FORUMAMONTRES › Forums › FORUMAMONTRES › Actu: L’horlogerie suisse a raté le virage des smartwatches
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Milannimes, le il y a 13 années.
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24 octobre 2013 à 1h15 #410000098141
ZEN
Membre- Citation :
- Ernst Thomke, l’un des pères de la Swatch, tire à boulets rouges sur les dérives de la branche. L’industriel estime que beaucoup de petites et moyennes entreprises de la branche risquent de disparaître. Interview
Ernst Thomke, l’un des pères de la Swatch, fait feu de tout bois contre l’horlogerie suisse. Désormais à la retraite (horlogère), l’ancien directeur général de SMH – ancêtre de l’actuel Swatch Group – et patron d’Ebauches, jette un regard acerbe sur le secteur, lui reprochant notamment d’avoir manqué le virage des smartwatches, les montres connectées. L’industriel, connu aussi pour être un intraitable restructurateur de sociétés, exprime également bien d’autres griefs: la fuite en avant dans le luxe et la production discrétionnaire au détriment des volumes. Rencontré dans sa maison dans les hauts de Granges, à la lisière de la forêt, comme s’il voulait prendre de la distance avec la réalité, le lauréat du Prix Gaïa 2013 estime que l’horlogerie mécanique a perdu toute capacité d’innovation.
Le Temps: Vous avez été récompensé avec le Prix Gaïa pour votre rôle dans la création de la Swatch et plus généralement pour votre réorganisation du système productif de l’industrie horlogère suisse après la crise du quartz. Une surprise?
Ernst Thomke: Tout à fait. Surtout après tout ce temps. C’est une histoire ancienne, vieille de trente-trois ans. Je n’ai jamais couru après les distinctions. C’est d’autant plus surprenant que je ne développe plus d’activité horlogère depuis que j’ai revendu mes parts dans La Joux-Perret au japonais Citizen l’an dernier.
– Quelle est votre analyse de l’horlogerie d’aujourd’hui?
– L’industrie emprunte une mauvaise voie. On se concentre essentiellement sur le segment du luxe, avec des prix surfaits, très loin de toute réalité industrielle. C’est malheureusement tout ce pan, fait de savoir-faire et de métiers d’art, qui risque de disparaître.
– Vraiment?
– Oui, comme le dit mon ami Elmar Mock [l’un des autres créateurs de la Swatch, ndlr], l’horlogerie suisse est devenue prisonnière de sa réserve d’Indiens, celle du tout mécanique, du haut de gamme. Soit les petites quantités, à des prix très élevés, au détriment des volumes. En 1980, lorsque j’ai participé à l’aventure de la Swatch, l’objectif était de regagner des parts de marché. En 1960, la Suisse s’arrogeait 60% du marché. Puis était retombée à 25% en 1980. Aujourd’hui, c’est encore bien moins. A l’époque, au début des années 90, nous vendions encore 20 millions de Swatch par an. Aujourd’hui, l’ensemble de l’horlogerie suisse n’exporte que 29 millions de pièces. Cherchez l’erreur.
– Vous estimez également que la branche pèche par son manque d’innovation…
– Tout à fait. Il n’y a aucune innovation majeure, de rupture, dans l’horlogerie mécanique depuis des lustres. On ne fait que réinterpréter ce que les pionniers comme John Harrison, Abraham-Louis Breguet ou encore George Graham, parmi d’autres, avaient fait il y a plus de deux siècles.
– Et le quartz?
– La Suisse a également délaissé de manière dommageable ce segment. Sauf l’entreprise Ronda. C’est là que se font pourtant les volumes, nécessaires à l’ensemble de l’industrie et qui alimentent le haut de gamme. C’est d’autant moins compréhensible que nous avons dans ce pays les capacités et le savoir-faire pour les fabriquer à un prix de revient intéressant. Nous l’avions prouvé à l’époque. Mais les horlogers ont abandonné de manière coupable l’entrée de gamme aux Chinois. Et le moyen de gamme est désormais l’apanage des Japonais.
– Faites-vous le même constat avec les smartwatches?
– Tout à fait. Tout ce segment va se développer loin de nos frontières, aux Etats-Unis, au Japon et en Corée du Sud. Ces montres connectées vont être produites par Samsung, Apple et d’autres. La Suisse a complètement raté ce virage. Pourtant, on aurait pu apporter beaucoup à ce segment. Mais, en Suisse, on préfère se concentrer sur des montres onéreuses, voire inaccessibles pour le commun des mortels, que tout le monde veut, alors que personne n’en a fondamentalement besoin. De plus, il s’agit de produits dont la précision est inversement proportionnelle au prix facturé. C’est tellement plus facile de gagner de l’argent sur ce segment. Surtout avec des mouvements qui sont revendus aujourd’hui quatre fois plus cher que dans les années 80 et 90, mais sans aucune amélioration notoire depuis.
– Pensez-vous aux calibres ETA?
Tout à fait. Rappelons qu’à l’époque, leur développement a en partie été financé avec l’appui de la Confédération.
– Vous estimez donc que le secteur est en péril…
– Pas du tout. Il a au contraire encore de très belles années devant lui. Le métier va rester florissant. Ne serait-ce que par le développement de tous les pays émergents. Et aussi longtemps qu’une montre de haute facture sera un objet statutaire, il n’y a aucun péril. Tant que certaines personnes ont besoin d’une Mercedes ou d’une Porsche et d’une montre de luxe au poignet pour se sentir supérieurs, alors les perspectives demeurent roses (rires).
– Toutes les marques ne seront cependant pas logées à la même enseigne…
– C’est là que réside tout le problème. Les groupes exercent une telle pression, tant au niveau de l’appareil de production que de la distribution, en passant par les détaillants, que se faire une place devient presque impossible. Pour les petites marques surtout. Elles ne disposent pas d’assez de moyens pour se battre. Si vous n’avez pas un budget marketing conséquent, vous n’existez tout simplement plus auprès des détaillants. A terme, beaucoup de petites et moyennes sociétés risquent de disparaître ou d’être absorbées dans les grandes structures. On se dirige vers un appauvrissement de l’offre.
– La Suisse compte pourtant environ 400 marques. N’est-ce pas normal que certaines meurent et que d’autres éclosent?
– L’offre est en effet très vaste, très abondante pour l’instant. C’est notamment ce qui fait la richesse de la branche. Mais il est tout aussi vrai que certaines marques n’ont pas fait que du bien à l’horlogerie suisse, mais je ne citerai pas de nom.
http://www.letemps.ch/Page/Uuid/20618a3a-3bfd-11e3-822b-e4af22f427b0%7C2
24 octobre 2013 à 2h53 #420002295337dedune
MembreIl redit ce que disait Hayek il y a 30 ans… jusque la c’est coherent.
Ce qu’il dit est vrai pour l’industrie de maniere globale mais que fait-il de la strategie de SG? De la sistem51 et les efforts de Tissot?Quant aux smartwatches, elles font appel a des technos qui n’ont rien a voir avec l’horlogerie. Pas etonnant que la Suisse ait un gros handicap compte tenu du profil industriel du pays, et je il n’y a que le SG pour pouvoir investir de maniere a combler le gap amha.
Et puis, attendons de voir si le marche de la smartwatch decolle… Tout n’est pas cuit d’avance, et Samsung, voulant sortir son produit en premier, peut etre pour mitiger un risque legal, n’a rien prouve.
24 octobre 2013 à 9h21 #420002295338helicopsi
MembreJ’ai l’impression de retrouver certaines de mes phrases que j’ai émises dans d’autres sujets

Moi j’attends toujours de voir en vente « à un prix justifié » et en gros volume (lié au coût réduit des moyens de production modernes comme pour la « sistem 51 ») les super modèles avec des rouages partout, type « concept car » d’expo que l’on ne voit uniquement aux concours ou juste produits en quelques exemplaires à prix improbable.
Par contre, dans un tel cas, comment une manufacture renommée pourrait-elle justifier, auprès de ses clients, de vendre dorénavant une montre à complication à un prix inférieur à celui d’un modèle simple qu’elle fabriquait quelques années en arrière.
Tout semble verrouillé pour l’occident (hormis Swatch et quelques autres)…
… Et au contraire entièrement ouvert pour les autres pays producteurs qui n’ont pas l’image ‘haut de gamme » très cher.- Citation :
- – L’industrie emprunte une mauvaise voie. On se concentre essentiellement sur le segment du luxe, avec des prix surfaits, très loin de toute réalité industrielle. C’est malheureusement tout ce pan, fait de savoir-faire et de métiers d’art, qui risque de disparaître….
… l’horlogerie suisse est devenue prisonnière de sa réserve d’Indiens, celle du tout mécanique, du haut de gamme. Soit les petites quantités, à des prix très élevés, au détriment des volumes…
… Il n’y a aucune innovation majeure, de rupture, dans l’horlogerie mécanique depuis des lustres. On ne fait que réinterpréter ce que les pionniers comme John Harrison, Abraham-Louis Breguet ou encore George Graham, parmi d’autres, avaient fait il y a plus de deux siècles…
…Surtout avec des mouvements qui sont revendus aujourd’hui quatre fois plus cher que dans les années 80 et 90, mais sans aucune amélioration notoire depuis…
… Le métier va rester florissant. Ne serait-ce que par le développement de tous les pays émergents. Et aussi longtemps qu’une montre de haute facture sera un objet statutaire, il n’y a aucun péril. Tant que certaines personnes ont besoin d’une Mercedes ou d’une Porsche et d’une montre de luxe au poignet pour se sentir supérieurs, alors les perspectives demeurent roses (rires).
Extraits de : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/20618a3a-3bfd-11e3-822b-e4af22f427b0%7C2
Roland
24 octobre 2013 à 9h47 #420002295339Invité
MembreC’est tellement plus facile de gagner de l’argent sur ce segment. Surtout avec des mouvements qui sont revendus aujourd’hui quatre fois plus cher que dans les années 80 et 90, mais sans aucune amélioration notoire depuis.
24 octobre 2013 à 10h30 #420002295340francoisb
MembreDeux choses entre autres car il exprime de nombreuses réalités, que des FAMeurs ont aussi souvent cité :
« j’ai revendu mes parts à Citizen »
Bah oui, comme il le dit, le marché a été laissé à Seiko et Citizen, même si ce dernier est beaucoup moins réputé et connu ici. Sans oublier la politique commerciale de GrandSeiko, avec une minorité de modèles vendus en France.
et
« Et aussi longtemps qu’une montre de haute facture sera un objet statutaire, il n’y a aucun péril. Tant que certaines personnes ont besoin d’une Mercedes ou d’une Porsche et d’une montre de luxe au poignet pour se sentir supérieurs, alors les perspectives demeurent roses (rires). »
Comme je l’ai exprimé dans d’autres fils de discussion, la montre méca/auto suisse/allemande est devenue inabordable pour beaucoup d’amateurs mais on en achète pour marquer un statut social. Je ne parle bien évidemment pas des marques d' »appel » (Longines, Tissot, Stowa et Cie).
François
24 octobre 2013 à 11h19 #420002295341MaitreRobinton
MembreAnalyse qui fait écho à de nombreux fils de discussion sur ce forum, s’agissant de la dérive élitiste du marché…
24 octobre 2013 à 15h11 #420002295342jonath
MembreAnalyse très juste.
24 octobre 2013 à 15h35 #420002295343pixel14
Membreça fait plaisir de lire un tel article , mais surtout de les voir tenus par une personne qui sait de quoi elle parle ,maintenant de la à dire que certains vont changer de point de vu? wait and see .
24 octobre 2013 à 17h02 #420002295344ftikai
MembreLes suisses ont encore Logitech qui pourrait très bien se lancer dans la fabrication des smartwatches. En délocalisant leur bureaux à Genève, Logitech pourrait même mettre "Geneve" sur les cadrans de leur produit "HS" (Haut-Smartphone) et les vendre 2 fois plus chers
24 octobre 2013 à 17h28 #420002295345Invité
Membre- Citation :
- – L’industrie emprunte une mauvaise voie. On se concentre essentiellement sur le segment du luxe, avec des prix surfaits
[…]
– les horlogers ont abandonné de manière coupable l’entrée de gamme aux Chinois. Et le moyen de gamme est désormais l’apanage des Japonais.
[…]
– en Suisse, on préfère se concentrer sur des montres onéreuses, voire inaccessibles pour le commun des mortels […] il s’agit de produits dont la précision est inversement proportionnelle au prix facturé. […] avec des mouvements qui sont revendus aujourd’hui quatre fois plus cher que dans les années 80 et 90, mais sans aucune amélioration notoire depuis.
Un grand monsieur, un spécialiste de la question et probablement un visionnaire. Une grande pertinence dans ses propos.
Les sujets qu’il aborde me paraissent plus importants que celui des montres électroniques.
D’autant que le savoir-faire suisse porte essentiellement sur la mécanique alors que lesdites montres électroniques n’ont que faire de la mécanique – me semble-t-il
ftikai tu évoques Logitech. Les consommateurs, si naïfs qu’ils soient, ne le sont pas au point de croire qu’un produit électronique serait meilleur parce qu’il est plus cher ou qu’il provient de telle ou telle filière. L’électronique est entrée dans les mœurs et chacun sait que le moins-disant dans ce domaine tient aussi bien la route que les autres.
Alors que la mécanique a toujours conservé son aura mystérieuse et que l’on peut plus facilement accepter des différences de prix justifiées par des différences de qualité.24 octobre 2013 à 17h35 #420002295346Etarcos
Membre- freddy.lombard a écrit:
- ftikai tu évoques Logitech. Les consommateurs, si naïfs qu’ils soient, ne le sont pas au point de croire qu’un produit électronique serait meilleur parce qu’il est plus cher ou qu’il provient de telle ou telle filière. L’électronique est entrée dans les mœurs et chacun sait que le moins-disant dans ce domaine tient aussi bien la route que les autres.
Alors que la mécanique a toujours conservé son aura mystérieuse et que l’on peut plus facilement accepter des différences de prix justifiées par des différences de qualité.
Je pense que ftikai est dans l’ironie
24 octobre 2013 à 17h56 #420002295347francoisb
MembreJe ne sais pas : certains sont bien prêts à payer plus pour avoir une pomme !
24 octobre 2013 à 18h01 #420002295348Kerangaro
MembreC’est vrai que quand on voit les cotes actuelles des mécaniques de base, en neuf comme en occaz, (et pas que chez Roro) :
ça sent la grosse « bulle »
24 octobre 2013 à 18h03 #420002295349Aquanaut
Membre- francoisb a écrit:
- Je ne sais pas : certains sont bien prêts à payer plus pour avoir une pomme !
En effet, à plus de 900 € le 5S 64G, C’est un marqueur social
Il y a un millier de choses auxquelles il est bon d’échapper et certaines autres contre lesquelles on ne veut pas lutter24 octobre 2013 à 18h10 #420002295350Kerangaro
MembreComme toute mode, il est possible que celle des montres mécaniques s’essouffle bientôt et que l’horlogerie traditionnelle se casse méchamment la margoulette.
Toutes ces sommes investies dans des bijoux perdant toute valeur… Imaginez !Les roro et autres superbes omega seraient vendues pour une bouchée de pain, ou désossées pour être vendues au poids des matériaux…
A l’image de ces goussets répétition minute d’un autre temps qui, invendus, finissent aujourd’hui à la fonte !
Sic transit gloria mundi !
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