Maintenant qu’on est descendus, on va creuser ! Billet

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15 sujets de 1 à 15 (sur un total de 21)
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  • #410000126802
    ZEN
    Membre

    Il y a dans l’univers clos de l’horlogerie autant d’explications sur les fondements de la crise qu’il y a d’interprètes de celle-ci. Il est difficile d’échapper lors d’une rencontre à l’analyse macro-économique et sociologique du marasme. Les mots en « iques » pleuvent avec l’intensité d’une mousson. On vous parle de tout, monnaie, politique protectionniste, statistiques anciennes, portée philosophique de l’acte d’achat mais jamais de causes endogènes à l’industrie horlogère.

    Du côté de la presse dont les journalistes bien-portants se nourrissent des repas de présentation de nouveautés et des cocktails évènements du soir, comme du coté des communicants, il n’est jamais question d’avouer un choix de produits inopérant ou une communication inefficace. Non, les causes sont ailleurs. Les clients sont trop pressurés par les impôts, infidèles aux marques, les réseaux de distribution n’investissent pas assez, etc.

    Entre les Pressieux et les CommuniCons, pardon pour ces expressions, l’accord est total et en aucun cas les choix stratégiques des marques ne sont à remettre en question. Les résultats d’années d’errance sont là mais non, les marques n’ont aucune responsabilité dans la baisse d’activité du secteur. Mieux que cela, « Tout va bien » nous affirme-t-on et « la relance est là ! » En ce domaine la langue de bois est sculptée dans des essences exotiques insensibles au climat et à la pression barométrique. Pas un mois, pas une semaine ne passe sans un titre du style « On voit le bout du tunnel » ou « De jolies perspectives » ou même « Ca va mieux dans le secteur ». La FHH arrive même avec des chiffres en baisse à démontrer que la situation s’améliore, à croire que ses communicants ont fait un stage en France au ministère du travail.

    Et attention, n’allez pas tenter de faire parler du sujet à ces professionnels de la tenue de flûte à Champagne ! Non, la crise ? Mais quelle crise ? Une marque ferme son SAV payé à grand frais et met le bâtiment en vente, c’est bien la preuve que ça va mieux ! Idem si on dégraisse le personnel ! « Ca va » nous dit-on. Les rencontres presse/communicants deviennent des lieux de records. Il y a ceux qui pérorent, pardon parlent, sans discontinuer pour déverser des banalité d’usage et ceux qui accumulent les lieux communs avec un talent qui pourrait les faire figurer dans le livre des records. Les Pressieux boivent pendant que les ComminiCons versent et tout cela avec un talent déconcertant. Entre les « je sais que » et les « Il n’y a qu’à », le sort de la planète horlogère se règle instantanément.

    Jamais, à aucun moment, on n’entendra « On s’est planté » « On a commis des erreurs », non le diagnostic ne peut mettre en cause personne du métier et la réponse la bouche en cul de poule de la presse est de confirmer que c’est bien le contexte général qui est la cause de tout.

    Tout cela est parfait car il n’existe aucun outil de mesure qui puisse identifier ce qui dysfonctionne. Aucune marque n’a d’outil d’étude de marché. Tout est fait au fil de l’eau, à l’instinct. Le créatif présente le projet de nouveauté au CEO qui valide ou pas et de manière très empirique, le produit est présenté au public et fabriqué. La moindre élucubration n’entraine aucune critique officielle même au stade du prototype, chacun se conforte dans son rôle et l’encouragement est mutualisé. Une montre ratée est adoubée autant qu’un modèle génial par cette presse circoncise de tout volant critique et ce ne sont pas les blogueurs sous masque à oxygène qui contredisent quoi que ce soit.

    Pourtant des montres moches, on en voit. Baselworld en déborde. Il est vrai qu’un échec ne recevra aucun écho. Les modèles laissés en « Confié » aux détaillants rentreront sagement avec les retours de marchés pour être « reconditionnés » . Bref, tout va bien et il est hors de question de regarder ce qui ne va pas. Comment donc avec une bonne communication, de bons papiers, des blogs favorables et des professionnels aussi avertis et efficaces, en arrive-t-on à des licenciements, des pertes financières, même ?

    Faut-il vraiment marteler en permanence que l’écoute de la clientèle (on dit aussi « étude de marché ») et le contact avec les détaillants, mais un vrai contact, permettrait sans doute de mieux cerner les attentes ? Combien de ventes perdues, de clients déçus ici par un SAV, là par un produit, faut-il pour que la surdité des sachants régresse ? Jusqu’où les ventes vont-elles devoir descendre pour que de manière professionnelle, on finisse au sein des marques par regarder les choses en face ?

    Difficile à dire … Je prédis ici mais pas simplement une fois de plus, mais une fois pour toutes qu’on va assister à de nouvelles descentes aux enfers de marques mal dirigées, mal managées et qui par incompétence vont mettre en péril des emplois devenus précaires. Je ne souhaite pas jouer les Cassandre, mais tout comme ce qui arrive aujourd’hui était devenu inévitable, j’ai bien peur que ce qui s’annonce ne soit pas évité quand debout sur l’accélérateur, je vois des CEO qui ignorent le mur qui va les arrêter en pleine course.

    #420003590345
    Manivel
    Membre

    C’est presque dommage de gâcher ce style littéraire inimitable Chinois pour illustrer ce vide sidéral. Pleure 2

    Je pense aussi qu’actuellement l’horlogerie suisse est juste descendu d’une marche… avant le grand plongeon.

    Rappelons cette phrase célèbre de meeting politique: « nous étions au bord du gouffre, nous avons fait un grand pas en avant. »

    #420003590346
    DASYE
    Membre

    Bon bin je vais aller me coucher moi… Pleure 2 Mr. Green

    #420003590347
    francoisb
    Membre

    Sans compter les « à côté » pour les clients anciens.

    Tels que le tarif du service complet, facturé 10 % du prix actuel d’une montre de même catégorie… ce qui revient à 30 % du prix d’achat de ce client. Un ami me montrait il y a deux ans la facture de réparation de la montre de sa femme et avait ressorti la facture d’achat (vers 1995), encore en francs. Avec le changement de quelques pièces, les deux montants étaient très proches ! Il s’est regardé dans la glace histoire de voir s’il n’était pas un pigeon car même avec l’inflation, ça faisait mal.

    Tels que le prix des bracelets aux couleurs de la marque aussi, qui double entre un bon fabricant (genre ABP ou CF) et les « officiels ».

    #420003590348
    Manivel
    Membre

    De toutes façons les actionnaires s’en tapent… ils prennent ce qu’il y a a prendre et quand ça coulera il passerons a un autre domaines. Alors se poser des questions, toussaaaa… a quoi bon?
    Le but est de presser tout le jus du citron avant de le jeter.

    #420003590349
    Ludo888
    Membre

    Merci pour cet article Chinois
    Pour moi il est fondamental que les marques assurent un sav de qualité en premier lieu, qu’ils revoient les proportions de leurs montres et qu’ils remettent les pieds sur terre en terme de prix et de rqp (je sais que ce sont des gros mots sur fam mais perso un emboîtage a 4000 euros ou une montre qui prend 10% par an depuis 10 ans ou plus sans changer de spé je trouve que l’on se moque de moi)..
    La gamme 1000-2500 euros est complètement délaissée alors que c’est celle où se trouvent bon nombre de personnes et qu’il suffirait de rogner un peu sur des marges déjà exceptionnelles pour y revenir..et vendre plus..
    Pourquoi les marquent ne déclineraient elles pas une gamme simple avec un mouvement fiable et robuste sans chichi pour un prix autour de 2000 euros? Une sorte d’entrée de gamme vers le luxe, la complication, l’amour de l’horlogerie..
    Aujourd’hui je rentre dans une horlogerie je dis « bonjour je cherche une montre dans un budget de 2000 euros (ce qui n’est pas rien pour beaucoup de personnes rappelons le)..ah ça va être compliqué monsieur..j’ai des petits poignets (enfin coomme beaucoup de personnes non obèses au final) et je voudrai pas au dessus de 38..ah désolé monsieur nous n’avons pas ca par contre je peux vous faire essayer la dernière montre à 6500euros en 46mm »..
    Bref je suis un déçu de l’horlogerie actuelle (et vu les chiffres des ventes je ne dois pas être le seul), ne trouvant rien à acheter dans mon budget en neuf, regrettant un passé flamboyant fait d’efficacité, de maîtrise des prix et de justesse de proportion..mais heureusement il me reste le vintage (d’ailleurs vu la flambée des prix on peut se dire qu’il y a encore des clients pour les diamètres contenus) et désolé pour les ad thumright

    #420003590350
    1360
    Membre
    Ludo888 a écrit:
    …j’ai des petits poignets (enfin comme beaucoup de personnes non obèses au final)

    Heuuu, oui, faut pas exagérer non plus. Je ne suis pas obèse, je ne mesure qu’un mètre septante-cinq (soixante-quinze, si vous préférez) et j’ai des poignets de 19-19.5…

    Pour moi, les montres de 38 mm font misérables… (et même la sub qui me faisait rêver depuis longtemps semblait ridicule lors de l’essayage, avec ses 40 mm). Donc merci aux différentes marques de montres de proposer des modèles compatibles avec les « bons » poignets…

    A+ Wink

    #420003590351
    Boc21
    Membre

    Un très beau texte Zen, sincèrement…
    Mériterait de figurer en épitaphe devant le cénotaphe dédié à une industrie horlogère défunte.
    Sincèrement, l’horlogerie mécanique a pour moi le charme poétique d’une science démodée techniquement mais qui résistait à l’apparition du quartz, de ce nouveau monde de silice, de process, d’algos, d’IA, de tris séquentiels…
    Malheureusement, il semblerait qu’elle ne survivra que difficilement à son marketing, à ses choix produits, son SAV pourri…bref au fait que tout ce qui l’entoure appartienne à ce point au monde d’aujourd’hui et non à celui d’hier.
    Il est devenu évident pour tout le monde que l’intelligence de ceux qui dirigent les industries horlogères est globalement artificielle Mr. Green
    SAV pourris, prix délirants, modèles à peine séduisants, ambassadeurs crétins (rien que la notion d’ambassadeur de la marque me semble problématique), communication hilarante…
    Oui hilarante…au moins on aura bien rigolé Maintenant qu'on est descendus, on va creuser ! Billet 633549

    #420003590352
    Ludo888
    Membre
    1360 a écrit:

    Heuuu, oui, faut pas exagérer non plus. Je ne suis pas obèse, je ne mesure qu’un mètre septante-cinq (soixante-quinze, si vous préférez) et j’ai des poignets de 19-19.5…

    Pour moi, les montres de 38 mm font misérables… (et même la sub qui me faisait rêver depuis longtemps semblait ridicule lors de l’essayage, avec ses 40 mm). Donc merci aux différentes marques de montres de proposer des modèles compatibles avec les « bons » poignets…

    A+ Wink

    Je savais qu’un gros poignet allait rappliquer ^^ je dis juste que ça serait bien aussi de ne pas proposer QUE des montres au dessus de 38 (comme zentih que je remercie avec son chrono en 38 décliné également en 42) pour qu’il y en ai pour tous les goûts Wink
    Je ne fais pas de généralité je remarque juste que cela manque à l’offre actuelle de certaines marques mais je pense que le plus gros frein c’est le prix et le fait de ne pas avoir de gamme accessible..

    #420003590353
    Fulgurochat
    Membre
    ZEN a écrit:
    Je ne souhaite pas jouer les Cassandre, mais tout comme ce qui arrive aujourd’hui était devenu inévitable, j’ai bien peur que ce qui s’annonce ne soit pas évité quand debout sur l’accélérateur, je vois des CEO qui ignorent le mur qui va les arrêter en pleine course.

    Cher Zen, les gens qui pourraient te trouver alarmiste ne se doutent pas que tu offres une version vraiment positive et enthousiaste de la situation. Les CEO ignorent le fameux mur parce qu’ils regardent en arrière : Le futur est trop incertain, les bénéfices compromis, vite, vendons de la nostalgie.
    Le SAV ne rapporte que des emmerdes, les clients sont mécontents, et pire, ils commencent à se rebiffer. Les voilà à mettre en doute les beaux communiqués de presse, à s’interroger sur les ingrédients de la soupe avec laquelle on les gave, à acheter des vintage rassurantes quant à leur qualités. Les cons !!

    #420003590354

    Bravo Zen, très bon texte, sincèrement.

    Concernant l’analyse, je produirai la remarque suivante : elle est généralisable, littéralement, à tous les domaines de l’industrie et du service. Le phénomène est d’autant plus fort si le secteur a précédemment été porteur. Ainsi, l’horlogerie n’est ni meilleure ni pire que les autres. Se battre contre cela, c’est être voué au sort de Don Quichotte …

    Sinon « La FHH arrive même avec des chiffres en baisse à démontrer que la situation s’améliore, à croire que ses communicants ont fait un stage en France au ministère du travail » m’a bien fait rire Wink

    #420003590355
    Rocca
    Membre

    Il y a sans doute de multiples raisons à cette « crise ».
    Encore faudrait-il savoir, vrais chiffres à l’appui (qu’on ne connaîtra jamais) quels sont les secteurs les plus touchés. Et pourquoi eux ?
    Sachant en outre que l’industrie horlogère est un très vaste secteur avec des activités diversifiées.
    Quoi qu’il en soit, de manière générale et du point de vue du simple client qui réfléchit un peu, je vois au moins un motif de crise tout simplement dans les prix de vente au public des montres des marques dites « haut de gamme ». Je ne sais pas si c’est un motif éminent mais en tout cas il est le seul qui concerne directement l’acheteur potentiel !
    J’aurai beau aimer le cas échéant tel ou tel produit « mythique » ou « iconique » je n’y investirai jamais le prix demandé, tout simplement parce qu’il n’est pas, à mon humble avis, objectivement en rapport avec le produit lui-même ; voire complètement [honteusement] décalé! Même le « moyen de gamme » délire trop souvent sur les tarifs.
    Et pourtant, bon client et amateur d’horlogerie, comme tout le monde ici, j’ai fait bien des efforts…
    Mais rien n’y fait : devant l’évidence de la réalité, « montre en main », l’enthousiasme s’effondre et on passe à autre chose. J’en ai fait plusieurs fois l’expérience.
    C’est pourquoi, jusqu’à présent, je n’ai jamais pu acheter une…, une…, une… ; chacun remplira à sa guise les points de suspension.

    #420003590356
    foversta
    Membre

    Il y a plusieurs sujets.

    Les problèmes auxquelles les marques doivent faire face.

    Et la communication à l’attention du grand public.

    Vous pensez qu’une communication: on va mal, on vend notre bâtiment SAV, notre entreprise n’a plus de trésorerie etc… c’est un message à faire passer? Autant aller direct à la tombe.

    Mais avant de se préoccuper de la communication, il y a le traitement des maux.

    Et c’est tout de même très mal barré pour certains. J’ai eu ces derniers jours de la part de plusieurs marques:

    – un communiqué de presse tellement ridicule qu’il en était risible (35 ans de retard dans le style de communication)
    – un film sur un compte instagram à côté de la plaque où la marque fantasme une clientèle qu’elle n’atteindra pas
    – un ami qui me raconte avoir reçu un devis de XX.000 euros pour une histoire qui a pu se terminer à un coût 10 fois moindre avec un horloger indépendant
    – un collectionneur qui interpelle un CEO sur son compte instagram pour se plaindre de la stratégie marketing dans un pays donné

    etc…

    Je ne cite pas les marques car cela aurait pu arriver presque n’importe où finalement.

    Le plus gros danger de l’horlogerie, en tant qu’industrie n’est pas la crise actuelle. La crise actuelle, malgré la brutalité que subissent de nombreux acteurs est plus une correction, un retour à un niveau plus compatible avec le poids réel de cette activité. En revanche, l’enjeu est le renouvellement des générations de clients et si les marques n’y travaillent pas dès maintenant (ce que peu font malheureusement), ce sera une vrai catastrophe dans à peu près 20 ans avec zéro client au bout. Je rappelle que l’âge moyen d’un client Rolex en Angleterre est de plus de 60 ans et qu’aujourd’hui, les nouvelles générations ne sont pas du tout attirées par les symboles statutaires et envisagent le « luxe » comme plus une expérience de vie que la possession d’un objet, quel qu’il soit.

    #420003590357
    Crow
    Membre

    Merci pour ce billet Zen.

    +1 Rocca

    Je n’ai plus acheté de montres depuis 5 ans, ce n’est pas faute de CHI, juste les prix et augmentations non justifiés.

    A force d’être trop gourmand, ils se sont coupés d’une partie de leur clientèle dont le pouvoir d’achat n’a pas suivi la même courbe exponentielle… C’est juste dommage pour les salariés de cette industrie et les amateurs…

    #420003590358
    foversta
    Membre

    Au risque de choquer je pense que le problème de base n’est pas le prix.

    Le problème numéro 1 est la désirabilité des produits. Car lorsqu’ils sont désirables, le prix pose moins de problème. Les deux marques qui marchent le mieux actuellement sur le marché (AP, RM) ne sont pas celles qui ont été les plus sages en inflation horlogère. On se focalise sur les prix quand on sert année après année la même soupe voire même une soupe avec des ingrédients moins bons. Et là, forcément, les clients ne l’acceptent pas.

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