Exportation d’armes et crétins
Narcisse Praz, Beuson-Nendaz (VS)
Mardi 6 septembre 2005
Expérience vécue personnellement et par des dizaines de fabricants d’horlogerie à l’époque où la FH (Fédération horlogère) interdisait, pour des raisons stratégiques conjoncturelles, l’exportation de mouvements de montres vers certains pays, tout en l’autorisant vers d’autres destinations, et cela sous peine d’amendes colossales. Dans la pratique, les transitaires suisses – tous les noms à votre disposition – m’avaient affranchi en ces termes: il suffit de copier ce que font les fabricants et exportateurs d’armements!
En pratique, le fabricant ou exportateur suisse libellait un formulaire, 19Ho, pour la douane suisse stipulant la destination du Canada ou des Etats-Unis où l’exportation de mouvements seuls sans boîtier ni cadran était autorisée. Les colis étaient pris en charge par la compagnie d’aviation KLM qui les acheminait jusqu’à Amsterdam. Là, de connivence avec expéditeurs et destinataires, cette même compagnie remplissait un nouveau formulaire – appelé double manifest – et, avec ce viatique, réexpédiait les colis à Hongkong et à Tokyo, destinations interdites pour ces mouvements de montres. C’était aussi simple et aussi bête que cela!
Je vous le dis donc clair et net: lorsque le Conseil fédéral se dit scandalisé que des tanks suisses partis vers les Emirats arabes se soient retrouvés au Maroc, ou bien il prend le risque de se ridiculiser, ou bien il est d’une hypocrisie sans nom et nous prend pour des crétins, ou bien… il est lui-même composé de crétins.
© Le Temps