FORUMAMONTRES › Forums › FORUMAMONTRES › Ames sensibles s’abstenir … A part les noms, tout est vrai.
- Ce sujet contient 32 réponses, 31 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par
dzef, le il y a 14 années et 1 mois.
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AuteurMessages
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3 août 2012 à 21h52 #420001829215
VinzSpades
MembreEn effet, comme à chaque fois, c’est une histoire magnifique.
ZEN, j’adore ta façon de vivre ta passion.
Merci pour le partage.4 août 2012 à 5h05 #420001829216cedbou83
MembreMerci Zen pour ce partage
4 août 2012 à 7h01 #420001829217watchsilly
Membretriste mais belle histoire.
Les personnes ne meurent jamais vraiment tant qu’on pense à elles…Joli partage zen , merci
4 août 2012 à 12h17 #420001829218ttmax
Membre- ZEN a écrit:
- … Jules est prêt. Il vient de regarder sa Lip en argent tirée de sa poche
…… » Jules sort son Omega de sa poche et la tend à Gustave. « Je te la donne, tu en auras un meilleur usage que moi. »
…… il m’a montré sa montre que Gustave a fini par lui rendre.
…
Très belle histoire , très émouvante.
Mais qui donne quelle montre à qui
31 août 2012 à 21h53 #420001829192ZEN
MembreNous sommes à la fin de l’hiver en 1917. Cet hiver-là est exceptionnellement froid. La Seine charrie d’énormes glaçons. Buffalo Bill vient de mourir à Denver aux Etats-Unis. En France, dans l’Aisne, sur le Chemin des Dames, le sol est encore gelé et là où il ne l’est pas, la boue glaciale est décolorée par le sang des hommes dont le nombre de décès s’accélère. Les moments de repos, de relâchement de l’attention sont de plus en plus courts. On s’épie et la moindre erreur d’inattention peut couter une vie. C’est à croire que chaque homme a un fusil braqué sur lui. Les Français s’apprêtent à donner l’assaut sur les lignes allemandes. Des hommes épuisés vont porter la mort vers d’autres hommes à bout de force.
Jules est prêt. Il vient de regarder sa Lip en argent tirée de sa poche, non pour voir l’heure mais juste la photographie de Gisèle, sa fiancée, une photo qu’il a calée entre le cache poussière et le fond de sa montre . Il fait cela à chaque montée au front, une sorte de rituel qui le rassure. Gustave est à côté de lui, sa montre, une Omega, il n’a pas le courage de la sortir de sa poche, il tremble bien trop pour tenir un si petit objet et puis ses mitaines l’en empêcheraient de toutes façons. Les hommes attendent le coup de sifflet par lequel le Lieutenant Dubert va leur donner l’ordre de sortir des tranchées. Le coup de sifflet ne tarde pas. Les hommes hurlent pour se donner du courage, comme si se faire entendre leur garantissait la vie.
Les premiers coups de feu retentissent. Les fusils mitrailleurs enchaînent les tirs et les grenades explosent de tous côtés, à droite, à gauche, devant … Les hommes tombent les uns après les autres mais la position du régiment avance. Jules et Gustave ne se quittent pas. Leurs présences mutuelles les rassurent. Ils sautent dans un cratère de grenade. Il y a près d’eux des membres déchiquetés d’un homme qui était sans aucun doute un de leurs copains, mais qui ? « Sortez de là ! Bougez vous le cul ! » leur hurle le lieutenant avant de s’effondrer mortellement blessé par une grenade qui explose à ses pieds. Les deux comparses sortent de leur trou, on entend les balles siffler. L’ordre donné avant l’assaut est de ne ramasser aucun corps ni blessé et d’avancer coûte que coûte. Gustave s’effondre, une balle vient de lui traverser la jambe. Jules veut l’aider à marcher mais la douleur est bien trop forte. L’os a éclaté. « Laisse le et avance ! » Crie le sous-lieutenant Hervier. « Vas-y sauve ta peau » dit Gustave, « laisse moi, je suis foutu. Bonne chance mon gars ! »
Jules pose son arme au sol. « Je vais te faire traduire en cour martiale, imbécile ! » lui dit le sous-lieutenant. Jules ramasse son camarade et le hisse sur son épaule. Il rebrousse chemin … Gustave lui dit qu’il est fou, qu’il va mourir pour avoir fait ça. Le sous-lieutenant ne le lâchera pas. Le sous-lieutenant les poursuit et attrape Jules par l’épaule pour le contraindre à repartir. Une balle siffle et percute à ce même moment la tête du sous-lieutenant. Jules se met à courir. Ses pieds s’enfoncent dans la boue deux fois plus que la normale. Le poids porté par ses jambes est deux fois plus grand. La boue ralentit sa progression. Au sol, c’est un carnage. Ses amis et compagnons d’armes sont à l’agonie et supplient qu’on les aide. » Je vais revenir hurle Jules. Les balles sifflent au loin. Des Allemands sont allongés, blessés, désarmés à coté de Français dans la même posture. Jules arrive à la tranchée de départ. Il dépose Gustave. « Tu es tiré d’affaire mon vieux ! Je vais chercher Raoul « … Jules repart vers son ami Raoul qui semble avoir pris une balle dans le ventre. Losrqu’il arrive, Raoul est à l’agonie. Conscient, il laisse dégrafer sa redingote. Ses intestins sortent de son ventre, il a perdu trop de sang. Raoul interroge Jules » Je vais m’en tirer, hein ? Dis ? C’est grave ? » Jules, transi par le froid et la peur, reste en apnée pour ne pas respirer cette immonde odeur de chair humaine.
Les tirs se font plus intermittents, non pas que les combats cessent mais le nombre de blessés et de morts est si grand dans les deux camps qu’il n’y a plus beaucoup d’énergie de part et d’autre pour descendre le pauvre bougre qui ne sait pas plus que l’autre pourquoi il est là. Jules repart retrouver Gustave. Avec un morceau de bois, il fabrique une attelle. Gustave mord un livre de prières pendant que Jules serre les morceaux de toiles qui la fixent. « Tu m’a sauvé la vie Jules ! Et tu l’as fait au péril de ta propre vie ! « . Jules est silencieux, ce qu’il vient de voir est le moment le plus violent qu’il ait vécu depuis qu’il est sur le front. « J’ai perdu ma Lip » dit Gustave en pleurant . « C’est ce qui me rattachait à elle … Gisèle est avec ma montre dans toute cette merde. J’y tenais à ma montre .. » Jules sort son Omega de sa poche et la tend à Gustave. « Je te la donne, tu en auras un meilleur usage que moi. » Gustave refuse, une montre est si personnelle. Il ne peut accepter. » Prends là je te dis ! Tiens je vais graver ton nom à l’intérieur. Passe-moi le couteau… » Jules grave avec la pointe du couteau « Jules pour Gustave – Une vie longue et heureuse ».
La nuit tombe. » Il va falloir bouger Gustave ! Je vais t’aider . Appuie toi sur cette béquille et essaie de marcher ». Les deux hommes feront ainsi deux kilomètres jusqu’à une ferme où ils seront nourris. Gustave fut envoyé dans un hôpital et démobilisé à cause d’une mauvaise guérison qui le faisait boîter. Jules termina la guerre à Verdun sans être blessé. Il travailla après la guerre pour les chemins de fers, comme soudeur. Gustave reprit son travail d’instituteur. Les deux hommes restèrent amis jusqu’en 1983, année de la mort de Gustave. Jules vécut avec sa femme jusqu’en 1998 et mourut à l’âge de 103 ans. C’est lui qui m’a raconté cette histoire et il m’a montré sa montre que Gustave a fini par lui rendre. La boite de l’Omega était usée. Gustave l’avait portée jusqu’en 1970 . Jules versait une larme en tenant cette montre qui lui rappelait toute cette histoire. Je retenais les miennes.
Une Omega de poche en argent avec une boite usée, ça vaut une cinquantaine d’euros. Quand on devient le gardien de cette montre et de son histoire, on détient bien davantage que ces quelques sous. Maintenant, nous en sommes tous propriétaires. Chaque montre raconte une histoire, il suffit de savoir la retrouver.
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).31 août 2012 à 21h53 #410000086466ZEN
Membreune montre, une histoire. Très belle aventure!
Tu devrais en faire un recueil, récit-photographie
31 août 2012 à 21h59 #420001829193Alecsendri
MembreRespects…
31 août 2012 à 22h02 #420001829194Madelon
MembreTrès « belle » histoire
31 août 2012 à 22h27 #420001829195S n o o p y
MembreTrès émouvant !
1 septembre 2012 à 3h10 #420001829196TheShadow
MembreBeau texte, et saleté d’guerre.
1 septembre 2012 à 5h16 #420001829197lelapin
MembreTon histoire m a donne envie de revoir les sentiers de la gloire…
1 septembre 2012 à 6h34 #420001829198mike2210
MembreTop! J’ai adoré. Merci pour cette histoire.
1 septembre 2012 à 6h51 #420001829199BRxavier
MembreMagnifique histoire !
« Objets inanimés avez vous donc une âme ? »1 septembre 2012 à 7h55 #420001829200Benoit H
MembreEmouvante histoire! Une larme est tombée ce matin.
Un grand Merci !
Quelle HISTOIRE …1 septembre 2012 à 7h59 #420001829201john-harrison
MembreVoila comment un simple objet peu enregistrer et conserver avec lui un instant aussi fugace soit il et ses émotions,
même pour ceux qui n’étaient pas là. -
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