Balancier, raquette ou vis d’inertie.

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  • #410000150382
    Lataille
    Membre

    Dans ma prime jeunesse, ce qui remonte à loin, j’étais intrigué par le balancier des montres qui portait tout un semis
    de petites vis sur le pourtour. Plus tard, ayant fait la connaissance de quelques horlogers, je leur posais la question –
    je parle d’une époque (années 50-60) où ces horlogers étaient pour la plupart des artisans compétents dans leur domaine
    et forts d’une bonne expérience, et non de simples vendeurs comme aujourd’hui. Leur réponse était que ces vis servaient
    à 2 choses: équilibrer ce balancier pour qu’il tourne parfaitement rond sans le moindre balourd, et agir sur son moment
    d’inertie pour régler avance ou retard.
    En effet, il n’y avait que 2 moyens pour faire ce réglage: modifier la longueur utile du spiral, ce à quoi sert la raquette, ou
    modifier le moment d’inertie du balancier lui même: en éloignant les petites vis du centre on augmente ce moment d’inertie
    et la fréquence baisse, et l’inverse en les rapprochant. Mais ils avaient ajouté qu’il était très rare de toucher à ces vis
    car l’opération était longue et délicate; et surtout elle ne permettait que de jouer sur quelques secondes par jour, alors
    que la plupart du temps il fallait corriger des dizaines de secondes, ce que faisait très bien la raquette.
    De plus, les bons mouvements étaient équipés d’un réglage fin sur cette raquette – col de cygne, limaçon, vis excentrée
    – ce qui permettait d’affiner le travail.
    Et puis, avec l’amélioration des procédés de fabrication, les usines ont pu sortir directement des balanciers parfaitement
    équilibrés et les petites vis sur la serge ont disparu; seule est restée la raquette. Plus tard encore, chez certaines marques
    haut de gamme (Patek, Rolex, Vacheron et autres) la raquette a disparu à son tour et les petites vis pour jouer sur le
    moment d’inertie sont revenues. Mais d’autres marques tout aussi prestigieuses (Lange und Söhne, Glashütte, …Pascal
    Coyon) ont gardé la raquette, toujours avec un col de cygne ou un limaçon.
    C’est là que je me demandais si ces vis d’inertie, abandonnées puis reprises, constituaient un progrès indéniable et allaient
    supplanter définitivement la raquette, ou si il s’agissait de deux procédés tout aussi valables l’un que l’autre.

    #420004660293
    Lucas67
    Membre

    Les vis sur le pourtour de la serge du balancier, étaient bien là pour permettre un équilibrage statique du balancier. En principe, une fois fait, on n’y touche plus. Le reste (avance-retard) se faisant à la raquette.

    La logique des mouvement sans raquette est différente : seule deux (ou 4) vis diamétralement opposées sont disposées sur la serge du balancier, qui à mon avis est déjà bien équilibré statiquement avec les moyens de fabrication modernes.

    Du coup, les vis sont principalement là pour ajuster la marche de la montre, en augmentant l’inertie ou en la diminuant. Le fait de ne plus avoir de raquette, fait que le spiral travaille totalement uniformément sur toute sa longueur, et surtout quel que soit l’amplitude.

    Car avec une raquette, le spiral passe entre les goupilles. Ceci implique que sur les valeurs d’amplitude proches de la position de repos, toute la longueur du spiral travaille (depuis le piton), jusqu’à ce que le spiral se contracte (ou se détende) assez pour venir au contact d’une des deux goupilles de la raquette. A ce moment là, la longueur travaillant commence à partir de la goupille.

    L’isochronisme serait théoriquement meilleur, car la raideur du ressort reste constante même aux très faibles amplitudes, puisque c’est toujours la même longueur qui travaille…

    Sauf que pour régler la marche d’un mouvement sans raquettes, mais à vis d’équilibrages, il faut obligatoirement un appareil de mesure type chronocomparateur, et même avec, le coup de tournevis est bien plus risqué sur la vis d’équilibrage, que de pousser une raquette !

    Donc est-ce que c’est mieux ? Pour la précision et la régularité, sur le papier oui, mais dans la pratique, quand la montres vieillit, et qu’il faut tôt ou tard apporter des corrections, ou en cas de changement de pièces par exemple, le réglage lui sera très complexe car toute action faite sur une vis devra être faite de manière identique sur la vis diamétralement opposée sous peine de déséquilibrer le balancier..!

    Si des horlogers de métier passent par ici, je suis curieux de connaitre leur point de vue.

    #420004660294
    PatrickVichy
    Membre

    .. certains calibres , comme rolex , n ont pas de raquette , le spiral est ajusté d usine , au balancier . les vis de réglage ( avance retard ) ( 2 ) ; sont a l intérieur de la serge ..

    #420004660295
    20:100
    Membre

    Bonjour,

    Vis d’inertie, a 100% !
    Les raquettes génèrent tellement de problèmes… qui n’existent plus quand elles n’existent pas !

    V.

    #420004660296
    Lucas67
    Membre
    20:100 a écrit:
    Bonjour,

    Vis d’inertie, a 100% !
    Les raquettes génèrent tellement de problèmes… qui n’existent plus quand elles n’existent pas !

    V.

    Oui, on est bien d’accord pour les « problèmes » liés aux raquettes. Mais par contre, pour le réglage de la marche et la mise au repère avec les vis, est-ce aisé ?

    #420004660297
    willbur
    Membre

    L’avantage de la raquette, c’est déjà de pouvoir faire le réglage avec un balancier actif et voir dans la foulée le résultat.

    Techniquement, il y a plus de pièces sur un système avec raquette donc je ne pense pas qu’en cout de fabrication cela soit plus avantageux.

    Par contre comme indiqué cela doit prendre moins de temps pour le réglage final et donc réduire les cout de production au global.

    C’est là où on voit que les usines comme Rolex/Patek utilisent de la main œuvre très peu payée. Pour elles, le cout de la main d’œuvre n’a pas d’importance…. clown

    Pour en revenir à l’histoire des vis sur les premiers balancier, étaient-elles vraiment destinée à gérer la marche en modifiant l’inertie aussi ou seulement à l’équilibrage du balancier ?
    A première vue cela me semble difficile à gérer, vu le nombre de vis et leurs positions.

    #420004660298
    jimpqfly
    Membre

    Super intéressant ce topic. Comment on équilibre un balancier « en statique » ?

    #420004660299
    willbur
    Membre

    #420004660300
    jimpqfly
    Membre

    Merci. J’ai honte : j’ai les 2 DVD de cette série…

    #420004660301
    Saturne
    Membre

    Vaste sujet!

    Pour répondre de manière concise à la question de départ : les deux procédés sont valables, ils ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients.

    …. Et en développant un peu plus :

    Côté fabricants, c’est une question de politique industrielle je pense.
    La raquette est un système éprouvé qui permet une plage d’ajustement assez large donc des tolérances de fabrication relativement larges aussi. Il permet à n’importe qui d’obtenir une précision correcte en poussant la raquette. Par contre, pour en tirer un réglage excellent (à toutes positions et amplitudes) ça va demander un certain savoir faire pour gérer des paramètres plus subtils comme l’écartement des goupilles de raquettes et le centrage entre lesdites goupilles (ceci pour compenser les défauts introduits par la raquette, le premier étant la variabilité de la longueur active du spiral). Et le réglage ainsi obtenu reste toujours une sorte de compromis entre divers défauts qui se compensent.
    L’inertiel de son côté donne en général une plage d’ajustement assez réduite et demande donc des tolérances de fabrication beaucoup plus serrées. Par contre, en éliminant les défauts de la raquette il rend paradoxalement le réglage de précision plus facile.

    Côté horlogers réparateurs c’est un peu différent.
    Je pense que certains préfèrent la raquette par simple habitude. Et c’est vrai que son réglage de base est plus rapide puisqu’il se fait sans arrêter la montre.
    Mais vraiment pour un horloger compétent et possédant le minimum d’équipement nécessaire l’inertiel n’est absolument pas un problème. D’ailleurs très souvent on n’a même pas à y toucher car une fois la montre révisée on retrouve le réglage d’usine sans toucher à rien. Alors que les raquettes on souvent été poussées dans tous les sens pour corriger un réglage défaillant dû à une amplitude trop faible par exemple. Sur un inertiel ça n’arrive pas car l’amateur de base n’a pas accès à ce réglage.
    Et l’inertiel permet aussi de corriger facilement un équilibrage dynamique défaillant (plutôt sur de la montre ancienne ayant été un peu malmenée), sans avoir à fraiser le balancier.

    willbur a écrit:
    Pour en revenir à l’histoire des vis sur les premiers balancier, étaient-elles vraiment destinée à gérer la marche en modifiant l’inertie aussi ou seulement à l’équilibrage du balancier ?
    A première vue cela me semble difficile à gérer, vu le nombre de vis et leurs positions.

    D’un point de vue historique, les vis ont d’abord servi pour ajuster la compensation thermique sur les balanciers bimétalliques. cet usage a été complètement abandonné avec l’introduction des spiraux en alliages autocompensateurs.

    La compensation thermique étant encore un autre domaine, je ne développerai pas ici mais il en a été question assez en détails dans ce vieux sujet (page2) :
    https://famontres.com/forums/topic/montres-et-dilatation-des-materiaux/

    #420004660302
    Lucas67
    Membre

    Très intéressantes toutes ces explications. Merci !

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