FORUMAMONTRES › Forums › Forum ZENITH Forum Officiel Francophone › L’histoire du temps d’avant de Fanny polisseuse chez ZENITH
- Ce sujet contient 12 réponses, 10 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par
ZEN, le il y a 12 années et 7 mois.
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26 décembre 2008 à 19h46 #410000037678
ZEN
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Histoire du temps d’avantOn est en 1913. Certains croient encore que la guerre n’est qu’une rumeur et que le siècle apportera la paix. En Suisse, les manufactures d’horlogerie tournent à plein régime comme leurs concurrentes américaines qui vendent de mieux en mieux leur production en Europe et en particulier en Grande Bretagne.
Ce 21 janvier est en France une année de forte pluviométrie. Le bassin Parisien et tout le Nord-Est sont encore gorgés d’eau et après les grandes inondations de 1910, la population s’angoisse à l’idée de devoir abandonner les maisons et nettoyer les dégâts. "On a de l’eau jusqu’au genoux" écrit un auvergnat exilé près de Paris." Nous ferons notre affaire de toute cette eau…"
Poincaré va céder la place à Aristide Briand. L’hiver est glacial et on n’arrive pas à réchauffer les maisons. Les ateliers d’horlogerie sont éparpillés sur le territoire suisse car faute de moyens de transport, il faut les installer à proximité des zones où vivent les ouvriers. On a recours au travail à domicile et les manufactures regroupent les travaux les plus complexes ou nécessitant des machines coûteuses et indispersables.Fanny travaille au Locle chez ZENITH, on y est bien avec des semaines à 58 heures rythmées par la sirène. Les Samedi sont travaillés mais quoi faire quand le sol est gelé ? C’est à pied que l’on vient parfois de plusieurs kilomètres prendre son travail. La neige, ici on connaît alors on sait isoler ses pieds avec des chaussettes de laine ou du journal. Le froid ne fait pas peur. Fanny travaille au polissage des boites qu’elle termine et fréquente depuis quelques mois Philippe à l’Atelier d’outillage.
Ils se voient pendant les pauses et le soir il la raccompagne chez elle. Ils discutent et, suprême récompense, elle l’embrasse tendrement sur la joue à l’arrivée. Ce moment délicieux vaut bien les 4 kilomètres à pieds du détour.
Un 21 janvier 1913 finalement comme les autres jours se profile sauf que le contremaitre a dit aux filles de se faire belles car un photographe doit venir immortaliser leur travail. Le photographe fige les images et les oblige à se statufier le temps de charger la plaque de la chambre en bois de la lumière qui va l’impressionner.Fanny est belle, elle rayonne à l’établi comme dans la vie et illumine la photo autant que le soleil qui éclaire la pièce. Coiffée avec une élégance folle d’un chapeau pour protéger ses jolis cheveux châtains des poussières d’argent. Son profil séduit le photographe qui fixe pour l’éternité la beauté de ses 24 ans sur la plaque. C’est aujourd’hui l’anniversaire de Fanny et ce soir, elle fera a Philippe la promesse de passer un peu plus de temps avec lui dimanche prochain.

L’insouciance des êtres, le romantisme de Fanny et son amour pour Philippe ne seront que très peu altérés par la guerre qui se prépare. Non, leur combat à eux viendra juste à la fin de la guerre pendant laquelle ils uniront leurs destins. C’est d’Espagne que soufflera le rappel aux réalités du malheur. La grippe Espagnole décime entre 1918 et 1919, 30 à 40 millions d’Européens officiellement et probablement plus de 100 millions de personnes dans le monde, chiffre qu’on dissimule aux populations pour cause de fin de guerre. On y perd Guillaume Apollinaire.
Fanny et Philippe protégeront comme ils peuvent l’enfant né de leur union et voient disparaître leurs parents et un frère. Pas une famille n’échappe à une disparition. On se compte chaque semaine comme pour se rassurer et on se méfie de tout le monde car le virus est partout, ignorant le froid et le chaud.La vie ensuite ne sera jamais plus pareille. L’insouciance d’avant a disparu cédant la place à la conscience que le bonheur est forcément furtif et provisoire. Fanny reste magnifique sur cette image qui finalement n’a pas figé plus que son reflet et a conservé la fraicheur et le bonheur de cette année 1913.
On est forcément toujours avant ou après quelque chose. C’est après que l’on sait si c’était mieux avant, un avant dont on n’est pas toujours maître. Fort heureusement, il arrive aussi que ce soit mieux après…
Le temps ne joue pas nécessairement contre nous mais il joue avec nous en partenaire ou adversaire. Nos montres ne font que le mesurer en contribuant à nous convaincre de l’apprivoiser.Merci à Fanny d’avoir partagé avec nous un siècle plus tard, l’image de son temps d’avant…
21 janvier 2009 à 16h28 #420000601459David123
MembreUne petite touche poétique qui humanise si bien ce monde technique, merci ZEN.
21 janvier 2009 à 21h25 #420000601460tactic!
Membre- ZEN a écrit:
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Merci à Fanny d’avoir partagé avec nous un siècle plus tard, l’image de son temps d’avant…
merci , trés belle histoire, touchante, et
imaginons le petit fils de cette jolie Fanny en train de lire ce post,
quelle émotion
22 janvier 2009 à 11h02 #420000601461GTV
MembreOn a parfois du mal à s’imaginer le temps qui passe et songer à ce qu’était la vie de nos grands-parents…
Encore merci pour cette douce lecture
1 mars 2009 à 9h21 #420000601462ZEN
Membrela vie de la manufacture est parsemée de plusieurs histoires de Fanny et des hommes et des femmes qui ont forgé cette entreprise à travaers le temps … La différence entre une manufacture historique surement et un concept marketing qui hante parfois d’autres marques.
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).24 octobre 2011 à 19h08 #420000601463ZEN
MembreUn Up pour cette histoire et pour faire plaisir à l’un de vous .
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).16 février 2014 à 11h10 #420000601464Zouzou77
MembreMerci pour cette histoire.
16 février 2014 à 21h30 #420000601465ZEN
MembreCette histoire est sans doute l’une de celles qui me glacent le plus le sang.
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).16 février 2014 à 21h41 #420000601466Pierre-Yves
MembreToujours le même plaisir et la même émotion à relire ce magnifique texte.
17 février 2014 à 8h19 #420000601467jeanchris2B
Membre- Pierre-Yves a écrit:
- Toujours le même plaisir et la même émotion à relire ce magnifique texte.

Ou à la découvrir !
19 février 2014 à 17h36 #420000601468jeanleo
Membre- ZEN a écrit:
- ….. C’est d’Espagne que soufflera le rappel aux réalités du malheur. La grippe Espagnole décime entre 1918 et 1919, 30 à 40 millions d’Européens officiellement et probablement plus de 100 millions de personnes dans le monde, chiffre qu’on dissimule aux populations pour cause de fin de guerre. On y perd Guillaume Apollinaire…..
Petit rappel historique, la « grippe espagnole » est venue comme toutes les autres d’Asie. Elle n’est devenue « espagnole » que parce que le pays était neutre et publiait des chiffres sur la mortalité. Chose que les pays belligérants ne faisaient pas, pour ne pas démoraliser un peu plus les populations déjà saignées à blanc par la guerre.
Imaginons que Fanny venait de France et cela en faisait « une polisseuse du Doubs »!
4 mars 2014 à 14h54 #420000601469ultimanecat
MembreLa grippe espagnole a fait plus de morts que la guerre dans les troupes américaines venues en 16…..
13 mars 2014 à 10h31 #420000601470ZEN
MembreOn sait aujourd’hui qu’elle venait d’Asie mais pas à l’époque où on la croyait espagnole. Méfions nous de notre vision de 2014 des évènements de 1919.
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires). -
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