C’est un peu long mais quelle histoire !

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  • #410000113978
    ZEN
    Membre

    Voici une histoire complète … C’est ce type d’histoire que je recherche … Celle-ci a pris quelques semaines. Les vents étaient favorables !

    On dit parfois que la justice est lente mais la sérénité des débats judiciaires impose l’absence de précipitation. L’histoire qui suit fut vécue par Justin Pierrond, les noms ont été modifiés car les descendants des protagonistes de cette affaire sont vivants.

    Justin fut tiré au sort au milieu des années 1950 pour participer en qualité de juré aux procès d’assises de la Cour d’assises du chef lieu de son département. Par chance, il habitait la ville et n’avait pas chaque jour à se déplacer ou à louer une chambre inconfortable que les instances judiciaires mettraient des mois à lui rembourser.
    Ce lundi d’octobre, il est prévu que la cour siège pour une affaire sordide de meurtre perpétré par un boucher, un certain Paulo Tenard qui a désossé sa victime sans que ne puisse être totalement établi ce qu’il est advenu du corps. L’accusé est rustre, très costaud et il nie toute implication dans cette affaire. Le mobile retenu par le juge d’instruction est le refus de rembourser un prêt à la victime, un autre boucher amateur de jolies femmes et qui fut impliqué autrefois dans plusieurs histoires de mœurs. Ses victimes étaient des prostituées qu’il torturait et dont il abusait une fois qu’elles avaient perdu connaissance. Rien ne put jamais être prouvé et il bénéficia d’un non lieu tandis que des fait identiques se renouvelèrent dans sa proximité.

    Lors du procès, Paulo nie avoir tué son associé et réfute l’idée de l’avoir fait sous l’emprise de l’alcool. Un expert médical va voler au secours de Paulo en affirmant qu’il ne peut boire la moindre goutte d’alcool sans subir d’immenses souffrances dues à un ulcère à l’estomac et un état préoccupant de son œsophage. Paulo est effectivement atteint d’une déformation de l’estomac et ce dernier faute de fermeture de son clapet régurgite dans l’œsophage les aliments ingurgités tout au long de la digestion. Paulo ne boit pas et le juge d’instruction a eu tort de négliger cette caractéristique car toute l’enquête va subir le discrédit cultivé par l’avocat de Paulo qui fait sans cesse référence à cette erreur.

    Le président ne se laisse pas impressionner et l’avocat général tente d’expliquer comment le meurtre a eu lieu. L’avocat de Paulo tente de démonter les arguments de l’accusation mais il se montre peu convaincant. C’est alors que Paulo contre toute attente demande la parole et interroge l’avocat général. Il demande à quelle heure est réputé avoir eu lieu le meurtre et explique qu’à cette heure-là, il était à l’autre bout de la ville aux abattoirs et achetait des carcasses de veaux. « Comment pouvez-vous être affirmatif ? demande l’avocat général, vous ne savez même pas lire l’heure et vous n’avez pas de montre ! Paulo s’énerve et explique qu’il ne porte pas de montre bracelet à cause de la viande qu’il doit manipuler mais possède une montre de poche en argent et qu’il était aux abattoirs à 17 heures, l’heure du crime.

    L’avocat de Paulo s’empare de cette déclaration et constate une nouvelle négligence de l’enquête qui a déduit trop vite que Paulo ne pouvait lire l’heure. Le sujet sème le trouble chez les jurés et le témoignage non enregistré lors de l’enquête d’un des bouchers des abattoirs corrobore les dires de Paulo. Il faut quarante minutes pour traverser la ville et à 17 heures 15, il était encore aux abattoirs. Il avait d’ailleurs donné l’heure avec sa montre à son interlocuteur.

    Les policiers chargés de l’enquête viendront ensuite témoigner de leur certitude mais le doute mine les jurés. Est également appelée à la barre une certaine Julietta, prostituée intermittente qui après avoir nourri une relation trouble avec l’associé assassiné est devenue la maitresse de Paulo. Elle témoigne de la présence tout a fait normale de son compagnon le soir du drame. « Comment était-il ?  » demande l’avocat général ? « Normal ! Il a voulu une gâterie avant le repas et ensuite on a mangé ». « Une gâterie ? interroge l’avocat général ? C’est quoi une gâterie ?  » Julietta baisse les yeux … « Une pipe ! une pompe… je ne sais pas comment l’appeler autrement ! » Les jurés sourient, l’avocat général vexé se rassoit. Le président demande à la salle le silence. L’avocat de Paulo demande la parole et souligne qu’un homme qui demande une gâterie a rarement assassiné quelqu’un quelques minutes auparavant. La salle est hilare. Julietta poursuit « Ben c’est mon homme, c’est normal que je lui fasse des gâteries… » « N’insistez pas ! » coupe le président. « Et ensuite ? » « Ben on a mangé et on est allé se coucher.  » Et il ne vous a rien dit ?  »  » Si, il m’a demandé de rester nue et il m’est rentré dedans » « Epargnez-nous ces détails !  » interrompt le président. « Et qu’a-t-il dit ?  »  » Que c’était bon … Mais il ne parle pas, il brame …  » La salle est à nouveau hilare. Le président menace de faire évacuer la salle si le silence n’est pas fait. « Il ne vous a pas parlé de son associé ?  » interroge-t-il. « Non, il était trop occupé ! »

    L’affaire est mise en délibéré après 2 jours de procès. Les jurés se retrouvent dans une grande salle avec le président très géné par les incohérences de l’enquête. Il est 18 heures quand les jurés commencent à tenter de répondre aux questions qui leur sont posées. Le président insiste sur la nécessité de leur conviction : « On joue la tête de l’accusé et il ne faudrait pas commettre une erreur judiciaire ».

    Justin Pierrond a posé devant lui sa montre, une Lip électrique dont la trotteuse sautille. Ce débat l’agace et il le dit. L’enquête a choisi dès son début le bourreau et la victime est manifestement quelqu’un qui est malsain. Il prend la parole  » Voilà un boucher qui est à 45 minutes d’un crime et vit normalement et qu’on accuse de meurtre sans preuve. Ce débat est une perte de temps ! » Justin ne cessera de regarder sa montre tout au long des discussions au point que le président lui demandera de la laisser de côté. A minuit, Justin ne résiste plus, il brandit sa montre et dit qu’il est là depuis 9 heures du matin et que tout cela ne ressemble à rien. Il est minuit quand les jurés ont terminé de délibérer. Paulo sera relaxé.

    L’enquête n’a jamais pu établir qui avait tué ce boucher et l’affaire s’oubliera avec les années. Paulo finira par se marier avec Julietta qui tiendra la caisse de la boucherie. Paulo devint seul à la tête de son affaire sans associé. Quand dans les années 1970, tout le monde a oublié cette affaire, Paulo s’effondre dans son frigo terrassé par un cancer qui s’est développé à son insu. Julietta appelle le médecin qui fait hospitaliser Paulo dans l’urgence. Devant quelques témoins du service de l’hôpital, Paulo juste avant de mourir dit à Julietta de ne jamais rien dire. Quelques années plus tard, Julietta veuve fidèle à son mari s’inscrit dans un club de personnes âgées et participe à des voyages. Les prix sont moins élevés si on partage sa chambre et la vieille femme se retrouve donc avec une autre personne dans la chambre. Le voyage se déroule en Espagne. Il fait très chaud et le sommeil de Julietta est un peu agité ce qui empêche sa « coéquipière » de dormir. Vers 2 heures trente du matin, Julietta se met à parler en dormant. Les propos sont incohérents, elle demande à ce qu’on lui rende l’argent qu’on lui a pris. La coéquipière croyant Julietta réveillée lui demande de quoi elle parle. la vieille dame ne répond pas et continue son propos pendant son sommeil. Là, elle explique qu’elle a poignardé « José » et qu’il faut s’en débarrasser. Elle se met à pleurer et dit qu’elle se mariera si on fait disparaitre José.

    La coéquipière qui ne connaît rien du passé de Julietta, considère ses propos comme totalement incohérents et relevant d’un cauchemar. Elle en parle à Julietta le matin qui dit qu’elle va arrêter de lire des romans policiers. L’affaire s’arrête là définitivement. Julietta décède en 1987. Une mort naturelle est constatée. Rien dans les affaires laissées par la vieille dame à une nièce, seule héritière ne fait allusion à l’affaire des années 50. Lors des obsèques, l’ex coéquipière de Julietta raconte à l’une de ses amies qu’elle a fait dix ans plus tôt un voyage et que Julietta était son amie de chambre et qu’elle n’a plus voulu ensuite partager la chambre lors d’autres voyages car Julietta parlait en dormant. Elle raconte qu’elle avait dans cette nuit sans sommeil expliqué qu’il fallait se débarrasser de José. La vieille dame qui entend cette histoire se souvient que dans les années 50, un certain José Pietard avait été assassiné dans la ville et que le boucher était suspecté mais qu’on n’avait jamais pu rien prouver. Elle connait l’affaire car son mari, Justin Pierrond avait été tiré au sort pour être juré.

    Monique Pierrond sera la seule à peut-être détenir la vérité sur cette affaire. C’est sans doute Julietta qui a poignardé la victime qui lui avait soutiré de l’argent. Paulo a probablement contribué à dissimuler le corps ensuite, en échange de quoi Julietta s’est promise à lui. Pietard était un violent, il a certainement menacé Julietta qui en tous les cas resta fidèle à Paulo. Monique sera la vedette des diners des personnes du troisième âge qui l’écoutent avec passion. Dans la maison de retraite où elle a terminé sa vie, elle racontait cette histoire en feuilletons quotidiens, y ajoutant des détails croustillants plus ou moins authentiques. Il y avait dans son auditoire, une personne que cela faisait bien rire, une certaine Germaine, qui avait très bien connu Justin Pierrond dont elle avait été la maitresse pendant plus de 10 ans et qui après le procès était venu dormir avec elle plutôt que de rentrer chez lui. Sur les 7 ou 8 vieilles dames qui écoutaient Monique, 6 au moins connaissaient cette liaison mais c’est une autre histoire. On connait parfois mieux l’histoire des autres que la sienne.

    #420002976523
    ft1000mp
    Membre

    Drôle d’histoire… et bien écrite thumleft

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    >> ICI << prochainement rédaction d’une signature géniale.

    #420002976524
    rotodingo
    Membre
    ZEN a écrit:
    Le mobile retenu par le juge d’instruction est la refus de rembourser un prêt à la victime, un autre boucher amateur de jolie femmes et qui fut impliqué autrefois dans plusieurs histoires de mœurs.

    Petite faute à corriger si le texte est théoriquement finalisé pour votre livre.

    #420002976525
    Milannimes
    Membre

    thumright

    Excellent !

    Si le futur livre est du même tonneau, Belmare n’a qu’à bien se tenir. C'est un peu long mais quelle histoire ! Blunt_gi

    #420002976526
    rogan
    Membre

    Comme toujours une belle histoire bien racontée…

    #420002976527
    Zouzou77
    Membre

    Une drôle d’histoire mais comme toujours narrée de la meilleure des façons. thumright
    Il ne reste plus qu’à retrouver la montre….. Mr. Green

    #420002976528
    oliveka
    Membre

    j’adore! croustillant!

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