michel Piguet.

    Pas vraiment reconnu

    Depuis 1993, Joseph Flores a retrouvé la trace de cinq montres dont la particularité est d’avoir une ébauche (qu’on appelait le blanc roulant) en tout point identiques à la pièce décrite dans le document de l’Académie des sciences. Deux se trouvent au Klokkenmuseum de Schoonhoven, aux Pays-Bas; une au Musée Patek Philippe, à Genève; une au Musée Beyer, à Zurich, et la 5e dans une collection privée, en Suisse. La finition des garde-temps est toutefois différente, et certaines pièces sont signées (notamment par un certain Berthoud), ce qui démontre que ces horlogers ont acheté l’ébauche chez le même fournisseur. Donc chez Hubert Sarton, note Joseph Flores.
    Mais si Sarton a vraiment inventé ce dispositif qui assure la bonne marche de la montre pendant qu’elle se remonte, pourquoi n’a-t-il pas signé ses pièces, comme certains le faisaient à l’époque? «Difficile à dire, note Joseph Flores. A lire leur compte rendu, les deux rapporteurs de l’Académie n’étaient pas enthousiasmés par une invention dont ils n’ont pas mesuré l’importance. A l’époque, on cherchait plutôt à faire des montres plates. Or, ce dispositif était assez volumineux. Ils estimaient sans doute que le désavantage d’avoir à remonter sa montre étant moindre que le gros volume du garde-temps. De plus, ceux qui signaient leurs créations étaient les horlogers qui terminaient la montre, rarement ceux qui faisaient l’ébauche», avance Joseph Flores. Et de se demander ce qu’auraient fait MM. Chapuis et Jaquet s’ils étaient tombés sur la montre signée Berthoud: l’auraient-ils attribuée à Perrelet? Et finalement, rien ne prouve que Sarton n’en ait pas signé: il se peut simplement qu’on en ait pas retrouvé à ce jour…

    Ph. O.

    http://www.journaldujura.ch/front_article.cfm?id=172499&kap=bta

    #420000025696
    Eric-01
    Membre

    Tiens, un petit déterrage pour rire.

    On a des nouvelles de l’historien éminent et indépendant ? Je voudrais bien voir les fameuses pièces nécessaires pour mettre fin à cette fausse polémique Mr. Green

    Citation :
    D’ailleurs, ajoute-t-elle, un historien éminent et indépendant travaillant actuellement sous mandat de Perrelet est en train de réunir les pièces nécessaires «afin de mettre définitivement fin à cette fausse polémique».
    #420000025697
    DAV78
    Membre

    ***
    hé ben, c’est plus du déterrage là … on est dans les fouilles archéologiques de FAM Mr. Green

    Remontage automatique: Attribution à Perrelet, une erreur ? Visite10

    9 ans !! belle perf ! clown

    #420000025698
    Eric-01
    Membre

    Je suis tombé la dessus en faisant une recherche. J’ai trouvé comme une impression de foutage de gueule au chapitre sur l’historien alors je relance si, des fois, quelqu’un avait eu des nouvelles pendant ces 9 ans.

    S’il n’a rien trouvé soit c’est vraiment le boxon leurs archives soit il n’y a rien à trouver

    #420000025699
    Invité
    Membre

    Il y a un fil sur ce sujet : Joseph Florès alias Jojo sur le forum a donné de nombreuses précisions sur l’évolution de ses recherches. Chinois

    #420000025700
    jojo
    Membre

    Salut à tous,
    L’histoire est une drôle de chose, lorsqu’on croit qu’elle est enterrée, elle renaît toujours de ses cendres.
    Effectivement ceux qui prétendaient apporter des documents prouvant l’origine de l’automatique à rotor, chez Abraham Louis Perrelet ne l’ont jamais fait et pour cause, il n’y en a pas…
    Mais l’histoire avance et prend de plus en plus en compte la vérité, à savoir : Hubert Sarton est bien à l’origine des automatiques à rotor connues, rien ne peut les faire attribuer à Perrelet
    Je donne quand même l’URL de mon site pour ceux qui ça intéresse
    http://www.ancienne-horlogerie.com

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