Quand l’heure s’offrait : Les chronomètres de vitrines

FORUMAMONTRES › Forums › FORUMAMONTRES › Quand l’heure s’offrait : Les chronomètres de vitrines

14 sujets de 1 à 14 (sur un total de 14)
  • Auteur
    Messages
  • #410000128468
    ZEN
    Membre
    Quand l’heure s’offrait : Les chronomètres de vitrines
    Quand l’heure s’offrait : Les chronomètres de vitrines Chrono13

    Conçus pour convaincre

    Dans les toutes premières années du 20ème siècle, les manufactures doivent encore équiper des travailleurs sans montre et dont le temps est ponctué par la sirène de l’usine, la sonnerie de fin de service ou simplement par le beffroi de la mairie, les cloches de l’église voire quelque horloge publique ou de gare. En dehors de cela, il n’est point de salut pour connaître l’heure que la pendule de la maison, mais rien d’autre d’individuel si l’on n’a pas la chance de posséder une vraie montre à échappement à ancre.

    Quand l’heure s’offrait : Les chronomètres de vitrines Chronm10

    Il faut donc convaincre les clients potentiels de l’intérêt qui est le leur de franchir le pas et de s’offrir ou se faire offrir une montre dont les marchands disent en cœur avec les firmes horlogères qu’elle les accompagnera toute leur vie. Toutes les réclames (on ne dit pas encore publicité) vont à l’unisson vanter l’intérêt d’une montre fiable et précise et les marques jouent dans la surenchère des messages pour faire passer auprès des clients, la précision ultime des pièces de leurs collections.
    Ce que l’on appelle aujourd’hui la publicité sur le lieu de vente va venir compléter les messages des manufactures donnés dans la presse et les magazines. A l’époque les montres ne sont pas vendues par des boutiques « intégrées » mais essentiellement par des Horlogers-Bijoutiers dans des boutiques très largement disséminées sur le territoire. Il n’est pas rare qu’une ville de quelques dizaines de milliers d’habitants compte deux ou trois détaillants vendant les mêmes produits. Dès qu’une marque est représentée, une autre s’invite à ses côtés dans les petites vitrines de province et il faut donc trouver le moyen de se singulariser dès lors que l’offre de montres est assez large. Sur les rangs des marques les plus populaires, Longines, Omega et Zenith bataillent avec Lip, LeCoultre (Jaeger Lecoultre ne verra le jour qu’en 1937) ou Ulysse Nardin.

    Des pièces remarquables

    Pour s’imposer, il faut se faire remarquer avec des pièces qui au-delà des montres vont frapper la mémoire. Nait ainsi l’idée d’offrir dans les vitrines des détaillants ou dans leurs boutiques non pas des pendules mais des pièces faciles à déplacer. L’idée n’est pas totalement nouvelle car déjà, lors des expositions universelles de 1889 et de 1900, les manufactures avaient présenté des Chronomètres de marine dans les couvercles en bois desquels elles avaient collé des slogans pour défendre la précision extrême de leurs montres. De ce détournement, semble être né le Chronomètre de vitrine différent de celui de marine monté sur cardans pour être maintenu à plat dans toutes les positions du bateau sur lequel il est sensé être destiné à embarquer.

    Quand l’heure s’offrait : Les chronomètres de vitrines Omega_16

    Le chronomètre de Vitrine est pour ce qui le concerne monté sur une plaque de bois dans un coffret en acajou ou en bois de qualité, il n’a pas besoin de cardans pour être maintenu à plat car il est réputé ne pas avoir à être sorti de sa vitrine si ce n’est pour que son mouvement soit remonté. D’abord publicitaire, c’est-à-dire destiné à faire de la réclame sur le lieu de vente de la marque qu’il représente, il fait rapidement l’objet d’une demande de la clientèle qui veut l’acheter et souhaite soit en faire des montres de bureau, soit le placer dans une vitrine au milieu du salon. Moins onéreux qu’un chronomètre de marine, le chronomètre de vitrine est tout aussi précis pour un prix lors de sa commercialisation d’environ un tiers d’une pièce de marine.

    Le culte de l’heure précise

    Pour les manufactures, la très bonne idée est de permettre à l’horloger revendeur de pouvoir offrir l’heure précise à ses clients en attirant l’œil sur un cadran large et respectueux d’une esthétique classique et dans le même axe, à chaque fois qu’il vient voir l’heure, de lui faire lire le slogan de la marque jusqu’à l’imprégner de la certitude que celle-ci est bien la meilleure.

    L’heure précise est dans les premières années du vingtième siècle, une sorte de culte que les manufactures défendent tous azimuts et à force d’expliquer que seule une montre de telle ou telle marque est capable de précision, c’est dans les vitrines des horlogers bijoutiers que les porteurs de montres (de poche) vont venir chercher l’heure de référence pour régler leur montre. Il n’est pas rare de voir des messieurs entrer dans la boutique d’un horloger ou s’arrêter devant sa vitrine afin, montre en main et parfois chaine accrochée au gilet, de procéder au réglage hebdomadaire de leur garde temps. Il faut rappeler que si les montres de la meilleure qualité approchaient la précision d’une minute d’avance tous les 3 jours, les montres de qualité courante déviaient de 5 minutes par semaine et rendaient nécessaire un ajustement régulier. Mais comment déterminer l’heure exacte sans radio, ni téléphone ? C’est donc le bijoutier du quartier qui devient qualifié pour offrir celle-ci et les manufactures vont placer chez ces distributeurs ultimes, via leurs représentants de commerce, des chronomètres de vitrine publicitaires.


    La tentation d’une pièce d’exception

    Tout est conçu dans ces pièces pour donner au client l’envie irrépressible de céder à la tentation d’acquérir une pièce de la marque. Non seulement ces chronomètres sont beaux et placés dans un bois vernis qui est soit un acajou, soit un arbre fruitier ou du chêne mais en plus, ils sont extrêmement lisibles par un choix judicieux de cadran soit en émail, soit argenté pour mieux renvoyer la lumière et détacher la lecture des aiguilles. En outre, l’horloger pourra prendre solennellement l’objet et accéder au mouvement souvent protégé par un verre soit en basculant la plaque sur lequel est fixé le chronomètre, soit en ouvrant le couvercle de fond en bois monté sur charnière. Le coffret de ces chronomètres est en effet parfois articulé pour faciliter la démonstration du vendeur et lui permettre d’exposer la technologie renfermée dans le mécanisme de la pièce. Par la même occasion, le détaillant habile muni du bulletin de marche de son chronomètre pourra sensibiliser son client à ce qui fait la différence entre une pièce ordinaire et un chronomètre. L’œuvre pédagogique se mêle ainsi au geste commercial.

    Quand l’heure s’offrait : Les chronomètres de vitrines Omega_17

    Les chronomètres de vitrines demeurent une fois la montre achetée, la première tentation de ces messieurs qui ont compris en les regardant, tout le plaisir qu’ils allaient avoir à posséder une montre issue de la même manufacture que celle qui avait produit cette pièce unique vue chez l’horloger. Il n’en faut pas davantage pour que naisse après la première guerre mondiale, une demande de la clientèle pour ce type de pièces. Certaines manufactures vont y satisfaire tandis que d’autres produiront spécialement des chronomètres proches des chronomètres de marine pour faire leur publicité.

    Quand l’heure s’offrait : Les chronomètres de vitrines Omega_18

    Ces pièces n’étaient en général pas livrées gratuitement aux détaillants qui devaient les acheter ou devaient justifier d’un chiffre d’affaires élevé avec la marque pour les obtenir sans avoir à les payer. Dans tous les cas, il était rare qu’un même détaillant possède ce type de pièces pour plusieurs marques simultanément. Comment d’ailleurs aurait-il pu justifier d’avoir une heure précise pour deux pièces qui auraient nécessairement affiché des heures différentes ?

    Le rendez-vous avec la nostalgie.

    Quand l’heure s’offrait : Les chronomètres de vitrines Omega_19

    Livrés au soleil et à la chaleur des vitrines, les chronos de vitrines voyaient souvent leurs huiles sécher rapidement et le bois s’abimer à cause du soleil qui en agressait la patine. Peu de ces pièces ont donc traversé le temps, en particulier pour les premières fabriquées avec une vocation publicitaire. Aujourd’hui, les chronomètres de vitrines témoignent du charme indéniable de cette réclame d’autrefois et de cette conviction des manufactures de rechercher en permanence à convaincre de leur aptitude à offrir l’heure la plus précise aux acteurs d’une société qui allait courir après son temps.
    Jusque dans les années 60, on rencontre ce type de pièces chez les détaillants puis elles se font oublier au profit de pendules électriques publicitaires avant d’être remplacées par des versions de plus en plus perfectionnées de pendules murales.
    Aujourd’hui, les chronomètres de vitrines ont définitivement cédé la place à des pendules à quartz radio-pilotées, icônes des marques en forme de montres agrandies et garantes d’une précision sans faille. L’heure affichée chez les horlogers-bijoutiers ne pourra guère être plus précise. On se prend pourtant à regretter ces boutiques et leurs chronomètres de vitrines, témoignage d’un savoir faire et d’une proximité avec le consommateur dans un dialogue qui passait par des objets conçus initialement pour ne jamais leur être vendus.

    Droits réservés – Forumamontres – Joël Duval – Août 2017
    #420003663368
    Rocca
    Membre

    Très amusant, ce sont de superbes pièces en plus !

    Récemment j’ai vu sur une brocante une petite montre-bracelet Lip avec une inscription en cercle sur le cadran du genre : l’horloger vous prête cette montre durant le temps de la réparation de la votre. C’était pas écrit exactement comme ça mais c’était bien le sens.

    Un peu comme les voitures de prêt des garages !

    Tout cela en dit long sur la valeur d’une montre à ces époques et sur l’importance de l’heure juste qui était encore une affaire de spécialistes : les horlogers qui ont presque tous disparu de nos villes !

    #420003663369
    MONTEMONT
    Membre

    Encore un très bon sujet Joël !!! Chinois Wink

    Ma petite contribution de ma marque préférée, et chose assez rare c’est un chronographe mono poussoir à la couronne qu’il est possible de déclencher dans sa boite par un bouton poussoir à l’arrière de celle ci…

    Quand l’heure s’offrait : Les chronomètres de vitrines 27593901181_140b414ee5_b

    Quand l’heure s’offrait : Les chronomètres de vitrines 27593878651_c47f1e63de_b

    Quand l’heure s’offrait : Les chronomètres de vitrines 27389905250_f3d4b6e535_b

    le bouton de déclenchement du chrono :
    Quand l’heure s’offrait : Les chronomètres de vitrines 27668382565_90def186f6_b

    Quand l’heure s’offrait : Les chronomètres de vitrines 27056426094_51caee8bc0_b

    et le mouvement, un Minerva 19-9CH.
    Quand l’heure s’offrait : Les chronomètres de vitrines 27557353900_2222395acc_b

    #420003663370
    ZEN
    Membre

    Très jolie pièce ! Les montre de vitrine chronographes sont rares, c’est une vraie pièce de collection !

    _________________

    _________________
    Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).

    #420003663371
    Caudron
    Membre
    ZEN a écrit:
    L’heure affichée dans chez les horlogers-bijoutiers ne pourra guère être plus précise. On se prend pourtant à regretter ces boutiques et leurs chronomètres de vitrines, témoignage d’un savoir faire et d’une proximité avec le consommateur dans un dialogue qui passaient par des objets conçus initialement pour ne jamais leur être vendus.

    Bonsoir,
    Merci encore et toujours pour ces articles. Il y a un petit problème dans cette phrase du dernier paragraphe néanmoins. J’ai mis en gras pour faciliter le repérage.

    #420003663372
    isosta
    Membre

    Ces chronomètres de vitrine sont de très belles pièces et ça fait longtemps que ça me travaille
    et que j’aimerais bien en trouver un, si possible Oméga !

    Vu celui-ci à Mer cette année :

    très beau Lip , vendu par contre horriblement cher . pas craqué !

    Quand l’heure s’offrait : Les chronomètres de vitrines Izt3r4

    Quand l’heure s’offrait : Les chronomètres de vitrines 1zn91er

    Quand l’heure s’offrait : Les chronomètres de vitrines 5x381s

    Isosta

    #420003663373
    ZEN
    Membre

    Superbe effectivement mais quel mouvement ?

    _________________

    _________________
    Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).

    #420003663374
    ZEN
    Membre
    Caudron a écrit:
    ZEN a écrit:
    L’heure affichée dans chez les horlogers-bijoutiers ne pourra guère être plus précise. On se prend pourtant à regretter ces boutiques et leurs chronomètres de vitrines, témoignage d’un savoir faire et d’une proximité avec le consommateur dans un dialogue qui passaient par des objets conçus initialement pour ne jamais leur être vendus.

    Bonsoir,
    Merci encore et toujours pour ces articles. Il y a un petit problème dans cette phrase du dernier paragraphe néanmoins. J’ai mis en gras pour faciliter le repérage.

    Merci ! Et la première photo sort de travers sur tablette….

    _________________

    _________________
    Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).

    #420003663375
    Auto-Matic
    Membre

    Merci pour ce texte. Je me permets de signaler quelques rares erreurs, supposant que ces textes ont vocation à resservir par la suite.

    ZEN a écrit:
    Il faut donc convaincre les clients potentiels de l’intérêt qui est le leur de franchir le pas et de s’offrir ou se faire offrir une montre dont les marchands disent en chœur avec les firmes horlogères qu’elle les accompagnera toute leur vie.

    Non seulement ces chronomètres sont beaux et placés dans un bois vernis qui est soit un acajou

    Certaines manufactures vont y la satisfaire tandis que de d’autres produiront spécialement des chronomètres proches des chronomètres de marine pour faire leur publicité.

    Livrés au soleil et à la chaleur des vitrines, les chronos de vitrines voyaient souvent leurs huiles sécher rapidement et le bois s’abimer à cause du soleil qui en agressait la patine.

    Que de chemin parcouru pour faire connaître l’heure exacte, entre les colporteurs d’heure du XIXème siècle et les horloges et montres radiopilotées ou GPS actuelles.

    #420003663376
    Bruce.wayne
    Membre

    Bonjour,

    Merci pour cet article. Je ne connaissais pas le principe et je le trouve excellent : offrir l’heure.

    Genial

    #420003663377
    Arthaer
    Membre

    Merci Zen pour cet article très intéressant.

    #420003663378
    Pierre-Yves
    Membre
    Caudron a écrit:
    … Il y a un petit problème dans cette phrase du dernier paragraphe néanmoins. J’ai mis en gras pour faciliter le repérage.

    Auto-Matic a écrit:
    Merci pour ce texte. Je me permets de signaler quelques rares erreurs, supposant que ces textes ont vocation à resservir par la suite.

    Mais que fait le correcteur d’orthographe ? pirat

    j’ai rectifié.

    #420003663379
    ZEN
    Membre

    Merci Wink

    _________________

    _________________
    Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).

    #420003663380
    ZEN
    Membre
    isosta a écrit:
    Ces chronomètres de vitrine sont de très belles pièces et ça fait longtemps que ça me travaille
    et que j’aimerais bien en trouver un, si possible Oméga !

    Vu celui-ci à Mer cette année :

    très beau Lip , vendu par contre horriblement cher . pas craqué !

    Quand l’heure s’offrait : Les chronomètres de vitrines Izt3r4

    Quand l’heure s’offrait : Les chronomètres de vitrines 1zn91er

    Quand l’heure s’offrait : Les chronomètres de vitrines 5x381s

    Isosta

    Tu te souviens du prix ? Incompréhensible

    _________________

    _________________
    Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).

14 sujets de 1 à 14 (sur un total de 14)
  • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.