Etude de la radioactivité d’une Sturmanskie Type-I

FORUMAMONTRES › Forums › Forum de discussions sur les montres vintages et sujets techniques › Etude de la radioactivité d’une Sturmanskie Type-I

15 sujets de 1 à 15 (sur un total de 33)
  • Auteur
    Messages
  • #410000155920
    Aristeee
    Membre

    Bonjour à tous,

    Il y a deux mois, j’ai commandé une Sturmanskie Type I sur un site aux enchères russes. Un modèle assez emblématique de l’horlogerie Russe qui était offert exclusivement aux pilotes de l’armée de l’air soviétiques. Elle est notamment réputée pour être la première montre à aller dans l’espace, au poignet du célèbre Yuri Gagarin.
    Petite spécificité pratique pour l’authentifier : elle est radioactive. En effet, à cet époque (années 50s), les aiguilles et chiffres de nombreuses montres et réveils étaient peints au radium pour permettre de lire l’heure dans le noir. (Le luminova n’ayant pas été encore inventé à l’époque et les dangers de la radioactivité étant bien méconnus). La plupart des cadrans des cockpits d’avions étaient aussi peints de la même façon. Les pilotes d’avions de chasse entre l’altitude de vol qui les rends plus vulnérables aux radiations cosmiques, leurs cadrans et leur montre radioactifs étaient donc bien exposés !

    Etude de la radioactivité d'une Sturmanskie Type-I Screen12
    Etude de la radioactivité d'une Sturmanskie Type-I Screen13

    Lorsque j’ai finalement reçue la montre après quelques semaines d’attente, celle-ci est restée un moment sur le balcon le temps que je me renseigne sur la meilleure façon de la stocker en toute sécurité.

    Après quelques prises de contact avec des personnes qualifiées, une collègue Conseillère en Radioprotection, Françoise, a accepté de venir chez moi pour mesurer la radioactivité de la montre et me donner quelques conseils de stockage ; conseils que j’ai jugé opportun de partager avec vous, tant j’ai eu du mal à trouver des informations claires à ce sujet.

    Les types d’exposition :

    Françoise m’explique d’abord qu’il y a plusieurs façons d’être exposé à la radioactivité :
    Une exposition par radiation : la matière radioactive émet des rayonnements plus ou moins importants qui vont affecter la matière environnante. Une exposition à des doses élevées représente un risque pour la santé … mais aussi une exposition longue à des doses faibles, la durée d’exposition jouant aussi un rôle essentiel (nous y reviendrons).

    Une exposition par contamination : il y a un risque d’ingestion de la matière radioactive en portant les mains à la bouche après avoir manipulé un objet dont la surface a été contaminé. Il est particulièrement difficile d’être précautionneux car la peinture au radium à la fâcheuse tendance de se désagréger en une poussière très volatile que vous risquez de disséminer ou d’inhaler si vous décidez d’ouvrir votre montre radioactive. Le radium se transforme aussi en radon, un gaz qui peut être inhalé et qui se fixe ensuite sur les parois pulmonaires. Dans notre cas, c’est l’exposition par contamination qui comporte le plus de risque car même si la quantité absorbée est faible, le temps d’exposition lui est très long et la protection très restreinte, vos organes étant directement soumis aux radiations.

    Quelques notions fondamentales pour comprendre l’étude qui va suivre :

    Il existe 3 principaux rayonnement radiatifs, tous ionisants :

    • Les rayonnements alphas sont stoppés par une feuille de papier (et donc par votre peau). Toute la dose sera déposée en surface de la peau ou de l’organe contaminé.
    • Le rayonnement beta pénètre plus en profondeur que le rayonnement alpha. Il peut être stoppé par une feuille d’aluminium, du plexiglass ou du verre (quelques millimètres suffisent selon l’énergie). Il dépose de la dose surtout en fin de parcours.
    • Le rayonnement gamma est beaucoup plus pénétrant. Il sera difficile à bloquer sans blindages spécifiques. Il dépose de la dose tout au long de son parcours, aussi bien en surface qu’en profondeur.

    Les rayonnements ionisants sont mesurés à l’aide d’un radiamètre qui est capable de mesurer la « dose » reçue. Elle est définie comme l’énergie déposée par unité de masse par un rayonnement ionisant (J/kg). Elle est cumulative ce qui explique qu’une longue exposition à une faible dose et toute aussi dangereuse voir plus dangereuse qu’une courte exposition à une plus forte dose. L’unité de dose est le Sievert (Sv). L’unité du débit de dose est le Sv/h.

    Deux ordres de grandeur à retenir:

    • La réglementation française fixe à 1 millisievert (mSv) par an la dose efficace maximale admissible (corps entier) résultant des activités humaines en dehors de la radioactivité naturelle et des doses reçues en médecine. On l’appellera vulgairement « dose limite corps » dans la suite de l’article.
    • Quand on manipule des objets radioactifs, la distance est minimale avec les doigts. Il existe donc une limite de dose extrémités qui tient compte du fait que les tissus qui constituent nos doigts sont moins sensibles aux radiations que les organes internes, les yeux ou la moelle épinière par exemple). En France, pour le public,la limite est fixée à 50 mSv/an au niveau des extrémités. On l’appellera vulgairement « dose limite extrémités » dans la suite de l’article.

    Il existe 3 principes de radioprotection pour se prémunir des effets de la radioactivité :

    • Temps d’exposition : en limitant le temps d’exposition on limite la dose reçue
    • Distance : La dose reçue diminue fortement lorsqu’on s’éloigne de l’objet radioactif
    • Blindage : Comme vu précédemment, certains blindages permettent de bloquer certains types de radiations.


    Examen de la Sturmanskie Type I
    Mesure de la radioactivité ambiante
    Une première mesure de la radioactivité ambiante est réalisée en pointant le radiamètre dans l’air (le plus loin possible de la montre). On obtient entre 0,10 et 0,15 microSieverts/h ce qui semble normal.

    2) Ou est la montre ?
    Lorsque j’ai reçu la montre, j’ai préféré la laisser dans son carton d’emballage. Le vendeur avait publié des photos de la montre ouverte, il était donc possible que l’emballage ait été contaminé. On commence donc l’examen par une mesure de la dose de radioactivité à travers le carton. Ma collègue arrive ainsi à localiser la position de la montre en se basant uniquement sur ses émissions.

    Etude de la radioactivité d'une Sturmanskie Type-I Img_2032
    Etude de la radioactivité d'une Sturmanskie Type-I Img_2033

    On obtient 0.96 microSieverts/h lorsqu’on pose le radiamètre au milieu le carton. En le déplaçant sur la paroi, on parvient à trouver la position de la montre caractérisée par un pic de 5 microSieverts/h dans le coin supérieur gauche.

    Cela nous offre quelques indices sur la nature des radiations : il y a émission de rayons beta et/ou gamma. Si la montre n’émettait que des rayons alphas, ceux-ci seraient complètement bloqués par le carton et nous ne mesurerions pas de radioactivité.

    3) Mesure des faces de la montre
    On mesure ensuite les deux faces de la montre

    Etude de la radioactivité d'une Sturmanskie Type-I Img_2034

    Côté fond, la radioactivité est de 3,25 microSieverts/h. Par rapport à la limite de 50mSv/an au niveau des extrémités, on est plutôt safe car cela reviendrait à porter la montre 641 jours en 1 an.

    Etude de la radioactivité d'une Sturmanskie Type-I Img_2035

    Côté aiguille, c’est une tout autre histoire. Nous mesurons une dose de 140 microSieverts/h. La dose limite corps est atteinte en 7h. Bien sûr, cela implique d’avoir son corps collé à la vitre de la montre … mais pour une personne qui dormirait la montre au poignet la dose limite pourrait être atteinte en quelques nuits de par la proximité de la face aiguilles et du visage.

    4) Contamination de surface
    Cette étape permettra de vérifier si la montre a été contaminée lors de l’ouverture réalisée par le précédent propriétaire, c’est à dire si des poussières se sont déposées sur la surface de la montre.
Pour cela, on frotte la montre avec un tissu non peluchable en réalisant des mouvements concentriques sur toute la surface extérieure de la montre. On s’éloigne ensuite de la montre pour ne pas parasiter les mesures et on place le radiamètre contre le tissu.

    Etude de la radioactivité d'une Sturmanskie Type-I Img_2036

    On mesure une dose de 0.13 microSieverts/h ce qui équivaut à la dose ambiante. La surface de la montre n’est donc pas contaminée.

    5) Distance de sécurité
    Comme nous l’avons vu précédemment, une façon de se protéger de la radioactivité est de mettre de la distance entre nous et l’objet radioactif. Lors de cette étape, nous mesurerons la distance nécessaire pour que la dose reçue par le radiamètre atteigne une dose recevable par le public, fixée légalement à 0,5 microSieverts/h.

    Etude de la radioactivité d'une Sturmanskie Type-I Img_2037

    50 cm suffisent pour atteindre ce palier. Ce n’est pas très étonnant que la distance soit courte car la dose reçue diminue à l’inverse du carré de la distance.

    6) Blindage
    Etude de la radioactivité d'une Sturmanskie Type-I Img_2030

    D’après les précédentes mesures, il parait donc dangereux de porter la montre et tout aussi dangereux de l’exposer car il est difficile de maintenir une zone de sécurité de 50 cm. La dernière solution est d’utiliser un blindage pour pouvoir exposer la montre sans risque. Nous essayons donc de déposer la montre dans ma vitrine. Il y a donc une paroi en verre de 4/5 mm entre la montre et le radiamètre.
On mesure alors un taux de 0,13 microSieverts/h. Le blindage en verre permet donc de bloquer les émissions radioactives. Ce test nous permet aussi d’affirmer qu’il n’y a pas, ou peu, d’émissions de radiations gamma qui, elles, auraient traversées la vitre.

A noter, qu’en mettant la montre en fond de vitrine, vitre ouverte, on mesure 0.75 microSieverts/h ce qui est déjà relativement safe.

    Conclusion
    Cette étude nous montre qu’il y a bel et bien un danger à collectionner des montres radioactives. Si vous possédez un tel objet chez vous, la recommandation numéro 1 et de le stocker dans une boite en métal, avec un écriteau précisant que le contenu et radioactif, le mettre hors de la portée des enfants et de prévenir toutes les personnes de votre foyer que vous stockez cet objet et qu’il représente un danger.

    Bonus
    Il y a quelques mois, j’ai acheté une montre gousset en brocante. Une fois ouverte sur mon établi, j’ai été intrigué par la couleur bronze de la peinture … et j’ai rapidement compris mon erreur. La montre était probablement radioactive. La peinture était bien abimée, plutôt désagrégée par endroits. Je l’avais donc mis immédiatement de côté.
J’ai profité du test de la Sturmanskie pour faire tester cette montre. Mes soupçons se sont révélés corrects : 9microSieverts/h face à la vitre et 50 microSieverts/h lorsqu’on retire la vitre (Montre démontée).

    Conclusion bis
    Faites attention à vos achats en brocante. Maintenant que je suis un peu plus attentif au phénomène, je remarque de nombreux réveils potentiellement radioactifs sur la plupart des vide-greniers. Ces derniers attirent toujours l’œil des acheteurs car « cela leur rappelle le réveil de leur grand-mère » et ils ont souvent un vrai charme du vintage. Posé sur votre table de chevet à proximité de votre tête, il y a un vrai danger sur le long terme. Et si jamais vous ou votre enfant cassez le réveil ou souhaitez le réparer le jour où il vous fera défaut, le danger est encore plus important !

    Un grand merci à Françoise pour l’examen de ces deux montres et pour ses précieux conseils. Elle a aussi relu et complété cet article.

    #420004886656
    Xaipe
    Membre

    Bienvenue sur FàM Aristee,

    c’est bien la première fois que je lis une approche rationnelle de ce sujet de rayonnements. Bravo pour ce CR et les conclusions relatives faites sur la base de cet objet.

    Ces conclusions varieront selon la qualité de peinture de l’objet (certaines montres meilleur marché contenaient moins de matière coûteuse de radium).

    Toutefois je suis surpris du rayonnement émis côté verre, la littérature existante semblait montrer que le plexi suffisait à contenir une grande partie du rayonnement. Quid d’un verre sur des montres type poilu ? il serait intéressant de tester.

    ensuite à chacun de prendre son niveau de responsabilité face à ce type de rayonnements.

    merci encore Chinois

    _________________

    _________________
    Avez-vous coché toutes les cases ?

    #420004886657
    Faz
    Membre

    Tout d’abord bienvenue sur FàM Etude de la radioactivité d'une Sturmanskie Type-I Xyxwave_

    Et bien, pour un premier message tu fais très fort.
    Ce reportage argumenté et détaillé est très intéressant et instructif.
    Merci beaucoup Chinois

    Même si je ne suis pas concerné (pas de montre au tritium), je suis également surpris de la radio-activité côté verre pale

    #420004886658
    Xaipe
    Membre

    La c’est du radium, le tritium est moins émetteur

    _________________

    _________________
    Avez-vous coché toutes les cases ?

    #420004886659
    Faz
    Membre

    Ah oui je comprends mieux, j’avais lu de travers.
    Merci pour la correction Chinois

    #420004886660
    Saturne
    Membre

    Merci pour cet intéressant compte-rendu.

    C’est toujours bon de rappeler que ces vieilles montres et réveils au Radium ne sont pas sans présenter un certain danger qui, quoique mesuré, est à prendre en compte sérieusement.

    #420004886661
    Milannimes
    Membre

    Merci pour ce dossier. thumright

    Il faut toutefois relativiser le danger: des générations de nos ancêtres (y compris moi) ont porté ces montres et à l’armée, on utilisait nos montres pour s’assurer que les compteurs Geiger fonctionnaient !

    Si ça a réduit notre durée de vie, c’est beaucoup moins que les conditions de vie « safe » actuelles ! Etude de la radioactivité d'une Sturmanskie Type-I Blunt_gi

    #420004886662
    Lichou
    Membre

    Edit
    Je n’avais pas lu jusqu’au bout et je suis étonné qu’il faille s’éloigner de 50 cm pour descendre à 0,5 micro Sv / heure mais ok si telle est la mesure

    #420004886663
    isosta
    Membre

    m’en fous !
    je continuerai à les sniffer et je garderai mon joli hâle toute l’année ! What a Face

    plus sérieusement collectionner ce type de montre si cela veut dire retirer tout le radium du cadran et des aiguilles
    mieux vaut alors collectionner autre chose !

    hasard quand tu nous tiens ! il y a la même en vente sur le cda relumée … à la truelle ! ou comment ruiner une belle montre Twisted Evil

    Isosta

    #420004886664
    buitonni
    Membre
    isosta a écrit:
    m’en fous !
    je continuerai à les sniffer et je garderai mon joli hâle toute l’année ! What a Face

    plus sérieusement collectionner ce type de montre si cela veut dire retirer tout le radium du cadran et des aiguilles
    mieux vaut alors collectionner autre chose !

    hasard quand tu nous tiens ! il y a la même en vente sur le cda relumée … à la truelle ! ou comment ruiner une belle montre Twisted Evil

    Isosta

    Hello tout le monde,

    Je m’en contrefous également… D’autant plus que c’est mon horloger qui les ouvre, c’est donc lui qui prend les risques ! Vous pensez bien que je n’ai pas de considération particulière pour ces « petites mains » qui œuvrent pour maintenir en état de fonctionnement mes garde-temps…

    J’espère toutefois que ce dernier ne lira pas ce message…

    Mr. Green Mr. Green

    #420004886665
    raynew
    Membre

    Je me souviens de plusieurs débats concernant ce problème sur FAM.
    On retrouve certains protagonistes sur ce fil.
    L’approche méthodique de cette expérience nous donne enfin une réponse objective et je vous en remercie.
    Mais je garde quand même mes centrales nucléaires à mon moignon.

    #420004886666
    totolouga
    Membre

    Viens vivre en Finistere et tu seras soumis a bien plus de radiations. Excuse moi mais ce qu’elle te raconte est de la branlette pour newbie. Ca me fait penser aux discours des escrolocs…..

    Quand tu prends l’avion tu encaisses bien plus de radiations qu’avec une simple tocante (et de l’avion j’en fais beaucoup).
    Prochain episode la mesure 5G ? Ou le bruit d’un moulin a vent qui enfluence par sa frequence la qualite du lait de ma voisine la Holstein?

    Franchement arretez avec ceci c’est decridibilisant voir debilisant. Merci.

    Et mon beau-pere horloger durant 60 ans a vecu au milieu des aiguilles radioactives sans souci jusqu’a peu…..

    #420004886667
    Xaipe
    Membre
    totolouga a écrit:
    Excuse moi mais ce qu’elle te raconte est de la branlette pour newbie. Ca me fait penser aux discours des escrolocs…..

    une petite tisane de verveine ? (sans radionucléides)

    _________________

    _________________
    Avez-vous coché toutes les cases ?

    #420004886668
    totolouga
    Membre
    Xaipe a écrit:

    une petite tisane de verveine ? (sans radionucléides)

    Allez Xaipe, servez moi plutot un ballon de picon.

    Sujet interessant comme tu dis mais je mets en doute le protocole de mesure ou alors les limites fixees sinon quasi tous les gens portant des montres entre 1920 et 1980 seraient morts de leucemie ou maladie similaire. Et que dire des horlogers? Ils auraient perdus la vue, la peau brulee car la distance avec la loupe est proche du contact.

    Ah oui chez moi j’ai une montre de MIG29 radioactive, heureusement je ne sais pas quoi en faire et elle reste dans mon garage.

    #420004886669
    Xaipe
    Membre

    Je ne suis pas spécialiste mais la limite d’exposition annuelle n’est pas celle qui va nécessairement déclencher des pathologies une fois dépassée.

    Les recits de grosses expositions (tchernobyl, projet manhattan, explosions) montrent que les pathologies sont graduelles selon l’exposition (maladies cardiaques à long terme par exemple ou alors mort rapide a de très fortes expositions)

    Le fait d’avoir mesuré et reporté des rayonnements avec un dosimètre ne me choque pas particulièrement. C’est factuel. Après chacun est responsable de l’usage qu’il veut faire de ces objets.

    Mettre la démarche ci dessus en doute c’est un peu comme faire un procès d’intention aux statisticiens d’accidentologie routière en croyant qu’ils veulent faire interdire les voitures…

    _________________

    _________________
    Avez-vous coché toutes les cases ?

15 sujets de 1 à 15 (sur un total de 33)
  • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.