FORUMAMONTRES › Forums › FORUMAMONTRES › Et dans 100 ans que restera–t-il ? Témoignage
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nietsnie, le il y a 9 années et 2 mois.
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9 août 2017 à 23h14 #410000128305
ZEN
MembreOn est en 1898 (je cite cela de mémoire) mais je n’ai pas retrouvé la source que j’ai égarée. Bref, nous sommes en 1898 à bord d’un navire militaire anglais. On se dirige au sextant et au chronomètre de marine. Le chronomètre est un modèle anglais de Thomas Mercer. Le navire est parti pour 15 jours en mer et doit faire une escale dans une zone pleine de récifs au nord de l’Ecosse. Un officier a de manière très précise dans sa mission de remonter le chronomètre de marine et de s’assurer de son bon fonctionnement 4 fois par jour. Les horaires sont réglementairement fixés toutes les 6 heures.
Le cinquième jour, à 2 heures du matin, l’officier a l’impression que la trotteuse du chronomètre est comme ralentie et qu’elle sautille. Il se rassure en regardant le cadran plus de 30 secondes et ne note rien. Il pense à une illusion d’optique due à l’éclairage. Il part se coucher mais à 4 heures, alors qu’il ne trouve pas le sommeil, il retourne vers le chronomètre de marine. L’instrument est arrêté à 2 h 45 du matin, sa réserve de marche est au deux tiers. Il file informer le capitaine du navire qu’il réveille. Ce dernier se déplace et constate l’arrêt de l’instrument. Il le soulève et le secoue. Il ne repart pas. Il le fait tourner sur lui-même et le chrono repart. Les deux officiers conviennent qu’ils regarderont à 6 heures s’il fonctionne.
A six heures précises, ils se retrouvent devant le chronomètre qui fonctionne tout à fait normalement mais qui ne donne plus l’heure. 4 officiers ont des montres personnelles mais à 2 minutes près, il est impossible de savoir laquelle est à l’heure. Le capitaine entend bien l’un de ses officier expliquer que sa montre restait très précisément à l’heure du chronomètre mais celui-ci était-il resté à l’heure exacte. Sa panne avait-elle eu des conséquence sur la marche. L’officier explique qu’il avait réglé sa montre au départ sur une horloge de l’amirauté qui était vérifiée et parfaitement à l’heure et que lors d’une mission récente, il a constaté que sa montre était au retour à un décalage de 2 secondes avec cette heure de référence malgré 10 jours en mer. Aucun autre officier ne peut attester de pareilles performances pour sa propre montre.
Le capitaine hésite et décide que la montre de l’officier sera la nouvelle heure de référence à bord et que le chronomètre de marine sera ajusté sur celle-ci. En cas de nouvel écart, il faudra se faire aider par un navire marchand mais en aucun cas, la mission ne pourra transiter par le lieu prévu. Après 2 jours, le chronomètre de marine et la montre sont parfaitement synchrones. Le capitaine rassuré laisse donc se dérouler la mission comme prévu.
Après le retour de mission, le chronomètre de bord est révisé. Aucun défaut n’est constaté, rien. Il est placé en observation et ne réembarquera jamais, il sera vendu bien plus tard. Les officiers en revanche, vont à Londres s’acheter une montre de la même marque que celle qui leur a sauvé la mise lors de la mission. C’est une montre anglaise. Les officiers seront déçus car aucune n’atteindra la précision de celle de leur collègue. C’est l’un des officiers qui raconta cette histoire. Il devint à son tour chargé de la surveillance des montres et raconta que la panne était sa hantise. Il embarquait toujours avec lui trois montres qu’il faisait régler régulièrement et aucune ne partageait à la seconde la même heure qu’une autre.
L’officier termina sa carrière lors de la première guerre mondiale. « On avait alors d’excellents chronomètres de bord, des pièces suisses et ils restaient calés avec les chronomètres de marine, cela était très rassurant ».
En 15 ans, l’horlogerie avait réussi à fiabiliser de manière quasi parfaite des instruments produits de manière industrielle. L’exercice s’avérera beaucoup plus difficile avec les mouvements des montres bracelets. Beaucoup plus petits, il fallu attendre les années 1950 pour atteindre des niveaux de performances à peine comparables aux chronomètres de marine produits 40 ans plus tôt. Certaines montres produites aujourd’hui avec des moyens considérables sont moins précises que ces pièces du début du 20ème siècle. Aucun silicium, téflon, acier associé au chrome n’a supplanté ces pièces de parfois 100 ans d’âge et qui tournent encore parfois à la seconde sur 8 à 10 jours. Cela traduit soit les compétences des régleurs de l’époque, soit la difficulté de faire des montres bracelets précises.
Les horlogers et ingénieurs d’aujourd’hui le savent, ces matériaux d’autrefois n’étaient pas mauvais du tout et il faut se méfier des premières impressions offertes par des matériaux promis comme infaillibles. Certains vieillissent plus vite que prévu. Ces vieux aciers et alliages de 100 ans, eux fonctionnent avec un recul incontestable. Cela vaut la peine de le souligner en se demandant ce qu’il restera de nos montres dans 100 ans.
9 août 2017 à 23h48 #420003656002Skyranger
MembreJ’adore tes récits qui pourraient ressembler à ceux que me faisaient mon grand-père il y a longtemps, et que j’écoutais d’une oreille distraite.
Ou l’oncle Paul, dans le journal de Mickey.Certes dans la mécanique le passé peut être mieux que le présent.
Mais certainement pas dans l’horlogerie.Car la mécanique de toutes façons c’est le passé, c’est risible en 2017 de mettre des milliers d’euros voire des dizaines de milliers d’euros dans un instrument obsolète, et qu’en plus des « précieuses ridicules » osent appeler « garde-temps ».
Ca ne garde que l’investissement, pour d’autres futures précieuses ridicules.Ma SEIKO Astron World Time a une dérive de 1 s/100.000 ans.
Elle est universelle, donc n’importe-ou sur la planète j’appuie sur un bouton quelques secondes, et l’heure locale s’affiche, par gps.
Elle est solaire, donc sans pile, sans remontage, juste de la lumière pour qu’elle fonctionne, plus de 6 mois une fois chargée, même dans le black-out.
Son calendrier est perpétuel, jusqu’en 2100 (je serais mort depuis longtemps).
Et en plus elle est belle!
Nous ne sommes plus en 1898, mais en 2017.
Même mon Astron est ringarde.
Je bosse en grande surface, les clients se promènent l’oreille collée à leur portable.
Ils n’ont pas besoin de montre.(et de toutes façons, vu leur niveau, il leur faudrait un SAV pour comprendre comment lire l’heure sur cet étrange objet du passé).
10 août 2017 à 7h54 #420003656003Lorenzo34
MembreMerci pour cette histoire, tout comme Skyranger, je me régale de les lire
Oui que restera t’il de notre période… Celle où il faut toujours gagner plus de temps, où tout va trop vite et où l’obsolescence règne. La frustration reste le carburant de cette course à la possession/consommation mais c’est un autre débat
Je crois que le quartz « noble » peut vraiment élargir sa clientèle dans les années à venir, ça peut être tant un choix pour la qualité/fiabilité de ces mouvements, que pour le côté économique de leur entretien. Il sera certainement encore là dans 100 ans
Il y a de grandes chances qu’un jour je craque pour une GS Quartz, pour leur histoire, leurs finitions, et les raisons précédemment évoquées.
10 août 2017 à 8h14 #42000365600420:100
MembreBonjour,
Histoire intéressante qui rappelle l’incroyable qualité des chronomètres de marine. A cette époque, qui était maitre du temps était quasiment maitre des mers. Il fallait aussi d’excellents cartographes.
Ceci étant, pour hiérarchiser les performances des des montres et des pendules, il faut se rappeler que le réglage est infiniment « plus simple » sur des « gros » objets statiques (ou quasiment) que sur des petits en mouvements.
Ce qui n’enlève rien aux fabuleuses performances des chronomètres de marine si l’on considère les moyens dont on disposait a l’époque de leur fabrication.
L’histoire parle de 1898 mais leur mise au point date de plus de 100 ans auparavant (1750 – 1800) avec déjà des précisions de moins de 5 secondes par semaine.V.
10 août 2017 à 8h24 #420003656005ZEN
MembreLes chronomètres de Marine de John Harrisson sont effectivement beaucoup plus ancien mais il a fallu plus d’un siècle pour les produire en série et encore étaient-ils assemblés un à un mais avec des pièces usinées et interchangeables. C’est là que fut aussi la grande révolution de l’horlogerie.
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).10 août 2017 à 8h37 #420003656006altoub
MembrePassionnant !
10 août 2017 à 8h45 #420003656007fdm44
MembreMerci Zen
pour ce Topic qui remet les pendules à l’heure
et fait bien relativiser le progrès.10 août 2017 à 9h12 #420003656008tom67
Membre
Merci pour ce post très intéressant comme toujours.Nos anciens savaient faire simple et efficace…
10 août 2017 à 9h12 #420003656009olivier2412
MembreSuperbe récit
Petite coquille, un zéro de trop, non ?
sont moins précises que ces pièces du début du 20ème siècle. Aucun silicium, téflon, acier associé au chrome n’a supplanté ces pièces de parfois 1000 ans d’âge et qui tournent encore parfois à la seconde sur 8 à 10 jours
10 août 2017 à 9h45 #420003656010ZEN
Membre- olivier2412 a écrit:
- Superbe récit
Petite coquille, un zéro de trop, non ?
sont moins précises que ces pièces du début du 20ème siècle. Aucun silicium, téflon, acier associé au chrome n’a supplanté ces pièces de parfois 1000 ans d’âge et qui tournent encore parfois à la seconde sur 8 à 10 jours
Oui, 1000 ans ça fait beaucoup… En l’an 900, le cadran solaire n’avait pas de balancier en Elinvar !
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).10 août 2017 à 10h00 #420003656011isosta
MembreHistoire intéressante qui me fait penser à Apollo XIII et les Speedmaster
qui ont permit le retour sur terre de la mission après la panne des équipements de bord
et on valu à Oméga la reconnaissance de la Nasa sous forme « canine » (Snoopy award)Isosta
10 août 2017 à 10h14 #420003656012michelro67
MembreDans ce genre de sujet évoquant l’avenir du produit horloger je vois toujours au moins deux « volets »:
– volet technique. La messe est dite: prise sous l’angle d’objet qui a pour fonction de donner l’heure, même une Rolex avec son récent 2s/jour de tolérance est ridicule à coté de la Seiko Astron de Skyranger avec 1s/100000 ans!
– volet psychologique/culturel. Il me semble que les choses se compliquent ici: notre culture va-t-elle évoluer dans un sens où cet objet, prisé aujourd’hui pour bien autre chose que sa fonctionnalité, deviendra désuet? Viendra un moment où les hommes n’apprécieront plus le travail fourni par un des leurs (exemple « au hasard »: Philippe Dufour) en s’intéressant uniquement à l’utilitarisme froid offert par un produit purement artificiel? Et le champ de questionnement est ici très large…10 août 2017 à 10h32 #420003656013MaitreRobinton
MembreBelle histoire qui rappelle la nécessité de prendre du recul face à l’accélération du temps que nous impose la société marchande. Tout nous incite à regarder devant sans prendre le temps de porter un regard critique sur ce dont le marketing nous abreuve en permanence.
La Seiko Astron est certes un bel exercice technologique : mais elle est beaucoup plus dépendante de son environnement (réseau GPS, accumulation d’énergie, etc…) que ne l’étaient les chronomètres de marine, pour une précision bien supérieure. Sans ces composants, elle devient inutilisable.
Sans aller jusqu’à des scénarios post-apocalyptiques que je laisse aux auteurs de science fiction, cette histoire me renvoie, comme d’autres, à l’un des mes auteurs de SF fétiches, Anne McCaffrey et son cycle de Pern dont est issu mon avatar : l’histoire d’une communauté humaine du futur qui fuit la civilisation technologique pour refonder un monde sans technologie et économe de ses ressources : PERN (acronyme de « Parallel Earth, Ressources Negligibles »).
Merci ZEN, c’était très intéressant.
10 août 2017 à 10h46 #420003656014Ganesh
MembreUne belle page d’histoire horlogère.
PS pour Skyranger : l’oncle Paul, c’était dans Spirou
10 août 2017 à 12h59 #420003656015Lomaing
MembreSuperbe témoignage! On veut connaître la marque de la montre de l’officier

Sinon je rejoins totalement 20.100, autant les chronomètres de marines étaient exceptionnels, autant une montre bracelet subit bien plus de contraintes extérieures (différentes positions, mouvements, chocs, etc.). Une montre bracelet est facilement réglable à la seconde en position horizontale et elle gardera cette précision en statique.
Mais cela n’enlève en rien l’aspect exceptionnel et poétique des chrono de marines <3
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