« L’Or “Éthique” : Le Dernier Mensonge en Smoking »

FORUMAMONTRES › Forums › FORUMAMONTRES › « L’Or “Éthique” : Le Dernier Mensonge en Smoking »

  • Ce sujet contient 6 réponses, 7 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Psykokwak, le il y a 11 mois.
7 sujets de 1 à 7 (sur un total de 7)
  • Auteur
    Messages
  • #410000160208
    Psykokwak
    Membre

    je me permets de recopier ici un billet que j’ai lu sur le site facebook Horlogerie Francophone et posté par un certain Fran Ky (admin du site)

    Citation :
    L’Or “Éthique” : Le Dernier Mensonge en Smoking

    (Ou comment Karl-Friedrich Scheufele reçoit un prix pour un combat que personne ne veut gagner, surtout pas l’horlogerie)

    En 2024, le GPHG invente un nouveau trophée : le Prix de l’Éco-Innovation.
    Traduction : un prix sur mesure, taillé à la scie sauteuse, emballé dans du bullshit recyclé.
    Sur scène, Karl-Friedrich Scheufele, KFS pour les intimes, sourit, la salle applaudit, Chopard rayonne.

    L’horlogerie se découvre soudain une conscience verte, comme un fumeur qui colle une marguerite sur son paquet de clopes.

    Mais derrière cette grande messe bien-pensante, il y a une odeur.
    Et ce n’est pas celle du sapin.
    C’est celle du pneu brûlé, de ceux qu’on crame quand on veut cacher un cadavre industriel.

    Et le pire ?
    KFS est probablement le seul de la pièce à vraiment vouloir que ça change.
    C’est ça, le cœur du drame :
    on lui remet un prix pour un combat qu’il a déjà perdu, pendant qu’il continue de faire semblant de le mener.

    Acte 1 — Le Mec Qui Essayait Vraiment

    Soyons juste deux secondes :
    KFS n’est pas un connard.
    C’est même l’un des rares dans l’industrie qui a une vraie volonté d’éthique.
    Pas de posture, pas de washing, pas de cynisme.

    J’ai discuté avec lui. Quand tu lui parles de vrai or éthique, le vrai, celui que personne n’a jamais vu, il s’illumine. Le mec est transporté. Comme un gamin qui découvre qu’un vieux porte un sabre laser sous son manteau.

    Son plan repose sur deux piliers :
    1. La vitrine
    L’or artisanal “propre”. Swiss Better Gold, villages miniers, communauté, justice sociale. Magnifique.
    Exactement 1 % du problème.
    2. Le réacteur
    Le reste. La vraie quantité. L’or acheté dans les circuits certifiés par… le Responsible Jewellery Council (RJC).
    Le label sérieux.
    Le tampon vert.
    La médaille “regardez comme je suis un bon garçon”.
    Et c’est précisément là que la réalité sort une machette.

    Acte 2 — Le RJC : le label qui garantit exactement rien, mais facturé très cher

    Pour ceux qui ne connaissent pas le RJC, voilà la version marketing :
    “Traçabilité, éthique, durabilité, audits indépendants, transparence…”

    Et maintenant la version réalité, celle qui explique pourquoi je dis que c’est de la merde en barre premium :

    Étape 1 — Tu veux le label ? Tu paies.

    Et pas symboliquement. Le ticket d’entrée dépend de ton chiffre d’affaires.
    Quand tu vois une case “15 milliards ou plus de CA annuel”, tu sais qu’on ne parle pas de 300 CHF et d’une poignée de main.
    Tu payes → tu as le droit de dire “Je suis RJC”.
    Oui oui, dès le premier jour.
    Même si tu vends des diamants de guerre truffés d’ADN de dictateur.

    Étape 2 — Trois ans de tranquillité

    Tu as trois ans pour “te mettre en conformité”.
    Personne ne vérifie rien.
    Tu écris juste “on promet qu’on va améliorer des trucs”.
    Ça suffit.
    Pendant ces trois années : tu peux exhiber le label partout.
    Tu es RJC, digne, propre, irréprochable.
    Même si tu fais travailler des enfants dans une mine qui ressemble à un niveau bonus de Doom.

    Étape 3 — L’audit arrive… et c’est encore Noël

    Tu te plantes ?
    Pas grave !
    Le RJC te donne un an ou deux pour “corriger”.
    Tu gardes ton label.
    Tu continues à l’utiliser.
    Le cirque continue.

    Étape 4 — Le Graal : cinq ans sans surveillance

    Si par miracle — ou par talent au théâtre — tu réussis l’audit (qui, soyons franc est quand même hardcore), alors :
    plus personne ne vient t’emmerder pendant cinq ans.
    Cinq Ans.

    Cinq années entières où tu peux faire absolument n’importe quoi sous label “éthique”.

    Un dealer de coke n’a pas autant de liberté créative.

    En résumé :
    Avec ce système, une entreprise peut être totalement dégueulasse, jusqu’à 8 ans, tout en paradant comme la sainte vierge de la joaillerie.
    Et l’horlogerie trouve ça parfait.

    Acte 3 — Le Rêve Écrasé (Et Je Sais de Quoi Je Parle)

    Le plus tragique, c’est que le vrai or éthique, ça pourrait exister.

    Je peux vous le confirmer : un projet a été monté il y a quelques années. Une solution de A à Z. Des machines solaires (sans chimie, sans eau) traçant qui a extrait combien de grammes et à quelle heure. Un transport direct vers un raffineur (Valcambi) avec un « slot » dédié pour garantir zéro mélange. Un paiement Fairtrade direct aux orpailleurs. La licorne.

    Ce projet a été présenté à KFS lui-même, qui était (je le répète) transporté par l’idée.
    Résultat ? Échec total.

    Le projet s’est écrasé sur la corruption à échelle industrielle. Pas une corruption “occasionnelle”. Une corruption structurelle. Un écosystème entier bâti sur le fait de ne surtout pas savoir d’où vient l’or.

    Et comme tout le monde en profite :
    les gouvernements,
    les intermédiaires,
    les majors minières,
    les grosses maisons de joaillerie,
    les marques horlogères…
    Personne n’a intérêt à ce que ça change … Personne.

    Acte Final — Le Prix de la Capitulation

    Alors oui, quand je vois KFS monter sur scène pour accepter un prix “éco-innovant”, je n’y vois pas un hypocrite.
    Je vois quelque chose de pire. Je vois un homme sincère qui a abandonné.

    Pas par lâcheté.
    Par constat.
    Par réalité.
    Parce qu’il sait.
    Il sait que :
    – le vrai or éthique n’existe pas, même en 2025
    – le RJC est une machine à fabriquer des vierges de pacotille
    – aucune marque ne veut vraiment savoir ce qu’elle achète
    – les mines artisanales éthiques représentent une goutte d’eau
    – dénoncer le système, c’est s’isoler de toute l’industrie

    Il a essayé, sincèrement, mais à la fin, il accepte un prix qui célèbre son renoncement.

    Et quand le meilleur élève de la classe en est là…
    Alors Patek et les autres ?
    Ils s’en battent les couilles force 10 000.
    Eux ne font même pas semblant.

    L’horlogerie applaudit.
    Parce que l’horlogerie adore applaudir ce qu’elle n’a surtout pas l’intention de changer.

    #420005055319
    Pierre-Yves
    Membre

    Intéressant.
    Moins difficile de tracer de la viande ou un objet que de l’or.

    #420005055320
    NaKKdry
    Membre

    Oui. Intéressant ce sujet qui ne m’avait jamais posé question.

    #420005055321
    Renard
    Membre

    Cette manifestation ne sert qu’à caresser dans le sens du poil des marques spécialisées en autosatisfaction, et à certains influenceurs du dimanche de ressortir leur costume en alpaga.

    Chacun des prix et celui-ci comme les autres est une médaille en chocolat décernée aux marques pour qu’elles reviennent l’année suivante.

    Quant au trophée d’une laideur sans nom, on a plus l’impression de se trouver face à une récompense décernée à un touriste de feu  » La FISTINIERE ».

    Reste l’aiguille d’or à laquelle on peut accorder un petit crédit mais patientons quelques années et chaque marque participant à ce Show horloger aura reçu la sienne…

    _________________

    _________________
    « La sympathie est le doux privilège de la médiocrité. » A. France

    #420005055322
    nephaste
    Membre

    Intéressant en effet.
    C’est d’un style « cash » et sans fioritures.
    Ça fait du bien de dire (et de lire) des choses sans ronds de jambe. Chinois

    #420005055323
    dedune
    Membre

    Oui bon… 10% de l’or en circulation pourrait être d’origine illicite. Et les $? Les €? Faut-il s’arrêter de les utiliser quand on sait qu’ils ont pu passer entre les mains de trafiquants?

    KFS se bat contre un moulin à vent. Même si toute l’industrie s’y mettait, il faudrait faire de même pour quasiment tout pour réellement avoir un impact. D’ailleurs l’utilisation des métaux précieux dans les circuits de blanchiment ne fait pas de distinction entre or légitime et or illicite. Qu’est-ce qui vaut mieux?

    Mais c’est vrai que c’est embarrassant d’avoir un label qui endorme ceux qui ne regardent pas plus loin.

    #420005055324
    Psykokwak
    Membre

    intéressante aussi, cette vidéo (même si elle date un peu, Ueli Maurer a inauguré le Salon international de l’horlogerie Baselworld en 2014) : « Or sale, enquête sur un scandale mondial »

    edit : Je ne sais pas si depuis ce sujet (2014), Dubai a dépassé la Suisse pour la production de lingots.

7 sujets de 1 à 7 (sur un total de 7)
  • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.