L’horlogerie veut redorer le blason du Swiss made

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    Sous pression, l’horlogerie veut redorer le blason du Swiss made

    PROPOSITION. La branche veut resserrer les critères pour l’obtention du label.

    Bastien Buss

    Jeudi 22 mars 2007

    La Fédération horlogère a fini par prendre le taureau par les cornes face au problème lancinant des abus liés au Swiss made. Pour cela, il aura fallu que les trois géants du secteur, à savoir Rolex, Swatch (UHR.VX) Group et Richemont (CFR.VX), tirent à la même corde et trouvent un compromis. Ce qui était loin d’être gagné, tant les intérêts divergent sur ce sujet. Même si tout le monde ne le sait encore pas, presque aucune montre de moins de 1000 francs est produite à 100% en Suisse. Les clients, de mieux en mieux informés, se plaignent.

    «Même nos distributeurs à l’étranger commencent à se moquer de ce label», glisse un horloger genevois actif dans le haut de gamme. Le malaise est surtout perceptible sur ce segment, qui voit son image écornée par ces confrères malintentionnés actifs dans l’entrée de gamme et le moyen de gamme et qui s’approvisionnent à l’étranger. «C’est l’avenir de l’industrie qui est en jeu. Il faut être sévère et intransigeant», glisse Georges-Henri Meylan, administrateur-délégué d’Audemars Piguet. Certaines marques ont même décidé de ne plus arborer le Swiss made sur leurs cadrans.

    Mais qu’est-ce qui va changer? La plupart des taux retenus pour bénéficier du Swiss made devraient être relevés et un critère de valeur introduit, si l’assemblée générale (AG) de l’association faîtière avalise le projet. «Ainsi, est considéré comme montres mécaniques suisses, le garde-temps dont 80% au moins du coût de fabrication sont représentés par des opérations effectuées en Suisse.» Pour les montres à quartz, ce taux se monte à 60% (50% dans la mouture actuelle). Dans les deux cas, il existe aussi des exigences pour la construction et le prototypage des garde-temps. Du côté des mouvements, le critère de valeur déjà existant – 50% des coûts de fabrication – passerait à 80% pour les mécaniques et 60% pour les électroniques. Au niveau des boîtiers de montres, le pourcentage exigé passe de 50 à 60%. Par contre statu quo sur les verres, les cadrans et les aiguilles.

    Ce qui fait déjà hurler le directeur d’une manufacture horlogère genevoise. «La Suisse produit bon an mal an 25 millions de montres. En parallèle, l’industrie ne construit que 6 millions de boîtiers. Cherchez l’erreur…» Un horloger neuchâtelois se dit outré par cette salade de pourcentage. «Il existait des abus avec 50%. Personne ne peut nous garantir qu’ils vont disparaître sous prétexte qu’on renforce le taux.»

    Fournisseurs débordés

    Au passage, on peut aussi rappeler que, l’an passé, la Suisse a importé pour 1,4 milliard de francs de fournitures horlogères, dont 370 millions de Chine.

    Les grands gagnants de cette refonte pourraient être les fournisseurs du pays, puisque les horlogers devront davantage se tourner vers eux. Problème: ils ont déjà la tête sous l’eau en raison de la surchauffe de la branche.

    Si l’AG avalise le texte, ce qui devrait être une formalité en raison du poids des acteurs majeurs, la FH s’adressera ensuite au Conseil fédéral pour modifier l’ordonnance existante. Berne devra encore négocier avec Bruxelles, puisque la définition de la montre suisse est intégrée dans un accord horloger de 1972 entre la Suisse et l’Union. Pas sûr que Bruxelles apprécie «cette mesure de protectionnisme», selon un horloger vaudois actif dans le haut de gamme.

    Scepticisme de la marque Louis Erard
    Le Temps
    Alain Spinedi, patron de la marque Louis Erard, active dans le milieu de gamme, comprend sur le fond que des marques comme Patek Philippe ou Rolex veuillent un renforcement du label. «Mais cette décision est très pénalisante pour le moyen de gamme. On ne peut pas structurer l’horlogerie comme s’il n’existait que des Ferrari ou des Bentley.» Le directeur entrevoit une autre problématique, cette fois-ci rédhibitoire à ses yeux: l’insuffisance des capacités de production de la Suisse. «Les fournisseurs ne sont déjà pas en mesure de suivre la demande. Alors comment feront-ils si leurs carnets de commandes devaient encore croître?»

    Au final, selon lui, c’est le consommateur qui trinquera, puisque produire en Suisse coûte nettement plus cher. «Le surcoût serait évidemment répercuté sur eux.» Ce durcissement poserait aussi de problèmes du contrôle. «Qui le ferait, comment et avec quels moyens?»

    Villemont plutôt favorable, mais…
    Le Temps
    «Dans les grandes lignes, c’est positif. On va dans la bonne direction, avec une approche beaucoup plus pragmatique et transparente. Cela permet d’épurer certains aspects obsolètes», estime Olivier Müller, patron de Villemont Group, marque haut de gamme. Selon lui, il est enfin précisé clairement ce qui fait partie de la valeur ajoutée d’une montre et ce qui en est écarté. «Si les nouveaux critères sont vraiment mis en place, on se dirige enfin vers une crédibilité retrouvée du Swiss made, trop souvent galvaudé par certains, grâce à des exigences plus élevées.»

    Pour autant, Olivier Müller ne crie pas au génie. «Cela ne va pas tout résoudre, loin de là.» D’après lui, trop d’éléments sont encore sujets à interprétations. Ce qui est d’ailleurs déjà le cas avec la définition actuelle. «A la première lecture, on est séduit. Mais comme toujours, le diable se cache dans les détails.»

    http://www.letemps.ch/template/economie.asp?page=9&article=203105#Scene_1

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