FORUMAMONTRES › Forums › FORUMAMONTRES › L’histoire ou les histoires … Billet pas doux…
- Ce sujet contient 15 réponses, 16 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par
oliveka, le il y a 13 années et 9 mois.
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9 janvier 2013 à 11h21 #410000090373
ZEN
MembreJe ne sais pas si les amateurs d’horlogerie sont plus captifs que les autres individus à l’histoire mais de fait, il faut constater que les marques jouent à fond sur leur histoire et parfois même finissent par s’y égarer.
Prenons IWC, marque ô combien respectable qui nous abreuve d’exploits d’aviation militaire. Sans nul doute, le créneau et la cible de cette marque sont excellents, mais si on cesse de se raconter des histoires, IWC a servi comme les autres les deux camps lors de la seconde guerre et finalement, tout cela n’est pas si glorieux. Ne soyons pas pour autant enclins à juger trop vite car toutes les marques ont fonctionné à peu près de la même manière, mises à part les marques américaines qu’on ne retrouve pas au poignet ou dans les poches des Allemands en 45.
Remontons donc un peu plus loin. L’Histoire nous conduit au milieu du 19ème siècle dans les manufactures américaines et suisses. Aux USA, les conditions de travail dans l’horlogerie sont excécrables avec des cadences imposées à défaut desquelles la porte s’ouvre pour faire sortir les ouvrières. Pas question pour les femmes enceintes d’aller aux toilettes et de rompre la chaine de travail… Mieux, les « radium girls », pauvres ouvrières chargées de peindre les cadrans avec cette matière luminescente assassine, vont un peu plus tard lécher les pinceaux de peinture au radium et générer des séries de cancers mortels. Au 19ème, les bains d’acide en Suisse sont manipulés sans protection, avec des vapeurs qui attaquent les poumons des ouviers. La Suisse se mettra à appliquer les cadencements du travail avec un peu plus d’humanité mais globalement, la politique sociale est « Travaille et tais-toi, et ceci dans toute l’industrie horlogère .
C’est là qu’on voit qu’on peut être assez loin du gentil patron qui aime ses ouvriers… Chez Longines, Omega, Zenith, Universal, il faut rentabiliser les machines et la contrainte économique de concurrence oblige à être très attentif à la gestion des ressources. Un président de manufacture peut vite devenir un tortionnaire car il n’a pas le choix…
Nous devons remonter encore car certaines maisons vont chercher leur histoire chez d’illustres horlogers du 18ème siècle. Perrelet n’a pas volé à Sarton le remontage automatique , c’est l’histoire racontée par les marketeux qui ont influencé Chapuis puis la marque qui a voulu cette histoire. Pour le coup, Joseph Flores a ridiculisé l’Histoire officielle en offrant une histoire scientifique qui n’a rien à voir avec ce que la marque racontait.
Remonter plus loin, c’est retrouver Breguet. Ce bon Abraham Louis pas très versé dans la logique révolutionnaire avait parait-il un caractère de chien et était totalement infect avec ses ouvriers. Il avait semble-t-il, une propention à piquer le travail de ses collaborateurs pour le mettre à son nom… Les Suisses disent que ses mauvais côtés étaient français … Les Français disent que c’était bien un Suisse…
L’image que l’histoire et les histoires veulent dégager est celle des pères fondateurs qu’ils fussent au 18, au 19 ou au 20ème siècle. Proche de nous, Jean-Claude Biver serait ainsi le père fondateur d’Hublot, lui qui avait raconté une très belle histoire autour de Blancpain. Nous voyons JC Biver en amoureux de l’horlogerie, ce qu’il est , en CEO éclairé, ce qu’il est, en ultra doué du marketing, ce qu’il est, mais jamais en personnalité au caractère trempé qui peut piquer des colères à la limite du supportable pour son entourage.
C’est que chaque médaille à son revers. La plupart des CEO sont des caractériels qui savent gommer leurs excès quand la lumière est sur eux. Le métier le veut ainsi, si l’on n’est pas un ogre, on se fait manger. Une marque sans histoire serait bancale. Tout l’art de Bell & Ross est de raconter une histoire qui ne lui appartient pas en mettant en perspective ses produits. De fait Bell & Ross a bien autant de légitimité à le faire que les autres d’autant que la marque n’a jamais servi l’ennemi … C’est vrai, une marque de montre qui n’a jamais été portée par les Nazis et jamais vendue en sous-marin, à la Kriegsmarine, c’est pas si mal.
Au sein des marques, plusieurs nient leur passé, mais celui qui achète des montres anciennes sait que les gravures qu’il retrouve au dos des montres ne sont pas toujours avantageuses. Il nous faut beaucoup d’histoires parfois pour oublier l’Histoire. C’est sans doute la raison pour laquelle on nous raconte n’importe quoi. Peu de marques se sont engagées à fond avec des historiens sur la voie de la recherche « scientifique » de leur histoire. Il suffit de poser certaines questions pour constater que le vide historique est abyssal. On saura répondre sur une date de fabrication mais pas sur un fait historique …
L’histoire du chronométrage sportif a été abandonnée à Omega et Longines par exemple alors que d’autres en ont joué aussi … Les montres de chemins de fer intéressent peu et pourtant, ces marchés étaient très instructifs sur l’histoire des transports et les angoisses des sociétés ferroviaires. Quels furent les apports de Leroy, Lepines, Berthout ? Cela appartient à l’histoire . Celle-là n’est défendue par aucun marketing …On l’ignore donc, mais bon, on ne va pas faire d’histoires…
9 janvier 2013 à 14h24 #420001974641LeGarsQuiAimeÇa
Membre
Un peu d’histoire n’a jamais fait de mal
9 janvier 2013 à 14h43 #420001974642jonath
MembreMerci Zen pour ce billet très stimulant intellectuellement.
Jonathan
9 janvier 2013 à 15h57 #420001974643ptit seb
MembreSi on doit faire l’impasse sur toutes les marques, les entreprises, les personnes… qui ont fourni la Wehmacht ou le régime nazi en général, va falloir oublier beaucoup de symboles du luxe et/ou de l’efficace.
Peut-être ne s’en vantent-elles pas mais il n’est pas difficile aujourd’hui de connaître leur rôle durant cette période qu’il s’agisse de Boss, Mercedes, BMW, Adidas sans oublier la plus emblématique : Volkswagen. Si le petit moustachu n’avait pas voulu détruire Londres, on attendrait encore les satellites pour la météo, les GPS… Et l’A380 serait peut-être encore dans les cartons
Je n’ai pas honte de posséder une B.uhr et c’est entre autres parce qu’elle équipait les pilotes de la Luftwaffe que j’ai choisi Stowa, sans arrière pensée mais simplement parce qu’elle fait partie de l’Histoire.
Par ailleurs, les dirigeants actuels de ces marques ne sont pas responsables des décisions de leurs prédécesseurs. Il ne s’agit pas non plus de se vanter d’avoir construit des « détails » mais avoir sa part dans l’aviation allemande n’est pas honteux, à mon sens.
9 janvier 2013 à 16h26 #420001974644Pianiste
Membre- ZEN a écrit:
- Au 19ème, les bains d’acide en Suisse sont manipulés sans protection, avec des vapeurs qui attaquent les poumons des ouviers.
Bains d’acide ? Il ne s’agit pas plutôt des dorures au mercure ?
9 janvier 2013 à 16h39 #420001974645Milannimes
Membre- Pianiste a écrit:
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Bains d’acide ? Il ne s’agit pas plutôt des dorures au mercure ?
Bains d’acide pour les traitements électrolytiques…
9 janvier 2013 à 16h52 #420001974646ZEN
MembreOn aurait effectivement pu citer les bains de mercure. L’acide à partir de 1870 servait dans l’industrie horlogère naissante à décaper les laitons avant dorure.
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Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).9 janvier 2013 à 17h28 #420001974647Kerangaro
MembreCe constat est valable pour bien des domaines. Les universitaires sont rarement consultes et restent trop souvent isoles dans les labos des facs, sans beaucoup de contacts avec le monde des entreprises et des médias non spécialises. Le problème du manque de consultation des universitaires conduit même les politiques à prononcer bien des âneries ! Il va de soi que dans un monde industriel où la patrimonialisation compense la hausse des coûts, les marques « historiques » auraient tout intérêt à contacter les spécialistes en histoire sociale et en histoire des techniques!
À bon entendeur!
9 janvier 2013 à 18h26 #420001974648Nikal
MembreCe qui me gène le plus ce sont les marques qui mettent l’accent sur certains aspects de leur histoire et en passe d’autres sous silence. Alors oui elles le font toutes, ça s’appelle du marketing! Mais quand même, c’est plus marqué chez certaines qui vont mettre en avant un épisode de leur histoire qui finalement fait figure d’exception par rapport à leur comportement général sur la période.
Soit on embrasse toute l’histoire de la marque, soit on en fait pas un argument commercial, mais on ne peut pas juste choisir les meilleurs moments.
9 janvier 2013 à 19h28 #420001974649David123
MembreLe fait que les allemands aient utilisé certains produits à une époque critique de leur histoire n’est-il pas plutôt un gage de fiabilité et de robustesse desdits produits ?
9 janvier 2013 à 19h34 #420001974650StephenOrlac
MembreLes allemands ont aussi mangé du pâté Olida en France, bu du gros rouge, et dormi où ils voulaient.
On fait quoi ? On arrête le pâté, on se met à l’anisette et on rase des immeubles ?
Bref, c’était une autre époque, les manufactures produisaient, les soldats se fournissaient, et voilà. La vie depuis des millénaires quoi, on fait la guerre, on est copain, on fait la guerre, etc…
Citroën a fait pareil, on va pas pour autant aller tondre les vendeurs de bagnoles.
9 janvier 2013 à 22h57 #420001974651laphroaig007
Membre
Pas tout compris dans ce topic…10 janvier 2013 à 0h02 #420001974652luimeme
MembreMoralité:
– Il ne faut pas juger les comportement d’hier avec la mentalité d’aujourd’hui
– et surtout: c’est le vainqueur qui écrit l’Histoire (dans les guerres comme dans le commerce)
Et mon avis qui n’intéresse que moi: les objets et les entreprises ne font pas la guerre. Ce sont les hommes qui la font et la décide.
Et on a beau jeu de critiquer telle ou telle marque qui aurait fournit les nazis … parce que dans le meme temps, Staline massacrait son peuple, les USA discriminaient les noirs, les Anglais oppressaient les indiens, les Francais colonisaient la moitié du Monde, les arabes oppressaient les femmes et pratiquaient l’esclavage, Les Japonais massacraient les Chinois …
Je ne suis pas un adepte de l’auto flagellation … mais on est toujours le salaud d’un autre …. qui est lui meme le salaud d’un autre, … sans fin …
10 janvier 2013 à 0h13 #420001974653Chris1502
MembreTrès intéressant ce billet
, merci !10 janvier 2013 à 9h56 #420001974654zzzolive
MembreFort instructif et toujours très bien écrit….

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