Hier chômeur, aujourd’hui patron

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    Hier chômeur, aujourd’hui patron

    A l’âge de 17 ans, Daniel Huber se retrouve sur le carreau. A 18 ans, il fait ses premières armes d’entrepreneur. Aujourd’hui, à 42 ans, il dirige une firme biennoise florissante. Flash-back.
    Par Catherine Favre

    Le 19 janvier 1982 est un mardi noir pour l’horlogerie biennoise. Ce jour-là, les 700 employés de la Bulova apprennent leur licenciement. Comme des centaines d’autres travailleurs, Hans Huber, mécanicien de 40 ans, et son fils Daniel, apprenti de 17 ans, sont congédiés. Chômeurs! Hier encore, Hans Huber était un cadre important chez Bulova, responsable de la construction des machines spéciales. Son fils, mordu de sport, voyait l’avenir avec l’insouciance de la jeunesse. Daniel Huber: «Je pensais alors que mon principal souci serait de concilier mes compétitions de moto avec les études d’ingénieur que je souhaitais faire après l’apprentissage…»
    Il devra renoncer aux gros cubes, mais pas aux études d’ingénieur qu’il entreprendra plus tard. Entre-temps, le jeune homme seconde son père dans la création de leur propre affaire, un modeste atelier de mécanique fondé à Péry avec deux amis, eux aussi licenciés de chez Bulova: Combitec SA est née. Mais alors que les faillites et les dépôts de bilan se succèdent dans tout l’Arc jurassien, la conjoncture n’est guère propice à la création d’entreprise. Toutefois, Hans Huber a un atout de poids; ce passionné de mécanique a développé durant ses loisirs un ingénieux procédé destiné à la production de petites séries. Il s’agit d’éléments linéaires modulables qui, à l’image d’un jeu de lego, sont interchangeables d’une machine spéciale à l’autre. Ce procédé, tout à fait inédit pour l’époque, sera à l’origine de l’essor de la société.

    Mais les débuts sont difficiles. Daniel Huber: «Certaines nuits, nous devions travailler jusqu’à 2 heures du matin pour pouvoir livrer une machine dans les délais. On acceptait n’importe quel travail…» Un associé quitte le navire en cours de route, le découragement gagne toute l’équipe.

    En 1985, cependant, le vent tourne. L’invention du père Huber, présentée dans le cadre d’une exposition industrielle, attire l’attention de représentants de grandes firmes allemandes. Siemens est la première à passer commande, suivie par d’autres… Combitec quitte alors le Haut-Vallon pour des locaux plus vastes à Bienne. En 1990, la société lance sur le marché son premier chariot CNC, le «CT 100/200», l’un de ses produits leaders. Désormais, le département de recherche en électronique que dirige Daniel Huber, âgé alors de 26 ans, ne cesse d’innover.

    Malgré les ralentissements conjoncturels des années 90, le jeune boss, seul capitaine à bord depuis 1992, va de l’avant. En 1994, il commercialise l’une des toutes premières machines à rectifier compactes à un prix accessible pour des PME (la CT 450); suivie de la première machine pour usinage de matrices (machine utilisée par exemple pour la production de boîtes de boissons gazeuses ou la fabrication de piles). En 1999, Combitec développe un logiciel pour machines à commandes numériques, produit qui fait de l’entreprise biennoise l’un des leaders mondiaux dans le domaine des matrices. Entre-temps, la société, qui compte désormais 33 collaborateurs, s’implante dans ses propres locaux, à la route de Longeau 12.

    «Pendant longtemps, les clients qui ne me connaissaient pas me prenaient pour l’apprenti de service», sourit Daniel Huber. Aujourd’hui, tout le monde le prend au sérieux. Sauf lui, peut-être. «J’ai vu couler en un rien de temps une entreprise aussi prestigieuse que Bulova. Ça m’a servi de leçon: rien n’est jamais acquis dans l’industrie.»

    Autre enseignement: chaque crise, aussi douloureuse soit-elle, offre l’occasion d’une remise en question salutaire. Daniel Huber: «La situation très difficile des années 90 m’a fait comprendre que nous étions à un tournant: soit on se développait en s’implantant sur des marchés étrangers; soit on stagnait.» Jusque-là, Combitec réalisait 90% de son chiffre d’affaires sur le marché suisse. Aujourd’hui, 80% de sa production est destinée à l’exportation. Dans la même logique de développement, Daniel Huber envisage en 2001 de fusionner son entreprise avec un groupe américain: «Ce qui nous aurait permis d’accéder très rapidement à un réseau de ventes internationales.» Mais en 2004, au moment de signer les préaccords de vente, il renonce: «Je n’avais pas reçu les garanties nécessaires quant au maintien des postes de travail à Bienne. Combitec est une grande famille, la plupart des collaborateurs sont là depuis le début. Sans eux, l’entreprise n’existerait sans doute plus. Je ne pouvais pas leur faire ça!»

    C. F.

    http://www.journaldujura.ch/front_article.cfm?id=194306&kap=bta

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