FORUMAMONTRES › Forums › FORUMAMONTRES › Actu:Comment l’horlogerie française peut-elle se relancer? L’émission d’Europe1
- Ce sujet contient 22 réponses, 12 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par
herge81, le il y a 7 années et 11 mois.
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5 novembre 2018 à 19h48 #410000135551
ZEN
Membre- Citation :
- Le made in France dans le domaine de l’horlogerie est en difficulté. Malgré tout, la France possède un savoir-faire reconnu en la matière et doit le mettre en avant afin de reconquérir les consommateurs.
LA FRANCE BOUGE
Si le marché de l’horlogerie en France a repris une croissance de 4% en 2017 après une chute de 6% en 2016, l’horlogerie française est, elle, en grande difficulté. « Le consommateur aime le made in France, aime les marques françaises, mais n’achète pas français », analyse Aymeric Vernhol, dirigeant de Pequignet et invité de Raphaëlle Duchemin sur Europe 1, lundi.« On est passé de 50.000-60.000 emplois à environ 2.000. » C’est une filière « très particulière », admet Florian Chosson, fondateur de Routine : « Tous les fabricants ont été, et le sont toujours aujourd’hui, très mono-produit. » En caricaturant, « un fabricant = un savoir-faire = un composant ». Et beaucoup de filières de production n’ont pas survécu aux années 70, période depuis laquelle le marché est à la peine. « On est passé de 50.000-60.000 emplois à l’époque à environ 2.000 aujourd’hui », précise Florian Chosson.
L’explication à cela peut venir du fait que les horlogers français ne s’adressent pas directement à leurs consommateurs, par manque de moyens. « Nous, petites entreprises, on met tout sur le développement », au détriment du marketing, explique Aymeric Vernhol. Résultat, la concurrence étrangère, venue de Suisse notamment, a pris le dessus. Les collectionneurs connaissent le savoir-faire français en la matière mais les clients lambda, eux, ont tendance à se tourner vers des marques étrangères reconnues.
Voir la video
http://www.europe1.fr/economie/comment-lhorlogerie-francaise-peut-elle-se-relancer-3794027
5 novembre 2018 à 19h54 #420003980112ZEN
MembreDommage que le vrai sujet ne soit pas traité dans cette rubrique, il y avait tant à dire…
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).5 novembre 2018 à 21h03 #420003980113ZEN
MembreJe vais essayer de m’expliquer mais je sais que ça va faire grincer.
D’abord, on peut dire que jusqu’à la première guerre mondiale, tout va à peu près bien pour l’horlogerie française et puis la guerre transforme la demande d’abord en faisant passer la montre de la poche au poignet mais sur ce point, les Français ont suivi le rythme. Là où les choses se sont compliquées, c’est quand les Suisses « neutres » se sont mis à livrer les armées. Les Suisses ont du répondre à une demande massive du monde entier et ont livré les Alliés comme l’Allemagne. L’horlogerie française a perdu en notoriété et l’horlogerie suisse reconnue par les armées lui a fait un peu mal d’autant que l’armée française s’est aussi fournie en Suisse pour des pièces de qualité.
Dodane, Airin, Breguet, Leroy, LIP, Crétier, sont entrés en concurrence auprès de nos propres armées avec Ulysse Nardin, Longines et quelques autres.
Les Suisses livraient outre leurs montres, leur laiton horloger pour fabriquer des obus et certaines maisons horlogères en ont profité pour devenir des consortiums d’armement. Les Anglais garantissaient la neutralité suisse bien sûr … Les Français voyaient les laitons réquisitionnés par l’Etat et ne recevaient finalement que peu de commandes de leur propre armée et pratiquement aucune des autres armées.
Une fois la guerre terminée, les Suisses étaient florissants car certains n’avaient jamais fait des chiffres d’affaires aussi élevés que pendant la guerre et en France, on comptait les morts, les handicapés et l’horlogerie n’avait pas forcément les investisseurs pour réinvestir dans l’horlogerie car il y avait d’autres secteurs prioritaires dans un pays détruit pendant que les Suisses n’avaient pas été touchés.
L’horlogerie française a raté un premier palier mais ce n’était pas de sa faute… la communication de LIP par exemple était pourtant excellente pendant et après la guerre.
Entre les deux guerres, les maisons qui ont survécu se sont soit effondrées faute d’investissement, soit étaient trop isolées pour avancer. L’horlogerie de Cluses par exemple s’est tranquillement éteinte.
La crise de 1929 a achevé les survivants et seul le Doubs est resté horloger avec LIP en tête.
La seconde guerre mondiale va à nouveau faire privilégier les Suisses. Le pays neutre livre des deux côtés en toute neutralité, horlogerie, laiton, matériel de guerre. On s’entretue avec du swiss made. Les montres phares sont commandées aux Suisses pour des raisons politico-économiques que la seule qualité suisse ne suffit pas à expliquer. A nouveau, l’horlogerie pratique deux métiers dont l’horlogerie et la fourniture de choses diverses.
L’horlogerie française est à genoux et les Français commandent aussi des montres en Suisse et en France. L’Etat français ne priorise pas son horlogerie.
L’après guerre connait de beaux succès comme celui de Yema, une marque dynamique et très offensive. Ce sera une belle réussite mais les Suisses pilonnent ! Quand on n’a pas subi deux guerres c’est plus facile. L’horlogerie américaine qui s’est consacrée aux livraisons aux armées s’effondre, l’horlogerie allemande vacille, l’horlogerie suisse est en pleine santé. Elle n’a pas interrompu ses investissement pendant la guerre et au contraire les actionnaires ont gagné beaucoup d’argent avec un personnel toujours là …
Le coup de grâce viendra du quartz. Certes Fred Lipmann n’est pas un gestionnaire hors pair et il va connaitre de graves difficultés, la communication des marques françaises est très bonne, cf les pub de LIP ou Yema, mais les marques n’ont pas assez développé l’exportation. La dépendance à l’égard du seul marché français est un mauvais calcul. Yema est pourtant félicité pour ses exportations mais c’est insuffisant.
La suite est faite d’atermoiements, de tergiversations, de personnel qualifié qui part en Suisse où les salaires sont plus élevés mais on y paie moins les frontaliers que les Suisses et surtout, on y capte les savoir faire, développeurs, ingénieurs … Notre savoir faire a passé la frontière. Certaines marques ont 75% du personnel qui est français !
Ce que les Suisses ont de plus que nous ? la fiscalité plus faible, les charges plus faibles, la souplesse de l’emploi et sa flexibilité, un droit social quasi inexistant, des investisseurs qui s’y cachent, des banques qui osent investir l’argent des étrangers, une monnaie qui ne s’encombre pas de contraintes globalisées, moins d’habitants et la main d’oeuvre sans les services publics qu’on continue à financer en France, pas de cantines scolaires etc …. Un pays plus petit où les transports sont plus faciles à organiser, moins de dépenses publiques avec moins d’attente des contribuables…
On ne peut résumer la relance de l’horlogerie à Routine ou Péquignet. On sait bien ici en particulier qu’il y a bien d’autres marques… On sait aussi que les Suisses craignent un peu de ces nouvelles maisons. Il n’y a pas de guerre ou de concurrence. Même si la Suisse est hors CEE, il y a globalement un bassin horloger et la France y reprend pied.
Voilà ce qui manque dans cette vision diffusée sur Europe1 !
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).5 novembre 2018 à 21h23 #420003980114Chronographe
MembreTrès intéressant ce résumé de l’horlogerie franco-suisse
5 novembre 2018 à 21h31 #420003980115Razgriz
MembreOui enfin, les Suisses ne faisaient quand même pas trop les mariolles pendant la crise du quartz. N’oublions pas qu’ils ont eu la ressource et le talent pour en sortir, et que tout n’est pas le fruit des deux guerres.
Les fleurons horlogers français qui, comme tu l’expliques, avaient repris du poil de la bête post-2GM et ensuite été à la pointe de l’innovation sur certains domaines (Lip était dans les précurseurs de l’électro-magnétique avec Bulova si je ne m’abuse) ont terminé en montres d’abonnement dans les 80s, pour grossir le trait. Les Suisses, s’ils n’étaient pas forcément en avance sur nous en termes de nouvelles techno, ont su se relever via SUAG, dont on connaît l’épopée.
Les facteurs socio-économiques, les avantages comparatifs, que tu évoques ont sans aucun doute permis aux Suisses de prendre le coche pour arriver où ils sont aujourd’hui, mais tout ne s’explique pas par cela ou par le retard des deux guerres, amha.
Quand on fait de l’horlogerie depuis le XVIIeme, je crois qu’on a dans l’ADN ce qu’il faut pour la maintenir au top mondial. Je ne dis pas qu’on a pas de savoir-faire ancien, mais reconnaissons que c’est leur spécialité. Nous, nous en avons d’autres. Souhaitons tout de meme que la France retrouve la place qu’elle a tenu et peut de nouveau tenir sur le marché.
6 novembre 2018 à 0h06 #420003980116Amphibia110
Membrebof… made in France, suisse, Allemagne, japon, chine, russie, …
Si la montre est belle et répond a mes critères de fiabilité et de prix, je me fiche royalement qu’elle soit fabriquée à besancon, chistopol ou la chaux de fond…
6 novembre 2018 à 0h49 #420003980117Razgriz
MembreTes deux critères restent très corrélés à la provenance géographique il me semble
6 novembre 2018 à 1h27 #420003980118Amphibia110
Membre- Razgriz a écrit:
- Tes deux critères restent très corrélés à la provenance géographique il me semble

pas trop. C’est pour cela que je dis « mes » critères de fiabilité. Tiesn, prends une vostok. C’est pas tres precis, pas du tout meme. Mais c’est indestructible. et meme si tu arrives a tuer le mouvement, ca te coute presque rien a changer… pour moi, ca rentre dans mes critères…
Les « venus » russes ou chinois, sont semblent ils moins fiables… mais le « ambre » est parait il pas mal. Eta est top et pas trop cher. Les mouvement japonais sont tres bien (ma skx013 est unbreakable)…
donc, ca vient un peu de partout…
6 novembre 2018 à 3h37 #420003980119Razgriz
MembreBeh du coup c’est corrélé, puisque les prods de tel pays ont telle qualité ou tel défaut…
6 novembre 2018 à 4h01 #420003980120Leopal
MembreOn peut aussi rappeler que la moitié des employés de l’industrie en Suisse sont français, j’ai l’occasion d’en rencontrer beaucoup, partout.
Et il faut, par exemple, parler français pour être embauché chez Rolex. Condition impérative.
6 novembre 2018 à 5h04 #420003980121MaitreRobinton
MembreIl est effectivement utile de rappeler à quel point la Suisse a profité des 2 guerres mondiales, et notamment de la seconde.
Beaucoup a été écrit sur le sujet, même s’il est de bon ton de ne pas évoquer le rôle de la Suisse comme banquier de l’Allemagne Nazie. Rôle trouble qui s’est poursuivi après guerre sur le thème de la restitution des biens spoliés. Pas de quoi être fier.
Quoiqu’il en soit, tout cela n’est vieux finalement que de 70 ans, mais ajouté à une législation bancaire très accommodante ( décidément…) explique tout de même une large part de la prospérité actuelle de ce pays, qui a tout fait depuis pour conserver une certaine stabilité politique (à peine entamée par les exigences de transparence fiscale et de parité monétaire).
Dans un contexte de compétition horlogère internationale où la Suisse avait déjà pris une position confortable avec l’immigration Huguenote, 2 accélérateurs économiques successifs lui ont sans doute permis de conforter une avance (sous forme de notoriété et de force de frappe commerciale) qui reste difficile à remonter pour les autres. En cela, je suis assez d’accord avec l’analyse de ZEN.
6 novembre 2018 à 5h42 #420003980122Invité
MembreLes explications lointaines, relatives aux guerres, je n’y crois pas vraiment.
Il ne faudrait pas oublier que la Suisse, ça semble utile de le rappeler, est un tout petit pays, un nain au milieu des nations.Aujourd’hui, on évoque la détresse de l’horlogerie Française,
mais demain, on pourra évoquer la même chose pour ce qui relève de l’Intelligence artificielle.Cinq pays au monde bossent sur l’IA, les USA, Israël, la Chine, et le Japon … et la Suisse,
et pourquoi donc, eux ? et pas nous ?ça n’a strictement et totalement rien à voir avec un passé de guerres mondiales.
Pourquoi donc, l’Europe à laquelle nous appartenons ne vit que de waterloo industriels les uns après les autres, étrangement absente de tous les défis à venir,
c’est la seule vraie question à laquelle on doit répondre, car l’horlogerie n’est qu’une petite illustration, bien réelle toutefois, de ce qui ne va pas dans nos pays.
6 novembre 2018 à 6h12 #420003980123Razgriz
MembreJacno, je te rejoins sur la désindustrialisation qui affecte certains secteurs mais tout n’est pas noir pour autant. Bien sûr que nous travaillons sur l’intelligence artificielle, c’est simplement qu’il est impossible que nous rivalisions avec les US ou la Chine, ne serait-ce que parce que notre pays fait la taille d’une agglomération asiatique, ou que la capitalisation d’Apple fait un peu moins de la moitié de notre PIB.
Les efforts véhicule autonome chez PSA et Renault, la position de leader européen de la cybersécurité des comptes critiques du groupe Thales, les investissements dans les startups de l’IA qui se chiffrent à 450MEUR en 2017 (2nd rang européen derrière le UK) et j’en passe…

Fin du HS
6 novembre 2018 à 8h53 #420003980124LUDOSTER
MembreTrès intéressant!
Pour Pequignet, je ne trouve pas la gamme très adaptée en terme de diamètre pour des montres dite élégantes, en tout cas c’est pour cela que j’ai revendu ma Rue Royal.
On voit beaucoup de marques adapter leurs propositions à la demande, en terme de diamètre, de design néo-vintage, etc. Il y a quelques exemples sympa, Yema propose des choses qui semblent séduire, Lip réédite de beaux modèles mais la fiabilité/qualité n’est pas là, etc.
Je suis Français et j’aime acheter Français, c’est même un critère, ça me coûte souvent plus chère, mais c’est important pour moi. Mon travail consiste à valoriser le travail de caloborateurs réalisé par des salariés Français. Mais il faut aussi que l’offre ou le produit me séduisent, du côté de l’offre en horlogerie Française en ce moment il y a peu de choses qui me plaisent.
6 novembre 2018 à 9h43 #420003980125TimeOut
MembreJe me souviens d’un post d’une vidéo effarante des 60´s dans laquelle le patron de kelton (20 millions de montres/an de mémoire) faisait preuve d’un mépris intersidéral envers ses ex-distributeurs horlogers, se vantant de distribuer desormais dans les bistrots et portant un jugement sur sa main d’oeuvre locale et « atavique » (dixit) qui lui vaudrait aujourd’hui de se voir lyncher sur la place publique.
Dans le genre « je n’ai pas de conscience de ce que je fais, d’ou je viens, ou je vais et grace a qui » c’est iconique…..
On connait la suite….et qui en a payé le prix….
T. -
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