FORUMAMONTRES › Forums › FORUMAMONTRES › L’histoire vraie de Raphaël miraculé de la vie
- Ce sujet contient 14 réponses, 15 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par
ZEN, le il y a 8 années et 6 mois.
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14 avril 2018 à 6h02 #410000132554
ZEN
MembreVoici une histoire tout à fait authentique. Elle est pour moi un souvenir et sera pour vous un récit étonnant. J’en parle avec d’autant plus d’émotion que ses protagonistes me rappellent qu’en 1977 j’avais juste 18 ans. C’était hier… ou presque.
1977. Raphaël est un gamin, un vrai joueur de foot ! Mais aujourd’hui, il est dans sa tenue d’arbitre. Il a dans la main droite un sifflet, les cartons rouges sont dans la poche arrière de son short et à son poignet, il porte le chrono Navitimer de son père prêté spécialement pour la circonstance avec comme consigne » Protège le des balles et ne le fait pas tomber. 15 heures ce dimanche de mai est un jour de soleil radieux. Toutes les familles et amis des joueurs sont venus assister au match. Le président du club vient lancer la première balle, un vrai pro ! Raphaël commence à suivre les actions, il est un excellent arbitre qui prend autant de plaisir à jouer qu’à arbitrer. Le match a démarré depuis un quart d’heure. Raphaël subitement a la tête qui tourne, il vascille, un joueur le voit et vient immédiatement à son secours, il tombe et son cœur bat de manière anarchique, il dit au joueur qui est venu vers lui qu’il a mal. Son cœur s’arrête … Coup de chance, le joueur est un maitre-nageur sauveteur dans la vie civile il commence un massage cardiaque, hurle d’appeler les pompiers, il faut une ambulance. Les pompiers sont là en 10 minutes mais ce n’est pas une ambulance qu’il faut, c’est un hélico… On appelle celui de l’hôpital, le gamin est embarqué en moins de 15 minutes depuis son arrêt cardiaque. Il est amené dans un grand centre hospitalier. La prise en charge est immédiate, il y a une anomalie du cœur, une anomalie jamais détectée. Il faut opérer dans la demie-heure. Le chirurgien spécialisé est par chance présent, il venait pour un autre patient mais Raphaël est une urgence absolue. Il n’est plus conscient. Il est au bloc une heure après son malaise.
Ses parents embarqués dans l’hélico sont là, à la porte du bloc. Le médecin les regarde mais le temps est compté. « Sauvez-le » crie sa mère, « je vous en supplie » . « Je ne sais pas madame mais je vais essayer, je vous le promets, allez vous reposer ce sera long ». Il est 16 heures 50 quand l’opération commence, un temps record …
Le temps est long pour les parents, très long mais ils sont assis dans le couloir et incapables tous les deux de se dire un seul mot. Les heures tournent. 18 heures, 20 heures, 23 heures … A 1 heure 20 du matin, le médecin sort du bloc. Il lance à une infirmière « Va te coucher, c’est ta meilleure position » Tout le monde rit dans le bloc. Le médecin voit les parents assis « Vous êtes toujours là ? Bon, il avait une malformation ventriculaire et l’aorte était endommagée. Il est vivant par miracle et parce qu’un petit gars lui a fait un massage tout de suite mais il avait 95% de chance de ne pas survivre. Son état est stabilisé mais on ne pourra pas se prononcer avant une paire de jours. Je ne devrais pas vous dire cela mais j’y crois ! Il est solide et j’y crois ! Je vais rester ici cette nuit si il y a besoin c’est plus facile. Allez vous coucher, reposez-vous ! »
Le médecin part. Un autre toubib le rattrape. Il est avec une infirmière, un patient vient d’être admis aux urgences après un infarctus. « Je vais y jeter un coup d’œil » dit le médecin et se tournant vers une infirmière, il lance » Tu n’as plus ton gâteau aux cerises ? Sinon, c’est le moment ! » Elle va lui chercher et dans le couloir, il avale à toute vitesse un morceau de gâteau. « Tu es la reine de la cerise ! » Il rentre dans le bloc des urgences. Le patient est mal en point, il va falloir l’opérer rapidement, très rapidement… « Préparez-moi le bloc 2 illico, on va le traiter. Conditionnez le moi pour une opération en urgence …Bernadette ? Ca va mieux ta fille ? C’est toi qui opères avec moi ? » Le médecin opérera un second patient cette nuit… Il ira se coucher à 5 heures et sera à 8 heures engagé dans une autre journée.
Le mardi suivant Raphaël se réveille. Ses premiers mots sont pour la Navitimer de son père… » Elle n’est pas cassée au moins ? « . Les parents effarés à coté de leur fils sont stupéfaits de cette question. Raphaël se souvient de tout et même du joueur qui est spontanément venu vers lui. Après quelques mois, il reprendra le football mais uniquement le rôle de juge de touche par passion car le reste lui est interdit. Le gamin a grandi, il flirte aujourd’hui avec les 70 ans. A chaque fois qu’un joueur fait un malaise sur le terrain, il ne sait pas cacher son émotion. Il est lui-même devenu sauveteur un an après son accident. Cette compétence lui a servi deux fois au bord de la route pour aider des victimes. Il raconte que la chaine de solidarité qui lui a sauvé la vie est une richesse des êtres humains et montre leur aptitude à travailler ensemble. Il n’a jamais oublié ce que le médecin qui l’a opéré lui a dit » Je pense que dans votre cas, nous étions à 10/15 minutes près « …
Son papa vient de disparaître. Raphaël a retrouvé la Navitimer dans ses affaires. Il ne l’avait jamais revue et son père ne la portait plus. Il l’a sortie il y a quelques jours et l’a montrée à ceux qui peuvent se souvenir de ce moment où il faillit partir. Il n’a pas eu besoin de me raconter son histoire, je la connaissais bien pour diverses raisons. J’ai gardé le souvenir de la quasi mort annoncée quand l’hélico était arrivé à l’Hôpital d’Amiens puis de la résurrection miraculeuse quelques jours plus tard et du soulagement de la famille, de sa sœur en particulier. Raphaël a toujours dit qu’il avait eu comme une sorte de pressentiment sur ce qui était arrivé et ceci avant le match. Pourtant rien n’avait jamais été détecté par les médecins. Il avait la veille de ce dimanche de 1977 dit à sa sœur qu’il mourrait sur un terrain de foot et serait le James Dean du football. Drôle de coïncidence…
14 avril 2018 à 7h29 #420003854548bamboub
Membre
14 avril 2018 à 7h48 #420003854549Temüdjin
MembreMerci Zen pour cette belle histoire si bien racontée
14 avril 2018 à 8h51 #420003854550Skyranger
MembreIl y a des hommes d’Etat uniques, des chefs de guerres qui ont façonné l’Histoire, des inventeurs et des chercheurs qui ont fait des découvertes extra-ordinaires, des industriels géniaux, des artistes fabuleux, des artisans épatants, et mille autres professions qui maîtrisent leur sujet, mais aucune ne me stupéfie plus que ceux dont le boulot (la passion?) est de mettre les deux mains dans notre corps pour qu’il fonctionne normalement, ou pour le sauver.
Comme le pompier initialement, et surtout ce super-chirurgien!Clairement ton récit Zen est puissant, à un moment de grande détresse de tous les services hospitaliers, de médecine générale, d’infirmerie et tous autres (sans parler des Ehpad), à qui on demande désormais de la rentabilité en place d’efficacité.
De nos jours je ne suis pas sûr que Raphaël aurait survécu.
14 avril 2018 à 13h16 #420003854551Boc21
MembreExtraordinaire histoire…
On dit souvent que les gens, ou tout du moins certaines personnes, ont un destin et le sentent.
Parfois, souvent même, c’est malheureusement un destin funeste, comme ce joueur de foot habité par l’intuition du désastre qui devait l’emporter sur le terrain.
Nul besoin d’évoquer la magie ou le para normal pour expliquer cette prescience, cette intuition…l’inconscient de l’homme est porteur d’un savoir dont nous ignorons la portée…sans doutes savait-il que son coeur était fragile…
Comme le prouve ce témoignage, ce n’est pas que nous n’ayons pas de destin, mais nous pouvons parfois avoir la force d’aller au-delà et de le faire mentir, même si les causes qui détermineraient ce même destin semblent totalement insurmontables, indépassables au point de rendre son issue inéluctable.
Une volonté de fer, le dépassement de soi ou des autres, la science, la technologie, la solidarité…peuvent le faire mentir.
Dans une moindre mesure, je pense à cet officier au vietnam sauvé par Forest Gump dans le film éponyme : chaque génération d’homme de la famille était mort au champ d’honneur et le type n’avait pas prévu de vivre au-delà de cette guerre, de son destin qui aurait du être d’y périr.
Bref cette histoire que tu racontes, Zen, est une étonnante déclinaison ou variation sur le thème d’un destin dont il serait futile de nier l’existence ou le poids, mais qu’il serait en même temps absurde de ne pas combattre.
Rarement, mais parfois, la victoire reste possible, c’est une leçon à se rappeller lorsque l’on se trouve confrontés à une ou un ensemble de forces qui semblent rendre toute liberté impossible, lorsque l’on croit que tout nous menait à une situation, non pas que l’on croie sans issue mais que l’on sait sans issue.
Car même si c’est vrai…eh bien même là il reste encore une liberté d’agir, une possibilité de dépasser l’inéluctable, ou au moins d’essayer.
En philosophie, il existe deux écoles : l’une affirmant que tout est déterminé à l’avance (représentée entre autre par Spinoza), l’autre affirmant l’absolue liberté de l’homme (Descartes).
Ton texte illustre remarquablement ce que j’en pense, à savoir que nous ignorons à quel point nous sommes déterminés par un destin, mais aussi à quel point nous sommes libres de pouvoir ou non nous y plier ou le combattre.
Cela dit, pour ton joueur de foot, il est clair que sans la technologie médicale d’aujourd’hui, son destin était réellement inéluctable.
La solidarité, le dévouement, n’y auraient rien fait.
Cette histoire m’évoque donc deux choses :
Parfois, et c’est bien funeste…il n’y a pas de liberté, comme ce serait le cas pour ton joueur de foot si il avait vécu il y a un siècle
La technologie et ses progrès peuvent nous aider à vaincre jusqu’à des destins gravés dans notre chair, si ils vont de pair avec le proffessionalisme, la solidarité et une solide dose de chance.Bref, encore merci pour cette histoire encore une fois parfaitement écrite
Elle m’a d’autant plus touché que le destin de mon père était de mourir il y a 40 ans d’un arret cardiaque, pour une malformation du coeur également.
Il est toujours vivant aujourd’hui : sa volonté de vivre et les progrès de la médecine ont tous deux rendu ce miracle possible.14 avril 2018 à 19h20 #420003854552jun
MembreCes histoires mes fascine toujours
merci zen
15 avril 2018 à 2h00 #420003854553schaefer
MembreTrès émouvante cette histoire .
Merci.15 avril 2018 à 2h35 #420003854554lord of breit
Membremerci
15 avril 2018 à 2h38 #420003854555Lomaing
MembreToujours très bien écrit, mais cette histoire m’a encore plus touché, sans pouvoir expliquer pourquoi…
Merci pour ce partage
15 avril 2018 à 6h19 #420003854556steph9288
MembreTrès belle histoire émouvante ! Merci ZEN
15 avril 2018 à 21h07 #420003854557totolouga
MembreQuelle verve Zen!
La chirurgie est le métier que je voulais faire étant jeune, pour diverses raisons je suis parti dans une autre voie mais ça reste la chose principale que je changerais si je pouvais revenir en arrière, c’est le destin (Spinoza way).
Je partage mon bureau depuis 10 jours avec un grand chirurgien et j’aime l’écouter narrer certaines de ses opérations toujours avec humilité.
Raphael. [Nous n’étions pas nombreux a porter ce prénom avant les années 70 mais ce n’est pas moi le protagoniste].15 avril 2018 à 21h45 #420003854558Leopal
MembreQuelle histoire. Ca me rappelle l’arrêt cardiaque de D. Ginola lors d’un match amateur il y a quelques années. La aussi, les premiers secours avaient permis de le sauver.
La vie tient à peu de chose, parfois. La présence de quelqu’un qui connait les premiers gestes, la rapidité du transport, la présence du chirurgien à l’hôpital ou non…16 avril 2018 à 1h25 #420003854559leptitmanu
MembreTrès belle histoire Zen, même si’il y a une petite incohèrence dans les dates et les âges …
18 avril 2018 à 21h09 #420003854560Invité
MembreSuperbe histoire !
18 avril 2018 à 21h39 #420003854561ZEN
Membre- leptitmanu a écrit:
- Très belle histoire Zen, même si’il y a une petite incohèrence dans les dates et les âges …
C’est écrit de mémoire car je connais les protagonistes et je n’ai pas leurs cartes d’identités sur les âges … Mais il est effectivement possible que je les aie rajeunis quoi que … Une amie de fac qui vient d’avoir (un grand âge) et qui avait lorsque j’avais 18 ans, 20 ans de plus que moi m’a de cette manière scotché il y a quelques jours en me donnant son âge d’aujourd’hui… Ca m’a démoralisé
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires). -
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