[Récit] La montre d’Honoré Petetin Horloger militant et son Tourbillon de Benoit

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  • #410000142988
    ZEN
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    Honoré Petetin Horloger militant à Givors
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    Plus qu’une montre, un document qui témoigne d’un art et d’une culture horlogère.

    Il est des pièces d’horlogerie qui sont avant d’être des montres, des documents, des démonstrations par l’exemple de ce que la passion et le savoir-faire d’un horloger peuvent conduire à créer. A une époque où les horlogers avaient cette immense humilité qui leur faisait oublier d’apposer leur nom sur les cadrans, Honoré Petetin, maître horloger à Givors depuis les années 1850, fut l’un des fondateurs puis membre éminent de la chambre syndicale des horlogers de Lyon aux alentours de 1890. Il fait alors partie des experts qui statuent pour récompenser les meilleurs horlogers susceptibles de livrer à la Marine Française des chronomètres de marine. Il travaille dans ce cadre avec l’observatoire de Lyon créé en 1878 par un décret du 11 mars signé du président de la République Mac Mahon. Dans sa boutique d’horloger bijoutier du 30 de la grande rue du port à Givors, Honoré Petetin, est aussi vendeur de tournebroches, réveils, lunettes en tous genres. Sa curiosité scientifique et son goût des choses bien faites le conduisent à sélectionner de beaux objets de qualité pour ses clients. Il fabrique des pendules d’une très honorable qualité. Il exerce ses talents et sa passion sur des montres un peu plus rarement. Il se plait à démontrer la précision de ses pièces, expression symbolique d’un art et d’un savoir faire qui font des horlogers indépendants et autonomes de la fin du 19ème siècle des artistes atypiques, dans un univers où l’industrie a déjà organisé la parcellisation des tâches et la production en volumes de mouvements dont l’interchangeabilité des pièces relève d’une conquête technologique ultime.

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    Un personnage hors du temps

    Honoré Petetin est hors du temps. Il travaille dans son atelier loin des manufactures qui s’implantent les unes après les autres et qui connaissent un essor exceptionnel en cette fin de 19ème siècle. Les manufactures participent à la conquête sociale de l’acquisition individuelle de l’heure par le plus grand nombre et les horlogers indépendants dépouillés d’une clientèle qui faisait leurs beaux jours auparavant, exercent leur art sereinement sur des pièces uniques. Lui qui a vendu dans sa boutique d’horloger bijoutier des montres à cylindre s’est, comme tous les bons horlogers, converti à la montre à ancre qui va apporter la précision dans les montres de grande diffusion, celles faites par Omega, Zenith, Longines et d’une manière générale par toutes les grandes manufactures suisses qui prospèrent en cette seconde moitié du siècle.

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    Communard de la première heure, il avait adopté la tenue des communards de 1871 en bon doctrinaire rigide qu’il fut. Blouse blanche, chapeau aux bords larges, barbe fleuve, Honoré Petetin était une figure militante. Victime affichée du 2 décembre 1851, date du coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte et de la restauration de l’Empire, il représenta la commune de Givors aux obsèques de Victor Hugo. Militant, commerçant, cet horloger engagé avait conscience que l’instruction devait toucher toutes les couches sociales de la jeunesse. Lors d’un discours de 1872, il déclara en militant du parti Radical « Vieux Républicains de 1848, vous me pardonnerez si je ne parle pas correctement mon français, mais ce que je dis part du cœur. Reconnaissant tous les torts que l’ignorance a causés à la République, je viens vous dire : Instruisez-vous, faites instruire vos enfants, non par cette instruction cléricale qui abrutit, mais par l’instruction laïque et libre, la seule qui fasse les bons citoyens. » L’homme est opiniâtre, convaincu de ses idées et prêt à les défendre à tout prix. Il n’est guère étonnant qu’il ait voulu aller plus loin dans le façonnage de pièces horlogères spéciales même si parfois l’horloger s’effaçait derrière le militant.

    Une inspiration née des pièces de marine

    Est-ce l’intérêt de l’époque pour les chronomètres de marine, la diffusion large des travaux de John Harrison qui un siècle plus tôt réussit d’excellents chronomètres de marine, nul ne le sait. Nul ne sait non plus si sur une ébauche de cet horloger lui-même tardivement ou un autre passionné sera venu greffer un échappement à détente et un spiral en forme de cylindre. L’exécution est artisanale mais soignée. Elle démontre que pour implanter le balancier à vis dans cette boite, il a fallu rogner sur l’argent pour dégager l’espace indispensable à la mobilité de la pièce. Ce balancier est exceptionnel. Il faut une forte loupe pour détecter qu’il est bien bimétallique. Le réglage du mouvement se fait au moyen de quatre vis dans l’axe des deux bras du balancier. Les roues sont façonnées à la main minutieusement, les bras sont terminés à la lime sans arrêtes vives.

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    Le spiral en hauteur à la différence du spiral plat est plus courant dans les chronomètres de marine que dans les montres. Finition suprême, l’empierrement de l’échappement, le contre pivot sur l’axe de balancier, les vis bleuies, les anglages soignés, le dorage sablé parfait, tout concourt à élever le niveau de cette montre au rang de document, de synthèse de connaissances et probablement d’aboutissement de centaines d’heures de travail.

    Petetin enseigna l’horlogerie à Cluses. Cela conduit à se rapprocher de personnalités qui ont conduit à la fondation de l’école de Cluses. Celle-ci fut dirigée à partir de 1849 par Achille-Hubert Benoit (1804-1895), horloger français, qui mit au point, en sa qualité de directeur de l’Horlogerie royale fondée à Versailles en 1835, de nombreux types de mouvements. En 1849, Benoit devient directeur de l’école de Cluses qui venait de s’ouvrir et dont il occupera le poste de Directeur pendant 41 ans.
    C’est là qu’il développa notamment des chronomètres, un tourbillon et des constructions particulières.

    Le Tourbillon de Benoit est très rare et très particulier. La piste de cette recherche fut donnée par des membres de FAM, Caput et Saturne ainsi que Xaipe. Ce tourbillon, ici représenté

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    Joseph Flores expliquait sur FAM en 2006 le principe de ce tourbillon

    Citation :
    Dans le tourbillon de Benoit c’est là que se tient la différence puisque le fonctionnement de l‘échappement est basé sur un autre principe : celui dit du déplacement d’équilibre ou encore « point mort ». Il n’a de ce fait aucune denture fixe et entrerait plus alors dans la catégorie des carrousels… mais conservons lui son appellation de « tourbillon de Benoit ».
    Ce point mort, dans une montre, est donné par la position du spiral, qui par son élasticité ramène toujours le balancier sur ce point, alors que l’échappement l’en éloigne.
    Il est clair que si durant la marche on déplace ce point, donc en déplaçant le point de fixation du spiral, le piton, d’un certain angle toujours dans le même sens, on arme le spiral d’une petite intensité qui assure l’impulsion, en même temps que l’on entraîne le balancier dans un mouvement de rotation autour de son pivotement.
    Historiquement il faut préciser que ce genre de tourbillon est dû à un Anglais Gowland qui le réalisa déjà en 1838, mais l’histoire continue de l’attribuer à Benoit

    En vidéo, ça donne cela (désolé pour le son, la vidéo a été trouvée par Xaipe sur YouTube)

    C’est donc bien un Tourbillon de Benoit qu’a réalisé Petetin sans doute à l’issue de son passage à l’école de Cluses. La pièce est rare et indéniablement unique.


    La montre offre un statut social

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    Honoré Petetin qui a aujourd’hui une grande rue de Givors à son nom, sans doute davantage pour son passé militant que pour ses pièces horlogères même si elles le méritent, a placé dans cette montre une somme de connaissances accumulées au fil de l’expérience. Faut-il considérer cette pièce à l’échappement complexe et atypique avec un balancier élaboré unitairement comme un acte de résistance à la fabrication industrielle ? Ce qui est certain est que les montres depuis le dix-huitième siècle, sont considérées comme un signe de richesse, une marque d’appartenance à une couche sociale supérieure que l’on expose sur ses habits comme un signe qui distingue le riche du pauvre, le rural de l’urbain.

    [Récit] La montre d'Honoré Petetin Horloger militant et son Tourbillon de Benoit Dytent14

    L’ère industrielle de l’horlogerie va battre en brèche cette caractéristique en généralisant à tous l’usage de la montre.
    Il reste assez peu d’informations sur Honoré Petetin. Ses pendules et pendulettes, ses horloges souvent attribuées à tort au 18ème siècle et quelques rares montres soit dont il n’était que le marchand, soit dont il était le concepteur. Ces pièces ont pérennisé son souvenir davantage que son engagement militant auprès des communards. Une preuve sans doute que le temps a raison de tout, sauf peut-être de ce qui le sert…

    L’échappement à détente

    Réputé pour son rendement mécanique, l’échappement à détente est contemporain des chronomètres de marine au 18ème siècle. Sa fiabilité et sa précision en firent le type d’échappement le plus répandu dans ces pièces de marines destinées à faciliter le calcul des longitudes pour les bateaux en mer. Rattaché à la catégorie des échappements libres, l’échappement à détente diffère des échappements à ancre suisses, les plus fréquents, en ce qu’il sert à arrêter la roue d’échappement pour en réguler la mobilité.

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    En outre, alors que l’on parle d’alternances dans un échappement à ancre, le balancier muni d’un échappement à détente ne subit qu’une impulsion par oscillation. Enfin, c’est dans ce type d’échappement la roue d’échappement qui donne l’impulsion et non l’ancre comme sur les échappements à ancre. Ce type d’échappement est le plus souvent associé à un balancier doté d’un spiral cylindrique par opposition avec le spiral plat de Breguet. Le spiral cylindrique est destiné à fournir une force constante mieux répartie.

    Remerciements de l’auteur au service des archives municipales de la ville de Givors, aux membres de FAM cités dans le texte et à Joseph Flores

    Droits réservés – Forumamontres- Août 2017/Mars 2020 – Joël Duval
    #420004294382
    Xaipe
    Membre

    drunken drunken drunken

    J’adore…

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    Avez-vous coché toutes les cases ?

    #420004294383
    pilàlheure
    Membre

    beau travail d’équipe, félicitations

    et quelle pièce, on distingue mal l’échappement, preuve que la miniaturisation d’un tel mécanisme relève de l’exploit
    tu notes, Zen, l’humilité du personnage par l’absence de patronyme sur le cadran
    la boite en argent pourrait aussi en être une indication
    c’est vrai qu’on a du mal a distinguer les deux métaux qui composent la serge de balancier
    par contre sur la dernière photo, on peut entrevoir une des 4 vis de réglage

    cette montre est un régal et on aimerait en savoir plus
    fiabilité, régularité, rdm … et on aimerait la voir tourner !

    bref que du bonheur cette découverte et encore bravo pour l’exposé

    #420004294384
    ZEN
    Membre

    Très difficile à photographier à cause des bords hauts de la boite. Je suis à ras sur la dernière photo et l’objectif touche la boite.

    Cette pièce découverte par hasard par un ami n’a pas dû changer souvent de propriétaire. Elle fonctionnait quand je l’ai photographiée malgré son encrassement et un peu de rouille sur le spiral.

    Je n’ai pas osé la faire réviser non pas parce que je ne connais pas un très bon horloger, mais parce que le transport peut la faire perdre définitivement.

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    Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).

    #420004294385
    Alvida
    Membre

    Très bien l’article et très instructif. Un modèle à garder précieusement. thumleft

    #420004294386
    pilàlheure
    Membre

    « Nul ne sait non plus si sur une ébauche de cet horloger lui-même tardivement ou un autre passionné sera venu greffer un échappement à détente et un spiral en forme de cylindre. »

    on a un peu de mal à imaginer que cette pièce n’ait pas été pensée et « conçue » avant son élaboration

    la platine centrale présente plusieurs niveaux qui n’ont pu être usiné sans de savants calculs préalables

    il est d’ailleurs intéressant de constater qu’elle intègre le pivot d’ancre supérieur
    il serait intéressant d’observer le coté cadran
    ne serait ce que pour comprendre l’implantation de la roue d’échappement ?

    mais il est vrai que certains indices interrogent … ce pond de balancier avec les mentions « avance » et « retard »
    et ces quelques pré perçages en attente … d’ou l’idée d’ébauche émise par Zen

    les dimensions de l’ensemble semblent classique mais cette montre est sans doute plus épaisse
    encore une fois jolie prouesse – un chronomètre de marine miniature Wink

    #420004294387
    isosta
    Membre

    Très intéressant !

    c’est vrai qu’elle mériterait d’être démontée (comme ça on verrait le côté cadran Twisted Evil )
    et nettoyée pour lui rendre toute sa superbe.

    les solutions et éléments ajoutés semblent artisanaux
    (poids du balancier, pont avec gravure A/R, découpe pour passage du balancier))
    mais l’architecture est forcément pensée à l’avance pour intégrer le spiral cylindrique
    la roue d’échappement et l’ancre.

    ça donne vraiment envie d’en savoir plus…

    Isosta

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