FORUMAMONTRES › Forums › FORUMAMONTRES › Les noms sont modifiés mais cette histoire donne à réfléchir.
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ZEN, le il y a 6 années et 3 mois.
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21 avril 2020 à 19h06 #410000143411
ZEN
MembreEn 1904, Pierre Vinter fils d’Hyppolyte Vinter reprend l’entreprise fondée par son père, une filature dans la région de Troyes dans l’Aube. L’affaire qu’il reprend tourne bien et Pierre assurait aux cotés de son père la gestion commerciale de la maison. Marié avec un enfant, il incarne l’équilibre familial et le bonheur d’une nouvelle génération de Vinter.
Il disparait subitement en 1905, sans laisser aucune trace. C’est son frère cadet qui reprend la direction de l’entreprise et personne ne sait officiellement ce qui est arrivé à Pierre. Quelques ouvriers de l’usine supposent qu’il est parti avec la caisse et que son père a couvert la chose, d’autres disent qu’il a subi les conséquences d’une dette de jeu, une autre version voudrait que son père l’ait tué accidentellement ou volontairement, etc … Chacun a sa version et son épouse fait tout ce qu’il faut pour le retrouver allant jusqu’à embaucher un détective qui perd la trace de Pierre à la sortie de la maison familiale.
On pense à un suicide mais Pierre n’a rien laissé, une fugue mais ce n’est pas son genre, un meurtre mais non, rien n’éclaire la famille et la police ne dispose d’aucune information. Son bureau est intact, les dossiers sont rangés, il manque toutefois sur son bureau, son stylo à plume, mais il lui arrivait de le conserver avec lui. Pierre a disparu totalement ne laissant comme souvenir visuel qu’une photographie de son mariage et une autre où il est debout chez le photographe devant un décor printanier. .
Le fils de Pierre, Guillaume, n’a que deux ans à la disparition de son père. Hyppolyte son père, décède en 1909 et son avis de décès demande des prières communes pour son fils et lui-même. Il faut à la veuve attendre 1921 pour que le décès de son mari soit validé par la justice et pour qu’elle puisse disposer de ses biens. C’est un délai record car c’est en principe bien plus long à l’époque.
La liste de ses biens propres a été établie par référence aux souvenir familiaux, quelques actes et des cadeaux faits par ses parents à Pierre notamment lors de son mariage. L’épouse de Pierre va ainsi gérer, pour son fils mineur, la part de fortune laissée par Hyppolite. Le notaire procède à la lecture des biens et, parmi eux, figurent une montre à gousset en or massif assortie d’une chaine à gros maillons et un bronze signé représentant un buste de jeune femme à double patine d’une taille de 32 centimètres de haut.
La famille de Pierre comme son épouse se souviennent très bien de ce bronze, une pièce que Pierre adorait sans jamais avoir indiqué ce qui motivait son intérêt pour cet objet. Sa passion était si forte qu’il avait acquis un second exemplaire de cette même sculpture dans un format réduit et l’avait disposé dans son bureau. 16 ans venaient de s’écouler sans que personne n’ait jamais pensé à ces sculptures. La famille autant que l’épouse de Pierre, désormais officiellement sa veuve, se mirent à rechercher les deux versions de ce bronze mais leurs efforts furent vains.
Dans l’usine les anciens furent interrogés mais aucun n’avait la moindre idée, aucun mais pas aucune… La secrétaire de Pierre, devenue cheffe des expéditions se souvint que Pierre avait dit un jour à l’un de ses amis que la jeune fille qui avait servi de modèle au sculpteur était le sosie d’une jeune femme qui habitait Paris et que connaissait Pierre. Cette information recueillie par le frère cadet de Pierre le fait alors douter et il tente d’en savoir plus. Il interroge la police qui refuse de réouvrir ce dossier rendu définitif par l’ouverture de la succession.
Il engage donc un détective privé parisien qui pour quelques milliers de francs accepte de faire une enquête. Après un mois, il apparait qu’une jeune femme a disparu à Paris le même jour que Pierre. Il disparait chaque jour en France des gens et la coïncidence n’en est pas une sauf que cette femme disparue, le détective en a retrouvé la maman, laquelle a pu produire une photo où le visage est, à s’y méprendre, le sosie de la sculpture dont la famille a pu se procurer une copie comme il en existe des dizaines. La jeune femme n’a laissé aucune trace, rien, pas même un indice et la police parisienne a conclu à une disparition sans doute due à un meurtre d’un malfrat qui sévissait à l’époque et tuait des jeunes filles qu’il jetait dans la Seine.
L’enquête n’était pas allée plus loin. Le détective est missionné pour approfondir la recherche. Celle-ci le mène à une certaine Julie Faillet, une amie très proche de la jeune femme de l’époque, voire une confidente qui se souvient que son amie lui avait confié être la maitresse d’un patron d’industrie textile de province près de Troyes. Mieux, elle dit qu’ils avaient projeté de partir ensemble à l’autre bout du monde vivre leur amour sans contrainte. Le détective interroge, recoupe les souvenirs de cette amie et compile les informations qui semble éclairer autrement ces disparitions conjointes. La famille de Pierre est fortunée et le détective a carte blanche pour enquêter davantage. La maman de la femme disparue a retrouvé dans les affaires de sa fille, une carte d’Amérique du sud, le nom d’une petite ville près de Buenos Aeres est entourée à l’encre et le détective en déduit que cette piste est surement à suivre.
Il part sur place et après 14 jours, il ne retrouve aucune trace. Lui vient alors l’idée d’aller chez un marchand, dans une « casa », et de lui montrer les photos qu’il détient. La femme ne rappelle rien mais le personnage masculin éveille un doute chez le commerçant. Celui-ci pense qu’il ressemble à un patron d’usine où il achète du tissu.
Le détective s’y rend et tombe sur Pierre Vinter. Celui-ci a pris le nom de Pierre Trevin et dans son bureau, ce chef d’entreprise a exposé un bronze, un buste de femme qui rappelle au détective ce que lui a présenté la famille de Pierre.Rapidement, le détective explique le motif de sa présence. Pierre se lève et ferme la porte de son bureau. Le silence est total. Il propose au détective un verre de Cognac.
« Je vais vous raconter mon histoire et puis vous ferez ce que vous voulez en votre âme et conscience. En 1900, je fréquentais une jeune femme, Sybille, dont j’étais tombé très amoureux. Elle était actrice. Oui actrice ! Une jeune actrice passionnée par le théâtre et les grands auteurs. Je l’avais rencontrée par hasard vraiment par hasard. On s’est plus tout de suite. Elle vivait dans une chambre de bonne insalubre et je lui ai demandé de venir habiter avec moi dans une chambre plus grande avec l’eau au robinet et une salle de bain. Mon père voulait que j’apprenne les règles du commerce. Elle est venue et un jour mon père l’a surprise et l’a jetée à la rue.
Je l’ai retrouvée le soir en larmes, prostrée et je lui ai dit que nous allions nous marier et partir, loin, très loin. C’est un couple d’amis qui l’a logée dans une sous-pente au dessus de son appartement, elle y était bien et ne payait pas de loyer, en attendant.Mon père a décidé que je devais reprendre l’entreprise. Il était malade du coeur et craignait d’y passer du jour au lendemain. On m’ a présenté Anne. C’était la fille d’un industriel du nord, une fille qui descendait d’une famille qui possédait 3 filatures. La belle affaire ! On m’a jeté cette fille dans les bras. C’était la condition de survie de l’entreprise. Il fallait la marier avec moi. Je n’étais qu’une valeur d’ajustement. Son père apportait de l’argent frais et remplissait notre carnet de commandes.
La fille était agréable mais j’en aimais une autre. Un soir, j’ai bu plus que de raison et elle aussi. Nous avons fini la nuit ensemble. C’était pas si mal et on a recommencé 2 ou 3 fois, je ne sais plus. Je me souviens de deux avec certitude. Elle est tombée enceinte. Ses parents et les miens ont décidé qu’il fallait réparer. Je voyais toujours Sybille et nous avons rompu. Je me suis donc marié en 1902 et un après-midi, je suis rentré à la maison car j’avais une très forte fièvre. Notre fils était né. C’était en 1903, en plein hiver. Dans notre lit mon frère couchait avec ma femme.
Devant ma colère, la menace du scandale, on m’a tout expliqué. Ma femme était déjà enceinte quand j’ai couché avec elle, elle avait mon frère pour amant et comme dans notre famille il ne fallait pas divorcer, mes parents avaient trouvé naturel, par intérêt, qu’elle m’épouse moi et que tout le monde oublie cette liaison avec mon frère. Ses parents comme les miens étaient au courant et tout le monde m’a utilisé pour servir de père à l’enfant et faire entrer les filatures de cette famille dans ce groupement funeste.
L’enfant n’est pas de moi. Mais je l’ai reconnu en le croyant. Je suis allé retrouvé Sybille et lui raconté comment on m’avait piégé et comment j’allais partir. J’ai vidé le coffre de l’entreprise. Il y avait beaucoup d’argent et 10 lingots d’or. Ils me devaient bien ça. On est partis et j’ai changé de nom. Je n’avais plus rien à leur dire. Ils ne m’auraient pas recherché si je n’avais pas pris l’argent… J’ai emmené très peu de choses en dehors de cela. Mes sculptures et ma montre et je les possède toujours. On s’est reconstruits, on a fondé une famille, on est heureux et on ne demande rien à personne.
Ne me racontez pas que je leur manque. Mon frère a du rester polygame et mes parents ont fermé les yeux. L’entreprise passait avant tout. Faites ce que vous voulez, choisissez le camp des salauds ou celui des justes. Nous sommes Argentins maintenant, plus Français. Nous avions des papiers belges. Il leur faudra 30 ans de procédure pour faire reconnaitre quoi ? Et le gamin, qu’est-ce qu’ils lui raconteront ?
Le détective repart. Il ne se prononce pas… Il rapportera 10 jours plus tard qu’il n’a retrouvé aucune trace du fils Vinter. L’affaire fut close définitivement.
21 avril 2020 à 19h07 #420004313742ZEN
MembreDésolé pour cette histoire car c’est impossible de connaitre la montre emportée par contre le bronze…
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).21 avril 2020 à 19h49 #420004313743Pierre-Yves
MembreBelle enquête du détective !
- ZEN a écrit:
- …par contre le bronze…
Une petite photo de ce beau visage ?
21 avril 2020 à 21h28 #420004313744H
MembreBelle histoire ! Merci
21 avril 2020 à 22h02 #420004313745LionelMlesmontres
MembreEncore une jolie histoire avant d’aller au lit! Merci bien, à l’occasion tu devrais te lancer dans la rédaction d’un roman, c’est dommage de ne pas te servir de cette belle plume pour raconter des histoires plus longues. Toute cette culture horlogère pourrait même en dessiner le canevas.
21 avril 2020 à 22h02 #420004313746Sebal
MembreMerci pour ce récit !
21 avril 2020 à 22h05 #420004313747ZEN
Membre- LionelMlesmontres a écrit:
- Encore une jolie histoire avant d’aller au lit! Merci bien, à l’occasion tu devrais te lancer dans la rédaction d’un roman, c’est dommage de ne pas te servir de cette belle plume pour raconter des histoires plus longues. Toute cette culture horlogère pourrait même en dessiner le canevas.
Un manuscrit est parti cet après-midi chez mon éditeur.
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).21 avril 2020 à 22h08 #420004313748LionelMlesmontres
MembreJe serai client je crois, super idée tiens, j’espère que tu fera un peu de promo sur FAM, histoire de pas rater la sortie.
21 avril 2020 à 22h54 #420004313749steph9288
MembreRocambolesque histoire….Très bien écrite comme d’habitude. Merci Zen
22 avril 2020 à 14h45 #420004313750bobrobert31
MembreMerci, ces petits récits sont succulents et bien ecrits. Pas de fioritures.
Vivement la sortie d’un livre alors
22 avril 2020 à 16h07 #420004313751jeanbat 31
MembreMerci Zen , j’adore …
Alors je ne sais pas si cette histoire est juste ou morale ou les deux ….mais dans tous les cas la fin me plait !
22 avril 2020 à 18h02 #420004313752Seb Vuagnoux
MembreFélicitations et merci ZEN pour cette histoire qui si elle est vraie donne effectivement à réfléchir.
22 avril 2020 à 19h59 #420004313753Ganesh
MembreEt le bronze peut-on le voir ?
22 avril 2020 à 20h03 #420004313754ZEN
Membre- Ganesh a écrit:
- Et le bronze peut-on le voir ?
Ah ah ! Je l’ai sous les yeux … J’en ferai une photo dès que j’en trouve le temps .
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).22 avril 2020 à 20h57 #420004313755S n o o p y
MembreMerci pour cette belle histoire qui, en effet, donne à réfléchir …
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