FORUMAMONTRES › Forums › Forum de discussions sur les montres vintages et sujets techniques › Restauration d’une montre à secondes indépendantes
- Ce sujet contient 44 réponses, 34 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par
dali, le il y a 11 années.
-
AuteurMessages
-
18 septembre 2015 à 0h32 #410000114634
orlogeur
MembreBonjour à tou.te.s!
Je vous propose un petit reportage photo de la restauration d’une montre à secondes indépendantes, pensant que ça fera plaisir aux pasionné.e.s et amateurs du forum.
Petit rappel technique pour les puristes : on parle de secondes indépendantes lorsque qu’un rouage spécial (avec barillet) est utilisé pour afficher la seconde (il se termine souvent, comme c’est le cas ici, par un pignon portant un doigt qui vient dans les ailes du pignon d’échappement et qui fait un tour complet dès qu’il « ripe » de l’aile du pignon d’échappement). On parle de secondes mortes lorsqu’il n’y a pas de barillet supplémentaire mais une combine qui fait bouger le rouage qu’une fois par seconde (via l’échappement notamment, cf échappement Jacot).
Elle dispose d’un mécanisme de stop-seconde (qui en fait un chronographe primitif) qui s’actionne en appuyant sur le bouton au-dessus de la couronne.Voici la bête :



Les plus observateurs remarqueront que quelque chose ne va pas.
Description de la montre :
Il s’agit d’une montre de bonne facture de la fin du XIXème siècle. On remarque un système de remontage double : lorsqu’on tourne la couronne dans un sens on remonte le mouvement, lorsqu’on la tourne dans l’autre sens on remonte la seconde indépendante. Il n’y a donc pas de denture Bréguet sur les pignons coulant et de remontage :

La finition de l’ancre est assez impressionnante :

Une fois démontée :

Le problème initial était la casse du pivot de secondes indépendantes. Lors du démontage je m’aperçus qu’il manquait un doigt d’arrêtage (celui du barillet de secondes) et que le dispositif de stop-seconde avait été bricolé et n’était plus fonctionnel (mais s’il l’avait été une restauration s’imposait, cf plus bas).
Replantage du pivot de secondes indépendantes
La première étape fut la prise de côte du trou de la pierre de seconde et du trou du canon de l’aiguille de seconde pour pouvoir redimensionner le pivot manquant :


Ensuite il fallu fabriquer ledit pivot. Sa géométrie étant assez complexe (environ 0.25mm de diamètre sur 6.5mm de long), je partis dans de l’acier trempé revenu et l’usinai par tranche d’un peu plus de 2mm de long pour toujours travailler assez proche de la pince et ne pas risqué de le casser :

La roue de seconde n’ayant pas de portées sur laquelle je pusse la serrer, je dus fabriquer un posage pour venir la tenir en vue de percer l’axe. J’en fis un avec chambrage du diamètre de tête de la roue (qui rentrait donc sans jeu dedans) et le fendis pour pouvoir la serrer légèrement. Le serrage étant très faible et agissant sur toutes les dents, celles-ci ne craignaient rien.

Finalement, avant le perçage du pivot, une contre-pointe fut installée pour garantir une bonne concentricité. Il s’agit d’un dispositif fabriqué par Luc Monnet, en fait une plaque de Cupro-Bérilium fixée sur un support guidé sur le banc du tour. Il faut donc percer la plaque au diamètre voulu (celui dans lequel le pivot est replanté), en tenant le foret en pince dans la poupée pour une concentricité impeccable :

La roue dans son posage et guidée à son extrémité :

Le trou peut finalement être pointé et percé :

Et le pivot chassé, à la contre-poupée pour qu’il soit bien droit :

Et voilà :

Fabrication du doigt d’arrêtage
Le doigt étant absent, il fallu retrouver les cotes. Pour ce faire je pris des cotes : sur le mouvement (carré de l’arbre de barillet), sur sa croix de malte (diamètre extérieur), sur le doigt du second arrêtage (il est plus gros mais je pus déterminer le facteur d’échelle grâce au rapoort entre les deux croix de malte), et d’après le tracé théorique de cet arrêtage, décrit dans le magnifique livre de M. Augereau sur les engrenages horlogers.

Il s’agit ensuite de le fabriquer… A la pointeuse (Hauser 2A2) d’abord :

Coucou hibou :

Puis l’étampage du trou carré. Je commençai par faire un poinçon en acier trempé dur :
mais il ne tint pas le coup et dû en refaire un en carbure :

qui alla cette fois. Un peu de limage et de test sur le mouvement et voilà :

Le stop-seconde
Un travail pas très délicat fut fait pour tenter de faire marcher le stop-seconde.

La « vis » visible se positionne dans le mouvement juste au-dessus du pignon de remontoir et un canon ajusté sur la tige de remontoir vient appuyer dessus.
La tête de vis cassa lors du démontage… je dû donc détremper le levier, repercer et tarauder et refaire les finitions du levier qui avait été limé grossièrement à cet endroit. Je retrouvai une vis que je mis aux dimensions par tâtonnement, prendre des cotes à cet endroit n’étant pas évident.

Poli des vis
Les petites vis des rochets / roue de couronne étant bien abîmées, je les repolis au zinc et au tripode :

…puis les fentes récupérées comme j’ai pu en refaisant l’anglage de la fente. J’utilisai la méthode de Luc Monnet une nouvelle fois, en les frappant avec un outils poli :

L’angle est d’un peu plus de 100°, ce qui ne crée pas de bavure sur le plat de la tête.Après nettoyage, remontage et quelques petits réglages, voici le résultat :



Merci de m’avoir lu
18 septembre 2015 à 0h39 #420003003608t_deleval
MembreSuper intéressant
Merci pour le partage
18 septembre 2015 à 0h58 #420003003609landeron
Membre- t_deleval a écrit:
- Super intéressant
Merci pour le partage
Pas mieux!
18 septembre 2015 à 1h18 #420003003610libellule70
MembreRespect!!!
Elle est superbe cette tocante!!!
Et vraiment originale
18 septembre 2015 à 1h25 #420003003611shoulderblack
MembreDe la belle ouvrage…
Chapeau bas.
18 septembre 2015 à 2h01 #420003003612isosta
MembreBon je crois que je n’oserai plus faire de post de restauration car la différence avec ce qui vient d’être montré
est tellement énorme …
chapeau bas c’est de la vraie horlogerie et ça fait rêver …
Isosta
18 septembre 2015 à 2h11 #420003003613Arno
MembreEt oui, du beau boulot, ou disons un VRAI travail, d’un VRAI horloger.
Loin du coup de soufflette, trempage, un ressort neuf et en voiture Simone …
C’était un boulot « classique » jusque dans les années 90.
Aujourd’hui, dans mon entourage, je ne connais que 3 horlogers avec cette maîtrise.
Hélas, son post ne dépassera pas les qqs pages …
__________________________________
« Je ne sais pas comment sera la troisième guerre mondiale, mais ce dont je suis sûr, c´est que la quatrième guerre mondiale se résoudra à coups de bâtons et de silex » A. Einstein18 septembre 2015 à 2h20 #420003003614franck272
MembreVraiment un très beau reportage, pour une montre qui le méritai, une SMI avec une ancre à moustaches.
Tu as répondu as plusieurs de mes interrogations :
Comment faire un axe « long » sur un petit diamètre, alors que le tournage entres pointes n’est pas possible. Sans compter cette petite plaque Cupro-Bérilium, pour avoir un usinage « entre pointes »
Comment faire un doigt d’indexage, car bien souvent ils sont cassés.
Un grand merci pour le partage18 septembre 2015 à 3h00 #420003003615Mat6494
MembrePPPPffffffff Alors là….
Chapeau bas. Moi qui suit plutôt novice, c’est génial de pouvoir lire ce type de partage. Alors MERCI et n’hésites pas à nous faire partager d’autres restaurations!
18 septembre 2015 à 3h02 #420003003616Wolfy
MembreMerci pour le partage , ça laisse réveur une telle maitrise ^^
18 septembre 2015 à 3h07 #420003003617nam_gyver
MembreMerci pour le partage, je ne connaissais pas la technique du tripod et du zinc, juste le tour au vis.
Je me coucherai moins con ce soir 😉
NamGyver
18 septembre 2015 à 4h27 #420003003618plume68
Membrebah en voilà une belle resto!
18 septembre 2015 à 4h59 #420003003619Kristjan
MembreUn régal à lire, et un immense plaisir de voir autant de connaissance et de maitrise !
18 septembre 2015 à 5h27 #420003003620Lomaing
MembreAh ouais, on voit le matos! super reportage, beau boulot!!!
Le pivot, top!
18 septembre 2015 à 5h47 #420003003621Milou
MembreMerci Maitre!!!
-
AuteurMessages
- Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.