Les routes de l’horlogerie

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    C’est l’histoire d’un appareil révolutionnaire qui accompagne le touriste et, grâce à un système de positionnement par satellite, diffuse automatiquement des commentaires à son intention. Notre test le long de l’Arc jurassien.

    Nicolas Merckling

    Samedi 5 novembre 2005

    Quand le voyageur part à la découverte d’une région, il se munit généralement d’un guide qu’il feuillette au gré des sites traversés. Dans la Watch Valley, cet espace teinté d’histoire horlogère qui s’étend sur l’Arc jurassien, il peut circuler en voiture de Genève à Bâle et prendre connaissance de nombreuses curiosités sans lâcher le volant ni arrêter son véhicule. Par quel miracle? Grâce à Hoppy, le premier audioguide au monde, des commentaires sont égrenés tout au long du parcours via l’autoradio.

    Le concept est ingénieux. Placée sur le tableau de bord, une petite console de six centimètres sur douze est repérée par les satellites du système de positionnement GPS. Lorsque le véhicule pénètre dans une zone géographique prédéfinie, Hoppy diffuse (en français, anglais ou allemand) un commentaire sur le site le plus proche. Et ce, le long de 960 kilomètres de route secondaire – 2500 km si l’on ajoute les itinéraires prévus en France voisine.

    L’audioguide se loue auprès de tous les offices du tourisme de Watch Valley. Et on peut le ramener dans n’importe quelle ville du territoire, même dans le département français du Doubs, partenaire de l’opération. Nous l’avons testé grandeur nature, sur le terrain.

    Un engin pas trop sorcier

    L’objectif de notre périple a été de traverser en un week-end le territoire qui sépare deux extrémités de la Suisse romande: Genève et l’Ajoie. Le départ a lieu samedi matin à la rue du Mont-Blanc, devant Genève Tourisme. Face à deux câbles à brancher, des boutons à presser et une nouvelle technologie à utiliser, l’usager peut ressentir une certaine appréhension. Une hôtesse d’accueil polyglotte de l’Office du tourisme est prête par conséquent à offrir son concours.

    Ouf! La manipulation ne s’avère pas trop sorcière: elle consiste à brancher un câble dans l’allume-cigare, qui fera office de prise électrique, et un autre dans la console posée sur un tapis antidérapant, particulièrement utile dans les innombrables virages qui caractérisent les montagnes jurassiennes. Il suffit ensuite de sélectionner une fréquence libre, du type 87,5 ou 107,9 MHZ, et d’accomplir le même geste sur l’autoradio. Quelques secondes plus tard Hoppy prend la parole.

    La voix de Jean-Marc Richard

    Sur fond de musique baroque et de tic-tac de pendule, une voix féminine invite à l’excursion: «Bienvenue sur la route de l’horlogerie. Au pays de la précision, point n’est besoin de se presser.» Entre le centre de Genève et l’entrée de l’autoroute s’enchaîne une série de commentaires. Où il est question des grands horlogers genevois – Rolex, Patek Philippe, Frank Muller et Vacheron Constantin -, de l’histoire culturelle du canton où passent les écrivains Voltaire et Rousseau, l’inventeur de la bande dessinée Rodolphe Töpffer et le compositeur Franz Liszt (un extrait musical est même diffusé), et enfin de la dimension internationale de la ville, siège de la Croix-Rouge, de la Société des Nations et de l’ONU.

    Puis le guide s’assoupit pendant des dizaines de kilomètres pour se réveiller à Yverdon-les-Bains. Là commence réellement la visite, avec ses quelque 650 explications programmées. Il est question du pédagogue Henri Pestalozzi, fondateur de l’école pour enfants sourds-muets, de l’édification du Castrum (un camp fortifié de l’ère romaine) et de la fondation de la ville par Pierre II de Savoie au XIIIe siècle. La voix est familière. C’est celle de Jean-Marc Richard. En alternance avec deux autres «guides touristiques», l’animateur comédien de la Radio suisse romande nous accompagnera tout au long de ce périple.

    Des invitations à s’arrêter

    Quatre itinéraires proposés partent d’Yverdon. Deux longent le lac de Neuchâtel: l’un sur la rive nord, l’autre à travers la Broye. Une troisième part en direction d’Orbe et de la vallée de Joux, le dernier s’élève en direction de Sainte-Croix. C’est celle que nous choisissons.

    A la sortie du village de Vuiteboeuf, Hoppy diffuse le bruit d’une carriole sur un chemin carrossé. Le commentaire qui s’ensuit rapporte que la route suivie était utilisée comme axe de transit pour le commerce du sel et précise: «Sur la paroi rocheuse, une vingtaine de sillons creusés témoignent encore de la construction de ce raccourci.»

    La chaussée s’élève et se tortille en lacets. Le lac de Neuchâtel se dessine bientôt en contrebas. Jean-Marc Richard revient alors à la charge pour assurer qu’à cet emplacement, «il y a 230 à 65 millions d’années, se trouvait une mer tropicale semblable à celle des Bahamas», jusqu’à ce que surgisse le massif du Jura. Difficile à imaginer.

    Entre les commentaires, le silence ne dure plus que deux à trois minutes. A Sainte-Croix, Hoppy évoque les boîtes à musique et les automates bavards pour nous convier à visiter le musée. Ce sera pour une autre fois. Nous avons choisi d’accumuler les kilomètres. Peut-être un peu trop.

    Histoires de moines et d’horlogers

    Les rendez-vous s’égrènent. Ici, dans le Val-de-Travers, les histoires d’horlogers se succèdent, Piaget, Chopard, Parmigiani, Bovet. Impressionnant. Tic-tac… Boum! Changement d’ambiance. A Couvet, le bruit d’un bouchon qui saute fait référence aux caves viticoles Mauleur du Prieuré de Saint-Pierre, fondé par les moines de l’Abbaye de Cluny au Xe siècle. Plus loin, à l’approche de Noiraigue, il est question des «mines de la Presta où, de 1712 à 1989, les mineurs ont creusé 100 km de galerie pour extraire l’asphalte qui recouvre les allées des grandes capitales».

    Puis l’audioguide annonce qu’au café de la mine est servi un délicieux jambon conservé dans l’asphalte. Dommage, nous venons de passer devant la bifurcation qui mène aux mines, et pas moyen de faire demi-tour avant le prochain village!

    A l’arrivée du village des Bugnenets, la voix du skieur Didier Cuche résonne dans l’habitacle. Elle rappelle la descente des Jeux olympiques de Nagano où l’enfant du village a décroché sa médaille d’argent. Après la traversée de Saint-Imier se dessinent Mont-Soleil et ses éoliennes. C’est sur ce plateau que nous passerons la nuit dans une charmante auberge.

    Une incursion en France

    Dimanche matin, nous partons à l’assaut des Franches-Montagnes en compagnie d’un Jean-Marc Richard plus enthousiaste que jamais. L’animateur décrit «un paradis d’activités en plein air, idéal pour la pratique des sports équestres, de la marche, du vtt, nature vivifiante, ski de fond». Un peu plus loin, Saignelégier nous vaut un son d’ambiance tiré du fameux Marché-Concours, qui rappelle combien le cheval Franches-Montagnes, visible dans les pâturages, est l’emblème de cette région. A Soubey, enfin, des chants grégoriens introduisent à l’église locale érigée au XVIIe siècle.

    La route qui longe le Doubs nous permet de faire une incursion en France. Hoppy continue d’émettre, mais avec les voix d’autres guides, notamment celles de Sylvain Augier, l’animateur de la Carte aux trésors, et de Gérard Jugnot. Puis c’est le retour en Suisse, par l’Ajoie, et l’arrivée aux grottes et au Préhisto parc de Réclère. Les images virevoltent dans nos têtes. La traversée a été particulièrement riche. Nous aurions pu nous arrêter cent fois.

    Quelques itinéraires parmi beaucoup d’autres
    Le Temps
    Le territoire couvert par Hoppy est si vaste que l’utilisateur ayant une seule journée à disposition peut hésiter sur les itinéraires à emprunter et les routes à délaisser. C’est à son intention que les responsables de Watch Valley suggèrent des circuits dont la distance varie de 70 à 150 km. En voici quelques exemples:

    -La ronde verte: le parcours peut commencer à Neuchâtel pour remonter le Val-de-Travers et emprunter la vallée de La Brévine, puis gagner Le Locle et La Chaux-de-Fonds avant de redescendre vers le lac.

    -L’horloger montre la voie: le circuit traverse plusieurs cités horlogères de l’Arc jurassien

    (Bienne, Saint-Imier, La Chaux-de-Fonds, Le Locle, le Val-de-Travers).

    -Au fil de l’eau: le voyageur longe ici les rives du lac de Neuchâtel et de Morat, à la découverte de la nature lacustre et de divers vestiges de l’époque celtique, de l’Antiquité et du Moyen Age.

    -La route des sapins: la route traverse les Franches-Montagnes et passe par les crêtes de Mont-Crosin.

    -Panorama: ce parcours en montagnes russes entre Soleure et La Neuveville passe par deux sommets jurassiens: le Weissenstein et le Chasseral.

    -Trois lacs: l’excursion longe les rives du lac de Bienne et de Morat.

    -Par monts et par vaux: l’itinéraire le plus long (150 km) sillonne les Franches-Montagnes, les rives du Doubs, l’Ajoie, le Jura bernois.

    -A la croisée des chemins: le parcours traverse le Jura vaudois avec une incursion en France.

    Tous ces circuits sont décrits sur le site internet http://www.watchvalley.ch.

    Où louer l’appareil?
    Le Temps
    L’audioguide Hoppy se loue dans les offices de tourisme de Watch Valley. On peut le réserver à l’avance. Et il est possible de le rendre dans un autre office de tourisme que celui où il a été emprunté, même dans le département du Doubs.

    Points de location en Suisse: Bâle, Berne, Bienne, Couvet, Delémont, Genève, La Chaux-de-Fonds, La Neuveville, Le Locle, Le Sentier, Moutier, Morat, Neuchâtel, Porrentruy, Saignelégier, Saint-Imier,

    St-Ursanne, Soleure, Tramelan, Vallorbe et Yverdon-les-Bains.

    Prix: 1 jour: 15 frs; 2 jours: 25 frs; 3 jours: 30 frs (journée supplémentaire: 4 francs).

    © Le Temps, 2005

    http://www.letemps.ch/template/societe.asp?page=8&article=167137

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