FORUMAMONTRES › Forums › FORUMAMONTRES › L’histoire de la montre du maître de chai…
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ZEN, le il y a 7 années et 11 mois.
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17 novembre 2018 à 4h14 #410000135697
ZEN
MembreCette histoire trouve ses racines pendant la seconde guerre mondiale en 1944 dans les caves d’une maison de champagne. Le maître de chai travaille avec un réseau de résistants et aide à dissimuler des hommes français résistants ou soldats américains et anglais face aux Allemands par ailleurs clients de cette maison, mais ils l’étaient de toutes. Une personnalité locale mais aussi connue nationalement, « pilote » le réseau et contribue à organiser la résistance. Chacun est actif et ce maître de chai est le seul lien qui connait les deux « bouts » du réseau. Aucun des hommes de base ne connaît la tête et lui-même s’il connait quelques identités voire même quelques hommes, les côtoie sans qu’ils ne sachent que leur interlocuteur est par ailleurs l’un des chefs du réseau pour lequel ils agissent secrètement.
Une fois la guerre terminée, les langues se délient et les noms secrets des chefs circulent. On s’étonne, on rit même d’avoir été si distants et si proches à la fois. Le maitre de chai rencontre parfois son ancien « chef » un homme important et connu. Lui ne souhaite pas entrer dans la lumière pour ce qu’il a fait. Il dit qu’il a fait ce qu’il devait faire mais qu’il y a malgré tout eu trop de morts, de déportations et de victimes qu’il n’a pu protéger. Sur les murs des maisons sont apposées des plaques avec les noms des résistants victimes des Allemands. Par dizaines les noms des habitants résistants fusillés ou déportés sont ainsi honorés. Ils sont toujours là aujourd’hui.
Dans les années 1970, le maître de chai prend sa retraite. La maison qui l’emploie organise une cérémonie et invite les personnalités locales. Les deux hommes se croisent à nouveau. Ils ne se sont pas revus depuis plus de 20 ans. Le maître de chai demande à s’isoler avec cet homme et entre les tonneaux de vin en cours de fermentation, il sort une montre de sa poche, une montre en or que lui a offert un autre homme clé du réseau dissous à la fin de la guerre. La montre porte une gravure au nom du maitre de chai et le remercie de son action. La signature est prestigieuse. Plein d’humilité, le maître de chai tient à l’offrir à son interlocuteur dont le rôle est resté secret. « S’il vous plaît, ne me répondez-pas que je dois la garder. Acceptez-la comme un gage de la confiance réciproque que nous nous portons. »
La montre changea donc à cet instant de propriétaire malgré l’envie puissante de la refuser de son nouveau détenteur. Elle rejoint alors un tiroir et le secret restera maintenu plus ou moins car plusieurs personnes ont fait état publiquement des engagements de cette personnalité qui esquive les tentatives de questionnement le concernant et décède en emportant une partie de son secret. Il fut malgré tout rendu hommage à son passé à ses obsèques.
En 2008, le fils âgé de cette personnalité m’a présenté cette montre mais avec la consigne de rester dans l’éthique de son père. J’aurais voulu pouvoir la montrer et raconter l’histoire en donnant les noms de ses protagonistes. Ce monsieur est lui aussi décédé il y a deux ans mais je connais maintenant les petits enfants que la vie quotidienne me fait croiser. Je garde donc le secret et n’ai raconté ici que ce que je pouvais exprimer sans rompre mon engagement. J’ai appris toute cette histoire le jour où la montre me fut présentée. Je doute de revoir cette montre un jour mais quelle histoire ! Une histoire d’humilité, d’héroïsme discret et de sacrifice. L’histoire aussi d’une époque pas si ancienne où certains hommes comptabilisaient leurs différences avant de réunir leurs points communs. Une histoire privée d’images mais ô combien imagée …
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