FORUMAMONTRES › Forums › Forum de discussions sur les montres vintages et sujets techniques › Verres de montre de poche et verres Chevés
- Ce sujet contient 13 réponses, 4 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par
Raxevis Arcofin, le il y a 2 années et 5 mois.
-
AuteurMessages
-
6 mai 2024 à 15h22 #410000157226
Raxevis Arcofin
MembreL’écriture d’un livre sur l’histoire de montres du duc d’Abrantès m’a fait découvrir une partie du travail d’horlogerie qui jusque-là m’était passé largement au-dessus de l’esprit: La fabrique des verres de montre.
En particulier lorsque sur les copies des livres Breguet j’ai lu que les verres étaient en cristal de roche et dit ‘chevés ».
Je ne connaissais pas ce terme.Ayant récemment découvert un article intéressant dans un exemplaire de « La Revue Chronométrique » daté de 1882 je me suis dit que cela pourrait intéresser puisque le sujet ne semble pas avoir été traité sur le forum, même si plusieurs articles parlent des verres de montres et de verres de montres de poche en particulier.
Voici ce que j’avais écrit dans les notes concernant les verres de montres Breguet avec les photos. J’y ajoute ensuite les 4 pages de l’article de la Revue Chronométrique.
***
Verres des montres Breguet.
A cette époque les verres des montres Breguet sont des cristaux de roche taillés sur mesure à la main. À partir d’un morceau brut le cristal est formé par usure et polissage.
En rencontrant l’horloger Suisse venu tout spécialement pour présenter la N°1160 Place Vendôme durant le mois de septembre je lui ai demandé quels étaient les avantages qu’apportait l’usage de tels verres par rapport à des verres « classiques ». En ajoutant aussi une seconde question: – Comment étaient faits les verres « de série » pour les montres.
À la première question je n’ai pas eu de réponse nette. Il semble que l’utilisation d’un cristal taillé soit plus une question de prestige qu’autre chose. Il est possible aussi que l’intérêt soit d’avoir un verre dont l’épaisseur soit la mieux maitrisée, ou encore un verre qui soit plus brillant qu’un verre de soufflerie.
Cet horloger m’a également expliqué que les verres de montres étaient découpés à partir d’une sphère soufflée de verre. Avec un fer rougit appliqué sur la sphère les verres étaient découpés un par un.
J’ai donc cherché pour en savoir plus. @Caput et @Saturne m’ont permis de découvrir deux ouvrages très intéressants disponibles en lecture via la plateforme Google.
Guide du verrier voir à partir de la page 631.
Nature Revue des Sciences à partir de la page 330.D’autres méthodes sont ensuite apparues afin d’améliorer la rentabilité et la qualité des verres. Par la réalisation de fioles à fond presque plat notamment et dont le fond sera découpé à ras pour confectionner un verre n’ayant pas cette forme très convexe des premières montres de poche.
Boule de verre avant découpage des verres de montre.
Boule de verres après découpe des verres de montre.
Et voici l’article « découvert » hier dans la Revue Chronométrique de 1882.
6 mai 2024 à 16h10 #420004939105Saturne
MembreIntéressant, merci pour cet article.
Je me permets au passage de remettre le lien vers le sujet où la question avait été évoquée une première fois :
https://famontres.com/forums/topic/verres-de-montre-de-gousset-formats/10 mai 2024 à 13h11 #420004939106Saturne
MembreJe reviens sur ce sujet auquel je n’avais pas eu le temps de répondre plus longuement la fois précédente.
Ayant pris le temps de relire les articles du « Guide du verrier » et celui de la revue « Nature », ainsi que celui de la « Revue chronométrique », je trouve que ces trois articles se complètent assez bien pour permettre d’établir une chronologie approximative de l’histoire du verre de montre :
– XVIème siècle : Les montres primitives / « Oeufs de Nuremberg » possèdent des verres en cristal de roche (quartz) taillé à la meule
– XVIIème siècle : Les montres « Oignon » possèdent un verre soufflé à partir d’une boule de faible diamètre dont on découpait deux « calottes »
– Vers 1675 : mise au point du cristal (verre au plomb) en Angleterre (source Wikipedia
)
– Seconde moitié XVIIIème siècle : les montres à cylindre plus plates, suscitent l’apparition des premiers verres « chevés » creusés à la roue
– 1784 : début de la fabrication du cristal (verre au plomb) en France par Lambert
– Courant XVIIIème siècle : verres « chevés » soufflés à partir d’une fiole à fond presque plat (Suisse)
– 1791 : Verres chevés moulés (Pierre Royer, France)
– 17?? : Verres chevés moulés dans des moules creux (Genève)
– Vers 1830 : généralisation et perfectionnement du verre chevé moulé
– 18?? : Verres chevés moulés sur des moules convexes (procédé Walter-Berger)
– 18?? : procédé du « Bombage au clair » importé d’Amérique par Lembach
– 1878 : L’usine des trois fontaines produit 25 Millions de verres de montre par anNotons au passage que l’article « Verres de montres » du Guide du verrier (1868) est contenu dans le livre V qui est consacré au « Cristal » et non dans le livre II qui traite du « Verre à vitre ». D’où l’on peut inférer que les verres de montres étaient constitués de verre au plomb et non de verre ordinaire. Il est aussi intéressant de noter dans le même livre (PP.526-527) : « Le mot cristal en nomenclature de verrerie s’appliquait autrefois au verre blanc préparé avec le plus grand soin […] Depuis (l’invention du verre au plomb), on a réservé en France, dans la fabrication et le commerce du verre, le mot cristal exclusivement à ce dernier produit ».
Donc attention aux mentions anciennes du mot cristal! Elles peuvent selon l’époque et le contexte désigner trois choses différentes : le cristal de roche naturel (quartz), le « verre blanc » de première qualité, et le verre au plomb.Pour en revenir à Breguet, tu dis avoir lu dans les copies des registres qu’ils étaient en cristal de roche, est-tu certain qu’il était bien mentionné « cristal de roche » et pas simplement « cristal »? La confusion sur le terme étant assez fréquente, je me permets de poser la question.
Pour la raison de l’emploi de cristal taillé (qu’il soit de roche ou non) plutôt que de verre soufflé par Breguet, il s’agissait donc d’obtenir la forme voulue ce qui n’était pas possible avant 1891 avec le verre soufflé (peut-être avec les verres tirés d’une « fiole » car la date de leur création est floue, cependant ils étaient chers à produire).
Les utilisations de cristal taillé pour des verres de montre après 1791 ont dû être limitées à certains verres de formes très particulières et sans doute aussi à certains modèles luxueux.10 mai 2024 à 15h42 #420004939107Raxevis Arcofin
MembreMerci @Saturne de ces précisions qui ajoutent de la profondeur a ce sujet.
J’ai repris quelques unes des lectures que j’ai faites à propos des montres.
Voici d’où vient ma mention sur le cristal de roche:– Breguet de Sir Salomon Edition 1923 P26:
» Dans certaines pièces plates une ouverture était pratiquée dans le cristal de roche qui recouvre le cadran… »Plus loin dans la description de la n°1 de la collection ie Breguet N°160 p46:
» …boîte d’or, cristal de roche sur les deux côtés, un cadran en cristal de roche… »– Dans les documents que je présente concernant la montre N°1226 du Gal Junot il est noté
4 verres par Royer pour 24Frs
plus loin on peut lire:
2 verres par Royer pour 12Frsainsi que:
2 cristaux par Morel pour 80FrsIl n’est pas spécifié effectivement qu’il s’agit de cristal de roche.
– Lors de pa visite Place vendôme en sept 2021 lorsque j’ai répondu à l’invitation à découvrir la N°1160 (reprod. de la N°160). L’Horloger Suisse m’a bien dit « Cristal de roche ».
– Dans le livre de M. E. Breguet sur l’Exposition au Louvre: » Un Apogée de L’Horlogerie Européenne » Ed Louvre 2009, je lis à la page 46 au déscriptif de la montre N°1160 (2005/2008 par Montres breguet SA):
« … petite trotteuse, boîte d’or, cadran de cristal* de roche… »
L’asterisque renvoit à la p238:
citation
« Cristal:Pièce transparente en cristal de roche, protégeant le cadran d’une montre ou d’une pendule. Breguet a toujours utilisé des critaux taillés, polis et formés sur mesure, laissant voir la totalité du cadran. Les cristaux étaient très fragiles et se brisaient fréquement, les montres étaient livrées dans un écrin contenant un « cristal de supplément ».Si l’on se réfère au courrier de Breguet à Royer ainsi qu’à l’article de presse il y a de forte raison de penser que les montres courantes recevaient des verres simples et que le cristal de roche était reservé aux montres haut de gamme et ce peut-être dans un souci de leur reserver une meilleure transparence. Quoique sur ce point encore l’horlogerv que j’avais rencontré, et qui était l’un de ceux qui avait travaillé à la re-construction de la montre dite de Marie-Antoinette, n’avait su me dire pour quelles raisons il était choisi des verres en cristal de roche pour certaines montres et pour d’autres non.
Il y a peut-être une question de solidité qui entre en ligne de compte également à dimensions et épaisseurs égales entre cristal de roche taillé et verre soufflé ou moulé.
À suivre donc.
10 mai 2024 à 16h07 #420004939108Saturne
MembreMerci pour cette réponse.
Donc jusqu’à présent, toutes les mentions de « cristal de roche » présentées sont postérieures à Breguet. Dans les documents originaux nous avons « verres » et « cristaux ».
Sans aller jusqu’à nier la présence de cristal de roche dans certaines montres de Breguet, je pense que l’assertion « Cristal:Pièce transparente en cristal de roche, protégeant le cadran d’une montre ou d’une pendule. Breguet a toujours utilisé des critaux taillés, polis et formés sur mesure » est fortement remise en question par la lettre de Royer et sa réponse par Breguet neveu qui parlent bien de verres chevés soufflés et moulés (et non taillés).
Pour ce qui est de Sir David Salomons, il a facilement pu être trompé car les anglais n’emploient pas « cristal » pour le verre au plomb mais « flint glass » ou « lead glass ». En lisant cristal dans les archives, il parait vraisemblable qu’il ait interprété cristal de roche (simple supposition de ma part je l’accorde).
Au vu de ces éléments, je pense pour ma part que si cristal de roche il y a eu, c’était plutôt l’exception et que l’essentiel de la production comportait un cristal (verre au plomb), moulé ou taillé selon le cas.
Bien entendu, d’autres recherches dans les archives pourraient sans doute éclairer un peu mieux ce point.
10 mai 2024 à 16h25 #420004939109Raxevis Arcofin
MembreOn se rejoint complet effectivement la dessus.
10 mai 2024 à 16h42 #420004939110Saturne
MembreEh oui, l’histoire de l’horlogerie est pleine de légendes, grandes ou petites, maintes fois répétées et qui finissent par passer pour des vérités établies.
Cristal de roche, ça renvoie à un imaginaire de pureté, de perfection. Le verre fait moins rêver…
10 mai 2024 à 17h32 #420004939111Raxevis Arcofin
Membre- Saturne a écrit:
- Eh oui, l’histoire de l’horlogerie est pleine de légendes, grandes ou petites, maintes fois répétées et qui finissent par passer pour des vérités établies.
Cristal de roche, ça renvoie à un imaginaire de pureté, de perfection. Le verre fait moins rêver…
Duralex fait plus rêver du tout même je dirais.
Mais le cristal, le cristal tonnerre de Brest!
Un vin de glace servi dans un Roemer en cristal taillé blanc et rouge et Hop! Le monde est à nous!Y’a pas bien longtemps ma femme à malencontreusement brisé un Roemer Saint Louis de 1910 (donc non gravé à l’acide) et je crains que la boutique de la Rue Royale m’assassine si je vais en chercher un de remplacement, d’autant qu’il m’en faut également un plus petit version liqueur.
Mais je m’égare…
14 mai 2024 à 11h46 #420004939112Saturne
MembreJ’ai consacré un peu plus de temps à rechercher dans ma bibliothèque pour essayer de clarifier un peu cette histoire de « cristal de roche ».
J’ai recherché dans les ouvrages :
« Breguet, un apogée de l’horlogerie européenne », Musée du Louvre éditions
« The Art of Breguet » de George Daniels
En me fiant uniquement aux reproductions de registres et documents originaux.Voilà ce que j’ai trouvé pour l’instant :
Mention dans le registre de rhabillage N°3 de la perpétuelle N°27 en Novembre 1791:
« cadran est cassé et partant le verre »
Mention dans le registre de rhabillage N°3 pour deux montres Breguet (N°75 et N°168) en Novembre 1792:
« faire un cristal aplati »
« un verre à refaire »
Dossier de fabrication de la N°160 souvent surnommée « Marie Antoinette »:
le 20/08/1810 : « un cristal » par Morel pour 24 Francs
le 26/05/1813 : « un cristal plat » par Morel pour 24 Francs

le 29/04/1814 : « deux cristaux » par Royer pour 12 Francs

=> Les mentions suivantes datent d’après le décès d’Abraham-Louis Breguet (17/09/1823)
Notice de la montre n°1059, vendue le 5/12/1826:
« deux cristaux »
Notice de la montre n°1088, vendue le 4/07/1827:
« cristal de roche de supplément »
Notice de la montre n°4704, vendue le 16/04/1828:
« cristal de supplément »
Notice de la montre n°1163, vendue le 30/08/1828:
« cristal de supplément »
14 mai 2024 à 12h07 #420004939113Saturne
MembreDe cette recherche (très partielle), je retire les éléments suivants :
« Cristal de roche » apparaît une seule fois, sur une montre « perpétuelle, à tact, sur les principes des chronomètres » avec « développement du ressort » et « quantième de mois » Vendue au Roi d’Angleterre en 1827.
C’est la seule mention sans ambiguïté indiquant l’emploi de cristal de roche, elle concerne une montre de grand luxe (et pour un client de premier rang) et est postérieure au décès d’Abraham Louis Breguet.La fabrication de la N° 160 mentionne deux cristaux par Morel et deux par Royer, or nous savons par la lettre de Royer Jeune que Pierre Royer était fabricant de verres soufflés et moulés (pas tailleur de cristal de roche).
On peut donc dire positivement que la mention « cristaux » dans les registres Breguet n’implique pas nécessairement du cristal de roche.
Il serait intéressant de trouver des informations sur Morel pour savoir s’il était souffleur de verre ou tailleur de cristaux…
En l’état actuel de cette recherche, on ne peut pas affirmer ni infirmer que la N°160 (dont la 1160 se veut la copie) ait eu un cadran en cristal de roche.Il serait intéressant pour compléter un peu cette recherche de trouver une mention en toutes lettres du cristal de roche datant du vivant de Breguet. Pour l’instant je n’en ai pas vu, mais j’ai peu de documents originaux à ma disposition.
14 mai 2024 à 15h21 #420004939114caput
MembreTu connais le prénom de Morel ?
14 mai 2024 à 15h41 #420004939115Raxevis Arcofin
MembreSur ce sujet il serait interressant d’avoir la participation de @Noalio à propos de sa montre de 1650!
Il pourrait certainement nous dir ce qu’il en est de la sienne et peut-être possède t-il une documentation qui à prévalu à ses recherches.14 mai 2024 à 16h36 #420004939116Saturne
Membre- caput a écrit:
- Tu connais le prénom de Morel ?
Hélas non, dans les documents que j’ai à ma disposition, il est juste mentionné par son nom (peut-être dans d’autres parties des archives Breguet on pourrait trouver son nom complet).
J’ai regardé dans le Tardy, il est mentionné aussi mais son prénom n’est pas donné.
Si je le trouve par ailleurs, je le donnerai ici.- Raxevis Arcofin a écrit:
- Sur ce sujet il serait interressant d’avoir la participation de @Noalio à propos de sa montre de 1650!
Pour une montre de 1650, le boîtier ne peut être qu’en cristal de roche car le cristal artificiel (verre au plomb) n’était pas encore inventé. Et un boîtier en verre « classique » n’aurait pas cette pureté
14 mai 2024 à 17h08 #420004939117Raxevis Arcofin
Membre -
AuteurMessages
- Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.
Sujets en lien
- Sujets historiques généraux
- Les boites de montres de forme coussin : Une histoire de dames et d’hommes
- Billet & Grande Revue : la Nautic 3 ou le retour Franco-Suisse de LIP
- baselword 2017 : reportage nouveautés H.Moser&Cie et Hautlence
- Fabricant verres de montre sur mesure?
- Projet Hamilton 4992 B : B Uhr ou canette de coca ?













