FORUMAMONTRES › Forums › FORUMAMONTRES › Le livre des 150 ans de la manufacture Zenith … Le making of
- Ce sujet contient 33 réponses, 14 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par
Lomaing, le il y a 11 années et 7 mois.
-
AuteurMessages
-
7 mars 2015 à 14h50 #410000110727
ZEN
MembreCher amis Fameurs
Vous êtes très nombreux à me demander comment j’ai pu aboutir dans le projet de réaliser un livre sur le cent cinquantenaire de la manufacture Zenith et comment les choses se sont déroulées. Je vais donc vous raconter ici toute l’histoire de ce livre dont la diffusion est en cours de déploiement pour une sortie officielle le 25 mars. (Quoi qu’il sera à Baselworld chez Watchprint
)La naissance du projet …
Le projet d’un livre sur l’horlogerie est dans mes souvenirs plutôt ancien. Ma toute première idée était un livre qui ressemblait à Hourconquest ( https://sites.google.com/site/hourconquest/ ). Cela date à peu près de 1999. A l’époque internet n’est pas déployé comme aujourd’hui et la recherche des montres et le contact avec les musées et archivistes est infiniment plus compliqué. Je mis ce projet de côté et le hasard mit sur mon chemin quelques montres de poche intéressantes. J’avais accumulé dans les années 80 des montres à cylindre et quelques Omega mais cette fois, ce sont des Zenith qui ont attiré mon attention. L’une était en panne et je la portais chez un horloger qui avait travaillé à Besançon pour Zenith dans les années 70. Il me raconta quelques souvenirs que je trouvais intéressants car tenant aux modèles et à la fabrication des calibres.
Quelques mois plus tard, tandis que je cherchais à m’acheter une belle montre, un bijoutier me recommanda Zenith. Il n’était pas détaillant officiel mais était ami avec le représentant de la marque et il avait lui-même été chef d’atelier chez Zenith au Locle. On est alors en 2002 et cet horloger me rapporta plusieurs de ses souvenirs. Je fus convaincu d’acheter mes premières Zenith. Deux Rainbow dont une Fly-back puis 2 Class, la blanche et la noire car je ne savais pas choisir.
En 2002, j’étais aussi devenu modérateur du forum Worldtempus. J’y parlais pas mal de Zenith et décidais en 2003 de faire un minisite sur quelques montres de la marque que j’avais accumulées plus que collectionnées depuis 4 ans. Je me mis à raconter l’histoire d’El Primero et du calibre Elite. En fouinant, j’avais découvert des dépôts récents de brevets par Zenith concernant une rattrapante et une foudroyante. J’annonçais un peu avant Baselworld, les nouveautés que Zenith allait probablement présenter…
Le hic fut que la marque lut Worldtempus et fut très étonnée de mon annonce car effectivement, elle envisageait de présenter des prototypes. La Direction de Zenith contacta Worldtempus afin d’avoir mes coordonnées pour savoir comment je tenais ces informations. Je publiais alors sur le site des extraits d’un interview de Thierry Nataf qui, recoupés avec les dépôts de brevets, rendaient mes affirmations évidentes. La Direction de Zenith me fit savoir qu’elle souhaitait que je la contacte. Je mis des mois à le faire craignant un contact un peu électrique.
Je pris donc contact en mai 2004 et Marc Roethlisberger qui à l’époque faisait partie de l’équipe marketing me demanda de contacter le Directeur Marketing. Celui-ci proposa de m’aider à mettre à jour mon site. Quelques jours plus tard, profitant du contact avec Marc Roethlisberger, je demandais à visiter la manufacture. La réponse fut catégoriquement Non ! Ce n’est pas possible. Je me permis d’insister et le Directeur Marketing accepta la visite. Ce fut une vraie visite de la cave au grenier, au milieu de tous les ateliers avec des photos inoubliables …
A la fin de la visite, j’annonçais au Directeur marketing que j’avais envie de faire un livre sur l’histoire de Zenith. J’avoue que tout le monde me regarda comme un extra-terrestre et immédiatement, tout le monde m’expliqua avec diplomatie que c’était un travail énorme et totalement impossible à réaliser. En effet, les archives étaient dispersées, incomplètes et il n’existait aucune base de donnée interne accessible. Je décidais malgré tout de travailler sur le sujet .
Mon premier travail fut de commencer à repérer année par année ce qui avait touché directement le fonctionnement de la manufacture, le nombre de salariés, etc …Tout cela depuis 1865. Autant dire qu’il y avait des vides immenses.
L’étape suivante fut ma rencontre avec Thierry Nataf. A suivre …

7 mars 2015 à 15h03 #420002825347francois77
MembreRédiger le livre t’a pris du temps. Nous raconter le making-off également. Merci à toi ZEN
Je suivrais la suite de l’histoire
7 mars 2015 à 18h33 #420002825348isosta
MembreSuper idée ce teasing informatif et je suppose à épisodes
le making of m’intéresse autant que le livre… en réalité pour moi il en fait partie
Isosta
8 mars 2015 à 15h54 #420002825349ZEN
MembreLa rencontre avec Thierry Nataf
On est en 2005, au mois de juillet avant les vacances horlogères. J’ai demandé une nouvelle fois à me rendre à la manufacture pour voir des pièces anciennes particulières que Marc Roethlisberger a fait préparer. Françoise Bezzola, en charge de la communication, m’indique que Thierry Nataf souhaite me rencontrer et que nous déjeunerons ensemble. Les pièces sont disposées dans une salle de réunion du rez de chaussée et Thierry nous rejoint. Il m’indique son intérêt pour les pièces anciennes et pour le surprendre, je lui dis que celles-ci n’ont d’intérêt que si on les met dans une perspective patrimoniale susceptible de fonder les nouvelles collections. J’explique que ces pièces ont autant d’intérêt que les nouvelles ceci d’autant que la manufacture développe des complications à un rythme qui lui en fait créer davantage en quelques années qu’en 140 ans.
Thierry Nataf est étonné de mon point de vue car il s’attendait à un collectionneur pur et dur pour qui l’histoire s’arrêtait il y a 20 ans en arrière. Mon point de vue est totalement inverse. Au déjeuner, Thierry me demande de lui raconter l’histoire de la manufacture depuis le début. Zenith a fait préparer par un traiteur des sushis … C’est là que mes difficultés commencent. Je suis d’une maladresse inouie et avec les baguettes, tout en parlant, j’arrive à peine à déguster 2 sushis pendant que Thierry Nataf qui ne consomme pas le riz de ses sushis construit une pyramide avec ce dernier dans son assiette. Après 2 heures de discussion, Thierry très intéressé me suggère de revenir pour raconter l’histoire de la manufacture à ses cadres et il me dit que toutes les archives me sont ouvertes au regard du travail déjà fait.
Il me présente par ailleurs le futur catalogue de la marque. On parle finition des montres, collections et cette rencontre va se solder par une amitié vraie avec quelqu’un qui est fort cultivé et dont l’esprit ouvert va beaucoup m’aider pour accéder à des documents en principe inaccessibles. Consigne est donnée de répondre à toutes mes demandes d’informations et de m’ouvrir les accès aux archives.
A suivre … Prochain épisode : les achats de pièces
__________________________________
Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).8 mars 2015 à 17h50 #420002825350BBT50
MembreBonjour Zen,
Un grand bravo pour ce travail de titan, je n’ai pas encore acheté le livre mais cela viendra un jour…
Mais je suis encore plus intéressé par l’histoire de la création de celui-ci, j’attends avec impatience la suite de l’histoire
Cordialement
BBT
8 mars 2015 à 18h13 #420002825351Invité
MembreUne belle aventure humaine, ponctuée de rencontres certainement très enrichissantes…

Très sympa, ce making of !
8 mars 2015 à 18h29 #420002825352adrienf
MembrePassionnant ce travail d’historien d’entreprise!
Et toujours un récit d’une richesse et d’une pédagogie rare.
8 mars 2015 à 18h37 #420002825353francois77
MembreJe serais au rdv du 3ème épisode…

(HS: J’espère que dans le livre il y aura une belle photo du 4055 parce qu’il est impossible d’en trouver une)
8 mars 2015 à 18h48 #420002825354isosta
Membrecomme quoi la passion peut ouvrir bien des portes… vite la suite !
Isosta
9 mars 2015 à 10h53 #420002825355DRADIN
Membredans l’attente du 25 mars pour sa sortie
9 mars 2015 à 14h25 #420002825356ZEN
MembreL’achat de pièces
Il fallait pour mener l’élaboration du livre à son terme, acheter les pièces que Zenith ne possédait pas encore. La détention des droits d’images est, en effet, une étape importante et il a donc fallu casser la tirelire bien au-delà de ce que j’avais envisagé au départ. Le sujet est forcément douloureux car il est matériellement impossible de tout garder et quand on passe des heures sur une pièce pour en raconter l’histoire, on finit par s’attacher à l’objet. Prendre la décision de revendre certaines pièces que je possédais depuis longtemps fut un déchirement mais je n’avais aucun autre voie de solution. Il n’y a aucune régulation dans les achats, il faut acheter quand l’occasion passe et en général, on trouve 5, 10 ou 15 pièces en très peu de temps puis plus rien pendant des semaines et parfois des mois. L’achat d’un calibre 135 ou d’une montre de chemin de fer RR56 sans y laisser une somme énorme est évidemment très compliqué.
Je dois avouer que j’ai eu beaucoup de chance dans mes recherches car j’ai trouvé presque tout ce que je cherchais. Il est vrai qu’en 10 ans on a le temps d’attendre. J’ai acheté les pièces au début en partant un peu tout azimut. Le temps m’a permis de donner de la cohérence à mes achats.
Mon achat le plus émotionnel fut ce que j’appelle le Graal, une montre qui a reçu deux premiers prix aux concours de chronométrie. Je me suis d’abord convaincu que cette pièce était une montre de concours avant que l’historienne de Zenith en 2006 ne se plonge dans les archives et après des heures de recherche ne soit en mesure de le confirmer, prix de l’observatoire de Neuchâtel à l’appui. https://famontres.com/forums/topic/je-vous-presente-mon-graal-zenith/?highlight=graal
Quelle sentation bizarre d’être certain mais pas en mesure de prouver puis d’avoir les preuves qui confirment qu’on a bien vu dès le départ …
Parallèlement aux achats, il fallait bien entendu identifier les pièces. Si on savait par exemple que Zenith avait fait des montres pour les Corps of Engineers, encore fallait-il savoir quand : En même temps qu’Ulysse Nardin et Vacheron & Constantin ou après ? En fouinant, je découvris toutes les armées servies par Zenith dont l’armée Polonaise. Tout le monde ou presque ignorait cette livraison.
Une autre difficulté allait se poser. Si les pièces faites au Locle sont en général retrouvables dans les archives suisses, celle faites chez Zenith à Besançon ne sont plus rattachables à des archives. Il fallut donc trouver d’autres voies pour les identifier : témoignages, articles anciens, publicités, comptes rendus des conseils d’administration de Zenith, etc.
L’écriture se fit non pas chronologiquement mais simultanément sur toutes les époques. Ainsi je passais de 1910 à 1955 ou 1920 ou de 1880 à 1999. Ce fut une gymnastique intéressante qui permit de laisser en plan des périodes jusqu’à pouvoir les compléter. Certains mouvements reflètent un savoir faire technique très pointu qui nécessita des aménagements au sein de la manufacture. Une salle à pression constante par exemple fut installée dans les années 20.
Les pièces les plus touchantes sont sans doute les montres de Mucha. Georges Favre-Jacot passionné d’Art nouveau signa avec Mucha un contrat exceptionnel et unique. J’avais la publicité de 1900 faite pour l’exposition universelle en tête avec la certitude qu’il était impossible de trouver ces montres. Yves Droz créateur du musée de Villers le Lac (transféré aujourd’hui à Morteau) possédait 3 saisons mais en fait il m’expliqua qu’il n’avait pas les montres mais juste 3 boites vides achetées chez Huguenin et restées dans les stocks. A une semaine du bon à tirer du livre, j’ai trouvé l’été et après l’impression …l’hiver.
La montre des chemins de fer suisses fut elle aussi une aventure. Trouvée chez un collectionneur, celui-ci acceptait de me céder une pièce de sa collection au choix … J’ai longuement hésité entre une Ditisheim à réserve de marche et cette montre postale en argent. Grand bien m’en prit. La montre postale suisse faite par Zenith est très rare.
En 2011 et 2012, mes dépenses furent bien trop élevées. Emporté par mon élan, je dus me rendre à l’évidence et dus me délester de quelques pièces mais j’avais les images pour le livre !
Il y eut aussi quelques moments d’émotion. Des montres qu’on m’offrit parce qu’on savait que je ne les revendrais pas et des pièces très familiales que des personnes très sympathiques me confièrent. Il y eut aussi une personne qui me contacta et qui, très démunie, devait se séparer d’une de ses montres. Je payais celle-ci trop cher mais cela est une autre histoire.
Globalement, je ne chiffrerai pas le nombre ou la valeur des pièces achetées, je ne les possède plus toutes hélas mais ce sont bien 150 ans qui sont passés entre mes mains et certaines portaient encore la trace d’horlogers comme Charles Fleck, Charles Rosat ou Ephrem Jobin.
A suivre …
__________________________________
Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).9 mars 2015 à 14h46 #420002825357rogan
MembreMerci pour ce retour sur cette étape importante…
Très intéressé de savoir que l’écriture ne s’est pas faite chronologiquement comme j’avais tendance à le penser…On sent, à te lire, que l’investissement (à tous les niveaux) a été colossal…9 mars 2015 à 20h03 #420002825358Apia
MembreC’est génial de lire l’histoire de la création de ce livre…
Encore, encore…
__________________________________
Alexandre…
| Instagram : Apiacreations
CEO de ZEALANDE9 mars 2015 à 20h27 #420002825359YannCBienMoi
MembreLa suite ! La suite !
10 mars 2015 à 5h57 #420002825360francois77
MembrePassionnant !

-
AuteurMessages
- Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.
Sujets en lien
- Billet & Interview de Romain Marietta : Le retour étoilé de ZENITH sur FAM ?
- L’histoire exceptionnelle du plus beau calibre de montre de poche de Zenith
- Les plus beaux mouvements de montres de poche de Zenith
- Récit L’histoire secrète des mouvements Zenith El Primero SX – Témoignage
- Récit: Le premier prix de concours de chronométrie est décerné à… Zenith
- La Visite des ambassadeurs de FAM chez Zenith le 8 novembre 2010